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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 00:55
Le contorsionniste Abel Naki, les extrémistes du FPI et la République : mise au point du Professeur Franklin Nyamsi sur la rencontre du 27 juin 2014 à Paris



Chers lecteurs
Chers amis de la Côte d’Ivoire,

J’ai vu avec beaucoup de détachement une vidéo publiée sur connectionivoirienne.net, dans laquelle pérore le sieur Abel Naki, invité en même temps que moi-même par M. Aly Touré, membre proactif du RDR connu sur la place de Londres, au lancement du Mouvement Convergence 2020 le 27 juin 2014 à l’Hôtel Pullmann de Paris. Dans cette vidéo, un individu nommé Armand Hiré, aboyeur professionnel de la galaxie pro-Gbagbo d’Europe, charge les sieurs Naki et Zap Krasso de tous les péchés d’Israël, et les accuse d’avoir osé poser avec le Professeur Franklin Nyamsi, critique des œuvres de Laurent Gbagbo que je suis. Abel Naki tente alors de desserrer l’étau de la vindicte populaire que son prétendu Camarade Armand Hiré appelle contre lui. Il commet alors une funeste maladresse politique, digne des gens tentés de jouer aux agents-doubles, abonnés aux contorsions opportunistes.

Je ne m’étendrai point ici sur l’appel à l’émotion et aux raccourcis idéologiques qui caractérisent les deux orateurs de la vidéo évoquée, qui crient souvent comme pour s’étourdir eux-mêmes. Je me contenterai d’une mise au point salutaire à l’audimat intéressé par la promotion du dialogue inter-ivoirien qui demeure mon idéal essentiel maintenant. Avant de lever les lièvres de nos refondateurs scandalisés, je tiens à affirmer ici que je n’ai eu vent ni mission de qui que ce soit, de venir acheter ou approcher Abel Naki à Paris, puisque je suis du reste convaincu qu’il compte pour très peu dans l’équation politique ivoirienne actuelle, pour ne pas dire pour rien.
Trois faussetés sont cependant assénées dans cet échange par Armand Hiré, puis par Abel Naki, dans sa tentative maladroite de se rhabiller de la peau des doux agneaux de prairie ensoleillée. Je vais les pulvériser.
La première fausseté : Pour Armand Hiré, Franklin Nyamsi aurait tiré la somme de 100 millions de cfa des caisses de l’Etat de Côte d’Ivoire pour réaliser un film dénonçant les impostures de Laurent Gbagbo. Un pur délire de frontiste affamé ! Je rappelle ici pour la gouverne de tous que c’est M. Saïd Penda qui est auteur, réalisateur et concepteur du film concerné. Je n’y suis intervenu que comme une voix parmi d’autres. Je n’ai aucune connaissance des modalités du financement du documentaire de M. Saïd Penda et ce n’est du reste pas mon problème.

La deuxième fausseté : Abel Naki affirme qu’il ne savait pas qui était assis à sa gauche pendant cette conférence et qu’il n’a fait que découvrir par la suite que c’était Franklin Nyamsi. Naki affirme même qu’il n’a pas été dans une chambre de cet hôtel avec moi. Il faut avoir le courage de ses idées et de ses gestes, M. Naki ! Sur ce point, j’affirme ici que Monsieur Abel Naki ment comme il respire. Car nous avons parfaitement fraternisé avant la réunion pour la Conférence de Presse de M. Aly Touré le vendredi 27 juin 2014 au Pullmann de Paris. Nous avons solennellement été présentés l’un à l’autre avant la réunion, en présence de la journaliste Tikichia de Londres, de M. Simplice Ongui, et de mon jeune attaché de presse parisien, Lawrence Atiladé. Les images que je joins au présent article attestent bien du caractère poli, fraternel et chaleureux de nos retrouvailles parisiennes. J’ai du reste assisté au repas de mon frère Naki au Pullmann de Paris ce 27 juin 2014, quand il avalait rapidement ses verres de vin et son assiette pendant que je prenais mon café, en présence de mon propre assistant de presse Lawrence Atiladé. Mieux encore, nous avons devisé dans la suite d’Hôtel de M. Aly Touré, éminent membre du RDR, au Pullmann de Paris, dans une ambiance chaleureuse et fraternelle, avant la réunion, comme en atteste une autre photo que je publie ici.


Troisième fausseté : Abel Naki affirme qu’il est venu me porter la contradiction en face-à-face au Pullmann de Paris. Cela est parfaitement faux. Chacun peut s’en convaincre en écoutant les différentes versions vidéos de la rencontre du 27 juin à Paris. Nulle part Naki ne critique ce que je dis et nulle part je ne me préoccupe de son oraison de « pro-Gbagbo convaincu ». Les disques rayés n’intéressent personne. Mieux encore, le discours que j’ai tenu le 27 juin 2014 portait sur ce que j’ai considéré comme le minimum nécessaire commun nécessaire, de mon point de vue à la convergence de tous vers l’émergence de la Côte d’Ivoire. Je ne me suis pas attardé sur Laurent Gbagbo ou quelque autre personnalité politique ivoirienne de notre temps. Le temps de la république nouvelle n’est plus celui des rancoeurs. Pourquoi Abel Naki me saluerait-il amicalement, avec le claquement d’index et de pouces que vous voyez, si nous ne voulions pas donner ensemble la preuve aux Africains que le dialogue est l’arme indestructible des forts ?


Telles sont les précisions qu’il me plaît d’apporter pour éclairer les lanternes de l’opinion sur ma participation généreuse à cette facilitation du dialogue inter-ivoirien à Paris. Il n’y était surtout pas question d’acheter la conscience de M. Naki ou de le compromettre. Il n’y était surtout pas question de lui imposer les thèses du régime actuel de Côte d’Ivoire. C’était une initiative de débat apaisé au cœur de la diaspora africaine de Paris, pour l’émergence conviviale de la Côte d’Ivoire qui ne saurait suspendre son avenir au destin d’untel ou d’untel. Car il faut résolument que M. Abel Naki et ses pareils choisissent entre le camp de la république où le pluralisme est normal, et le camp de l’anarcho-militantisme ivoiritaire, où dialoguer avec l’adversaire est d’emblée trahison. Qu’il choisisse et arrête de jouer les Don Quichotte !
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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 15:41

Alassane Ouattara, Guillaume Soro et les Saint-Thomas contemporains 

1599 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie

Paris, France

 

 

Ils ont voulu, tel Saint-Thomas, toucher les plaies du Christ pour le croire vivant. Or il est absurde de croire ce que l’on voit, puisqu’on le voit.  L’idéal  d’une relation humaine apaisée serait bien au contraire de savoir, de temps à autre,  accorder notre confiance à ceux qui ne nous cachent souvent rien.  Les trois dernières semaines ivoiriennes ne nous en offrent-elles pas l’occasion ? Rarement on a vu se déchaîner un tel torrent de calomnies et d’inepties autour de l’hospitalisation somme toute ordinaire d’un homme. Rarement, on a vu des êtres humains, dans une danse du scalp, digne de la préhistoire archaïque de notre espèce, se défouler à la seule idée d’assister à la disparition d’un grand homme d’Etat. Sapristi ! Comment comprendre les trois semaines d’immodération et d’incongruités servies par la presse de l’opposition ivoirienne et des anticolonialistes dogmatiques de toute l’Afrique francophone, à l’occasion du séjour du président Alassane Ouattara dans un hôpital parisien ? Comment comprendre la tentative, tout aussi impudique, par certains manœuvriers de la vingt cinquième heure, autant au service de la Refondation que de la déstabilisation interne du RHDP, de faire porter coûte que vaille à Guillaume Soro, le poteau de crucifixion de la stabilité institutionnelle ivoirienne pourtant si chèrement acquise de haute lutte par son engagement héroïque et historique aux côtés du chef de l’Etat ? L’heure du bilan de ces machinations de bas étage est venue, puisqu’en ce jour du 27 février 2014 à Paris,  à l’occasion de leurs retrouvailles toutes naturelles, le chef de l’Etat et le chef du parlement en boucheront durablement et solennellement un coin aux officines de la rumeur sordide, aux agences hystériques du mensonge, et mieux encore, à tous les Saint-Thomas de l’analyse politique ivoirienne. Dans la présente tribune, il sera question de revenir sur les prétentions des Saint-Thomas ivoiriens contemporains, et de les mettre précisément en regard des enseignements des retrouvailles physiques parisiennes du président Alassane Ouattara et de son dauphin constitutionnel Guillaume Soro, les 26 et 27 février 2014. On verra alors à quelles années-lumière de la vérité se tiennent les ennemis irrationnels de la démocratie ivoirienne.

 

Du diagnostic contesté

 

Sur les tabloïds médiatiques ivoiriens, on nous aura décidément fait voir des vertes et des pas mûres ces trois dernières semaines. La première salve des mythomanes associés de tous bords a porté sur la nature de la maladie présidentielle. Alors que dans un geste digne de la nouvelle civilisation politique ivoirienne, le président de la république faisait officiellement dire à ses concitoyens qu’il s’était fait opérer d’une sciatique à Paris, la contrepèterie de l’opposition le disait entre vie et mort, annonçant des jours sombres sur le pays, de nouveau livré, disait-on, à la surenchère tragique d’une guerre successorale digne des années 92-93. Que se révèle-t-il aujourd’hui de cette fiction entretenue par les amateurs de décrépitude sur le Chef de l’Etat ? C’est le chef du parlement lui-même, qui nous donne à savoir ce qu’il a vu à Paris, le 26 février 2014, en retrouvant le président de la république :

« Chers Tous,

Arrivé ce matin à Paris. C'est non sans émotion et joie que j'ai retrouvé en pleine forme le PR ADO que je n'avais pas revu depuis le dimanche 2 Février date de son départ pour Paris. Bien que j'aie régulièrement eu le PR au téléphone et qu'il m'ait chargé de mille et une tâche ça été avec effusion que nous nous sommes étreints ce jour à 13 heures. Le PR va bien et même très bien. Dieu merci. Le PR n'a pas perdu son humour bien connu de ses intimes ni son acharnement forcené pour le travail. Diantre, tenez-vous bien : Venu pour lui souhaiter prompt rétablissement le PR a trouvé là une occasion pour me faire travailler. Je n'ai dû mon salut qu'à la subtile esquive de la Première Dame Dominique Ouattara venue à temps à mon secours. Sacré Président!

 Alors nous avons devisé joyeusement. Riant des ragots et autres folles rumeurs, à desseins balancés à Abidjan pour servir la cause de la fragilité des institutions. J'ai eu le sentiment que le PR ne voulait point me laisser partir et pourtant il le fallait ! »

 

Le chef du parlement ivoirien pulvérise dans cette description, le premier mythe éculé des propagandistes haineux de l’opposition antirépublicaine et de l’intoxication interne. L’évidence éclate en effet ce jour même sur l’état de santé réel du chef de l’Etat ivoirien, comme en attestent les images de sa sortie officielle à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris. Opéré de la sciatique, Alassane Ouattara n’a jamais été en vie et mort, et la proximité de ses collaborateurs et compagnons de lutte ces dernières semaines à ses côtés n’a jamais signifié autre chose que la fraternelle attention qu’on doit à ceux qu’on aime.

 

Des procès d’intention contre Guillaume Soro

 

La deuxième fiction outrageante servie par l’opposition antirépublicaine et l’intox interne ivoiriennes aura consisté à cibler le président de l’assemblée nationale dans cette affaire, en lui prêtant toutes sortes d’intentions de félonie. Qui ne sait pas que Guillaume Soro a depuis longtemps pour devise : « La patience est de Dieu, la précipitation, du diable » ? Les charognards de la lagune Ebrié débordent décidément d’imagination perverse. On a d’abord imaginé le film délirant un Guillaume Soro envoyant son épouse s’enquérir en espionne de l’état de santé réel du chef de l’Etat, afin de décoller de ses starting-blocks de dauphin constitutionnel vers la fonction suprême de président de la république. Sinistre manipulation ! Non seulement Madame Sylvie Soro, connue pour sa réserve et sa discrétion envers le monde politique,  n’a jamais bougé d’Abidjan pour l’hôpital parisien du Chef de l’Etat,  mais elle peut le rencontrer à loisir selon sa disponibilité, puisqu’entre elle et le président Alassane Ouattara, règne une relation filiale qui date d’avant sa propre vie maritale avec Guillaume Soro ! Comment imaginer que le chef du parlement puisse organiser une visite officielle du chef de l’Etat par son épouse, sans s’être assuré de la fluidité cérémonielle de l’événement ? Il y en a décidément qui croient que l’on gère un état comme une épicerie à l’étalage au marché d’Abobo-Gare. Les choses de l’Etat, faut-il l’expliquer aux Refondateurs, ne se gèrent point avec légèreté, mais avec procéduralité, circonspection et légalité. Le caractère solennel des retrouvailles entre le président de la république et le président de l’assemblée national ce 27 février à Paris ne montre-t-il pas, une fois de plus, que les hautes institutions ivoiriennes sont éminemment dirigées par des hommes et des femmes doués d’une haute conscience du protocole et du sens de l’Etat ? Je ne puis résister à l’envie de citer encore ici, le tweet ironique du président Guillaume Soro au matin du 27 février 2014 :

« Bonjour, Chers Tous. Les Saint Thomas en auront pour leur compte. Je serai avec Son Excellence ADO sous peu et de la façon la plus officielle. »

 

On nous avait pourtant rebattu violemment les oreilles d’une troisième fiction cauchemardesque et nauséabonde. Il y en a décidément trop qui veulent savoir à quoi pense Guillaume Soro en se rasant tous les matins. N’ayant aucun moyen de s’en enquérir, ils s’inventent une cosmogonie fantasque, où le Guillaume Soro réel est remplacé par leurs désirs irréels. Selon cette dernière foutaise donc, le chef du parlement serait en crise de confiance avec le président de la république, au point que les services du dernier cité auraient éconduit le député de Ferkéssédougou du chevet de son supérieur hiérarchique. Joli scénario, sans doute, mais marqué au coin de la bêtise inepte ! On ironisait, ricanements d’hyènes assoiffées de haine compris, sur un prétendu refoulement de Guillaume Soro en personne aux portes de l’hôpital parisien où une garde rapprochée sourcilleuse veillerait sur le secret médical présidentiel. Jamais, en fait, une telle scène n’a eu lieu à Paris. Disons plus. Cette scène imaginaire, qui s’alimentait d’une interprétation malicieuse et malhonnête des visites successives d’autres personnalités du RDR au chef de l’Etat à Paris, vient de perdre toute crédibilité devant l’éclat de l’affection filiale qui règne indiscutablement entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro. En orchestrant ensemble ce 27 février 2014, l’un dans les bras de l’autre, la cérémonie de sortie officielle d’hospitalisation du président de la république, le chef de l’exécutif et le chef du législatif ivoiriens envoient d’un direct au tapis, les vendeurs d’illusions de toutes obédiences.

 

La vérité de l’événement

 

Il faut donc regarder la sortie solennelle du chef de l’Etat en compagnie du Chef du Parlement à Paris, comme une illustration de la solidité parfaite de l’ordre institutionnel et constitutionnel ivoirien. En se remettant courageusement au travail, en s’armant provisoirement d’une béquille pour soulager sa hanche opérée, le président de la république de Côte d’Ivoire indique par son audace physique que jamais sa fonction n’a connu de vacance depuis décembre 2010. Alassane Ouattara, bosseur de haut vol, frappe de plus les imaginations par la cohérence entre son dire et son faire présidentiels. Passionné par sa mission et attaché à son pays qu’il sert avec excellence et subtilité, le brave Tchè dégage une énergie exponentielle pour la métamorphose modernisante de la Côte d’Ivoire. C’est d’une sciatique qu’il a été opéré, et c’est uniquement d’elle qu’il se relève avec vigueur pour poursuivre sa mission régalienne au sommet de la Côte d’Ivoire. Guillaume Soro, dans cette séquence politique, où certains croyaient pouvoir le noyer dans l’intrigue, s’en sort avec brio et maestria, grâce aux qualités humaines imputrescibles qui le caractérisent : l’humilité, le sang-froid, le courage, la lucidité et l’amour inexpugnable de sa patrie. Oui, regardant les deux hommes dans les bras l’un de l’autre ce 27 février 2014 à Paris, on peut dire avec certitude qu’ils ont résolument administré une thérapie de choc de plus à tous les Saint-Thomas de l’analyse politique ivoirienne. Il n’y a pas de doute qu’il faudra à chaque fois que ce sera nécessaire, en re-administrer une dose homéopathique. N’est-ce pas en cela que l’on voit la hauteur éthique d’une république démocratique ?

