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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 12:40
L'actualité judiciaire burkinabé conforte les thèses de mon dernier ouvrage!
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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 09:06
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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 12:01

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie, Paris, France

Dans une démocratie émergente comme celle de Côte d’Ivoire, l’attention au sens explicite et implicite des paroles qui comptent est une exigence de tous les instants. Car ce sont ces paroles qui orientent le débat, guident certaines communautés et en structurent de nouvelles. Ces paroles qui comptent peuvent tout aussi bien désorienter, tromper, déstructurer. L’épée flamboyante du Verbe est à double tranchant. Il ne faut donc surtout pas négliger les dires dominants, les prendre pour argent comptant, ou les récuser a priori. La seule manière appropriée d’approcher un discours qui structure l’ordre du sens, c’est de l’analyser, en allant de son sens explicite à ses significations implicites, afin que ce qui se cache se révèle, que ceux qui veulent penser ce qui se dit ne laissent point se dérober l’essentiel, que bien des discours logent en creux dans leur non-dit. L’intellectuel lisant les discours à prétention orientatrice ne peut dès lors que souscrire aux philosophies du soupçon, telles les pensées nietzschéenne, marxienne ou freudienne, qui instruisent au cœur du 19ème siècle occidental, l’exigence de chercher l’inouï sous l’ouï, le latent sous le manifeste, l’infrastructure socio-politico-économique sous la superstructure du discours politico-idéologique, afin de mettre à nu les ruses contrebandières de la domination humaine. C’est donc ainsi qu’il faut lire tous les discours visant la sphère de la cité, et lire le discours que l’on produit soi-même sur ces discours, afin que la critique elle-même s’accompagne d’une autocritique. C’est précisément ainsi que je voudrais lire le discours de la lettre des archevêques et évêques ivoiriens, adressée aux opinions nationale et internationale depuis le diocèse d’Agboville le 10 mai 2015[1]. Dans la présente analyse, je m’imposerai dès lors quatre tâches : 1) Restituer en une synthèse bienveillante le message des archevêques et évêques ivoiriens ; 2) Questionner dans ce message, le statut de la distinction républicaine nécessaire entre société politique et société religieuse ; 3) Examiner certaines recommandations de la lettre épiscopale du 10 mai 2015, qui ressemblent curieusement à des chèques en blanc à l’opposition politique, déguisés cependant en vertueuses recommandations ; 4) Revenir sur l’interprétation que la lettre épiscopale sus-évoquée fait des relations entre république, pluralisme religieux et pluralisme politique, en regard de la Constitution de l’Etat de Côte d’Ivoire.

I

Restitution synthétique de la lettre épiscopale ivoirienne du 10 mai 2015 : cathosolutions contre adosolutions

Il n’y a rien de pire qu’une critique portant sur un texte qu’elle veut dépasser sans être passée par lui. L’honnêteté de l’intellectuel requiert l’application du principe de bienveillance herméneutique si cher au penseur allemand Schleiermacher. Bien comprendre, c’est manifester notre bonne volonté envers celui qui parle, de telle sorte que si nous récusions par la suite son dire, cette récusation s’effectuerait comme de l’intérieur de sa propre conscience, puisqu’il aura été auparavant convaincu de notre effort de nous approprier la quintessence de son discours.

Qu’en est-il donc du texte analysé ? La lettre est structurée en trois moments, fidèles en cela à l’inspiration trinitaire des rédacteurs, tout comme à leur sens dialectique, puisqu’elle semble procéder tout aussi bien par thèse, antithèse et synthèse. La première partie de la lettre évoque la « situation actuelle » de la Côte d’Ivoire. Tout en soulignant très rapidement les efforts entrepris par le gouvernement Ouattara pour ramener la sécurité, la prospérité, la paix et la concorde sociales, les archevêques et évêques réunis dans le diocèse d’Agboville sont cependant formels sur ce qui semble de toute évidence être un constat d’échec de la politique entreprise. Morceaux choisis ?

« Les rancoeurs, les tensions, les frustrations, les traumatismes, et la pratique du rattrapage ethnique sont toujours présents dans notre pays […] L’on reste toujours arc-bouté à son appartenance régionale, tribale ou ethnique. Par ailleurs, le problème foncier reste entier dans certaines régions. »

Dès lors que le constat d’échec ou de blocage pathologique de la société est ainsi établi par les prélats de l’Eglise catholique ivoirienne, le deuxième moment du texte se donne comme la solution aux impasses du premier. Le bilan du régime issu des élections de 2010 est ainsi implicitement estampillé. Les grands prêtres ainsi rassemblés se font alors thérapeutes du social. Que faire ? Sans emprunter à Lénine sa formule, ils n’hésitent point à se faire force de propositions. De telle sorte qu’on peut dire désormais que les cathosolutions côtoient désormais dans le champ politique ivoirien, les adosolutions qui n’auraient pas réussi à empêcher, du point de vue de l’épiscopat réuni, l’impasse constatée. Quelles sont donc les cathosolutions ? A la lecture du texte, on peut aisément en dénombrer six : 1) La rencontre nécessaire entre leaders politiques ivoiriens qui ne se seraient toujours pas rencontrés ; 2) L’unité au sein de chaque famille politique ivoirienne (allusion à peine voilée aux dissensions entrevues au PDCI-RDA, au FPI et au PIT) ; 3) Le désarmement (adresse à tous les groupes résiduels armés en Côte d’Ivoire) ; 4) La pratique de la vérité ( domaine que l’Eglise se réserve de fait comme un monopole incontestable) ; 5) Une justice équitable (allusion à peine voilée à la nécessité de condamner aussi des forces pro-Ouattara dans les tribunaux nationaux et internationaux) ; 6) Le pardon, apothéose d’un processus de réconciliation nationale qui avait bien commencé, selon nos archevêques et évêques, avec la CDVR de Charles Konan Banny, mais qui semble mal en point avec la CONARIV confiée à l’évêque Ahouanan[2] de Bouaké.

Le troisième axe de la lettre, en guise de synthèse, insiste donc sur la nécessité d’une responsabilisation collective des acteurs de la parole dominante en Côte d’Ivoire. Aux leaders politiques, les archevêques et évêques recommandent d’éviter les « aventures idéologiques meurtrières », quels que soient les résultats des élections. Aux militants de tous les partis, la tolérance, aux journalistes de tous bords, la modération et le professionnalisme. Aux jeunes ivoiriens, la vigilance et la non-violence, et enfin, aux autorités religieuses de toutes obédiences, le courage de « dénoncer les pratiques occultes liées aux élections qui, hélas, vont quelques fois jusqu’aux sacrifices humains ». Comment nier, au regard des trois axes de la lettre épiscopale ivoirienne du 10 mai 2015, qu’elle fait vraiment partie de ces actes de bonne volonté dont toute société en quête d’émergence doit se nourrir ? Les idéaux d’humanité énoncés par ladite lettre peuvent difficilement souffrir de contestation, car ils s’inspirent de la règle d’or, véritable principe d’universalisation de la loi morale qui prévoit qu’on ne fasse aux autres que ce que l’on accepterait soi-même que les autres nous fassent, voire qu’on fasse aux autres tout le bien que nous pourrions à notre tout attendre d’eux. Pourtant, l’examen des attendus et implicites de la lettre nous montrera que l’idéal ne suffit jamais en politique, tant qu’il n’a pas réussi à prendre corps avec toute son exigence dans la gangue parfois résistante de la vie réelle. Pour montrer le soupçonnable tapi dans les interstices anodins de cette lettre, nous relirons donc chacun de ses axes en en faisant émerger le non-dit. On verra alors ce qui, fort secrètement dans la lettre examinée, pourrait s’avérer en porte-à-faux avec l’esprit de l’idéal d’humanité ouvertement allégué.