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 21:38

 

« 29 Juin 2007 ! Jour fatidique. Jour de douleurs vives. Ce jour-là, j’avais compris la MORT. Je l’avais presque acceptée avec sérénité. »

 

Guillaume Kigbafori Soro

 

« Si le 29 juin, nous avions été tués, sur l'épitaphe de nos tombes, nos parents liraient : "ci gisent les traîtres qui signèrent l'APO »

Alain Lobognon

 

« C’est Soro Guillaume, en tant qu’acteur du processus de paix, qui était visé. Celui qui veut aller au paradis sans mourir, il se trompe… »

 

Laurent Gbagbo

 

 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi Agrégé de philosophie, Paris, France. Ne soyons pas dupes de la morale. « Politique i magni », dit le dicton dioula. Des Kennedy aux Gandhi, de De Gaulle à Mandela, Ouattara ou Soro, tous les grands hommes politiques ont dû réchapper ou succomber, par plusieurs fois, à un attentat. Qu’on ait la Baraka ou non, la réalité des choses est ainsi tissée. La vie politique, en tant qu’elle suppose l’engagement pour des idées qui plaisent ou déplaisent aux uns et aux autres, déclenche sans cesse dans son environnement interne et externe, des pulsions de mort, des désirs de vengeance, des complots en sourdine. Une passion du sang versé de l’ennemi déclaré rôde dans toutes les républiques. On pourrait même décrire l’expérience politique comme Alfred Hitchcock faisait du cinéma : avec le poids permanent du suspense sur le pire qui hante sans cesse le présent. Sur ce plan d’interprétation, on mesure nécessairement l’importance d’un homme politique au type de grande adversité qu’il génère parmi ses ennemis les plus acharnés. Qui aura la naïveté de se croire aimé de tous en politique ? La vie politique authentique se vit en mode qui-vive. Tout grand homme politique ou toute grande femme politique, qu’ils le veuillent ou non, ont tôt ou tard leur comptant de morts violentes ratées ou réussies par leurs contempteurs les plus audacieux. Ceux qui ne peuvent pas tuer vos idées peuvent au moins vous tuer. Il ne s’agit donc pas, pour qui sait la dureté de la vie des grands dirigeants, de se confondre en jérémiades, de pleurer sur toutes les chaumières, car cela ne changera pas le monde. Alea jacta est. Comment toutefois exercer en cette affaire une lucidité exemplaire ? Il importe subtilement, dans ces conditions extrêmes, où la fragilité de la vie individuelle coïncide avec celle des institutions, d’élaborer une philosophie de l’attentat politique, susceptible de nous préparer aux pages chaudes de l’avenir. Car tant qu’il y a de la vie, il n’y a pas que de l’espoir. Le risque de la mort brutale demeure. L’action politique avisée de la présence du risque tragique doit donc se donner sans cesse plusieurs longueurs d’onde d’avance sur les ennemis visibles ou invisibles. Ainsi, les événements du 29 juin 2007 à Bouaké nous offrent une occasion sérieuse de méditer sur l’humaine condition en général, mais aussi et surtout sur la portée du désir extrême de tuer Guillaume Soro qui s’exprima ce jour ivoirien fatidique, par les armes lourdes déployées par ses ennemis les plus décidés sur le tarmac de l’aéroport de la seconde ville du pays. En réalité, l’attentat anti-Soro du 29 juin 2007 est un merveilleux objet philosophique car il remplit toutes les conditions pour servir d’expérience-carrefour, de donné à penser pour comprendre le présent et l’avenir de la Côte d’Ivoire. Pourquoi donc, me dira-t-on ? D’abord à cause des circonstances invraisemblables du déroulement de cet attentat. Ensuite en raison des différentes hypothèses explicatives que cet attentat a soulevées. Enfin parce qu’on n’a pas fini de savoir à qui la réussite de cet attentat anti-Soro aurait profité et par conséquent, à qui profiterait amplement une répétition réussie du même projet, dans la Côte d’Ivoire contemporaine. Dans la présente tribune, je voudrais revisiter ces trois niveaux de réflexion. J’expliquerai pour finir pourquoi ce fut par essence un « attentat anti-Soro » et quelles perspectives en tirer pour l’avenir.

 

I L’attentat et sa double attente : incursion dans la Côte d’Ivoire issue de l’APO de 2007

 

 

Dans la notion même d’attentat, l’oreille qui sait l’origine des mots entend « l’attente », « l’attention », en tous cas l’exercice suprême d’attendre. Qu’attend-on d’un attentat ? Tout dépend du point de vue. Ceux qui perpètrent l’attentat veulent qu’il déjoue l’attention de ses victimes recherchées et confirme les attentes de ses auteurs décidés. Avant de le commettre, ses auteurs comptent éradiquer leurs cibles. Après l’avoir commis, les auteurs se réjouissent en cas de succès, se mordent les doigts en cas d’échec ; de l’autre côté, qui ne s’y attendait que fort peu, les victimes survivantes n’ont qu’une hantise : retrouver les coupables et les sanctionner exemplairement, pour rendre justice aux voix qui à jamais, ont été éteintes par la violence du forfait. L’attentat, par nature, vient comme un voleur à l’improviste et aboutit à deux sortes d’attentes : l’attente des criminels qui veulent changer le monde par la violence éliminatoire qu’ils exercent ; mais aussi l’attente des victimes survivantes ou de leurs proches, voire des défenseurs des morts, qui tiennent à faire rendre gorge à leurs offenseurs, pour que jamais plus l’ignominie ne soit possible. L’attentat, par nature, est un futur a priori impossible qui se montre a posteriori effectif. Un trou dans le temps. Quand on écoute les témoignages des rescapés de ce cauchemar diurne de Bouaké, rien ne frappe autant que leur abasourdissement par l’événement : Guillaume Soro, Konaté Fakhy, Alain Lobognon, Méité Sindou, les soldats Bakayoko, Kobo, Wattao, et compagnie, prennent des minutes éternelles à comprendre dans le Fokker officiel et autour de lui, ce qui leur arrive. Il y a un vécu intransmissible de cette scène du 29 juin 2007, qui soudera à jamais ses survivants dans une fraternité d’exception. Notre propos n’est donc surtout pas de nous l’approprier ou de nous y immiscer, mais de la re-situer dans le temps politique qui la rendit possible pour la penser prospectivement. Or donc, demandons-nous résolument : dans la Côte d’Ivoire du mois de juin 2007, qu’est-ce qui semblait rendre fertile l’hypothèse d’un attentat contre le premier ministre Guillaume Soro ? Qui souhaitait donc voir immédiatement mourir le principal acteur de la réconciliation politique ivoirienne d’alors, à savoir le leader des Forces Nouvelles ? La première leçon qu’il faut tirer des événements est là. C’est quand tout semble bien aller que le diable entre dans les détails. La logique de l’attentat épouse intimement celle des périodes de grand optimisme, de sérénité et de confiance retrouvée. Comme en boxe professionnelle, c’est quand la garde baisse, que les uppercuts qui mettent K.O. rentrent fatalement. La Côte d’Ivoire, issue des accords de Ouagadougou, avait renoué avec le dialogue direct entre ses filles et ses fils. L’optimisme était de rigueur, car tous les points du désaccord national ivoirien qui s’étaient exprimés à partir de la bataille successorale de l’après Houphouët-Boigny dès 1993 avaient enfin été passés au peigne fin de la discussion argumentée. Les négociateurs de Ouaga, représentants les camps Gbagbo, Ado, Bédié, et Soro avaient enfin décidé de poser sur la table, les questions de la nationalité ivoirienne, de la réunification et du désarmement concomitant des belligérants, de la constitution des listes électorales, du calendrier électoral, de l’organisation pacifique de la compétition pour le pouvoir suprême, du statut définitif de l’opposition, du sort individuel des grands leaders politiques, etc. Ouagadougou avait juridiquement et politiquement pacifié la Côte d’Ivoire. A partir de Ouaga 2007, la voie vers une véritable compétition démocratique inter-ivoirienne était ouverte. Les discours étaient au beau fixe. Nous étions dans le meilleur des mondes possibles.

 

II Des hypothèses multiples et désespérément muettes depuis 2007

 

 

Dans le ciel bleu de la Côte d’Ivoire du 29 juin 2007, Dieu lui-même semblait jalousement garder ses enfants. Le dialogue, la paix, ces mots récurrents de la politique ivoirienne semblaient avoir pris toute leur épaisseur significative. Or, de triste mémoire, l’élimination lâche par le camp Gbagbo du Général Robert Guéi et de son épouse en septembre 2002, n’avait-elle pas subrepticement instauré une tradition funeste en Côte d’Ivoire, celle de la neutralisation opportuniste et anticipée des concurrents politiques ? Les grandes échéances politiques ivoiriennes ne sont-elles pas depuis lors précédées de nuits des longs couteaux ? Disons-le autrement. N’est-ce pas pour réduire le nombre potentiel de bénéficiaires de cette embellie démocratique que Guillaume Soro entra résolument, après l’APO de 2007, dans la liste rouge et urgente de certains protagonistes de la crise ivoirienne ? Manifestement et malheureusement, il y avait dans la quasi-totalité des camps politiques ivoiriens, des gens que la mort prématurée de Guillaume Soro, ce « pipi devenu caïman » selon une expression consacrée, ne dérangerait pas énormément, y compris dans l’hypothèse d’un heureux hasard auquel ils ne participeraient point eux-mêmes. Comment se convaincre de cela ? Il n’y a qu’à voir la multiplicité des pistes suscitées par l’événement dans la presse, dans les discours politiques ivoiriens de tous les camps, et mêmes dans les supputations des experts internationaux : a) on a évoqué le camp Gbagbo, qui aurait voulu tuer Soro pour se venger de 2002 et profiter de l’emballement de la situation comme alibi pour envahir les zones CNO au nom de la préservation de l’ordre ; b) on a évoqué la France, qui aurait voulu faire éliminer Soro pour se débarrasser d’un témoin gênant de son imbrication intime dans la politique ivoirienne ; c) on a évoqué les Nations Unies, qui auraient voulu se dépêtrer du bourbier ivoirien en laissant disparaître l’un des principaux protagonistes et en levant l’ancre après la réunification du pays ; d) on a évoqué les frères ennemis de la rébellion ivoirienne du MPCI, rassemblés notamment autour d’Ibrahim Coulibaly, l’ennemi de toujours, qui voulait faire payer à Guillaume Soro le fait de l’avoir supplanté à la tête de la rébellion ivoirienne ; e) on a évoqué l’hypothèse de partenaires politiques de la rébellion ivoirienne, frustrés de voir Guillaume Soro aller au gouvernement Gbagbo, et décidés à lui faire payer cette traîtrise à prix de sang, afin que l’ordre revienne à jamais dans les rangs de l’opposition armée. Pourtant, à ce jour du 29 juin 2013, aucune de ces pistes n’a été retenue officiellement, ni par le camp Soro, ni par les autres regroupements politiques de la Côte d’Ivoire contemporaine. J’ai personnellement compulsé près de deux cents pages de déclarations officielles et d’articles de presse de tous bords, sans voir triompher une seule de ces hypothèses. Aujourd’hui, la présomption d’innocence et l’absence d’enquête officielle conclue, rendent encore impossible l’énoncé de certitudes durables sur l’identité et les visées des auteurs directs et lointains de l’attentat de 2007. Il va de soi que les coupables, même par hérésie, ne s’accuseront point eux-mêmes. Mais comment comprendre que les victimes, malgré tous leurs efforts, n’aient pas résolument mis des noms sur cet abominable forfait qui coûta la mort à de nombreux innocents ? Mon flair d’analyste politique m’incite à risquer l’hypothèse suivante : le silence collectif sur les auteurs réels de l’attentat de 2007 à Bouaké, observé par tous les camps politiques ivoiriens, signifie que ses germes sont encore actifs dans notre contemporanéité. Il ne s’agit pas nécessairement d’un silence d’omerta, celui qu’observent les complices pour que leur secret ne s’évente point. Il s’agit avant tout, il me semble, d’un silence inquiet, typique du calme avant d’autres tempêtes, dans les films à suspense d’Hitchcock : silence qu’observent les protagonistes mutuellement suspicieux d’une scène politique, quand un attentat s’avère susceptible d’avoir bénéficié de complicités actives - ou passives - de plusieurs camps. On pourrait même oser : et si ce sont des seconds couteaux de différents camps qui avaient voulu débarrasser leurs patrons respectifs de Guillaume Soro, ce concurrent supposé gênant que l’on redoutait tant pour la présidentielle 2010 ? Le mot d’Alain Lobognon, rescapé du drame, prendrait ici tout son sens : « Si le 29 juin, nous avions été tués, sur l'épitaphe de nos tombes, nos parents liraient : "ci gisent les traîtres qui signèrent l'APO »

 

III Penser politiquement l’attentat de 2007, c’est en prévenir les remake

 

 

Au regard de ce qui précède, l’analyse nous convainc d’une évidence : il n’y a pas de politique à risque zéro. De tout temps, que l’on lise l’histoire des empires et royaumes antiques ou celle de nos modernes républiques, l’engagement à changer la cité s’accompagne toujours du déclenchement de forces négatives automatiquement opposées au changement proposé. Il faut s’y attendre, les attendre, les combattre ou les convaincre. Il faut en tous cas les vaincre pour continuer la course des jours de l’existence terrestre. Mais, pour en revenir spécifiquement à l’épisode de Bouaké 2007, il importe surtout de bien comprendre pourquoi c’était par excellence un attentat anti-Soro et pourquoi une telle hypothèse demeurera toujours ouverte tant que le député de Ferkéssédougou poursuivra sa mission au cœur de l’équation politique ivoirienne. La première raison qui me vient à l’esprit, c’est que Guillaume Soro, comme la plupart des politiciens ivoiriens venus du nord du pays, fait partie de ceux-là que la classe politique traditionnelle de ce pays, issue des rangs classiques de l’houphouetisme ou de l’opposition frontiste, n’attendait pas. A la suite du miracle politique incarné par le président Alassane Ouattara, qu’on traita d’apatride, de boyordjan, de mossi et consorts, Guillaume Soro s’affirme comme un grand loup solitaire qui vient pacifier des meutes entières d’héritiers des familles ivoiriennes de pouvoir. Il énerve et dérange par le simple fait de son existence et de sa force de pénétration politiques. Sa masse volumique ne cesse d’étonner les observateurs de tous bords. Par son parcours politique exceptionnel de leader syndical, chef de la rébellion anti-ivoiritaire, ministre d’Etat, chef des gouvernements Gbagbo puis Ouattara, puis président de l’Assemblée Nationale et donc dauphin constitutionnel de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro cristallise et cristallisera toujours, dans tous les camps politiques, des jalousies, des envies, mais aussi des haines tenaces qui n’hésiteront pas, en cas d’opportunité sérieuse, à emprunter les voies de fait. La deuxième raison qui me semble s’imposer à l’analyse de cet attentat, c’est qu’en visant Guillaume Soro, c’est l’ensemble du processus de paix issu de l’APO qu’on voulait faire capoter. Guillaume Soro en était l’incarnation et la garantie, car son engagement ressoudait les deux bords écartelés de la Côte d’Ivoire. L’attentat de 2007 était ainsi un geste désespéré du parti multipartite ivoiritaire et des ennemis de la justice, contre le devenir moral de la Côte d’Ivoire. Cet attentat réconciliait pour quelque temps, toutes les forces maléfiques de la politique ivoirienne. Car l’on savait parfaitement que provoquer une nouvelle crise de leadership à la tête des Forces Nouvelles leur serait peut-être fatal en 2007. Mieux encore, l’on savait que les amis de Guillaume Soro auraient résolument déterré la hache de guerre contre leurs ennemis de tous bords pour venger leur patron. L’on savait aussi que l’opposition politique du RHDP, sans la présence de l’aile militaire des Forces Nouvelles, devenait du menu fétu de paille pour la soldatesque et les patriotes pro-Gbagbo à Abidjan. Pont de la situation politique ivoirienne entre la politique des Anciens et celle des Modernes, Guillaume Soro, selon les mots de Laurent Gbagbo dans une vidéo célèbre aux lendemains de l’attentat de juin 2007, était « Le nouveau visage qui incarne la paix en Côte d’Ivoire ». La disparition de Guillaume Soro à cette date était dès lors le risque pris d’une véritable apocalypse pour tous. Il y a donc aussi un relent d’anarchisme primaire et de criminalité potentielle qui pèsera longtemps sur la scène politique ivoirienne. Et les mots de Gbagbo mis en exergue ici le suggèrent bien : « C’est Soro Guillaume, en tant qu’acteur du processus de paix, qui était visé. Celui qui veut aller au paradis sans mourir, il se trompe. » La troisième raison que cet attentat met parfaitement en valeur, c’est qu’à quarante et un ans sonnés, bien que Guillaume Soro ait un CV de politicien quasi octogénaire, la moindre analyse incite à penser - comme l’a récemment rappelé le médiateur burkinabé Boureima Badini à Abidjan, ou comme les Sénégalais l’ont rappelé en lui décernant la Grand’ Croix de leur pays - qu’il a acquis une carrure d’homme d’Etat qui ne lui ferme surtout pas les grandes portes de l’avenir. Dans ces conditions, l’attentat de 2007 n’est-il pas à la fois le drame et l’onction de Guillaume Soro comme enjeu national de la politique ivoirienne contemporaine ? A ce compte, la vraie philosophie de l’attentat anti-Soro du 29 juin 2007, ne serait-elle pas dans l’exigence, au présent, d’en nommer enfin les coupables ou de les isoler, d’honorer davantage la mémoire des morts innocents de Bouaké, de poursuivre l’émergence démocratique et économique ivoirienne aux côtés du Président Alassane Ouattara, tout en veillant autant que les moyens humains le peuvent, à préserver les chances d’une continuité exemplaire au sommet de la Côte d’Ivoire quand le Président Ouattara aura fini de la remettre sur sa voie d’espérance ? On ne peut que louer, par-delà toutes ces analyses, la tranquille conviction avec laquelle Guillaume Soro assume son destin. Chacun des mots que voici vaut grande leçon de sagesse et d’humilité pour tous: « 29 Juin 2007 ! Jour fatidique. Jour de douleurs vives. Ce jour-là, j’avais compris la MORT. Je l’avais presque acceptée avec sérénité. » Incontestablement, un homme politique qui n’a pas atteint cette lucidité tragique ne devrait retenir l’attention de personne de sérieux.

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 22:58

 

Enjeux contemporains de la démocratie en Afrique

2ème partie «  Les  intellectuels bien-pensants et la démocratie »

 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Paris, France

 

Comment les idées peuvent-elles devenir des forces matérielles susceptibles de produire des civilisations humaines dotées d’une spiritualité exemplaire et épargnant les humains de la violence, de la misère, de l’ignorance et de la malemort ? A quelle condition la fonction d’intellectuel devient-elle un opérateur de métamorphose positive des sociétés où elle s’exerce ? Il s’agit ici d’interroger la fonction d’intellectuel dans sa portée sociale. Nous sommes au cœur de la problématique marxienne de la praxis, celle que Merleau-Ponty a par exemple tenté de cerner dans Humanisme et terreur, celle que Jean-Paul Sartre aborda également dans sa Critique de la raison dialectique, ou celle que Fabien Eboussi Boulaga affronte dans La Crise du Muntu, à partir de perspectives à chaque fois différentes. Ces questions méritent d’être posées en une Afrique où la production, la diffusion et l’opérationnalisation des idées sont encore des parents bien pauvres.

Non seulement, l’Afrique manque notoirement de lieux publics susceptibles de faire vivre à travers le débat les idées nécessaires à sa projection dans l’avenir, mais de plus, ceux-là même qui assument la fonction d’intellectuels dans ces sociétés réfléchissent rarement aux contradictions dont leurs propres positions sociales sont porteuses. Mieux encore, Il existe, dans la nébuleuse des producteurs de concepts rationnels en Afrique, une catégorie bien curieuse, habile dans l’art de vaincre sans péril et de triompher sans gloire. Je voudrais montrer ici, qu’à côté de l’intellectuel organique et de l’intellectuel révolutionnaire, l’intellectuel bien-pensant est l’espèce la plus improductive qui sévisse dans les arènes de la pensée en Afrique, car précisément, il détourne la pensée de sa fonction autocritique essentielle et se soustrait à l’épreuve charnelle de l’Histoire. Il pense ce qu’il n’effectue pas et n’effectue surtout pas ce qu’il pense. Par-là, l’intellectuel bien-pensant n’ignore-t-il pas à volonté et sciemment l’incondition, l’inconfort que requiert la lutte pour l’émergence de démocraties véritables sous les tropiques ? Je procèderai donc en trois moments : 1) je décrirai d’abord les trois figures intellectuelles typiques qui campent dans la production des idées en Afrique, à savoir l’intellectuel organique, l’intellectuel bien-pensant et l’intellectuel révolutionnaire ; 2) je m’attarderai ensuite sur les sophismes pseudo-démocratiques de l’intellectuel bien-pensant, dont je fixerai les carences essentielles dans l’angélisme et l’irresponsabilité ; 3) je montrerai enfin que la démocratisation de l’Afrique se joue, pour l’intellectuel responsable, dans une dialectique permanente entre la posture de l’intellectuel organique et celle de l’intellectuel révolutionnaire.

 

I

Trois figures paradoxales : Intellectuel organique, Intellectuel révolutionnaire, Intellectuel bien-pensant

 L’intellectuel organique, comme son nom l’indique, pense de l’intérieur d’une organisation, ou d’un organisme exerçant l’effectivité du pouvoir politique. Dans sa vocation à organiser et régir la cité, le pouvoir politique, qui est par essence exercice du pouvoir par la coordination et le commandement d’une pluralité de personnes humaines, requiert des individualités capables de récapituler le passé, de percer les résistances du présent et de dégager l’horizon de l’action future de la collectivité. En ce sens, l’Etat, organisation par excellence du pouvoir politique en entités exécutive, législative et judiciaire, requiert en son sein – sous forme de bureaucratie comme de conscience critique – le travail des intellectuels organiques. Ceux-ci produisent donc les outils conceptuels de l’intérieur de la sphère politique, dont ils ont à assumer et gérer les contradictions propres. Lorsque l’Etat est l’expression d’une dictature de fait, l’intellectuel organique aura tendance à produire les justifications intellectuelles de cette domination. On parle alors avec raison des intellectuels du « ventre ». Ceux qui pensent davantage avec leur panse qu’avec leur cerveau. Mais lorsque l’Etat se déploie sous les modalités du droit et du respect de la dignité des personnes humaines, mais aussi de la gestion scrupuleuse des biens communs, le travail de l’intellectuel organique consiste bien souvent à assurer l’inventivité du politique en offrant par ses réflexions de nouvelles vues sur les axes d’émancipation, d’amélioration socioéconomique, bref de perfectionnement de la collectivité humaine dans laquelle il sert en qualité d’ « archonte de l’humanité », pour emprunter une formule chère à Husserl. Or précisément parce que la plupart des Etats africains contemporains ne résultent pas d’un processus de délégation démocratique du pouvoir du peuple à ses représentants, les intellectuels organiques sont en majorité des sophistes au service de l’imposture dictatoriale. Par voie de conséquence, les intellectuels calfeutrés dans leur tour d’ivoire, ces fameux bien-pensants dont nous parleront plus tard, méprisent de façon indistincte tous les intellectuels organiques, comme s’il n’y avait pas, dans la relation entre l’intellectuel et l’Etat démocratique, la possibilité d’une alliance vertueuse entre la science et la politique.

Il semble alors que la seule figure possible de l’exercice de la fonction d’intellectuel soit celle d’un intellectuel révolutionnaire entendu comme adversaire juré de tous les pouvoirs. La révolution, en tant que renversement radical de l’ordre établi, se donne ici comme une posture permanente qui en fait débouche sur un anarchisme qui bien souvent s’ignore. Révolutionnaire, serait l’intellectuel qui épouse la cause des dominés de son temps, pour les aider à comprendre leur déchéance, à organiser leur résistance et leur victoire contre les classes dominantes. Depuis la 11ème thèse de Marx sur Feuerbarch, selon laquelle « les philosophes jusqu’ici n’ont fait qu’interpréter le monde, or il s’agit de le transformer », s’est imposée dans l’opinion l’idée qu’on ne peut être intellectuel qu’en étant du côté de ceux qui contestent l’Etat, qu’il soit l’expression dictatoriale d’une minorité de privilégiés. Ainsi, seuls les opposants auraient raison en politique. Les intellectuels bien-pensants, qui s’installent fictivement dans la posture de l’intellectuel révolutionnaire en posture d’anarchiste permanent, au nom d’un soupçon permanent envers le pouvoir politique, loupent pourtant un donnée essentielle du problème : réduire la figure de l’intellectuel révolutionnaire à l’adhésion à la lutte éternelle des classes, c’est d’une certaine façons souscrire aveuglément au paradigme socialiste de la démocratie populaire en récusant tout aussi aveuglément la crédibilité supérieure de la démocratie représentative qui a survécu aux grandes tragédies du 20ème siècle, précisément parce que c’est le moins pire de tous les régimes politiques expérimentés par les hommes à travers l’histoire longue.

 

II

Les sophismes de l’intellectuel bien-pensant en Afrique

 

Mais qu’est-ce donc que l’intellectuel bien-pensant ? Comme l’indique son nom, c’est quelqu’un qui pense sincèrement qu’il « pense bien », mais qui ne s’implique pas lui-même dans l’histoire qu’il raconte, car il tient à être bien vu par tous, y compris par ceux qu’il critique. Son rêve est qu’au terme de sa carrière intellectuelle, on dise de lui qu’il ne s’est mêlé de rien, n’a trempé dans les affaires d’aucun pouvoir. Il veut être de bout en bout innocent. C’est un quêteur profane de sainteté. Il veut garder les mains pures, en sous-traitant au besoin les médiations concrètes. Pour cela, dans tout ce qu’il explique, il ne s’implique pas. Il oublie que sa posture désincarnée, dans la concrétude de la société qu’il analyse, est son aveu le plus évident de vacuité. Dans tout ce qu’il voit, il ne se voit pas. Il pérore de très haut, avec la certitude de ceux qui s’assurent qu’ils ont raison parce qu’ils n’ont jamais pris le risque d’avoir tort. C’est un producteur d’idées politiques en forme de « Il faut », « Il suffit de », « On doit », « On ne doit pas ». Jugeant a priori de toute situation humaine qu’il lui est donné de penser, l’intellectuel bien-pensant vit ainsi dans le confort lénifiant de son alcôve.

Bien souvent, il refuse de vivre au quotidien avec les destinataires de sa pensée . Il ne veut assumer parmi eux, aucune fonction sociale régulière, se refuse à trimer avec eux, parmi eux. Au fond, il éprouve même un certain mépris pour la société qu’il moralise, oubliant que dans son rejet, il est aveugle aux tares de la société idéale dans laquelle il se réfugie par lâcheté. Il ne veut surtout pas vivre parmi les Africains, car cela supposerait précisément qu’il épouse au quotidien leurs luttes pour l’émergence démocratique en question. Cela supposerait aussi qu’il prenne des coups, apprenne à tirer par lui-même les marrons du feu. On l’a bien compris, le bien-pensant pense qu’il pense bien, mais en réalité il pense mal et peu, car incapable d’aller au corps-à-corps avec les réalités sociales, économiques, culturelles et politiques qu’il prétend vouloir transformer. Ce vice de fond polluera sa compréhension de l’expérience démocratique africaine. Peut-on vouloir le bien-être des Africains sans considérer comme nécessaire et possible, du fait même de ce projet, la vie régulière avec et parmi les Africains ?

Le bien-pensant n’aime pas l’immersion dans le monde africain de la vie, car elle serait source de contradictions insolubles dans sa méthode de pensée. En quoi consiste cette dernière ? Une conception unilatérale de la démocratie comme importation de l’expérience d’un occident absolument sacralisé en Afrique, sous le voile de la revendication d’un universel qui ne se paie jamais de la confrontation avec le particulier et le singulier du monde africain de la vie. A partir du principe que la démocratie, c’est ce qui a été pensé par ses références intellectuelles classiques et qui ne doit qu’être appliqué en Afrique, l’intellectuel bien-pensant s’installe dans une posture de non implication systématique. Il ne veut être responsable de rien, sinon seulement d’avoir tout le temps raison. Dans son « ni-ni »,  il nie autant la nécessité d’accompagner en société de dictature les citoyens dominés, que d’accompagner en société de démocratie le processus de modernisation garanti par la structure et le fonctionnement exemplaires de l’Etat. L’intellectuel bien-pensant ne comprend pas qu’il y a un temps pour être intellectuel révolutionnaire, mais aussi un temps pour être intellectuel organique, et qu’il n’y a pas nécessairement contradiction entre ces deux postures, si elles se donnent pour finalité la progression du processus d’émancipation collective et assument les moyens – y compris violents- qui peuvent s’imposer chemin faisant pour ce but supérieur.

La relation de l’intellectuel bien-pensant au pouvoir politique est systématiquement celle de l’évitement, bien qu’il ne se prive pas toujours des possibilités de reconnaissance et des récompenses de l’Etat démocratique ou despotique. Il ne s’agit pas de pacifisme ici, mais au fond, d’une certaine forme de faiblesse morale. Une indifférence à la nécessité de l’action citoyenne traduite par des organisations efficaces pour la réalisation de la cité des libertés reconnues. L’intellectuel bien-pensant ne veut pas, au fond, dans une situation de confrontation entre les forces démocratiques et les forces despotiques d’une société donnée, choisir clairement son camp et se battre du fond de ses tranchées. Parce qu’il se vautre dans le confort d’être celui qui critique tout le monde, il s’exonère tout naturellement lui-même de la critique et se prend pour ce Dieu qui selon la célèbre chanson de Francis Cabrel « s’est assis sur les rebords du monde pour voir ce que les hommes en ont fait ». Au fond, il n’a pas compris la différence entre les sociétés en phase d’émergence démocratique – où s’impose encore quotidiennement l’usage de la force pour l’accomplissement de la justice-, et les sociétés installées dans une longue tradition démocratique, conquise par des luttes désormais inscrites dans la mémoire institutionnelle. Le soupçon légitime que l’intellectuel organique d’un Etat démocratique peut légitimement continuer de faire peser sur les institutions auxquelles il adhère ne saurait, en réalité fonder la confusion de genre que fait le bien-pensant entre le camp de la dictature et celui de la démocratie, dans sa façon de le renvoyer dos-à-dos. De même, le statut de l’intellectuel révolutionnaire, loin d’être permanent, ne peut que muter en intellectuel organique, quand les forces démocratiques l’emportent dans une société donnée.

 

III

La responsabilité intellectuelle en Afrique : entre l’intellectuel révolutionnaire et l’intellectuel organique

 

Ce qui est définitivement en cause dans l’imposture des bien-pensants, c’est l’incapacité d’assumer leur responsabilité de penser. Le refus ostentatoire de plonger leurs mains dans le cambouis de l’histoire pour faire ce qu’ils disent au lieu de se contenter de nous dire ce qu’il faut faire. Or, si la pensée est une activité éminemment politique, dans la mesure où elle suppose ou présuppose toujours une certaine conception des rapports sociaux, refuser de penser sa propre position dans la société qu’on pense, c’est se priver de la fonction proprement politique de la pensée. C’est penser et se penser en irresponsable. Une telle posture occulte la vraie fonction de la pensée et sert donc la pérennisation des dictatures.