II

Déconstruction de la lettre épiscopale ivoirienne du 10 mai 2015 : le tabou de l’ivoirité démasqué

Le non-dit de la lettre d’Agboville est lourd de conséquences. Comment ? Il convient au préalable de méditer sur le lieu affiché de la lettre. Bien que les évêques et archevêques se soient réunis précisément à Taabo, toutes leurs correspondances insistent sur leur référence géographique au diocèse d’Agboville. De telle sorte que le contre-bilan qu’ils font de la gouvernance Ouattara résonne exactement comme une critique en direct du Chef de l’Etat en visite précisément dans la région…d’Agboville, dans cette même période, à quelques jours près. A peine le président de la république croit-il avoir convaincu ses compatriotes de la région de la Mé que le pays va mieux et ira de mieux en mieux, qui n’a pas remarqué qu’affirmer que le pays est dans une impasse consiste à contredire in fine le discours présidentiel devant le même public régional, national et potentiellement international ? La presse de l’opposition ivoirienne radicale ne s’y est pas trompée pour sa part, en présentant opportunément la lettre épiscopale d’Agboville comme sa propre réplique au discours du pouvoir à Agboville.

Dans le premier axe de la lettre épiscopale ivoirienne, le bilan apparemment implacable des prélats pose que « Les rancoeurs, les tensions, les frustrations, les traumatismes, et la pratique du rattrapage ethnique sont toujours présents dans notre pays […] L’on reste toujours arc-bouté à son appartenance régionale, tribale ou ethnique. Par ailleurs, le problème foncier reste entier dans certaines régions. » Qui n’a pas remarqué que les archevêques omettent la nécessaire prise en compte des tensions de type religieux, qui engageraient aussi leurs propres responsabilités ? Dans un pays, à titre d’exemple, où l’Eglise n’a toujours pas levé son coin de voile sur les conditions de la mort violente du Général Guéi et de nombreux membres de sa famille, comment penser qu’elle contribue entièrement elle-même à la fin des tensions, rancoeurs, frustrations, traumatismes, etc.? On aurait clairement du mal à croire que les positions ouvertement pro-Gbagbo de l’archevêque défunt Bernard Aggrey ne constituent pas la doctrine politique secrète de l’Eglise catholique ivoirienne actuelle. Dans un pays où l’Eglise rassemblée peine à nommer clairement l’idéologie de l’ivoirité par son nom, mais s’empresse d’emprunter aux doctrinaires frontistes de l’ivoirité, la notion-anathème de « rattrapage ethnique », comment croire que les archevêques et évêques n’aient subrepticement épousé la grammaire politicienne du Front Populaire Ivoirien ? Dans un pays où l’analyse politique des responsabilités chronologiques et logiques dans la tragédie postélectorale de 2010 désigne clairement le régime de Monsieur Laurent Gbagbo comme auteur de la descente aux enfers de la nation ivoirienne, comment comprendre que les prélats rassemblés s’attachent à mettre sur le même plan les coupables et les résistants ? Dans un pays où le nordiste et le musulman furent stigmatisés, molestés et assassinés en tant que tels pendant de nombreuses années au nom de l’idéologie de l’ivoirité, comment comprendre que l’Eglise catholique ivoirienne, qui sait pourtant que c’est une coalition transethnique, le RHDP, qui gouverne consensuellement le pays, puissent entonner à son tour les sirènes du « rattrapage ethnique » ? Enfin, où trouver du sens dans une évocation du problème foncier ivoirien, qui oublie d’indiquer que le foncier rural a justement été instrumentalisé par les doctrinaires de l’ivoirité, et que la loi de décembre 98 sur le foncier est précisément venue bâcler le processus de dialogue foncier entamé quelques années plus tôt par la Côte d’Ivoire avec l’aide de l’Union Européenne ? La lettre épiscopale du 10 mai refuse manifestement de procéder à une compréhension logique et chronologique de la crise ivoirienne, car celle-ci obligerait les évêques et archevêques à nommer le mal identitaire qui a failli livrer ce pays au génocide, n’eût été l’action courageuse du MPCI/Forces Nouvelles à compter de 2001 et de l’opposition politique menée par le RHDP à partir de 2005 notamment, sans oublier la longue lutte anti-discriminatoire entreprise par le RDR dès 1994. Une lecture anhistorique de la politique ivoirienne ne peut dès lors que servir les coupables et desservir les victimes de la crise.

Dans le second volet de la lettre épiscopale ivoirienne, apparaissent donc les cathosolutions, supposées mieux résoudre le problème politique national que les adosolutions. Examinons donc la condition première : comment penser une rencontre entre les principaux leaders politiques sans évoquer ainsi en sous-main la revendication frontiste de libération de Laurent Gbagbo de sa prison de la CPI à La Haye ? Tous les leaders politiques présents en Côte d’Ivoire se rencontrent, se sont rencontrés et peuvent se rencontrer à tout moment, en tant que de besoin. Ce n’est donc pas d’eux que nous parlent les évêques et archevêques, mais bel et bien de l’ancien président ivoirien. Comment admettre que les responsabilités incontestables de Laurent Gbagbo dans la crise postélectorale 2010 soient ainsi balayées du revers de la main par les rédacteurs de la missive d’Agboville ? Si pour l’Eglise catholique, la libération de Laurent Gbagbo est la condition de la paix en Côte d’Ivoire, que dire des souffrances innommables que la liberté de Laurent Gbagbo aura infligées aux populations de Côte d’Ivoire ? La seconde recommandation des archevêques et évêques appelle à l’unité dans chaque parti politique. De quel droit au fait, les religions diraient-elles aux partis politiques de rester identiques à eux-mêmes, de se fossiliser au besoin ? N’est-ce pas l’incongruité même, si l’on reconnaît que la liberté d’association, en démocratie, va de pair avec celle de dissociation, de séparation, comme de ré-association ? L’injonction à l’unité des partis est-elle une manière pour les rédacteurs de cette lettre de vouloir que l’opposition au Président Ouattara soit résolument plus forte que le RDR, seul parti à n’avoir connu aucun risque de schisme depuis la chute de Laurent Gbagbo ? Rien à dire sur la recommandation au désarmement de tous les groupes civils armés issus de la période de crise, à condition qu’on entende autant les supplétifs des MPCI/FN que les miliciens de la Galaxie Pro-Gbagbo, pour lesquels le texte ne semble pas trouver de mots assez fermes. Par contre, que dire de l’injonction à la vérité qui constitue certes un principe irrécusable, mais que l’on peut opposer à l’Eglise catholique ivoirienne elle-même, au regard des non-dits que nous dévoilons ici ? Lorsque l’Eglise catholique ivoirienne requiert dans son troisième volet épistolaire, la renonciation aux « aventures idéologiques meurtrières », est-ce sa façon à elle de ne pas nommer l’ivoirité, alors même qu’un Cardinal Aggrey défendit cette doctrine criminelle en son temps, au nom même de l’Eglise catholique ivoirienne qu’il représentait ? Quelle valeur accorder aux exhortations vertueuses faites aux leaders politiques, aux militants, aux journalistes, aux jeunes, aux autorités religieuses, si le vice politique suprême de la Côte d’Ivoire contemporaine, l’ivoirité, n’est même pas nommément identifié, alors qu’on nous sert allègrement le chantage au « rattrapage ethnique » des gens du Nord et des Musulmans servi par les officines propagandistes du FPI ? Certes, selon les prélats, « Chacun devra reconnaître sa responsabilité dans les crises successives qui ont secoué notre pays ». Mais peut-on commencer par les responsabilités de l’Eglise elle-même, à titre exemplaire ? On attend toujours.

Disons-le tout net. Il ressort clairement d’une analyse critique de la lettre épiscopale d’Agboville qu’elle opère trois confusions condamnables qui nous obligent à rédiger, à la manière de Baruch de Spinoza au XVIIème siècle unTraité Théologico-Politique minimal pour la Côte d’Ivoire contemporaine.

  1. La lettre épiscopale confond la société politique ivoirienne avec société religieuse catholique qu’elle veut promouvoir. Or la société politique est l’espace du sacré républicain qui est immanent (intérieur) à la cité et non du sacré divin qui est transcendant (au-delà de) à la cité. L’article 2 de la constitution ivoirienne de 2000 précise bien que « la personne humaine est sacrée ». L’article ajoute même : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux devant la loi. » Pas devant Dieu ! Le sacré républicain, consacré par la loi républicaine, c’est l’intérêt général vécu par tous, le sens du Bien Commun, qui peut raisonnablement rassembler les citoyens croyants, non-croyants, ou agnostiques, autour de lois et valeurs qui s’imposent à la raison pratique universelle parce qu’elle peut en tester la justice et la fécondité en bien-être collectif. En adressant donc des injonctions d’unité aux partis politiques, l’épiscopat réuni à Agboville se trompe de sphère de compétence. Les citoyens, en république, ont le droit de s’associer et de se dissocier librement, selon les conventions qu’ils se donnent ou auxquelles ils renoncent. Au sein de la communauté ecclésiale catholique, on peut parfaitement comprendre que l’injonction d’unité des évêques soit parfaitement légitime. Pas dans la république. Ici, la seule invocation d’unité qui vaille doit concerner la loi fondamentale, la constitution, à laquelle tous se doivent d’être obligés. Je dis bien « obligés », et non « soumis ». Aucune autorité religieuse n’a vocation à dire au citoyen, en république, de rester dans son parti politique ou d’en sortir. En cette sphère, le citoyen est le seul maître de son jeu.

  2. La lettre épiscopale du 10 mai 2015 confond les conditions d’une vraie réconciliation ivoirienne avec un blanc-seing donné aux revendications unilatérales de l’opposition radicale. Dans le vocabulaire des archevêques et évêques réunis à Agboville en effet, les mots de l’opposition frontiste, « rattrapage ethnique », « sacrifices humains à fins électorales », « justice non-équitable », sont pratiquement repris littéralement sans recul critique. Quant aux mots du pouvoir, ils subissent un lessivage neutralisant et lobotomisant, réduisant par exemple l’ivoirité à une pluralité d’ « aventures idéologiques et meurtrières », comme s’il y avait deux idéologies politiques meurtrières dans la Côte d’Ivoire actuelle. Le courage de la vérité, tâche à laquelle les prélats veulent s’adonner, requiert aussi la mémoire de l’histoire et la nomination objective du mal ivoirien, « le lent poison de l’ivoirité », selon la belle expression de Thomas Hoffnung. Pour que la Côte d’Ivoire se réconcilie, l’ivoirité, mais aussi le tribalisme réflexe des citoyens sous-éduqués moralement devront tomber sous le coup de la loi contre les discriminations. Telle est la méthode républicaine de lutte contre l’ensauvagement.

  3. La lettre épiscopale du 10 mai 2015 opère enfin une ultime confusion fâcheuse entre la conscience citoyenne et la conscience religieuse. Les archevêques et les évêques se présentent en effet dans cette lettre comme « les guides et les éclaireurs des consciences des hommes, des femmes et des communautés au nom de la foi en Dieu ». N’est-ce pas là l’erreur même ? Un citoyen républicain n’a de guide que sa propre conscience. Il n’est le suiveur de personne. C’est en sa libre et bonne volonté qu’il effectue ses choix politiques et ses engagements partisans. Comment vouloir dès lors s’emparer de la liberté de conscience des citoyens en république « au nom de la foi en Dieu » ? La constitution républicaine de Côte d’Ivoire n’oblige aucune citoyenne, aucun citoyen ivoiriens à avoir la foi catholique, la foi musulmane, la foi animiste ou à être athée. Elle garantit au contraire la liberté de conscience et la liberté de croyances. Ne faut-il pas que les rédacteurs de la lettre d’Agboville, dépassant le moment particulier de leur catholicité légitime, comprennent qu’ils ne peuvent s’adresser à tout le peuple de Côte d’Ivoire qu’en en respectant les prérogatives républicaines irréductibles à une obédience religieuse quelconque ?

    A tout le moins, la lettre des archevêques et évêques ainsi relue nous aura au moins permis ces précieux rappels, qu’une parole christique bien connue corrobore bien : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 18:52
Une amitié fraternelle et politique exceptionnelle lie ces deux hommes
Une amitié fraternelle et politique exceptionnelle lie ces deux hommes

Guillaume Soro, « Photocopie » Ouattara et l’Appel de Kong

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie, Paris, France

Il y a des discours de province que certains abandonnent par négligence au contexte géographique secondaire où ils sont proférés. On les minore par coutume. Parce qu’ils ne sont pas dits dans tel espace solennel de la république, on s’empresse vite de les classer parmi les dires dont on peut se passer, alors même qu’ils sont la pleine expression de ce qui se passe au coeur de la cité. Ce sont pourtant, bien souvent des discours exemplaires. Bénéficiant d’une pression moins forte du contexte sur le parler politique, il sont dits sans langue de bois. Ils sont justement en cela exemplaires de ce que pense la classe politique. Or qu’est-ce qu’un exemple? La langue allemande nous est d’un grand apport pour penser ce terme. L’allemand, pour nommer l’exemple, dit « Beispiel », qu’on peut aussi écrire « Bei-Spiel », « jeu à côté du jeu », ou encore « jeu se déplaçant à côté du lieu où bien souvent, ledit jeu se déroule ». Ne faut-il pas penser, dans cette ambiance sémantique, les moins de cinq minutes de discours d’accueil du Ministre des Affaires Présidentielles Ouattara Téné Brahima à l’endroit du président de l’Assemblée Nationale Guillaume Kigbafori Soro le 30 décembre 2014 à Kong, à l’occasion de l’installation du secrétaire départemental du RDR? La politique ivoirienne, incontestablement, est un art sublime du « Bei-Spiel », du jeu qui se déplace sans cesse en fonction des nouveaux enjeux. Hors d’Abidjan et de Yamoussoukro, ont d’ores et déjà eu lieu les Appels de Daoukro et de Mama. Comment être surpris de ce qui vaut bien Appel de Kong, simultanément lancé par Ibrahim Ouattara et Guillaume Soro lors de l’installation du secrétaire départemental RDR de cette localité? Je voudrais m’appesantir dans la présente analyse sur ce que la cérémonie analysée a de significatif, non seulement pour le RDR au pouvoir, mais également pour l’ensemble de la Côte d’Ivoire politique contemporaine, à l’orée de l’année électorale 2015. Pour cela, j’essaierai de camper dans un portrait comparatif, les deux personnages clés de la scène de Kong. Il s’agira ensuite de rentrer dans l’économie de leurs discours, pour se saisir de ce qu’ils ont suggéré aux oreilles expertes, afin d’en tirer un vrai message d’éveil pour leur parti et pour une entrée en scène des forces positives du duel démocratique ivoirien en préparation.

I

Brève chronique d’une amitié fraternelle et politique

Entre Guillaume Soro et Photocopie Ouattara, il y a une longue histoire de partage et de solidarité existentiels. Ces deux-là, c’est connu, se connaissent plutôt bien. Par plusieurs fois, Guillaume Soro et « Photocopie Ouattara », sosie de son illustre aîné le président Alassane Ouattara, ont utilement rappelé aux observateurs les circonstances dans lesquelles ils se sont rencontrés. Il faudrait qu’on y soit définitivement attentifs. Car, c’est bien d’une alliance qu’il s’agit. En 1995, Guillaume Soro est encore Secrétaire Général de la FESCI, Ibrahim Ouattara travaillant comme cadre de banque à Abidjan. L’un comme l’autre ont en commun la région du Tchologo, dont l’espace qui va de Ferké à Kong en passant par Ouangolo leur est quotidien. Mais l’un comme l’autre sont travaillés psychologiquement et moralement par la montée en puissance, depuis l’avènement du premier ministre Alassane Ouattara au gouvernement du pays en 1990, de l’idéologie haineuse de l’ivoirité, distillée autant par les milieux d’extrême droite du PDCI-RDA que par ceux du FPI d’alors. Selon cette sinistre idéologie, faut-il le rappeler, toute personne au nom à consonance nordiste ou ouest-africaine devrait être considérée comme un danger pour la nation, les vrais ivoiriens étant, avant tout d’abord, ceux du centre, de l’ouest et du sud, autoproclamés de souche multiséculaire ivoirienne. En cette année 1995, c’est donc Photocopie Ouattara qui sollicite l’engagement de Guillaume Soro pour ce qui sera la cause politique majeure de la politique ivoirienne pendant deux décennies. De 1995 à 2015, qui niera qu’on ne peut penser la politique ivoirienne sans ce déclarer POUR ou CONTRE l’ivoirité? Guillaume Soro, lors d’un voyage commun, promettra à Photocopie Ouattara d’examiner sa doléance avec intérêt, sans doute parce que ses propres analyses politiques le convainquent de la vacuité morale de l’opposition gauchiste d’alors. Trois années de réflexion et de contacts divers marqueront cependant ce processus.