Il convient de comprendre que les sociétés africaines en quête de démocratie ont besoin d’intellectuels révolutionnaires, tout comme les Etats démocratiques africains ont besoin d’intellectuels organiques, au sens que nous avons précisé plus haut, mais jamais d’intellectuels incapables de s’engager dans la pratique de ce qu’ils théorisent, voire le gouvernement des hommes eux-mêmes. Coupés des organisations qui massifient l’effet du pouvoir dans les oppositions ou qui densifient les politiques des gouvernements élus, les intellectuels bien-pensants sont des imposteurs permanents. En fait, l’engagement devrait être incontournable. Cela urge en raison du retard culturel, économique et politique massif des sociétés africaines contemporaines, qui ne peuvent pas se payer le luxe d’avoir des intellectuels qui critiquent, mais ne s’impliquent jamais effectivement dans la réalisation des idées qu’ils proposent, se retirant dans les aises de leur tour d’ivoire de bien-pensants. A qui incombe-t-il d’éduquer les jeunes citoyens, dans les écoles, lycées, universités et médias africains, si ce n’est aux intellectuels qui promeuvent par ailleurs des concepts d’amélioration de la condition humaine collective ? A qui incombe-t-il de s’impliquer auprès des gouvernements légitimes africains pour leur apporter la plus-value théorique dont ils ont besoin pour réussir leurs programmes émancipatoires ?  Aux intellectuels responsables, qui savent quand assumer leur statut révolutionnaire et quand s’imposent plutôt leurs tâches  d’intellectuels organiques. C’est dans cette in-quiétude que gît le sens de l’avenir de l’homme sous les tropiques.

Car finalement, rien de pire ne peut arriver à l’Afrique contemporaine que le triomphe de cette sorte d’indifférence inavouée, typique de la posture du bien-pensant, qu’Antonio Gramsci dénonçait en des termes profonds dans Pourquoi je hais l’indifférence :

« Je hais aussi les indifférents en raison de l’ennui que me procurent les pleurnicheries des éternels innocents. Je demande des comptes à chacun d’entre eux : comment avez-vous assumé la tâche que la vie vous a confiée et qu’elle vous confie tous les jours ? Je demande : qu’avez-vous fait, et surtout, que n’avez-vous pas fait ? […] Dans mon camp, personne ne reste à la fenêtre pour regarder un petit nombre se sacrifier et se saigner en se sacrifiant. […] Je suis en vie, je suis résistant. C’est pourquoi je hais ceux qui ne résistent pas, c’est pourquoi je hais les indifférents. »

Antono Gramsci, « Sans signature », La Citta futura, 11 février 1917 », in Pourquoi je hais l’indifférence, Editions Payot, Paris, 2012, p. 58-59

 

 

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 13:19
 
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Une tribune internationale de Franklin Nyamsi
Professeur agrégé de philosophie, Paris, France
 
Dans la carrière d’un homme politique, il y a des discours qui comptent longtemps, comme il y a des œuvres qui l’inscrivent dans l’immortalité des consciences lucides. Cela arrive au surplus chez des figures politiques qui sont parvenues à tenir ensemble les énergies du Vrai, du Beau et du Bien. Dans le cas de Guillaume Soro, on verra la jonction sublime du courage de dire la vérité,  de la politique et de l’art atteindre son efficacité magistrale dans un discours qui en dit long sur la vision politique qui sous-tend des engagements quotidiens persévérants. L’histoire longue dira, je le crois assurément, que la visite officielle de Guillaume Soro, accompagné d’une formidable délégation de députés de l’Assemblée Nationale ivoirienne au Parlement Congolais du 14 au 17 mars 2013, fait partie de ces événements-oeuvres qui s’inscrivent subtilement dans l’immémorial, car elles montrent le savoir-faire politique à l’œuvre, dans la capacité de rassembler ce qui est épars, de saisir l’occasion propice dans l’instant même où elle se livre, de s’unir symboliquement aux plus profonds désirs des peuples, y compris des désirs longtemps demeurés inconscients, car non-formulés par une parole et une présence qui libère les cœurs et inspire les âmes.
J’étais à Kinshasa, j’ai vu Guillaume Soro vaincre les inexactitudes qu’une certaine opinion d’Afrique centrale s’acharne inutilement à coller à son image. J’étais à Kinshasa, d’un bout à l’autre d’une visite dont je voudrais dans les lignes qui suivent conter la hauteur symbolique, politique, intellectuelle. J’étais à Kinshasa aux côtés du président Soro et j’ai vu l’accueil extraordinaire du Parlement congolais à cet hôte singulier. J’étais à Kinshasa, et j’ai vu le peuple congolais dans toute sa diversité, à travers notamment son Parlement, sa presse et ses artistes, saluer le discours et les actes, que dis-je la pédagogie politique déployée par Guillaume Soro. La présente tribune est donc consacrée à répondre à trois questions relatives à cette visite : 1) Pourquoi Guillaume Soro s’est-il rendu à la tête d’une aussi importante délégation de parlementaires en terre congolaise, à des milliers de kilomètres des frontières ivoiriennes ? 2) Comment s’est déroulée la rencontre entre Guillaume Soro et le peuple congolais, à travers notamment sa représentation nationale de 500 députés en la Maison du Peuple de Kinshasa le 15 mars 2013 ? 3) Quelles leçons le discours anthologique de Kinshasa et sa réception dans l’opinion nous permettent-ils de tirer sur les prétentions d’un certain panafricanisme dogmatique à tenir le pavé de l’idéologie de la modernité africaine contemporaine ? On comprendra, à l’analyse de mes réponses à ces trois questions, le choix du mot « monumental »  que je fais à dessein pour saisir la portée de la visite historique du chef du Parlement Ivoirien à Kinshasa.
 
I
Genèse d’une odyssée réussie : pourquoi Guillaume Soro est-il allé au Congo ?
 
Les langues mal châtiées ont tôt fait de nous dire : si Guillaume Soro bouge autant, d’Abidjan à toutes ces villes de l’intérieur qu’il a écumées,  de Singapour à New York, de Hong Kong à Montréal, de Tokyo à Malabo ou de Paris à Kinshasa, ce serait par ennui au parlement. Mais comment quelqu’un qui s’ennuie aurait-il pu remettre le parlement ivoirien au cœur de toutes les organisations internationales que l’incurie du FPI avait éloigné pendant dix ans de la Côte d’Ivoire ?  Comment quelqu’un qui a accompagné l’orientation de lois révolutionnaires sur l’égalité des sexes, sur l’apatridie, sur la famille, peut s’ennuyer une seconde.  La réalité sur les voyages de Guillaume Soro, en fait,est la suivante : Guillaume Soro a choisi, parmi les piliers essentiels de son action pour activer la relation élus-électeurs, de représenter les intérêts des populations locales ivoiriennes jusqu’au bout du monde. C’est l’essence de la diplomatie parlementaire de tisser des liens plus subtils entre les peuples spatialement éloignés, afin de favoriser des projets de co-développement, de solidarité, de partage d’expériences et de partages humains qui rendent durables la paix, la justice et la concorde internationales que les seules voies traditionnelles de la diplomatie ne suffiraient pas à garantir. Mieux encore, la réalité est aussi la suivante : Guillaume Soro, du fond de son combat contre l’exclusion, au cœur de son engagement héroïque de 2002 avec le MPCI, a toujours eu en perspective l’habitation du monde dans sa diversité humaine, culturelle, économique et politique. Ami de l’Etranger, de l’Orphelin et de la Veuve, il sait qu’un pays n’est humain que si sans frilosité, il est organisé de telle façon que l’Autre ne lui soit pas allergique, mais complémentaire. Un pays n’est vivant que s’il respire du souffle fécond de l’âme du monde, qui vit à travers les organisations et les relations internationales. Car enfin, comme de juste, c’est précisément dans le cadre l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie ‘(APF), réunie au mois de février à Paris, que Guillaume Soro, connu pour le record d’invitations de personnalités étrangères exceptionnelles aux travaux du parlement ivoirien, a réussi à tisser l’exceptionnelle fraternité de vie et de travail politique qui le lie désormais à Aubin Minakou, Président de l’Assemblée Nationale de la République Démocratique du Congo. La coopération parlementaire, ajoutée aux dispositifs régaliens de l’exécutif, n’est-elle pas le maillon manquant des scènes politiques africaines où de nombreux parlements sont demeurés inconnus les uns aux autres depuis les Indépendances ? Aubin Minakou et Guillaume Soro ont œuvré en précurseurs de nouvelles aubes pour leurs pays et pour l’Afrique. De même, l’ambiance exceptionnelle d’humanité qui aura régné pendant les différentes audiences et visites officielles, telle celle de Guillaume Soro au président du Sénat, le Doyen Kengo Wa Dondo, fut mémorable. C’est donc pour concrétiser l’union des peuples par le commerce interparlementaire que les deux jeunes présidents des parlements ivoirien et congolais ont décidé de nous offrir l’événement-œuvre de Kinshasa, trois jours de haute portée symbolique passés sur les bords sublimes du puissant fleuve Congo, roulant ses flots avec cette vigueur qui, des hauteurs de l’Hôtel du Fleuve Congo à Kinshasa, ne peut qu’appeler la conscience africaine à ses devoirs de perfection.
 
II
 
Comment s’est déroulée la visite officielle de Guillaume Soro au Congo ?
 
D’aucuns, habitués à lire les cancans mal assurés de certaines presses, auraient juré que Guillaume Soro se rendait au Congo en terre hostile. Servis par les potins de foire de ces prétendus patriotes africains qui cassent de l’Africain au quotidien chez eux tout en proclamant allègrement à la face du monde leur haine de l’Occident, un certain public mal renseigné voyait dans la visite de Guillaume Soro au peuple congolais, un événement insignifiant, une pure tournée de parade, ou mieux, une simple virée entre potes. Il faut dire encore ici que trop peu d’Africains lisent. Et parmi ceux qui lisent, trop peu prennent la peine de bien le faire. Un drame de notre culture contemporaine ! N’a-t-on pas osé confondre Gbagbo à Lumumba ? N’a-t-on pas posé l’équation simpliste qui identifie la rébellion ivoirienne de 2002 à la rébellion katangaise des années 60-70 ? N’a-t-on pas présenté le boulanger roublard de Mama comme le plus rusé des résistants africains depuis Soundjata Kéita ? N’a-t-on pas abondamment servi au peuple congolais la haine de l’Occident comme unique réaction appropriée face au drame ivoirien ? Toutes ces supputations, au regard de la réalité vécue de la visite de Guillaume Soro au Congo crèvent à l’air comme des ballons de baudruche. De son accueil à l’aéroport de Kinshsa-Ndjili jusqu’à son entrée dans l’Hôtel majestueux du Fleuve Congo aux bords du puissant cours d’eau qui relie Kin à Brazza, Guillaume Soro, au cœur d’un impressionnant dispositif d’accueil chaleureux et protocolaire, était attendu, a été reçu et accompagné comme un vrai enfant du pays, un mwana mboka sans obstacles. Sourires, attentions, accolades, humour, sensibilité, précautions sans fin, révérence et estime mutuelle, dialogues francs et confiants,  voilà des mots qui siéent à la description rigoureuse de l’accueil reçu par le député de Ferkéssédougou à Kinshasa. Est-ce donc tout ? Me diriez-vous ?
Que nenni. Des raisons pullulent, qui expliquent l’accueil magnifique du peuple congolais, et notamment de ses élus aux parlementaires ivoiriens. Guillaume Soro n’est pas seulement une curiosité pour toute l’Afrique centrale, comme la présence à ses côtés d’une forte délégation féminine avec la très remarquée députée PDCI de Cocody, Yasmine Ouégnin Guessend, fidèle au poste, animant de sa jeune et vive expérience, le rythme de la visite. Il faut avoir davantage compris que nous faisons face à un phénomène de civilisation inouï. J’ai expliqué ailleurs, malgré des cris d’orfraie du reste compréhensibles quand ils viennent de loosers naturels, que Guillaume Soro incarne le désir d’une modernité politique africaine renouvelée par un changement générationnel et qualitatif. C’est le leader évident de la génération qui partout en Afrique, aspire et se prépare à assumer ses tâches destinales. Guillaume Soro, c’est une marque, que dis-je, la présence d’un style nouveau d’homme politique : jeune, il est très expérimenté. Cela est très rare.  Sa figure est archétypale. A largement moins de quarante-cinq ans, il a connu ce que seuls des hommes politiques de quatre-vingt ans peuvent se targuer d’avoir vécu : leader syndical remarquable, plusieurs fois prisonnier politique, plusieurs fois ministre, ministre et premier ministre de deux présidents de bords différents, plus jeune président d’assemblée nationale du continent, voyageur expérimenté dans les cénacles de la diplomatie africaine de proximité, dauphin constitutionnel choisi par le président de la république   Alassane Ouattara, Guillaume Soro a tout pour être l’énigme qui fascine les intelligences et ne peut qu’exciter dès lors toutes les curiosités.
Il y a mieux : Guillaume Soro, avant d’être allé au Congo le 14 mars 2013 était déjà doublement congolais dans l’âme. Entrer dans un pays n’est jamais aussi aisé que lorsqu’avant de le visiter en chair, ce pays vous habite déjà en esprit. Dans le cas du Congo, Guillaume Soro l’habite depuis sa tendre jeunesse dans son cœur, à la source des émotions esthétiques qui sculptent la sensibilité intérieure d’un être humain. Je veux dire que Guillaume Soro habite depuis longtemps symboliquement le Congo par l’art et par la politique. Par l’art, Guillaume Soro, fils adoptif du Fleuve de l’inspiration, a l’âme congolaise parce qu’il est un singulier adepte de la rumba, du zaiko, du ndombolo, etc. et un ami fidèle de tous les grands artistes que compte le pays. J’ai vu palpiter l’amour de Guillaume Soro pour l’art  et les artistes congolais et l’amour  de l’art et des artistes congolais pour Guillaume Soro. Que d’akapellas sur les moindres sorties du mécène ivoirien !  Et comment oublier, pendant les pauses de cette visite officielle, le spectacle du talent pur offert à nos sens par ces sommités du Congo que Guillaume Soro sublime ? Il aime les sonorités du lingala et les cadences des Franco, Tabuley, Pépé Kallé, Tshala Muana, Mbilia Bel, Mpongo Love, Papa Wemba, Koffi Olomidé, Werrasson, Jean Bedel Mpiana, Ferre Gola, Fali Ipupa, et bien d’autres monuments de la musique que ce pays a merveilleusement générés. Or l’art du Congo n’a-t-il pas vaincu tous les obstacles de la tribu, de l’ethnie, de la nation et même de la race, pour devenir ce message universel de joie, de bien-être et de fraternité que les concerts des grands congolais véhiculent à travers la planète ? L’autre entrée de Guillaume Soro dans la conscience congolaise, c’est incontestablement son admiration réfléchie pour les héros que furent Lumumba, Mulele, ou Kimbangu, porteurs de graines de la civilisation de gauche, mais aussi du vif désir d’émergence d’une large autonomie africaine, que l’ex Secrétaire Général de la FESCI, portera à jamais dans son flanc et ses gênes politiques.
Qui n’a pas rêvé des rêves de Lumumba et Mulélé, de Cabral, de Sankara, de Sélassié, de Houphouët-Boigny, de Mandela, de Nasser, de Kenyatta ou de Ruben Um Nyobé pour l’Afrique ? La solidarité est une expérience concrète de proximité respectueuse envers le prochain. Dès qu’il a mis les pieds à Kinshasa, Guillaume Soro mandatait ses conseillers de rechercher le contact de la famille Lumumba afin de lui adresser ses hommages. C’est ainsi que je représentai personnellement le Chef du Parlement Ivoirien le 16 mars 2013 auprès de Roland et Pauline Lumumba, dans la résidence historique du premier gouvernement du Congo Indépendant, où ils logent encore dans des conditions convenables. Dans l’audience accordée en ma présence au fils Lumumba, Guillaume Soro revenait sur les arcanes sacrés du rêve d’unité africaine, dégageant avec Roland Lumumba, patron de la fondation qui porte son nom, une vision pragmatique de l’Afrique solidaire que le destin nous impose de bâtir.  Guillaume Soro, au fond, souhaitait que l’on dise aux Lumumba que leur combat a semé l’essentiel : la conscience de la portée stratégique de l’émergence congolaise pour tous les peuples d’Afrique. C’est donc aussi incontestablement par cette deuxième fibre politique que Guillaume Soro a victorieusement frappé à la porte des Congolais en abordant magistralement le maître-thème de son discours d’anthologie du vendredi 15 mars 2013 à la Maison du Peuple de Kinshasa :[1] le panafricanisme. Il nous faut maintenant aller au fond de cette affaire pour comprendre de quel bois le chef du Parlement Ivoirien se chauffe.
 