A partir de 1998, Guillaume Soro s’est affranchi du syndicalisme universitaire de la FESCI après une rupture décisive avec un Laurent Gbagbo qui l’aura définitivement convaincu que le FPI recherche davantage le pouvoir d’Etat que la démocratisation effective de la Côte d’Ivoire. Voyant venir le péril génocidaire ivoiritaire, Guillaume Soro monte aux avants-gardes de la jeunesse politique ivoirienne, déjà sous la junte du Général Robert Guéi en organisant un puissant Forum des Organisations de jeunesse, et ensuite par l’entrée en étroite relation avec la direction du RDR, dont il suppléera la Secrétaire Générale, la professeure Henriette Dagri Diabaté, comme candidat lors des législatives à Port-Bouët en 2000. Puis de 2000 à 2010 pratiquement, on verra Guillaume Soro diriger l’opposition ivoirienne au régime ivoiritaire. On sait dès cette époque que la réponse de Guillaume Soro à l’Appel à la convergence politique avec le RDR du Président Ouattara est positive. Sans s’inféoder au RDR, Guillaume Soro tiendra donc parole en assumant sa part de combat pour une Côte d’Ivoire nouvelle, débarrassée du venin de la haine tribale et de la discrimination politique. En 2011, le Secrétaire Général des Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire, figure, sans surprise, parmi les candidats du RDR à la députation et c’est avec brio qu’il gagne le siège de Ferkéssédougou. De son côté, Photocopie Ouattara, jamais loin de son compère Guillaume, est élu maire de Kong et reçoit dès 2010 par la confiance du Président de la République Alassane Ouattara, le poste hautement significatif de Ministre des Affaires Présidentielles de la République de Côte d’Ivoire. Et quand en mars 2012, Guillaume Kigbafori Soro, après avoir été premier ministre et ministre de la défense, accède au perchoir du parlement ivoirien, seconde institution de la République, le sourire radieux qui éclaire le visage du ministre des Affaires Présidentielles est loin d’être faux. L’un comme l’autre, savent manifestement mieux que quiconque en dehors d’eux, l’extraordinaire périple qui a conduit le RDR au coeur de l’Etat de Côte d’Ivoire. Tels sont donc les deux acteurs principaux de la scène de Kong, le 30 décembre 2014.

II

L’arrière-plan de la scène de Kong: les conséquences controversées de l’Appel de Daoukro

Les meilleures pièces de théâtre se comprennent aussi bien par l’accès aux coulisses des acteurs. On y voit les metteurs en scène et les réalisateurs en pleine opération. Pourquoi le président de l’Assemblée Nationale, Guillaume Soro irait-il jusqu’à Kong installer un secrétaire départemental et pourquoi faudrait-il, diantre que le ministre des Affaires Présidentielles en personne, maire de Kong s’implique personnellement dans cette réception? Certains ont prétendu que ces deux acteurs politiques s’ennuient et s’occupent donc du mieux qu’ils peuvent. D’autres, encore plus mauvaise langue, ont prétendu que cette rencontre n’était qu’une pure coïncidence d’agenda. Non, il faut voir plus loin que le bout de son nez en politique. Pour l’analyste politique que je suis, cette scène de Kong a plus de sens qu’elle n’en montre. Appliquons ici la méthode freudienne, qui nous recommande d’aller de ce qui est manifesté vers ce qui est latent, afin de saisir la profondeur même de sens du manifesté.

D’abord, il faut rappeler que le contexte de la scène de Kong est celui des suites de l’Appel de Daoukro du 14 septembre 2014, de l’Appel de Mama, et des contre-Appels que chacun de ces Appels a suscités dans les différents camps politiques ivoiriens. Focalisons-nous cependant sur l’Appel de Daoukro, celui de Mama étant en fait de bien moindre effet sur l’élection présidentielle future. Les paroles fortes du président Bédié à Daoukro ont traversé la médiasphère politique comme un raz de marée venu des tréfonds d’un puissant océan. Des lignes ont bougé. Il y a littéralement eu trois phases: premièrement l’euphorie du RHDP et tout particulièrement des militants du RDR, qui ont vu dans cet appel le pli définitif du match d’Octobre 2015, au nom de la sacrosainte mathématique électorale ivoirienne qui veut que celui qui bénéficie de deux des trois principaux piliers de la politique nationale gagne immanquablement l’élection présidentielle.

Deuxièmement, il y a eu la phase de modération de l’Appel de Daoukro. Le soufflet de l’Appel de Daoukro est quelque peu retombé, douché froidement par les critiques des obsédés du règne éternel du PDCI-RDA sur la Côte d’Ivoire. Ce reflux s’est avéré du reste, quand on a vu la levée de boucliers administrée par les opposants du président Bédié au PDCI-RDA, la valse des candidatures concurrentes dans le camp du RHDP, mais aussi la mobilisation faible du RDR dans un stade de Bouaké offrant ses gradins vides aux discours pourtant optimistes des hauts cadres de ce parti.

Troisièmement, il y a eu des révisions stratégiques du PDCI-RDA et du RDR sur la méthode de mise en oeuvre de cet Appel de Daoukro. Le président Bédié, dans un relatif tumulte semé par ses adversaires irréductibles en plein Bureau Politique, s’est replié vers l’option d’un congrès extraordinaire qui devrait réviser les conclusions du XIIème congrès du PDCI-RDA avant une convention unique du RHDP qui soutiendrait la candidature du Président sortant à la présidentielle 2015. De son côté, la direction du RDR faisait savoir son option pour une convention commune PDCI-RDR, qui confirmerait la candidature unique du leader naturel du RDR, le président Alassane Ouattara. Tout ne s’est-il pas passé comme si le RDR comptait sur le PDCI-RDA au moment où le PDCI-RDA, dans tous les cas de figure, s’avère aller aux présidentielles 2015 en rangs dispersés? Car à supposer bien sûr que le candidat officiel du PDCI-RDA soit le président Alassane Ouattara, est-ce pour autant que l’électorat potentiel des KKB, Essy Amara, Konan Banny, etc. obéirait nécessairement au mot d’ordre officiel du président Henri Konan Bédié? On ne saurait prendre ces questions à la légère, d’où l’importance ressentie par les gardiens du Temple du RDR de prendre résolument les choses en main.

III

L’Appel de Kong: une adresse solennelle de Guillaume Soro et de Photocopie Ouattara au RDR

Il convient dès lors que l’on se pénètre bien de ce qui s’est passé à Kong. Il s’agissait, ni plus, ni moins que d’un Appel, au moins aussi important en portée politique que ceux de Daoukro et de Mama, pour leurs camps politiques respectifs. Car l’Appel de Daoukro s’adressait au PDCI-RDA. L’Appel de Mama au FPI. Et l’Appel de Kong donc? Guillaume Soro et Photocopie Ouattara étaient en réalité porteurs d’un seul et même message de lutte à leurs camarades et aux sympathisants du RDR.

A mon sens, ce message est a un thème triple: primo, il émane du discours d’accueil du Ministre des Affaires Présidentielles, qui rappelle l’importance de l’engagement des Forces Nouvelles et notamment de Guillaume Kigbafori Soro dans l’arrivée au pouvoir du RDR. Le message de l’Appel de Kong émane secundo, de la réponse faite par Guillaume Soro au message d’accueil du maire de Kong, où le Chef du Parlement Ivoirien rappelle aux auditeurs que la victoire du RDR vient de très loin. Enfin, tertio, le message de l’Appel de Kong est une puissante exhortation faite par Guillaume Soro, parlant pour « la première fois » au nom du RDR, aux militants du RDR, afin qu’ils comptent résolument d’abord sur eux-mêmes pour assurer la victoire du Président Alassane Ouattara à l’élection présidentielle 2015.

1°) Voici quelques morceaux choisis du mot d’accueil de Photocopie Ouattara à son compagnon de lutte depuis deux décennies:

« Kong a toujours en conscience le combat politique que vous avez mené avec brio auprès de votre Frère, Son Excellence Alassane Ouattara»

« Lors de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle 2010, Soro Guillaume a dit: « au nom de ma foi chrétienne, j’atteste que Alassane Ouattara a gagné les élections ».

« Vous êtes un homme de vérité, et vous êtes un homme de droiture ».

Commentons donc. Le ministre Birahima Ouattara s’adressait-il à d’autres que ses propres camarades de parti, ses propres frères du Nord, et mieux encore, l’ensemble des alliés de la majorité au pouvoir du RHDP? Ce que Kong n’a pas oublié, d’autres villes emblématiques de la lutte anti-ivoiritaire l’auraient-elles oublié? On peut le deviner en filigrane. En décembre 2010, la reconnaissance de la victoire démocratique du président Ouattara par Guillaume Soro, alors premier ministre sous Laurent Gbagbo, a été le point de bascule de l’équilibre géostratégique ivoirien. On connaît les heures graves de l’Hôtel du Golf et ceux qui en assumèrent le tragique fécond. Qui oublie cela est un fossoyeur du RDR.

Ainsi, en réalité, ce n’est pas au camp du FPI que l’on expliquera l’importance de l’apport de Guillaume Soro à la victoire démocratique du président Ouattara. Cela le FPI le sait. Il ne sait que trop que la masse volumique de Bogota fut de la partie, décisive. Mais tout ne se passe-t-il pas aujourd’hui comme si, au fond, c’était au coeur du parti au pouvoir lui-même que des amnésies incroyables se sont développées ces derniers temps? Tel fut le sens du mot du ministre des Affaires Présidentielles: mettre résolument fin à cette espèce de triste non-dit politique qui veut que le RDR soit constitué de pro-Forces Nouvelles et d’anti-Forces Nouvelles, comme si le combat de l’ivoirier aurait pu réussir dans une telle division. Affirmer l’union des coeurs au RDR pour le juste combat de la démocratisation et l’émergence économique réelles de la Côte d’Ivoire.

2° Dans sa prise de parole, Guillaume Soro quant à lui atteindra deux cibles: d’une part, rappeler par la fraternité exceptionnelle qui le lie à Photocopie puis à Alassane Ouattara, la mémoire sublime de la ville de Kong, ville de grande résistance et de tradition royale, ville d’hommes de loyauté, dont le président de la république Alassane Ouattara est le digne héritier symbolique et réel; d’autre part, Guillaume Soro profitera de l’installation du secrétaire départemental du RDR à Kong pour rappeler à son parti politique les fondamentaux de l’élection présidentielle ivoirienne, dont il est sans conteste l’un des experts les plus attitrés au monde. Voici quelques morceaux choisis de la double exhortation de Guillaume Soro aux militants du RDR:

« Je suis très fier de me retrouver à Kong, dans cette ville historique, et de prononcer de surcroît mon premier discours public au nom du RDR. Mon Cher Ibrahim, vous êtes les dignes héritiers de vos ancêtres. La ville de Kong a donné à la Côte d’Ivoire son président démocratiquement élu en 2010. Le Président Ouattara est un homme de qualité, exceptionnel, un homme de parole. Je voudrais dire toute ma gratitude au président de la république, que je ne connaissais pas avant. C’est d’abord Ibrahim qui m’a parlé de son grand frère. C’est Ibrahim qui m’a porté les ambitions du président de la république. »

« Ibrahim, vient de me mettre le pied à l’étrier, puisque je parle ici pour la première fois au nom du RDR. Ibrahim, débrouille toi à me trouver d’autres occasions de parler au nom du parti ».

« M. Le Départemental du RDR, Diomandé Abdoul Karim, n’oubliez rien. C’est une erreur à ne pas commettre en démocratie. N’oubliez rien. Rien n’est joué d’avance. Levez-vous, allez dans les villages et dans les villes, mobiliser les ivoiriens pour la réélection du président Alassane Ouattara. »

« Au nom du parti, je vous charge dès à présent de travailler méticuleusement à la réélection du président Alassane Ouattara. Même quand une élection est évidente, il faut la préparer. Faites attention aux évidences. Une élection se prépare toujours. Et c’est le message que nous devons lancer à nos bases, partout sur le territoire national. Ne dites pas que c’est joué d’avance. Maintenant, le monde a changé, rien n’est joué d’avance. Ne dormez pas sur vos acquis. Faites passer le message du Président Alassane Ouattara!»

Les paroles du Chef du Parlement ivoirien n’appellent pas un long commentaire. Elles rappellent le RDR, pour l’essentiel, au B-A-BA du combat politique. Il ne faut pas espérer davantage d’une alliance si l’on n’a pas suffisamment unifié moralement et matériellement, mais aussi stratégiquement et tactiquement ses propres forces vives. Compter sur soi-même, essentiellement d’abord sur soi-même, telle est la discipline fondamentale d’un parti de pouvoir et d’un parti au pouvoir. Les arrangements internes du PDCI-RDA, avec ses candidats internes et indépendants, la guéguerre frontiste entre les pro-Affi et les pro-Gbagbo, bref tout le tralala des supputations politiques inter-partisanes, ne sauraient valoir la mobilisation rigoureuse et méticuleuse des militantes et militantes du RDR pour gagner la prochaine élection présidentielle. En politique, comme dans la vie, vaut parfaitement la maxime que Guillaume Soro, mieux que beaucoup d’entre nous, connait par coeur: « Aide-toi et le ciel t’aidera! ». S’aider, pour le RDR, c’est très clairement gagner en cohésion interne et en mobilisation visible pour labourer les sillons politiques d’un terrain où il faudra faire face à l’opposition des ultras du FPI et du PDCI, mais aussi à la frustration de certains déçus du RDR, afin de faire triompher la qualité du travail accompli et à accomplir encore par le Président Alassane Ouattara, dont l’abnégation exceptionnelle pour l’émergence ivoirienne est hors de doute. Car le bilan du premier mandat du président Alassane Ouattara est bon et il faut le faire savoir. Il reste l’immense chantier du social à couvrir. Et tous doivent se convaincre qu’ADO le veut et peut, à l’image de la Couverture Maladie Universelle qu’il a lancée et du Fonds Emplois Jeunes en cours d’installation. A ce prix-là, c’est un Guillaume Soro tout entier, comme son hôte Photocopie Ouattara, parlant « au nom du président de la république », qui ont lancé l’Appel de Kong: RDR, rassemble-toi vraiment, avec ce que tu as de meilleur, et reprend vigoureusement ta marche vers l’émergente ivoirienne! Décidément donc, il ne faut pas négliger les discours politiques de province.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 01:54

Le Professeur Franklin Nyamsi s'adresse dans la présente vidéo aux militants de l'INITIATIVE LIBERALE DE CÔTE D'IVOIRE (ILCI), réunis les 13 et 14 décembre 2014 à Ferkéssédougou, dans le Nord de la Côte d'Ivoire, pour une convention placée sous le haut patronage du Président de l'Assemblée Nationale de Côte d'Ivoire, S.E. Guillaume Kigbafori Soro.Le Prof. Nyamsi aborde notamment la question de la possibilité d'un libéralisme africain à visage humain.