III
Enjeux d’un discours d’anthologie
 
Nous en aborderons le fond et la forme, afin que nul ne l’oublie. Incessamment applaudi par l’Assemblée hôte durant les près de quarante minutes de son speech, Guillaume Soro a livré un discours qu’un député congolais de mes rencontres a qualifié de « leçon magistrale sur le panafricanisme ». Les réactions d’autres collègues de ce député paraissent ce jour sur congo.net vision[2]. Les sceptiques chroniques pourraient y trouver une bonne cure de désintoxication. La démonstration fut imparable. Elles indiquent l’extraordinaire chemin accompli par l’opinion parlementaire congolaise sur la nature de la crise ivoirienne. Parti des hauteurs de l’art musical congolais, Guillaume Soro en a tiré la preuve que le Congo ne manque pas symboliquement des ressources humaines pour produire l’excellence. Toute la question politique du Congo ne serait-elle pas de transférer la générosité et le pluralisme artistiques dans la sphère de la politique pour que se lève, grand comme son fleuve impressionnant, le monteur congolais que toute l’Afrique attend ? Analysant la générosité intellectuelle du Congo pour l’Afrique, Guillaume Soro a montré comment les Garvey, Dubois, Malcom X, Césaire, Senghor, Houphouët, Um Nyobé, Nyerere, Nkrumah,  Lumumba, Mulélé, et bien d’autres africains contribuèrent à la définition plurielle du panafricanisme dont nous avons parfois hérité dans la confusion.
 Le chef du parlement ivoirien montrera cependant que malgré les divergences qui caractérisaient ses contributions autant que leurs convergences, l’important est dans l’esprit de l’unité que ce débat avait semé.
Or, poursuit démonstrativement Guillaume Soro, il y a aujourd’hui, manifestement, deux conceptions concurrentes de l’unité panafricaine : l’une, issue de l’idéologie du repli identitaire, aboutit au panafricanisme dogmatique, c’est-à-dire à la déculpabilisation et à la déresponsabilisation absolues des Africains en vertu de leur haine commune du bouc-émissaire occidental, qui alors devient l’homme à abattre, à l’exemple de ceux qui proférèrent le slogan  « A chaque ivoirien, son français », dans un certain patriotisme ivoirien fort douteux. Le panafricanisme dogmatique aboutit donc à l’exclusion, à l’indigence intellectuelle et morale, à la violence et la guerre de tous contre tous.
La seconde idéologie, appelée par l’orateur « idéologie de l’illustration », requiert comme la condition même du succès du panafricanisme, une acceptation des Africains, de tous les Africains par les Africains eux-mêmes. Sortir de la nuit du colonialisme, c’est cesser, nous dit Guillaume Soro, de nous comporter envers les Africains au Congo, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, exactement comme nous voudrions que la France, la Belgique, et tous les Etats puissants du monde se comportent envers les Africains en général. On aboutit ainsi à la démocratie, véritable panafricanisme autocritique qui oblige à aller par le dialogue, le compromis et le consensus à l’émergence de l’intégration unitaire qui donnera au Congo son rôle de moteur principal de l’émergence africaine du XXIème siècle. 
C’est alors que Guillaume Soro a surpris son auditoire en parlant des enseignements de la crise ivoirienne. Ainsi, n’est-ce pas parce qu’il a souscrit à l’idéologie du repli identitaire que Laurent Gbagbo en assume les conséquences fâcheuses aujourd’hui à La Haye ?  Qui oserait voir un progressiste dans un homme qui a incité à la haine du Malien, du Burkinabé, du Guinéen, bref de l’Africain par des Africains ?
Du grand art ! Dès lors, confronté à l’épreuve de cette évidente imposture des panafricanistes dogmatiques, Guillaume Soro, prônant un panafricanisme autocritique qui s’affirmerait par l’illustration concrète des qualités africaines par les œuvres, va donc monter en puissance vers l’affirmation de la nécessaire émergence de l’Etat-continental africain du Congo comme condition de toutes les autres émergences africaines que la souffrance des populations rend impératives : les révolutions agricole, industrielle, économique, écologique et géostratégique de l’Afrique. Il faut avoir entendu vibrer le 15 mars 2013 les paroles que voici :
« Je vous le dis : Comme la Chine, quand le Congo s’éveillera de toutes les forces et de tous les génies que la Providence et la nature lui ont si généreusement offerts, l’Afrique s’élèvera à partir de son puissant moteur congolais au diapason de la responsabilité planétaire de l’humanité. L’Afrique souhaite que son Etat-continent, ce providentiel Congo que les lettres de Lumumba tracèrent avec élégance, s’enracine dans ses valeurs et donne, tel le majestueux fleuve qui unit cette ville à Brazzaville, toute la mesure de sa puissance. »
L’assemblée était conquise : le roulement de tambour des pupitres en émoi envahissait l’espace. C’était le fils de Diawala au diapason de son destin. La large clameur de joie qui a accompagné ce discours ne permet-elle pas, sans forfanterie, de dire que Guillaume Soro a inscrit son dire dans la sphère des choses qui ne passeront point ? Il a, avec humilité, monumentalisé l’exigence que les Congolais se retrouvent dans l’unité afin que l’Afrique se retrouve et s’unisse dans le Congo. Monumentaliser, c’est donner statut de symbole fort à ce qui était certes apprécié, mais encore trop sous-estimé : le lien entre les succès mondiaux de l’art congolais et les attentes d’émergence politique que les plus de 2 millions de km2 du pays rendent légitimes. Incontestablement, le chef du Parlement Ivoirien a montré et affirmé un cap que nous pouvons regarder comme un enjeu de bonne espérance pour tous les gens de bonne volonté qui observent notre continent. Oui, ce que nous avons vu, bien au-dessus du lot des discours de haine et de courte vue qui s’empoisonnent de leur propre poison, c’est bel et bien un Guillaume Soro monumental au Congo. En rapprochant ainsi deux peuples alliés par l’amour du Beau, sur le plan plus exigent de l’amour du Bien, les parlementaires de tous bords qui ont créé le Groupe Parlementaire d’Amitié Ivoiro-Congolais ouvrent la voie à une coopération afro-africaine exemplaire. Saluons-en l’augure destinal !
 


[1] Voir l’intégralité de ce discours du 15 mars 2013 sur http://www.blogguillaumesoro.com/
 
[2] Voir sur The Voice of Congo, cet extrait : http://www.youtube.com/watch?v=xPYuHSUH7rc
 
Une tribune internationale de Franklin Nyamsi
 
Professeur agrégé de philosophie, Paris, France
 
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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 18:21
BombetYao Ndré
 Tia Koné
2ème partie
 
Pour une éthique de la Justice, de la Vérité et du Pardon 
 
Une tribune internationale de Franklin Nyamsi
 
Professeur agrégé de philosophie, Paris, France
 
 
 
Lorsqu’on vous fait du tort, pis encore, lorsque vous êtes victime d’un crime, que diriez-vous d’une autorité qui vous imposerait a priori de pardonner aux coupables, sans même qu’ils ne se soient manifestés, exprimés ou repentis ? Vous avez devant vous une gamme de choix possibles : a) soit vous acceptez de bon gré ou par contrainte de pardonner sans autre forme de procès aux criminels, à leur propre insu, ce qui conduit naturellement à nier le crime et à conforter le criminel dans sa posture d’indifférence cynique ; b) soit vous annoncez que vous êtes prêt à tout pardonner, à condition qu’il y ait repentance sincère des coupables et dans ce cas vous ouvrez le champ à une possible transaction raisonnablement juste entre les parties impliquées ; c) soit vous vous rebellez contre l’autorité inquisitoire, requérez la justice, rien que la justice, en raison de ce que vous considérez comme de l’impardonnable dans les crimes commis, au sens où Vladimir Jankélévitch[1] parlais de l’imprescriptibilité et de l’impardonnabilité de la Shoah perpétrée par les Nazis contre près de six millions de Juifs. Dans quelle situation se trouvent donc les Ivoiriens spoliés par les décisions iniques des rétropédaleurs Bombet, Tia Koné ou Yao Ndré ? Ont-ils le fusil à la tempe avec l’injonction d’accorder leur satisfecit à ces acteurs majeurs de la tragédie nationale depuis le décès de Félix-Houphouët-Boigny ? Les victimes des doctrinaires de l’ivoirité sont-elles plutôt en situation de donner une chance de retour en grâce à ces messieurs qui bousillèrent l’espérance démocratique ivoirienne par les actes d’exclusion monumentale qu’ils perpétrèrent ? Les victimes ivoiriennes sont-elles enfin en situation d’opposer une fin de non-recevoir au recyclage des vedettes de la dérive identitaire des décennies précédentes ? J’annonçais dans la première partie de cette tribune sur le phénomène Ndré-Tia Koné- Bombet, que «  2) Je voudrais ensuite m’interroger sur les avantages et inconvénients de cette nouvelle tactique politique dans le cadre d’une vision stratégique et éthique du processus de la réconciliation ivoirienne. 3) Je voudrais enfin montrer pourquoi, une éthique de la justice et du pardon est infiniment préférable à la psychologie du rétropédalage politique que nous donnent tristement à voir ces gloires sinistres et cyniques des temps anti-démocratiques révolus. » Qu’il plaise donc aux lectrices et lecteurs de ma tribune internationale de prendre connaissance de la suite annoncée de mon analyse.
 
I
 
L’impunité : un malaise dans la civilisation[2]
 
Nous sommes en plein malaise dans la civilisation sous les tropiques. On se plaint dans tous les pays africains contemporains de la prospérité anormale d’un mal : l’impunité. Mais jamais on a autant œuvré pour perpétuer l’impunité. Singulière contradiction ! C’est ce jeu de dupes que j’appelle « l’art de noyer le poisson à l’africaine ». Tout se passe donc comme si l’on n’invoquait  négativement l’impunité que pour la renforcer tout de go, en l’estimant assez flétrie des flagellations verbales qu’on lui inflige obsessionnellement, un peu comme un garnement désinvolte sur lequel on crie très fort pour lui épargner la fessée.  Qu’est-ce que c’est donc, au juste que l’impunité ? C’est d’abord le fait de laisser impunis, pour X ou Y raisons, les crimes commis par des personnes précises, reconnues et identifiées comme telles. Evidemment l’une des raisons majeures est liée au rapport de forces persistant à l’avantage du criminel. Mais il y a pire : on excuse souvent les crimes contre les autres parce qu’on espère ainsi faire excuser les siens propres. L’impunité, loin d’être simplement un acte d’abandon de la victime au coupable, est aussi la création d’un monde de confusion entre victimes et coupables : tous sont coupables et tous sont victimes dans ce monde-là, par conséquent, nul n’est responsable. Ce monde est malaisé, car on y perd tous les repères, l’avenir se bouche, tout et n’importe quoi redevenant possible, notamment le sacrifice de nouveaux boucs-émissaires. Qui ne comprend pas mieux ainsi le fin mot de la déclaration de Paul Yao Ndré, revenant sur la décision inique du Conseil Constitutionnel du 3 décembre 2010, sous le motif extraordinaire que tous les Ivoiriens se seraient laissé posséder par le diable ?  Qui ne comprend pas clairement l’ambiguïté d’un Tia Koné s’excusant d’avoir proclamé l’exclusion d’Alassane Ouattara de la présidentielle 2000 pour « nationalité douteuse » et s’empressant aussitôt de dire qu’il ne s’agissait point d’un déni de citoyenneté et que globalement cela tenait à l’ambiance de crise de repères ivoiriens des années 90-2000 ? Qui ne voit pas, dans l’insistance hardie d’un Bombet à dire mille fois merci à Alassane Ouattara dans toutes les saveurs des langues de l’ouest, la volonté de faire comme si lorsqu’il décrétait autrefois apatride, c’était simplement pour faire la volonté d’un autre, auquel cas Bombet aurait lui-même été victime de son obéissance à sa hiérarchie politique ?  Il est clair qu’il faut résolument mettre fin à l’ère archaïque de la confusion allègre entre victimes et coupables. Le monde de l’impunité et la pratique de l’impunité ne sont rien d’autre que la perpétuation, par la force ou par la ruse, du droit du plus fort qui n’est pas un droit, mais une pure et simple voie de fait. La réconciliation bruyante, tapageuse, pressée et vague, qui passe par l’impunité est un déni de justice et un refus d’humanité. Elle ne conduit jamais à la paix des cœurs, celle qui fait le lit de la démocratie, du progrès et du bien-être des peuples et des citoyens. L’impunité est l’antichambre de l’ordre antidémocratique ancien, car elle offre une solution de continuité politique à ceux qui ont occasionné les drames d’hier et qui, en se recyclant dans la classe politique, vont paradoxalement profiter des crimes pour lesquels ils n’ont pas été punis, au détriment de leurs victimes.
 
II
 
Le chantage à la repentance
 
L’autre technique conduisant aux impasses de la pseudo-réconciliation, c’est le chantage à la repentance. A défaut de déguiser les victimes en coupables pour pouvoir mieux innocenter les coupables, la foire africaine à la réconciliation rentre dans une logique de comptoir qui pose sur le même pied d’égalité les agresseurs et les résistants, les provocateurs de la tragédie et ceux qui leur ont fermement et courageusement opposé leur refus : « je vous pardonnerai si vous aussi me demandez pardon », dit le sophiste de la pseudo-réconciliation, oubliant que c’est d’abord lui l’agresseur, mais alors lui seul. Si vous tentez d’étrangler un homme et qu’il vous repousse pour échapper à votre emprise mortelle, il peut vous arriver de chuter mortellement. Si vous en mourrez, qui est assez stupide pour nier que vous n’avez malheureusement pas pu bénéficier de votre tentative d’assassinat ? Tous les homicides ne sont pas des crimes, comme toutes les guerres ne sont pas injustes. Lorsque la machine de guerre du FPI s’empare du pouvoir en octobre 2000, elle annonce les conditions de sa défaite ultime par l’acte originel et délibéré qu’elle pose : le charnier de Yopougon, tout comme le refus de reprendre les élections présidentielles annoncèrent que Laurent Gbagbo et les siens avaient décidé de régner par la Terreur et qu’ils refuseraient de quitter le pouvoir par les urnes silencieuses et pacifiques de l’élection 2010. Le chantage contemporain de nos rétropédaleurs à la repentance de tous comme condition de la leur n’est donc rien d’autre que la contestation pure et simple de l’échelle des responsabilités. Celui qui m’impose de m’accuser moi-même, de faire le mea culpa de mes fautes imaginaires pour obtenir en retour le mea culpa de ses fautes réelles veut en réalité diluer ses fautes réelles dans mes fautes imaginaires. C’est un tour de passe-passe où la victime culpabilisée par le coupable, déculpabilise naïvement le coupable pour espérer qu’il se culpabilise. L’opération réciproque n’aura jamais lieu : si c’est par la faute imaginaire d’Alassane Ouattara et de Guillaume Soro qu’une insidieuse idéologie de l’ivoirité a jeté des Ivoiriens les uns contre les autres, alors il devient aisé pour nos arrogants maîtres-chanteurs de la Refondation de dire qu’ils ont aussi été réellement victimes de l’illusion de l’ivoirité qui les a instrumentalisée inconsciemment. Il s’ensuit une situation vertigineuse. La repentance des victimes ayant été posée comme la condition de la culpabilisation des coupables, l’absence de l’une entraîne celle de l’autre. Mais la présence de la repentance des victimes n’entraîne pas la culpabilisation des coupables. Le chantage à la repentance est donc lui aussi l’antichambre de la perpétuation du prétendu droit du plus fort. Par voie de conséquence, la remise en ordre de l’ordre et de la succession des responsabilités dans la tragédie nationale ivoirienne est la condition sine qua non d’une vraie réconciliation. Cela n’étant possible ni dans l’impunité, ni dans le chantage à la repentance, que reste-t-il dès lors à faire ?
 