Le Professeur Franklin Nyamsi s'adresse dans la présente vidéo aux militants de l'INITIATIVE LIBERALE DE CÔTE D'IVOIRE (ILCI), réunis les 13 et 14 décembre 2014 à Ferkéssédougou, dans le Nord de la Côte d'Ivoire, pour une convention placée sous le haut patronage du Président de l'Assemblée Nationale de Côte d'Ivoire, S.E. Guillaume Kigbafori Soro.Le Prof. Nyamsi aborde notamment la question de la possibilité d'un libéralisme africain à visage humain.

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 13:48
Enjeux politiques de la francophonie du XXIème siècle

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie, Paris, France

Le partage d’une langue commune, croit-on communément, soude exceptionnellement les sociétés qui habitent le même univers symbolique, au point qu’elles partagent la même vision du monde, la même sensibilité esthétique et pourquoi pas, la même perspective d’avenir. Ainsi estime t-on dans les milieux idéalisant le phénomène francophone, que nous sommes de fait dans le même bateau social, économique, politique et culturel que les près de quatre cent millions d’habitants de la terre qui parlent français comme nous, vibrant au rythme du roulis de la langue de Molière, de Césaire et de Mongo Beti. La générosité d’une telle vision de la francophonie est indéniable. Elle exhale incontestablement le doux parfum des bons sentiments. Pourtant, ne faut-il pas davantage pour affirmer que le français fonde réellement une communauté de destin entre ses peuples locuteurs? Ne faut-il pas aller au-delà du chorus éphémère des grandes assemblées internationales et des raccourcis aisés des idéologues de la francité pour penser ce que la francophonie de notre époque veut dire, et notamment à quelles conditions cet ensemble de nations est promesse d’originalité et de convivialité réelles pour le monde actuel et à-venir? L’esprit de la présente tribune est fixé dans ce questionnement audacieux. J’aimerais pouvoir fixer, en une description phénoménologique, 1) la francophonie que nous, francophones de bonne volonté, ne pouvons raisonnablement plus vouloir à travers les pays francophones du monde; et 2) la francophonie que nous , francophones de bonne volonté, pouvons légitimement espérer, si sérieusement, les peuples unis par la pratique de la langue française sont réellement conduits vers un espace public démocratique solidaire, exigent et fécond, en valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de créativité.

I

La francophonie qu’on ne veut plus: paternalisme, hypocrisie et arriération

Une métaphore géographique mérite d’emblée d’être démantelée dans les esprits, quand on pense la francophonie. L’idée éculée de francophonie est celle qui veut que l’ensemble francophone soit un agrégat de pays regroupés autour de la France. Elle, la mère-patrie des droits de l’Homme et du Citoyen, auréolée de la gloire de sa révolution originale de 1789, serait le centre du phénomène francophone, pendant que les nations-filles de la France, née du processus tragique de la colonisation, seraient les lieutenantes de la périphérie francophone, chargées de relayer aux confins de l’univers habité, la bonne parole venue des bords de Seine ou du Temple de l’Elysée. Il s’agit du modèle assimilationniste, venu tout droit de la pensée coloniale et du mépris quotidien des dominés, né des pratiques coloniales d’antan, qui nient de fait le pluralisme culturel et la légitimité des divergences de visions dans l’espace francophone, et soumettent les peuples au forceps d’une culture dominante qui n’exprime ni leurs saveurs, ni leurs valeurs.

La seconde vision inacceptable de la francophonie est celle qui fonderait sur quelque supériorité culturelle native l’hégémonie économique, et finalement politique de la France sur ses ex-colonies du monde, qui bénéficieraient en retour de la couverture géostratégique tutélaire de l’ex-puissance coloniale. On assiérait ainsi la francophonie sur un pacte de soumission à la Thomas Hobbes, où en échange de la renonciation des citoyens à leur droit de belligérance mutuelle, le souverain assurerait la sécurité de tous et de chacun contre la mort violente. La doctrine stratégique qui inspire cette seconde inacceptable approche de la francophonie est celle de la suzeraineté, qui nierait de fait la capacité des peuples à s’autodéterminer, à penser leur présent et à assumer leurs erreurs, fautes et turpitudes à travers l’Histoire du monde.

La troisième vision inacceptable de la Francophonie est évidemment celle de l’incontestable exemplarité morale de la France, après près de cinq siècles de vie commune avec les peuples de ses ex-colonies. Il est temps que le discours du président français cesse d’être le clou des rencontres francophones. Il est temps que la création des idées francophones cesse d’être l’affaire exclusive des politiques francophones rassemblés tels des disciples dociles pour écouter le maître de l’Elysée. L’esprit de la francophonie ne peut-il pas se renouveler dans l’extraordinaire féérie de ses espaces de création diversifiée? La vérité de l’esclavage et de la colonisation, s’il en demeure une, c’est que les valeurs proclamées dans les idéaux de la France furent très rarement respectées dans ses rapports réels avec les autres peuples francophones: coups d’Etat organisés, soutiens multiples et ostentatoires aux dictatures, contrôle financier des ex-pays coloniaux par la Banque de France, exploitation discrétionnaire des matières premières stratégiques africaines, captation des voix de l’Afrique dans les cénacles politiques internationaux, etc. Voici autant de faits qui remettent à plat toute prétention à l’hégémonie morale française dans l’espace francophone.

On peut donc conclure ce premier volet de notre réflexion: nous, francophones de bonne volonté, ne voulons plus d’une francophonie assimilationiste, suzerainiste et autosatisfactionniste, si l’on nous permet ces néologismes. Quelle francophonie voulons-nous donc?

II

La francophonie que nous voulons: un espace public de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité réelles

D’emblée, il s’agit de reconstruire l’idéal francophone sur une mémoire collective assainie de ses scories tragiques. Non pas qu’on doive ou même puisse effacer des mémoires l’esclavage et la colonisation auxquels la France officielle de tous bords idéologiques s’adonna pendant de longs et atroces siècles contre moult peuples francophones. Le passé demeure le passé et l’effacer, c’est s’exposer à son retour brutal, selon les lois mnémoniques du retour inévitable du refoulé, quand les situations de crises rendent nécessaire le repli sur soi des dominés. On peut pourtant s’en sortir autrement. Ce qu’il faut maintenant, c’est nommer ensemble, avec tous les francophones de bonne volonté, les tares dommageables de l’histoire commune et instituer des mécanismes collectifs efficaces pour les éliminer systématiquement des relations présentes entre peuples francophones. C’est aussi discuter collectivement, librement et de façon critique du monde partagé. Sortir du modèle assimilationiste, c’est justement introduire dans les cultures de l’ensemble des peuples francophones, une relation vivante aux productions culturelles réciproques, afin de faire sens ensemble dans le monde. Il faut décomplexer les francophones de tous bords, pour qu’ils fassent monde ensemble, sans inhibition. Pour illustrer ce premier point, je donnerai l’exemple de l’expérience innovante que je vis actuellement à l’Université de Rouen en France: alors que depuis le temps des colonies, on étudie la philosophie française dans tous les pays francophones d’Afrique, on n’étudiait toujours pas, en ce début de XXIème siècle, la philosophie africaine en France. Les temps changent. L’Université de Rouen, en m’offrant l’occasion de donner des leçons de philosophie africaine aux jeunes étudiants français, opère une rupture exemplaire dans le paternalisme culturel assimilationiste à la française. N’est-ce pas cette structure dialogue, sans a priori, qu’il faut étendre à l’ensemble interculturel francophone à travers le monde?