 
 
III
 
Justice, Vérité et Pardon
 
On doit en revenir aux piliers immortels des sociétés humaines quand on veut émerger d’une période tragique. On doit réinvestir les forces symboliques de la Justice et de la Vérité pour reconstruire le temple de l’homme déchu. Justice et Vérité, finalités dernières de l’ordre humain, sont des fondements –des instruments et des buts -  qui le redressent et l’élèvent à la dignité du Bien qui est au-delà de tous les êtres. La justice est le caractère de ce qui est droit. Elle requiert le dire du droit, la juridiction. Il faut donc que les crimes présumés en Côte d’Ivoire fassent l’objet d’enquêtes, d’établissement des responsabilités et preuves, puis de jugements impartiaux, avec la possibilité pour les victimes et les coupables présumés de se défendre par toutes les voies légales et légitimes. On voit donc aussi que la justice est le caractère d’un droit qui dit vrai, qui dit le vrai entre des parties en conflit, une véridiction. Juridiction et véridiction sont liées comme l’éthique et la science, jamais l’une sans l’autre, dans une société qui veut surmonter le malaise que le chantage à la repentance et l’impunité instaurent. La Justice, comme son alliée la Vérité, doivent remonter aussi loin que les douleurs vives le requièrent, afin qu’elles soient reconverties en désir de vivre de nouveau ensemble, dans un monde meilleur car apaisé par des institutions louables et nobles. Ce n’est qu’au sommet de cette clarification première que les victimes – si elles le veulent enfin- peuvent humainement et utilement pardonner car la réparation symbolique et matérielle des torts subis a atteint son summum d’humanité. Ce n’est qu’au bout d’une telle démarche que l’Etat, incarné par son Chef élu, ses Députés et ses Magistrats peut, en vertu des pouvoirs à lui conférés par le peuple, procéder à la grâce, à l’amnistie, aux remises de peines qui confirment non seulement que la force de fait appartient au droit, mais aussi que la force morale du pardon est au cœur de l’action de l’Etat. Car pardonner, c’est le don d’une liberté à une autre liberté, la confiance faite par la victime en la capacité de repentance du coupable, leur commun désir de se reconnaître à nouveau, mais sans oubli ni fusion illusoire, une humanité réciproque. Le pardon, en tant que don, ne saurait être dès lors une contrainte, mais une libre obligation dont chacun se doit de trouver les ressources morales en son propre amour de l’humain.
 
Quelles conséquences pour nos rétropédaleurs ivoiriens et africains en général ? Ce sont des loups dans nos bergeries politiques. La première conséquence me semble être qu’il faut, sans coup férir, et cela tôt ou tard,  les juger et ne pas se fier naïvement à leur rhétorique de l’impunité ou à leur chantage à la repentance. La seconde conséquence est qu’il faut retirer à ceux par qui la tragédie  a été possible, la confiance de l’action publique en les astreignant, à l’issue de leurs condamnations et au besoin à travers celles-ci, à ne plus occuper de charges publiques comparables ou supérieures à celles qu’ils instrumentalisèrent gravement contre la Justice et la Vérité. La troisième conséquence est qu’il faut retirer le privilège de la politique-spectacle aux rétropédaleurs, en inscrivant les crimes qu’ils ont rendus possibles ou accomplis dans la mémoire durable des citoyens, à travers des procès publics, documentés et commentés pour les générations actuelles et futures. C’est ainsi que l’Afrique, à travers la démocratie comme style de vie dans la juridiction et la véridiction, sortira de son malaise civilisationnel, en apprenant de ses fautes et erreurs, comme de ses nombreux succès.
 


[1] Vladimir Jankélévitch, L’imprescriptible (Pardonner ? Dans l’honneur et la dignité), Paris, Seuil, 1986
[2] Je mobilise ici une métaphore freudienne, mais en un sens nouveau. Pour Freud, « le malaise dans la civilisation » ou la conscience morale de l’homme naîtrait de la contrainte exercée par la société sur les désirs individuels. Pour ma part, je parle d’un malaise civilisationnel qui viendrait précisément de l’absence de conscience morale, du débridement des pulsions ou loi de la jungle. Voir Sigismund Schlomo Freud, Le malaise dans la civilisation, Edition Points, 2010.
 
  
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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 21:06

(2èmepartie)

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« L’homme n’est ni ange, ni bête ; mais le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête».

 Voltaire

Un décryptage de  Franklin Nyamsi

Professeur Agrégé de philosophie

Docteur de l’Université de Lille 3

 

 

 Venons-en maintenant aux deux exemples majeurs qui constituent finalement la très fragile colonne vertébrale du propos du professeur Mamadou Koulibaly dans sa saillie[1]du 28 décembre 2012 contre le Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire : le propos porte d’une part sur l’invisible bilan de Laurent Gbagbo que Mamadou Koulibaly s’efforce monstrueusement de faire endosser au couple Gbagbo-Soro, et d’autre part l’exemple « moins évident », reconnaît l’ex-député de Koumassi, des motivations réelles de le rébellion du MPCI en 2002 que Mamadou Koulibaly fixe dans le seul désir grossier de jouir des nourritures terrestres dont la Côte d’Ivoire regorge. Je dois dire que nous affrontons malheureusement ici la partie la plus décevante du propos de Mamadou Koulibaly. Il faudra et il suffira de montrer que les postulats de la démonstration koulibalienne sont faux pour que tout le monde comprenne que ses conclusions sont tout aussi fausses, car sapées en leur prétendu fondement même. Si vous dites que 1+1=3 et que 2=1+1, vous dites logiquement que 2=3. Cela est formellement logique, mais la garantie matérielle de votre démonstration n’est pas établie. La vérité formelle n’est pas forcément conforme à la vérité matérielle.

 I° Car en ce qui concerne le premier exemple, Mamadou Koulibaly, qui fuit comme la peste l’épreuve du Miroir qui le confronterait à son propre bilan, le construit sur une décision irrationnelle d’occulter le contenu réel du bilan de la Refondation, au motif fallacieux qu’il ne saurait être objectif, la diversité des points de vue étant à cet égard un obstacle insurmontable. N’y aurait-il pas alors diversité de points de vue sur le bilan de Guillaume Soro ? Comment Mamadou Koulibaly peut-il enjamber le bilan des 10 années qu’il a passées aux côtés de Laurent Gbagbo pour en venir à lier Guillaume Soro à ce même bilan en s’en exemptant lui-même lâchement? S’il ne sert à rien de revenir ici sur le contenu du bilan de Gbagbo, à quoi sert-il d’en attribuer les échecs à Soro ? Peut-on d’une part dire qu’il n’y a rien et d’autre part tirer tout de rien ? Voilà le tour de chapeau auquel notre prestidigitateur du LIDER nous invite. Nous faisons face ici à ses talents de magicien de spectacle. Mais serrons-le de près, conformément à notre méthode. Citons donc in extenso notre débrouillard de l’argumentation contestant la supériorité qualitative du bilan de Guillaume Soro au sien à la tête de l’Assemblée Nationale : « Ne regardons même pas le contenu du bilan, qui a par ailleurs été dressé plusieurs fois et qui dépend des optiques des uns et des autres. Regardons simplement la forme de cette proposition, sans défendre d’ailleurs Gbagbo, qui se promenait en bateau avec Soro sur les lagunes d’Abidjan et le présentait toujours comme le meilleur de ses premiers ministres […] ». 

Tout le monde aura mesuré la lâcheté du lâcheur Mamadou Koulibaly, qui parle désormais de Laurent Gbagbo comme d’un parfait inconnu. Que s’est-il donc passé entre nos deux larrons en foire au point que Koulibaly en vienne à jalouser les virées du Président Gbagbo et du Premier ministre d’alors Guillaume Soro sur la Lagune Ebrié ? Tout le monde aura vu le détachement cynique et indifférent avec lequel celui qui prétend avoir claqué la porte de Marcoussis en 2003 par patriotisme traite celui que le FPI persiste à nous présenter comme l’homme providentiel de la Côte d’Ivoire, le patriote éternel d’Eburnée, « l’homme de l’année 2012 » ! Or, qui ignore que Mamadou Koulibaly est politiquement, de part en part, une pure fabrication des décrets,  le fruit des nominations successives du clan Gbagbo ? Comment comprendre, avec son verbe haut et ses audaces sans bornes, qu’il ait seulement découvert dans le tard qu’il leur servait en fait de « dioula de service » ? L’homme devrait tirer toutes les leçons de l’échec foireux de LIDER aux dernières élections législatives. Or, que nenni ! Avec la sérénité de l’âne téméraire qui fonce vers autoroute, il avance bille en tête comme Don Quichotte sur ses moulins à vent. Mais l’imposture épistémologique atteint cependant ici son comble.

Voici donc une critique de bilan faite sans examen rigoureux de contenu par un professeur d’université. N’est-ce pas une insulte au principe d’objectivité qu’il revendiquait fièrement par ailleurs (Voir argument n°3 de la 1ère partie)? La critique s’avoue purement formelle et non substantielle. C’est donc une critique inspirée par la logique du vide. Mamadou Koulibaly aurait-il un tant soit peu approfondi les matières de la logique formelle qu’il comprendrait que dans une science appliquée comme la science politique, une vérité formelle sans ancrage expérimental est pur bavardage. Et c’est bien pour se fuir que Koulibaly s’enferme dans ce superficialisme qui ne l’empêche point d’égrener tous les péchés d’Israël qu’il attribue généreusement à Guillaume Soro. La critique de Mamadou Koulibaly, en se réfugiant dans la surface formelle des choses, veut donc s’en tenir à la thèse que Guillaume Soro ayant été le chef de la rébellion et le premier ministre de Gbagbo, il serait doublement comptable du bilan des Forces Nouvelles et de celui de la Refondation. Suffit-il de cette affirmation formelle pour attribuer les actes concrets des Refondateurs à Guillaume Soro ?  Ainsi,  dans l’étrange logique de Mamadou Koulibaly, si vous rendez inopinément visite à des types violents qui brûlent leur maison en votre présence et malgré votre désaccord, c’est de votre faute. Soyons sérieux ! La responsabilité de Guillaume Soro et des Forces Nouvelles pour les zones CNO a été assumée par temps de belligérance. Il va de soi, que dans toute l’histoire des rébellions du monde, rien d’aisé ne s’est bâti en temps d’exception politique. Pillages, braquages, vols et viols, rackets et casses sont malheureusement, tous camps  et époques confondus, la part obscure de toutes les périodes de graves conflits et c’est précisément pour cela que la démocratie est précieuse à ceux qui connaissent la tragédie des guerres civiles. Cela n’enlève cependant pas sa noblesse au risque pris pour sa vie au nom d’une idée supérieure de l’Humain. N’y a-t-il point de guerre juste ?

Moralement et politiquement légitime, la rébellion de Guillaume Soro, il l’a souvent rappelé, devrait se refaire si elle était à refaire. Et si dans le principe et globalement dans le fait, la victoire électorale de Guillaume Soro et de ses collaborateurs des Forces Nouvelles aux législatives 2011 prouvent que les populations du Nord les ont durablement pris en vraie affection, n’est-ce pas Guillaume Soro qui, en premier lieu a demandé pardon au peuple entier de Côte d’Ivoire pour les sacrifices qu’il lui aura fait consentir pour l’avènement de la démocratie inclusive qu’il consolide depuis mars 2012 au perchoir de l’Assemblée Nationale ? Des lois d’amnistie consensuelles au demeurant – car votées par le parlement dominé par le FPI -  ont reconnu la légitimité du droit de résistance exercé en 2002 par le MPCI. Qui a dit que la gestion d’une rébellion était une épreuve pour enfants de chœur ? Personne de sensé ! Où sont donc les pèlerins de la réconciliation du FPI et du LIDER sur le terrain ? Mais où est donc le repentir des  Refondateurs de tous poils tel Mamadou Koulibaly pour leur part d’incitation douloureuse au sacrifice dans leur camp politique ? Voici des gens qui veulent la réconciliation sans les réconciliés. La délivrance sans repentir ni pardon. La gloire sans humilité. La Côte d’Ivoire sans les Ivoiriens qui ne leur plaisent pas. Le beurre et l’argent du beurre.

II.2°) Le deuxième exemplepris par Mamadou Koulibaly pour illustrer ce qu’il entend par mensonges de Guillaume Soro, c’est la critique des motifs allégués par la rébellion du MPCI en 2002. Ils se sont rebellés pour piller la Côte d’ivoire, non pour combattre l’exclusion ivoiritaire, nous dit en somme Mamadou Koulibaly. Le poisson, décidément, pourrit toujours d’abord par la tête. Quand vous tenez donc un raisonnement de Monsieur Koulibaly, cherchez-en la tête et flairez-en les parois. Elle sent sans coup férir souvent la nécrose avancée de l’aigreur et de la fausseté. Mamadou Koulibaly conteste, sur la base d’une analyse statistique sommaire, complètement indigne d’un universitaire de son grade, la composition de la liste électorale des élections présidentielles de 2010 et des législatives de 2011. Les points de départ du raisonnement de Mamadou Koulibaly, une fois de plus, sont des postulats largement des préalables contestables, à savoir la fiabilité d’abord des listes électorales de 1995, qui avaient pourtant essuyé le boycott actif du Front Républicain (FPI&RDR) face au PDCI d’Henri-Konan Bédié et la fiabilité des listes électorales qui ont servi au hold up électoral antidémocratique co-organisé par le Général Guéi et le FPI en 2000, aux détriments du PDCI et du RDR qui représentaient plus de 60% du corps électoral. Dès lors que la base des projections de Mamadou Koulibaly, ce sont les données électorales d’institutions républicaines réputées partisanes, autant en 1995 qu’en 2000, les statistiques apparemment savantes et les conclusions qu’il en tire ne valent même pas un instant qu’on les prenne en considération. Voilà ce que le professeur Mamadou Koulibaly appellera abusivement exercice responsable de la liberté d’expression : un habillage pseudo-mathématique du mensonge politique et du négationnisme historique. L’indignité même ! Or qu’il est bien révolu, ce bon vieux temps ou la mathématisation était brandie à tous les carrefours comme la gardienne définitive de la scientificité ! Si elle sert à construire des comparaisons quantitatives, la mathématique ne saurait cependant servir à occulter des faits historiques, sans que l’on tombe dans une véritable prestidigitation rhétorique.

 

Heureusement, il faut conclure. Plaise donc aux lectrices et aux lecteurs que nous sortions de l’enfer navrant du discours fumeux de ce personnage aigri contre Guillaume Soro. Il faudra en définitive comprendre pourquoi nous y voyons une dialectique de la perversité. Mamadou Koulibaly a un problème que les psychologues cliniciens désignent par l’expression de « conflit intrapsychique », car il est écartelé entre deux buts également inatteignables et finira probablement par s’y déchirer : sa politique du « ni Gbagbo, ni Ouattara » l’oblige à se renier sans profit d’une part et d’autre part à s’affirmer dans le vide. Tel l’âne de Buridan, Mamadou Koulibaly hésite, au risque de mourir d’inanition, entre sa faim de vengeance contre Gbagbo et sa soif de pouvoir devant l’extraordinaire mandat entamé par le duo Ado-Soro.  Mamadou Koulibaly pensait, avec son coup de poignard dans le dos du prisonnier Gbagbo, emporter avec lui un lambeau juteux du FPI. Les législatives de décembre 2011 l’ont complètement laissé bredouille avec son LIDER dont il est désormais le bien solitaire leader. Il pensait se positionner comme le seul vrai opposant à ADO et donc son probable futur successeur aux présidentielles 2015 à la tête de l’Etat mais il voit son rêve se crever comme un ballon de baudruche et son ego démesuré en est fort malmené. Dans les starting-blocks de l’après-ADO, la seule évocation du nom de Guillaume Soro lui donne des crises d’urticaire et d’insomnie. Alors, dans un dernier effort éperdu d’autodéfense, il commence à se mentir et rêve d’une Côte d’Ivoire où par une alchimie complètement folle, le sort de Gbagbo serait lié à celui de Soro, lui laissant le plaisir d’être le libéral audacieux qui empêcherait ADO de se reconduire pour un second mandat à la tête du pays. Il invente alors une argumentation qui, à défaut d’être objective, lui permet de se complaire dans sa bulle et de croire que ses désirs constituent l’unique réalité du monde. Si l’on me permettait encore une métaphore, Mamadou Koulibaly ressemble à ce type qui joue au solitaire avec ses propres cartes et qui se croit plus malin qu’elles, alors qu’elles ne sont que des cartes. C’est la dialectique du pervers, qui s’invente des adversaires imaginaires et l’emporte imaginairement contre eux, puisqu’au fond il n’a affaire qu’à ses propres fictions. La Côte d’Ivoire, à n’en pas douter, mérite infiniment une bien meilleure opposition politique ! Car, enfin, voici un ex-président d’Assemblée Nationale qui avoue avoir été victime de l’exclusion ivoiritaire au FPI ! Voici un bonhomme inconséquent qui doit les seules bonnes lois qu’il ait pu faire voter en 10 ans à la pression déterminée de l’opposition politique du RDR, du PDCI, de l’UDPCI, du MFA et au courage respectable de l’opposition militaro-politique des Forces Nouvelles. Voici un bien singulier manant qui s’est contenté avec jubilation narcissique de formuler dans ses livres, les rêves qu’il n’a consigné dans aucune loi majeure de son temps alors même qu’il en avait l’opportunité. Nous y reviendrons au besoin. Affaire à suivre donc dans les librairies…

 

 

 

 

 

 

 

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 21:55

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IL y a dans l’histoire des sociétés, des individus qui incarnent véritablement les pathologies qui les traversent, au point de les refléter de façon gravement inconsciente. La chose s’avère d’autant plus grave, dans le cas de la Côte d’Ivoire, qu’elle entame les facultés de jugement de quelqu’un qui devrait avoir la faculté de former les jeunes au jugement critique, témoignant ainsi des dix années récentes de domination de l’université ivoirienne par la pensée frelatée des gouailleurs de rue de la Refondation, ou pour tout dire de l’amphithéâtre des sciences par l’Agora des pulsions chaotiques. Comment décrire autrement que par les termes de la clinique psychopathologique la douce amnésie – le Dr. Dieth parlera d’ « indignation sélective » - que le président de LIDER revendique tranquillement comme une sorte de gloire d’intouchable ? Ainsi se révèle à nous la psychologie du professeur Mamadou Koulibaly, telle qu’exprimée dans une tribune dont le titre à lui tout seul prête aisément le flanc à la déconstruction critique de tout observateur averti des deux dernières décennies de la politique ivoirienne. En intitulant le 28 décembre passé sa tribune par les termes « Soro et le charlatanisme politique. Mensonge et criminalisation de l’Etat », Mamadou Koulibaly ne se propose-t-il pas de nous faire croire que sous le régime de Laurent Gbagbo dont il fut dix années durant le dauphin constitutionnel, des charlatans avérés et ostentatoires, tels Koné Malachie, Koré Moïse ou la prêtresse enfiévrée Simone Gbagbo et autres vendeurs d’illusions à l’encan n’ont pas officiellement gouverné le pays ? Quand Mamadou Koulibaly s’engage à dénoncer « le mensonge et la criminalisation de l’Etat » qu’il attribue à Guillaume Soro, ne s’agit-il pas, dès le titre de sa diatribe, d’affirmer que le régime de la Refondation ne revendiqua pas la roublardise et la « boulangerie » politique comme ses titres de noblesse ; mieux encore, ne s’agit-il pas de nier d’emblée que l’acte inaugural du régime Gbagbo fut un coup d’Etat contre la démocratie à travers l’ élection exclusiviste d’octobre 2000 et la découverte du premier grand charnier de la Côte d’Ivoire moderne perpétré par les soldats fidèles au FPI ?  Ne s’agit-il pas pour notre tribunicien d’Audace Institute de nier ce fait gros comme le nez dans la figure que le plus grand mensonge de la Côte d’Ivoire contemporaine est le fait de son propre parti d’origine le FPI qui, sous les oripeaux de sa social-démocratie affectée voire de sa rhétorique anti-impérialiste et gauchiste, a voilé longtemps à l’opinion l’âme d’extrême-droite chauvine, criminelle et xénophobe qui était sa substantifique moelle ? Mieux encore, le titre même de la tribune de Mamadou Koulibaly ne suggère-t-il pas que la violence défensive et légitime du MPCI de Guillaume Soro serait apparue comme un cheveu dans la soupe tranquille d’une Côte d’Ivoire où tout allait bien comme dans le meilleur des mondes possibles de Candide, où ne prospérait aucune violence offensive et illégitime d’un régime hautement conscient des conditions calamiteuses de son propre avènement par effraction à la tête du pays ? Pour exercer sainement la liberté d’expression dont semble manifestement abuser l’ancien président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne, nous voulons procéder à une critique pied-à-pied de l’argumentaire qu’il esquisse, afin d’aboutir à la démonstration évidente en six contre-arguments que Mamadou Koulibaly pratique allègrement une dialectique perverse qui mérite toutes les vigilances. Peut-être pourrons-nous au sortir de cette déconstruction, comprendre les raisons profondes du déchirement logique de la pensée de Mamadou Koulibaly entre une audace intellectuelle artificielle et une pratique politique faite d’une lâcheté et d’un cynisme chroniques. Car les deux exemples phares du texte de Mamadou Koulibaly, à savoir la question du bilan de Guillaume Soro et la question des revendications électorales de la rébellion, ne sont, on le verra bien, ni plus du moins que d’immenses coups d’épée dans l’eau trouble de l’insincérité maladive et de la peur du néant politique chez notre personnage d’Azaguié. Lesdits exemples constitueront la seconde et dernière partie de notre propos.

 

I

Une pensée oublieuse face à l’arme fatale de la rétrospection

 

Il y a une faiblesse fondamentale chez les penseurs à l’improviste. C’est qu’ils avancent en oubliant leurs traces. La thérapie de cette tare majeure de l’improvisateur intellectuel consiste à le fixer, à le visser littéralement à ses dires et à leur non-dit indéniable, de telle façon qu’il lui soit impossible de se dédire. En un mot, la critique consiste à reconduire ici la maxime de Platon selon laquelle « connaître véritablement, c’est se ressouvenir. » Soumise au crible de la mémoire exacte, la pensée de Mamadou Koulibaly s’avère justement comparable à cette mousse qui passe parfois pour le fond de la bière. Il faut donc aussi crever la baudruche, ramener la grenouille qui se prend pour un bœuf à sa taille réelle. On découvre alors ce que nous appelons une « dialectique perverse » sur laquelle nous nous appesantirons en conclusion de la présente tribune.

1° Mamadou Koulibaly prétend que Guillaume Soro se prend pour le meilleur Premier Ministre de Laurent Gbagbo, le meilleur des citoyens de Côte d’Ivoire, le sauveur de la Côte d’Ivoire. Voyons. « Meilleur premier ministre » ? Certainement, puisque loin de s’être ainsi autoproclamé, Guillaume Soro a souvent été présenté ainsi – Mamadou Koulibaly le reconnaît lui-même  - par le président de la république d’alors, Laurent Gbagbo lui-même. Qui n’a pas vu les tempêtes gbagboistes qui se sont abattues sur Seydou Elimane Diarra et sur Charles Konan Banny, avant l’arrivée de Guillaume Soro à la primature ? L’évidence ne montre-t-elle pas au pire aveugle que Guillaume Soro a réussi face à Gbagbo là où ses prédécesseurs ont mordu la poussière ? « Meilleur des citoyens de Côte d’Ivoire ? », mais d’où Mamadou Koulibaly tient-il cette échelle de valeurs saugrenue, puisqu’il n’y a pas que le domaine politique qui puisse héberger l’excellence humaine dans un pays ? A moins que l’ambition basse de Mamadou Koulibaly ne soit, en filigrane, de visiter un lieu commun des oiseaux de mauvais augure de notre temps, en tentant vainement d’opposer le premier des citoyens de Côte d’Ivoire, à savoir le président de la république Alassane Ouattara avec son dauphin constitutionnel que Mamadou Koulibaly veut affubler du titre concurrentiel et bricolé de « meilleur des Ivoiriens » ? Nulle part dans la littérature politique contemporaine, il n’est question d’une telle folie des grandeurs chez un Guillaume Soro enraciné dans un terroir sénoufo où l’une des valeurs initiatiques universelles est la pratique de la grandeur dans la simplicité. Mais enfin, « sauveur de la Côte d’Ivoire », Guillaume Soro ? Où Mamadou Koulibaly va-t-il trouver cette rhétorique politico-messianique que l’on croyait révolue avec la lourde chute des élus Refondateurs de « l’Eternel des armées » ? La vérité historique veut pourtant qu’on ne saurait rien comprendre à la séquence historique des dix dernières années de la Côte d’Ivoire sans s’approprier le rôle essentiel de Guillaume Soro. Quand tonnaient les canons de la Refondation en décembre 2010 pour conforter le putsch de Laurent Gbagbo contre le processus démocratique issu de l’APO de Ouagadougou en 2007, qui niera que la continuité de l’Etat, des mains de Laurent Gbagbo à celle d’Alassane Ouattara, fut transmise grâce à la reconnaissance courageuse de Guillaume Soro de celui que les Ivoiriennes et les Ivoiriens avaient choisi le 28 novembre 2010 en leur âme et conscience ?  Enfin, il faudrait s’interroger sur la signification du concept de « meilleur » chez un Mamadou Koulibaly, bien souvent imprudent en rigueur de pensée. Pour Mamadou Koulibaly, le meilleur, c’est « celui qui aura le mieux contribué au bilan de la Refondation ». Quelle grotesque manipulation ! Et si le meilleur, c’était tout simplement celui dont le bilan est le meilleur des bilans de tous les premiers ministres sous Gbagbo ? On verrait alors en vérité que le bilan de Guillaume Soro, loin d’être meilleur en tant que de la Refondation, est bien plutôt un bilan meilleur en vertu de sa résistance et de sa victoire sur et contre la Refondation !

Mamadou Koulibaly affirme urbi et orbi que Guillaume Soro est au pouvoir aux côtés d’Alassane Ouattara depuis 18 mois  « sans qu’il n’y ait eu de rébellion organisée contre lui ». Comment peut-on faire preuve d’une telle mauvaise foi ? Soyons méticuleux et supposons que notre tribunicien pense bien tout ce qu’il dit. Il y a plusieurs interprétations possibles de ce bout de phrase. Elles révèlent toutes la duplicité excrémentielle des dires de Mamadou Koulibaly. D’abord, il y a négationnisme puisque nier l’état de belligérance, c’est faire peu de cas de ses victimes en attribuant leurs malheurs aux faits divers de la pure et simple délinquance. Alors que près de 100 soldats loyaux à un gouvernement légal et légitime ont été violemment tués en Côte d’Ivoire depuis près de 8 mois par l’aile armée du FPI, Mamadou Koulibaly, au mépris des vies de ces soldats de la démocratie et en faisant fi de la souffrance de leurs familles, balaie du revers de la main la réalité tragique que la presse nationale et internationale connaît pourtant, même si la mémoire sélective d’Amnesty International n’en a cure. Ensuite, seconde interprétation possible, de fait, Mamadou Koulibaly reconnaît donc qu’il y a bel et bien une rébellion contre le régime du Président Alassane Ouattara et de son dauphin constitutionnel Guillaume Soro. Pourquoi ? Le diable, prince du discours pervers, se cache dans les détails. Mamadou Koulibaly nie l’existence d’une « rébellion organisée ». Il accepte et assume donc l’existence d’une « rébellion désorganisée ». Comme un reproche à ses ex-complices de la Refondation, Mamadou Koulibaly estime le couple Ouattara-Soro chanceux de n’avoir pas eu face à lui, une rébellion qui aurait suivi le plan qu’il proposait au FPI et que les caciques ethnocrates de ce parti ont refusé en arguant de la duplicité chronique attribuée par les mêmes à l’être-dioula. Ainsi, le plan de Mamadou Koulibaly, silencieux comme pas deux devant tous les crimes du FPI depuis octobre 2000 en Côte d’Ivoire, n’était pas de nature différente de celui des extrémistes armés qui harcèlent les FRCI ces derniers mois. Il n’y avait qu’une différence de degré entre le plan des gbagboistes purs et durs et le sien. Ce dernier avait simplement une qualité que les assaillants de la Refondation n’auraient pas : l’organisation ! A moins que, troisième hypothèse d’interprétation, Koulibaly ne nous revende le refrain usité d’un Guillaume Soro qui dans la nuit, s’attaquerait à ses propres troupes pour justifier de la perpétuation de l’état d’exception et diaboliser ses ennemis internes et externes. Pure fadaise. Car dans ce cas aussi, qui ignore le lien ombilical qu’il y a entre Guillaume Soro, ex-premier ministre des deux derniers présidents ivoiriens, ex-ministre de la défense aimé de la troupe, avec finalement tous les grands corps de l’armée ivoirienne ? N’a-t-on pas vu le Général Philippe Mangou, chef d’Etat-Major des FDS que Blé Goudé obligea à dire des insanités contre Guillaume Soro le serrer dans ses bras il y a quelques mois à Libreville où il est ambassadeur de Côte d’Ivoire ?  La Côte d’Ivoire actuelle, au demeurant affronte bel et bien une rébellion armée, comme l’ont montré les différentes attaques foireuses d’Akouédo, Agban, Yopougon, Agboville, Abengourou, Taï, etc. Les échecs militaires de la rébellion armée du FPI ne doivent pas en faire oublier la nature essentiellement revancharde et criminelle.

3° Mamadou Koulibaly s’attaque à Guillaume Soro au nom d’une liberté d’expression qu’il affirme vouloir arbitrer par l’exigence d’objectivité scientifique. Noble intention, dirait-on, mais creusons. D’abord notre contempteur rate la différence essentielle entre une ère Gbagbo où ceux qui parlaient librement n’avaient qu’à choisir aussi de mourir librement sous les coups des Escadrons de la mort et l’ère Ouattara, où aucun journaliste n’est en prison à ce jour pour délits d’opinion.  Comment l’ex-président de l’Assemblée Nationale peut oublier les nombreux attentats perpétrés contre la liberté d’expression alors même qu’il était au perchoir de la seconde institution du pays ? Le Dr. Alexis Dieth[1] a utilement rappelé les grandes lignes de cette mémoire à effaceur clignotant chez Mamadou Koulibaly. Nous n’égrènerons donc pas ici la longue litanie des crimes dont il s’est fait complice par son silence, alors même qu’il assumait des responsabilités éminentes au sommet de la législature ivoirienne. Car, ensuite, si la liberté d’expression, soudain chère à Mamadou Koulibaly en vaut la peine, c’est nous dit-il, à condition qu’elle soit encadrée par l’objectivité scientifique. Faut-il donc en déduire qu’un bon scientifique doit être un fieffé amnésique ? Faut-il que le scientifique koulibalien soit comme le politique Gbagbo, capable d’occulter la réalité vécue par plus de la moitié de son peuple pour affirmer la solidité de ses conceptions ? Faut-il qu’il dise « mille tomberont à droite, dix mille à gauche, mais moi j’avance », comme l’enfant terrible de Mama ? Sceptique par essence, le scientifique véritable se méfie, comme le disait Gaston Bachelard, de deux erreurs : « Evoquer le mystère ou croire qu’on a trouvé ». Il semble dès lors qu’il faille soupçonner la « science politique » de Mamadou Koulibaly d’un vice de forme et de fond que la suite révèlera davantage s’il en est besoin.