Ensuite, il n’y aura pas de francophonie proprement humaine tant que les mécanismes de sujétion économique et géostratégique des pays du Sud ne seront pas déconstruits au coeur de la Francophonie. On ne peut continuer de célébrer de cénacle en cénacle la Francophonie alors que la Banque de France contrôle encore financièrement les activités économiques de 13 pays africains. Je fais partie de ces rares franco-africains qui s’échinent à expliquer depuis de longues années aux Français et aux Africains qu’il faut changer sans attendre les patterns de la coopération franco-africaine, avant que les populistes de tous bords ne jettent le bébé et l’eau du bain dans cette affaire. D’abord, aux Français, il faut expliquer que la France peut parfaitement trouver son compte dans la remise à plat des mécanismes financiers actuel du FCFA, à condition qu’elle accepte d’entrer dans une véritable concurrence loyale avec toutes les autres puissances convoitant les richesses et potentiels économiques africains. L’Allemagne est première puissance économique d’Europe, sans le moindre coussin financier posé sur les pays du Sud. La France peut se maintenir aux meilleurs rangs des économies du monde si elle prend l’initiative de se désengager du contrôle monétaire des Africains et de se positionner en partenaire d’excellence, en concurrence avec les Chinois, les Américains, les Russes, les Brésiliens ou les Japonais qui ne la dépassent pas en savoir-faire. L’ouverture courageuse de la concurrence suppose que des marges bénéficiaires indues ne soient plus garanties en Afrique à la France simplement du fait de sa stature d’ex-puissance coloniale, mais que la France gagne au change en raison du savoir-faire et de la compétitivité exemplaire de ses entreprises multinationales, sans oublier leur avantage culturel indéniable en terres francophones.

Ensuite aux Africains, il convient d’expliquer qu’ils ne pourront construire de véritables économies francophones compétitives que s’ils ont le plein contrôle de leurs outils financiers. Rien à voir ici avec les slogans de l’anticolonialisme dogmatique. Il ne s’agit pas d’un dogme idéologique, mais d’une réalité pragmatique. Aucune grande puissance économique au monde ne fait contrôler sa monnaie par une puissance tierce. La régulation de l’économie par la monnaie est un B-A-BA de la responsabilité du devenir d’un système économique. La CEDEAO et la CEMAC ne deviendront de grandes puissances économiques, au partenariat fructueux avec les autres grandes puissances du monde que lorsqu’elles ne prendront plus leurs crédits à l’économie à la Banque de France et ne confieront plus leurs avoirs économiques au Compte d’Opération FCFA à la banque de France. Il appartient aux Français, aux Africains et aux Franco-Africains de bonne volonté d’impulser en ce début de siècle, les réformes financières que la modernisation postcoloniale de la francophonie impose. Pour cela, il faudra aider Paris à vaincre la peur d’une perte d’influence qui en résulterait, comme il faudra aider les Africains à surmonter les logiques de vengeance stériles qui pourraient s’en inspirer. L’avenir économique de la Francophonie requiert courage, justice et lucidité à tous.

Enfin, la francophonie, une fois que seront articulées les réformes culturelle et économique sus-évoquées, a besoin de sérieuses réformes politiques. Ce ne sont pas les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité qui doivent être critiqués. Le bon sens les requiert comme guides et horizons nécessaires d’un monde réellement partagé par des personnes de bonne volonté. Ce qu’il faut maintenant questionner et restructurer, c’est la mise en oeuvre de ces principes éthico-politiques à travers les sociétés diversifiées qui constituent l’espace francophone, du nord au sud et de l’est à l’ouest de la planète. Dans cette mise en oeuvre, il importe de considérer comme inévitables les différences de systèmes politiques inspirées par l’histoire et la sociologie respectives des nations francophones. Il n’y aura donc pas uniformité des démocraties francophones, mais consensus principiel. L’uniformité signifierait la rédaction d’une seule et même constitution politique pour tous ces Etats, comme si leur historicité propre ne signifiait plus rien. L’uniformité signifierait la négation du génie propre des individus et des peuples, dans l’invention de leur futur. Ainsi par exemple, des clauses de limitation ou d’illimitation des mandats présidentiels dans les constitutions francophones. Comment ne pas croire que les seuls juges en cette affaire soient les peuples eux-mêmes, et non pas les foules instrumentalisées par des militaires, comme on l’a par exemple vu au Burkina Faso? On glisse sur une mauvaise pente lorsque le message politique dominant dans l’espace francophone consiste finalement en la légitimation a posteriori des coups d’Etat contre les régimes démocratiques.

Le consensus principiel signifierait au contraire, une ferme cohérence politique de l’espace organisationnel francophone contre tous les dictateurs en herbe, et en puissance. Il faut objectivement examiner les processus politiques qui ont conduit les différents chefs d’Etats francophones actuels au pouvoir et séparer le bon grain de l’ivraie. On verra que les paradoxes ne manquent pas. Il ne suffit pas qu’il y ait eu rébellion ou guerre civile pour qu’un gouvernement élu ne soit pas légitime. Il ne suffit pas qu’il y ait eu élection dans une paix relative pour qu’un régime qui se prétend démocratique ne soit pas une démocrature, une pseudo-démocratie ou un régime bassement autoritaire. La logique politique nouvelle, qui redonnera confiance aux peuples francophones envers l’ensemble culturel qui les lie, supposera donc une approche lucide, diversifiée, mais cohérente des crises politiques francophones, autour de trois critères essentiels, ce me semble: a) La légalité et la légitimité réelle des institutions; b) Le respect des droits humains par les autorités constituées ; c) La résorption judiciaire du phénomène massif de la corruption économique des élites politiques dans l’espace francophone. Du bon pain sur la planche, autant le dire…

Comment ne pas voir, dès lors, que la Francophonie est encore à inventer, toujours à bâtir comme ces oeuvres que le défi du temps contraint sans cesse à se rajeunir? Il faut reprendre le bâton du pèlerin de la Francophonie de projet et de partage, et quitter résolument les arènes de la Francophonie de l’autosatisfaction et de l’hypocrisie. Une langue commune ne suffit pas à bâtir un monde réellement commun. Encore faut-il que Vérité et Justice accompagnent le processus, avec persévérance, pour la juste espérance des peuples et des citoyens du monde. Et pour une telle francophonie, il faut des consciences résolument débarrassées des prisons du nationalisme, des réflexes de prédation économique et de la soif irrationnelle du pouvoir politique. Il faut des hommes et des femmes de bonne volonté, mais aussi d’action, qui conspirent ensemble pour un monde encore plus humain. Dans cet atelier de l’avenir cependant, de nombreux ouvriers manquent encore, hélas, à l’appel.

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 20:43

Les astrophysiciens nous ont appris à nous méfier de la lumière fascinante de certaines étoiles. Elles paraissent encore briller, vue de la terre. En réalité, il y a longtemps qu’elles sont éteintes et si nous les pensons brillantes, c’est juste par ignorance de leur statut astronomique actuel. Ne faut-il pas les restituer à leurs ténèbres réelles pour sortir de la fascination de leurs pseudo-lumières ? Ainsi des étoiles du régime despotique de la Refondation de Laurent Gbagbo, tel l’éphémère non-ministre Charles Blé Goudé, qui s’est donné en piteux spectacle hier 2 octobre 2014 à La Haye, dans une plaidoirie que je voudrais analyser afin de montrer pourquoi elle contribue à alourdir utilement les chaînes de l’ex-Général de la Rue ivoirienne. Armé de lunettes de circonstances qui lui donnaient une contenance intellectuelle toute affectée quand on sait la vacuité du parcours scolaire et universitaire du faussaire de l’Université de Manchester, Blé-La-Machette, ex-commandant des foules ivoiritaires lobotomisées par la haine de l’Autre homme, théoricien lunatique d’une révolution du matelas et de la casquette qui finalement n’eut lieu que dans sa propre imagination débridée, s’est triplement enfoncé hier 2 octobre 2014 à La Haye. Comment, me demanderiez-vous ? N’a-t-il pas brillé par sa verve, son audace, son verbe truculent et sa gestuelle de laboureur de terres arides ? Blé Goudé, je vais vous le montrer, s’est installé à vie dans le discrédit moral et judiciaire, après avoir bu en Côte d’Ivoire toute la tasse de l’infortune politique : a) par les nombreuses contradictions de sa plaidoirie ; b) par l’insupportable mépris dont il a fait preuve pour les victimes nombreuses de ses ordres criminels, autant au cœur de la galaxie des Refondateurs que dans les rangs des Ivoiriens du nord et des étrangers vivant en Côte d’Ivoire ; c) par l’inculture politique et la désinvolture massive de son argumentaire juridique étalés devant les juges de La Haye, qui pour le coup, ont eu l’occasion de voir comment le sorbonnard d’Abidjan a auparavant floué tant de naïves consciences en son pays.