Mamadou Koulibaly élabore la notion de « charlatanisme politique » qu’il adosse à deux notions adjacentes qu’il maîtrise manifestement très mal  comme de nombreux débordements de sa verbosité: la rhétorique et la dialectique. Citons notre apprenti-penseur : « Le charlatanisme politique est une imposture qui tente de se confondre avec la science politique […] En la matière, le président du parlement ivoirien est passé maître. Lui ne se contente pas de pervertir la dialectique ; il tente aussi depuis de longues années de pervertir la rhétorique ».  Je n’insisterai pas longtemps ici sur la distinction conceptuelle floue entre dialectique et rhétorique chez Mamadou Koulibaly. Peut-être l’économiste, s’improvisant ici philosophe, ne sait- il pas que la rhétorique est par essence dialectique, et vice versa, puisqu’elles désignent ensemble l’ art de former de bons et persuasifs discours pour convaincre ou conquérir l’auditoire, ou un adversaire quelconque. La « Dialectique » , qui est en rapport avec le dialogue platonien, désigne précisément un échange transformateur entre deux termes en relations plus ou moins antinomiques, ce qui est bien le cas de l’exercice de la rhétorique qui met aux prises au rhéteur et son public. Mais laissons ces subtilités à l’académie. Nos remarques ici visent juste à montrer que Mamadou Koulibaly aurait pu se contenter de critiquer la dialectique ou la rhétorique de Guillaume Soro, sans y laisser tout son latin.  En tout état de cause, le verdict des faits sera encore ici, cruel pour notre bonimenteur d’Azaguié, car celui qui revendiquait encore « la boulangerie politique » comme une médaille d’honneur devant Michel Denisot, le journaliste français de Canal+ en décembre 2010, ce n’est ni plus ni moins que le supérieur hiérarchique direct de Mamadou Koulibaly, son désormais ex-ami Laurent Gbagbo ! Alors, au regard des failles précédemment établies de l’argumentation de Mamadou Koulibaly,  qui, sérieusement pourrait y voir un penseur rigoureux du fait politique ? Le charlatan, c’est celui qui crie au charlatanisme pour cacher le sien, comme le barbare ethnocentriste selon Lévi-Strauss se définit par le fait même qu’il croit essentiellement en la barbarie des autres cultures. Comment Mamadou Koulibaly peut-il juger de perverses les raisons pour lesquelles dans une Côte d’Ivoire où l’ivoirité se traduisait désormais en graves exactions contre certains Ivoiriens, Guillaume Soro et ses camarades du MPCI programmèrent selon les termes du député de Ferkéssédougou «  une indispensable insurrection » ?

On n’oubliera jamais que pendant dix ans, de fieffés ignares rassemblés dans des soi-disant Sorbonne de carrefours ont dicté à coups de machettes, de gourdins et au prix de l’article 225,  leur pensée frelatée aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens. On n’oubliera jamais l’humiliation de l’université ivoirienne que la photo-finish d’un fesciste ténébreux nommé Damana Adia Pickass, déchirant les PV d’une élection transparente, marquera à jamais d’une pierre sombre. On n’oubliera jamais que c’est au prix des incantations lunatiques des Alain Toussaint et autres crieurs à la ramasse que la Refondation fut déguisée en amoureuse du panafricanisme, elle qui broyait du Mossi et du Dioula à vue d’oeil dans toutes les rues du pays. A trente ans en 2002, Guillaume Soro et ses frères d’armes risquèrent-ils leurs vies par pur snobisme ? Il faut croire qu’abonné à la fuite quand « ça chauffe », Mamadou Koulibaly est loin de comprendre le tragique de la dialectique hégélienne dite du Maître et de l’Esclave, explicitée par le grand penseur allemand dans La Phénoménologie de l’Esprit. Il y va, ni plus, ni moins que d’un risque pris pour la survie biologique au nom d’un idéal humain qui s’absolutise dans l’affrontement du danger. Habitué à être nommé (ministre, président de l’Assemblée, etc.), Mamadou Koulibaly ne comprend décidément pas grand-chose aux fonctions politiques qui s’arrachent à la bravoure, au talent, au mérite et au sens de l’Histoire chez l’impétrant. Ce sont pourtant ces fonctions conquises qui font les géants de l’Histoire, dans le sillage desquels marche humblement et courageusement Guillaume Soro, à la suite du Président Alassane Dramane Ouattara, « la pierre angulaire que les bâtisseurs avaient rejetée », selon la belle expression du philosophe Augustin Dibi Kouadio…

 

(A suivre bientôt, la seconde partie, sur « Les illustrations stériles de Mamadou Koulibaly contre Guillaume Soro »)

 

 

Par Franklin Nyamsi, Agrégé de philosophie, Paris, France.

 

 



[1] Dr. Alexis Dieth, « L’indignation sélective de Mamadou Koulibaly », tribune internationale sur le site www.guillaumesoro.com du 29-12-2012.

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 00:07

 

Réponse d’un ancien étudiant du Professeur Augustin DIBI aux élucubrations de M. « René Kouadio »[1] sur le Maître.

Pr.-Dibi-Kouadio-Augustin.jpg

Une image du Maître Subtil de la philosophie ivoirienne

Abidjan, Bibliothèque Nationale, le 28 août 2012.

 

          Quand la lumière est si éclatante, elle devient source d’aveuglement pour les regards non accoutumés. Comment savourer des fruits succulents quand on a pris l’habitude d’en consommer de plus amers ?  Comprendre les intuitions aussi lumineuses comme celles du Pr DIBI exige un effort constant d’intime accord avec soi, dans un cheminement patient, ouvrant à l’horizon du sens, en lequel seuls se maintiennent ceux qui savent contempler la splendeur infinie des choses, au-delà de  toute contingence. Communiquer cette contemplation, qui transfigure les consciences immédiates pour qu’elles appartiennent à l’intime séjour du concept, demeure l’office permanent du Pr DIBI, qu’il ne se prive pas d’accomplir dans une majestueuse élégance. Que cela soit perçu comme une quête alimentaire n’en constitue pas moins une ignorance épouvantable, dont la lecture éparpillée de l’histoire, privée de sa substantialité, donne la pleine mesure. Comment cela aurait pu être autrement quand l’Absolu se refusant à la banalité des certitudes irréductibles invite la conscience au recueillement ; car c’est précisément ainsi qu’il reflète le mouvement intime de son devenir. Comprendre l’histoire, ce n’est pas faire un recueil de faits passés, mais laisser être le subtil de ce qui est, en l’accueillant à partir de ce que nous avons d’essentiel ; car ce qui nous apparaît comme tel dans le quotidien des choses reste tributaire d’un inapparent pour lequel nous sommes des êtres dotés de conscience. Conscience et Absolu doivent nécessairement coïncider  pour qu’advienne  l’humanité continue de notre historialité. En effet, une conscience qui se prive de l’horizon de l’Absolu se déstructure, pour apparaître comme un ornement ontologiquement  sans répondant existentiel. Une telle déstructuration est d’autant plus périlleuse pour la société humaine qu’il est absolument nécessaire de s’approprier la conscience de manière permanente dans les sphères les plus familières et communes de notre existence, comme la politique.  Investir le champ politique du discours de l’Absolu, pour nous préserver de l’errance, est bien ce que donnent à méditer les diverses contributions du Pr DIBI, qu’il serait tout autant injuste et malhonnête de voir comme une façon de se déculotter pour des préoccupations ventrales.

     Quand  le destin d’un homme met à mal le cours de l’histoire d’un pays pendant des années, en emportant trois pouvoirs successifs (BEDIE, GUEI, GBAGBO) frappés d’immobilisme conceptuel, comment ne pas voir dans ce visage, celui d’Alassane OUATTARA, le lieu d’un discours substantiel que notre incapacité transcirconstancielle empêche d’entendre dans sa plus totale clarté pour faire émerger l’unité anhistorique de la diversité humaine dont seule une conscience politique enracinée dans le mouvement essentiel du devenir peut  saisir l’esthétique existentielle.  Parler d’ Alassane OUATTARA dans un rapport à l’universalité du sens essentiel, qui confère aux particularités existentielles la plénitude de leur donation, tel est l’aiguillon, absolument formidable de la méditation du Pr DIBI  que donne à voir cet excellent texte, intitulé : A leurs fruits,  Vous les reconnaitrez. ( Fraternité Matin du Vendredi 16 Novembre 2012) . Faut-il en conclure qu’il y a là un éloge puéril digne des pures vociférations populaires ? Sans doute non ! C’est l’écoute recueillie et recueillante de l’unique lieu, où se dit l’épaisseur de l’être de l’homme : le visage de l’autre.  Celui qui sait se recueillir avec le Pr DIBI constate  qu’il y a une constance chez lui, la convocation constante d’une parole fondatrice et essentielle : L’ECRITURE SAINTE. En Novembre 2010, entre les deux tours de l’élection présidentielle, il publiait déjà un texte tout aussi excellent que les autres, intitulé : La pierre rejetée par les bâtisseurs, devenue angulaire, faisant référence au Psaume 118, 22. (Vendredi 19 Novembre 2010  dans le Patriote et dans le Nouveau Réveil). Cela suscita la réplique du Pr SERY BAILLY dans un numéro de Notre Voie, où il voyait plutôt une pierre anguleuse, avec les sens que cette métaphore implique, à propos justement d’Alassane OUATTARA.   Qui sait lire cette intime conviction du Pr DIBI, comprendra que l’ECRITURE SAINTE  est l’excellente expression du Tout de l’ABSOLU se donnant vivant dans l’unique visage humain, le CHRIST, où doit resplendir l’essentialité de notre humanité.

       L’article de Monsieur KOUADIO Réné fait penser à la réaction de Jean Marie ADIAFFI, avant sa mort en 1999, quand il s’est offusqué du titre d’un journal de l’opposition qui avait écrit : «  Silence ! On mange . »  L’auteur du texte s’indignait de ce que l’écrivain ait perdu sa verve critique depuis qu’il est entré au ministère de la culture avec ZADI ZAOUROU.  Comme réponse, à une émission télé, ADIAFFI s’est écrié : «  Il y a des gens dans ce pays qui sont frappés d’une cécité intellectuelle si bien que lorsqu’on veut penser pour l’intérêt supérieur de la nation, ils disent ADIAFFI mange . Bon sang ! ADIAFFI mange quoi même ! »  Il y aura toujours des hommes dont l’incapacité à laisser venir à eux le  champ de l’admiration fondamentale rendra problématiques leurs rapports aux brillants esprits. M KOUADIO Réné est titulaire d’une maîtrise en philosophie . Bien qu’importante, elle demeure très insuffisante pour saisir l’Absolu, qui, dans sa lente et longue pédagogie, déborde quatre années d’études pour investir toute une vie comme celle que peuvent lui offrir des personnes comme le Pr DIBI. Comprendre le Pr DIBI dans son amitié avec l’Absolu, comme simplicité donatrice, dans lequel tout repose, exige un recueillement permanent. Comme l’écrit si bien HEIDEGGER : «  Le Simple garde le secret de toute permanence et de toute grandeur. Il arrive chez les hommes sans préparation, bien qu’il lui faille beaucoup de temps pour croître et mûrir. Les dons qu’il dispense, il les cache dans l’inapparence de ce qui est toujours le Même. (…) Le nombre de ceux qui connaissent encore le Simple comme un bien qu’ils ont acquis diminue sans doute rapidement. Mais partout ces peu nombreux sont ceux qui restent. »  Chemins de campagne in Questions IV, p.13.

 

Jean Gobert TANOH,

Professeur  Titulaire  de  Philosophie

Université de BOUAKE



[1] http://cerclevictorbiakaboda.blogspot.fr/2012/11/la-reponse-dun-etudiant-son-professeur.html

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 00:43

 dires à Dieu pour demain

Par Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie

Secrétaire Exécutif du Comité du 13 septembre

 

Au moment de saluer ce treize septembre deux mille douze la mémoire de ceux, anonymes ou connus, dont les chairs évanouies nourrissent le suc des terres du Cameroun actuel, pour y avoir été lâchement précipités par l’incurie des ogres qui sacrifient la vie aux seules facilités de la gloriole et aux dérisoires lumières du siècle, s’impose inévitablement à la conscience des survivants que nous sommes, lancinante et virulente d’actualité, la question : pourquoi sont-ils tous morts, ces Camerounaises et ces Camerounais que nous habillons du linceul solennel de l’héroïsme et du martyre ? Cette question, on l’aura peut-être compris, mérite d’être mise à l’abri de quelques mésinterprétations, en une époque où l’usage des morts dans les manœuvres de propagande politique, mais aussi dans un certain dolorisme victimaire et infécond, achève de rendre suspectes les manifestations parfois trop ostentatoires, car peu sincères, d’un attachement médiatisé à leur funèbre sort.

Questionner sur les causes de la mort des héros et martyrs du Cameroun, ce n’est immédiatement pas tancer la question centrale de l’humaine condition, celle de la finitude de tous les vivants, car après tout, « dès qu’un homme naît, il est assez vieux pour mourir », comme le suggérait Martin Heidegger. On pourra toujours revenir sur cette dramaturgie originelle de la condition humaine plus tard, et reconnaître que nos raisons ultimes de vivre et nos raisons ultimes de mourir peuvent difficilement survoler la question suprême du sens profond de notre laps de temps en cette planète perdue parmi des milliards d’étoiles, dans un univers qui désormais se révèle comme multivers, si l’on en croit les dernières avancées des sciences de l’espace infini. Au fond, n’est-ce pas pour avoir le droit de vivre, vieillir et mourir en paix chacun en la terre de ses rêves que nous nous battons pour un meilleur Cameroun ? Paradoxalement, l’enjeu de la cité terrestre est là. Non pas quête d’une rédemption extra-mondaine, mais recherche acharnée d’une bien terrienne aisance de vie, dans l’harmonie provisoire des mortels conquis à une certaine sagesse éternelle de la transmission de l’éphémère.

Questionner sur le « pourquoi » des morts de nos héros et martyrs, ce n’est pas non plus demander ce que leur aura rapporté leur sacrifice, car le genre de vie qu’ils menèrent n’est sans doute pas sans rapport avec le genre de mort que les ogres séculaires leur infligèrent. Au demeurant, comment peut-on imaginer que des êtres humains violemment arrachés à l’existence, qui dans la torture sous toutes ses formes, qui dans la faim et la soif, qui dans la banalité d’une exécution impitoyable, qui encore dans le silence mat d’un corps qu’on bat et qu’on jette lourdement et sourdement en terre, comment peut-on imaginer, dis-je, que ces morts tragiques aient tiré bénéfice de leur calvaire ? A moins de rentrer ici dans le fragile domaine des prophéties et des visions de l’au-delà, tout nous intime la probité de ne pas nous avancer davantage dans cette hypothèse.

Il nous reste alors une chance au moins de questionner sérieusement : pourquoi sont-ils tous morts ? Sans doute parce qu’ils tenaient à vivre d’une certaine manière qui pour eux, était une manière certaine : vivre dans la dignité de personnes humaines. Ils voulaient vivre en conservant ce que leurs bourreaux coloniaux et postcoloniaux tenaient à leur ravir : leur humanité irréductible. Et c’est d’avoir refusé d’abdiquer cette hauteur incessible que ceux qui tuent le corps ont cru les détruire en avilissant leurs âmes. C’est en raison du genre de vie que nos héros et martyrs choisirent qu’on leur imposa un certain genre de mort, celui de l’abjection du massacre, du bruissement des mouches sur les charniers infects, et des lambeaux de restes humains livrés aux chiens et aux charognards. Et c’est précisément parce qu’ils ont refusé l’indignité d’accepter la loi de la mort qu’on leur a donné la mort abjecte pour éprouver leur foi en la vie sensée. Fiers comme Ruben Um Nyobè, comme Félix et Marthe Moumié, comme Ernest Ouandié ou comme Eric Taku ou Jacques Tiwa, ils sont descendus dans le Schéol, nous léguant dès lors un seul devoir : de leur mort, tirer les forces de vie qui fonderont demain une Cité Bienveillante au Cameroun. Transmuter le pourri en vivant, la boue en or, le désespoir en espérance. Mouler, dans la chair de l’upécisme, les nouveaux enjeux stratégiques qui serviront de ciment à la naissance d’un nouvel espace d’humanisation, en l’honneur de ceux qui, indignés devant les indignes, partirent d’ici bas sans avoir dit « au revoir » aux gens bien de là bas. Sans crier gare, comme happés entre terre et ciel. Sans véritable sépulture de pleurs et de fleurs, sans les chants d’ombre que les grands départs requièrent. Sans l’honneur sonore de nos pleureuses. Morts sans décors.

Et je dis pour nos morts dans Dires à Dieu pour Demain, cette oraison d’une humanité révoltée que je viens de publier à l’adresse du peuple Camerounais :

 

« La terre du Cameroun accueille

Depuis deux cents ans nos cercueils

Chaque jour, béante est la malemort !

Le crime organisé est sans remords

 

Mais le zéro-zombie-zigoto-gigolo

Ne vaudra jamais nos fiers héros

 

[….]

Quand nos fiers et valeureux héros

Orienteront le peuple loin des zéros-zombies-zigotos-gigolos !

Ce sera un treize septembre, plus un six novembre !

Seul le Fako sait notre divin secret. »

 

 

Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie

Secrétaire Exécutif du Comité du 13 septembre

pour les Héros et Martyrs du Cameroun

 

 

Paris, ce 13 septembre 2012.

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