Les contradictions d’une plaidoirie inutilement gesticulante

Hier 2 octobre 2014 à La Haye Blé a tout dit et son contraire. Sur le bien-fondé de sa présence à La Haye, qui n’a pas souvenance que Blé Goudé a soutenu par plusieurs fois qu’il était heureux d’être à La Haye, bien traité à La Haye, prêt à y demeurer avec intérêt autant que possible pour la manifestation de la vérité ? Hier, Blé a tourné casaque : « Qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi on m’a amené ici à La Haye ? Madame la Présidente, laissez-moi rentrer chez moi poursuivre mon œuvre commencée depuis le 2 octobre 2002 », tels sont les slogans à répétition que Blé Goudé nous a régulièrement servis pendant les 52 minutes de sa logorrhée sans queue ni tête devant le tribunal. Blé ne doit-il pas choisir entre la joie d’être à l’abri de la sanction d’un régime qu’il présente comme le pire du monde alors même qu’il doit la vie à la magnanimité de ce même régime du RHDP qui lui a offert l’opportunité d’aller pérorer à la face du monde ? N’est-ce pas cette Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara qui l’aurait nourri d’une sauce à l’eau claire sans viande qui devrait accueillir le même Blé Goudé si la CPI le délivrait tantôt ? Le luxe de La Haye serait-il devenu moins intéressant que les terribles cellules de la DST où Blé Goudé prétend avoir vu le diable en face avant son extradition ? La vraie raison du transfert de Blé Goudé à La Haye est pourtant connue : à la suite de son mentor Laurent Gbagbo, Blé Goudé s’est opposé violemment à la vox populi ivoirienne exprimée dans les urnes en octobre-novembre 2010. Il a mené des milliers d’ivoiriens au crime de masse, à la haine et à la mort violente en les entraînant à affronter la république légitime issue des urnes de 2010. Rebelle contre la démocratie et la république émergentes alors que le pouvoir Gbagbo souffrait d’un déficit chronique de légitimité politique depuis son coup d’Etat déguisé en pseudo-élection en octobre 2000, Blé Goudé, comme son mentor, sont responsables de la tragédie humaine que le rétablissement des institutions régaliennes de l’Etat ne pouvait éviter. Le prix de tout laxisme envers la Refondation en 2010-2011 aurait été l’explosion apocalyptique de la nation ivoirienne. Blé Goudé se contredit sur un autre plan tangible. Les faits de crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés sont irréfragables. Les 3000 morts de la dernière crise postélectorale, provoquée par le régime Gbagbo, ne sont pas une métaphore. Blé prétend n’avoir jamais donné d’ordre d’affrontement à ses partisans contre les partisans du camp Ouattara ou contre les étrangers ? Sur ce point, les preuves abondent pourtant. Fatou Bensouda, la très professionnelle procureure de La Haye, en a servi à suffisance à la CPI. Blé est le seul à ne pas les voir ou revoir. A-t-on remarqué qu’il n’accepte de montrer aucune des vidéos où son œuvre haineuse explose à merveille ? A chacun de ses meetings de masse, Blé Goudé a promis la guerre aux Ivoiriens opposés à Laurent Gbagbo. Il a annoncé à l’ensemble de la CEDEAO que l’armée pro-Gbagbo et les jeunes patriotes les affronteraient victorieusement. Plusieurs fois, Blé a dit être prêt avec ses hommes et tous ses alliés pour la confrontation finale. Il a par plusieurs fois rassemblé les principaux chefs de l’armée rebelle à la démocratie, après l’élection de novembre 2010 et les a régulièrement incités à user de la force des armes contre les civils pro-Ouattara et contre l’ensemble des militants du RHDP en général. Le résultat de l’incitation récurrente des jeunes « patriotards » à la violence par Blé Goudé ne s’est pas fait attendre : des centaines d’exécutions sommaires à travers les villes du Sud ; des combats entre l’armée rebelle des FDS pro-Gbagbo contre les FRCI ; des victimes civiles dans les marchés et quartiers populaires s’en sont suivies par milliers. Qui a diantre oublié que Blé a utilisé des centaines de jeunes ivoiriens comme chair à canon quand lui-même se planquait subrepticement au Ghana en appelant au même moment à la plus farouche des résistances armées ? Enfin, Blé Goudé se contredit quand il évoque le statut de la Cour Pénale Internationale dans ses saillies. Si d’une part, Blé conteste le bien-fondé de sa présence à la CPI, il n’hésite pas à saluer l’existence de la justice internationale d’autre part. Blé en appelle même à une justice internationale exemplaire qui l’aiderait à reprendre sa carrière politique en Côte d’Ivoire. Blé croit en la CPI et insiste généreusement que ce soient d’autres Ivoiriens qui y soient pour répondre toutefois des crimes qui lui sont reprochés. N’est-ce pas un qui voulait prendre qui est ainsi pris ? N’est-ce pas la même communauté internationale, avec ses institutions judiciaires entre autres, que Blé a constamment diabolisée pendant une décennie de prêches enflammés ? Qui a fait abondamment agresser, tuer, insulter et vilipender l’ONU en Côte d’Ivoire, mieux que Charles Blé Goudé ? Ne sont-ce pas les camarades armés du même Blé Goudé qui ont donné la mort aux soldats nigériens de l’ONU à Taï, quand planqué au Ghana, Blé et les autres extrémistes de son camp rêvaient à haute voix d’une victoire par revanche militaire de la Refondation contre le régime du RHDP ? La CPI ne peut être à la fois légale et illégale. Blé doit boire le calice de la justice jusqu’à la lie ! Conscient que le régime Gbagbo a régulièrement contribué à consolider l’adhésion de la Côte d’Ivoire au Statut de Rome, Blé avoue donc que c’est à bon droit qu’il est à La Haye tout en se plaignant à la fois d’y être. On peut donc, au regard de la grossièreté des contradictions de Blé Goudé, faire l’hypothèse que sa propre parole fonctionne sur lui comme une force d’autosuggestion. Plus il s’agite, plus Blé Goudé croit avoir raison. Mais en réalité, il s’enfonce davantage, tels les gladiateurs du peintre Goya qui se battent dans la vase, s’enterrant progressivement par leur propre débauche d’énergie. Y-a-t-il cependant plus méchant qu’un type opaque à toute repentance et déterminé à se gargariser de ses propres mensonges ? Auscultons le cynisme pervers de Zadi Gbapê.

L’insupportable mépris de Blé Goudé pour ses victimes

Blé Goudé se comporte comme si la violence du régime Gbagbo envers les populations réputées proches de ses adversaires politiques n’était qu’œuvre de légitime défense. Quid du Charnier de Yopougon en octobre 2000 qui déclencha la rwandisation à pas forcés de la Côte d’Ivoire du 21ème siècle jusqu’en 2011 ? Quid des centaines de militants du PDCI et du RDR lynchés par les troupes militaires et militantes du régime Gbagbo en mars 2004 au vu et au su de tous ? Quid des crimes organisés par les expéditions des Escadrons de la mort entre 2002 et 2004, contre l’opposition civile ivoirienne d’alors ? Blé Goudé cite à foison dans sa diatribe foireuse, le MPCI-FN de Guillaume Soro, dont la compagnie lui manquerait tant à La Haye. La légitime défense a-t-elle meilleure illustration que le juste combat des Forces Nouvelles pour l’instauration d’une véritable démocratie en Côte d’Ivoire ? Pourquoi Blé Goudé ne se souvient-il pas de la manière dont Laurent Gbagbo, par l’entremise de la fibre ethnique instrumentalisée, s’est servi du même Blé Goudé pour discréditer à jamais la lutte citoyenne de la FESCI après Guillaume Soro ? Blé-la-Machette a-t-il à ce point oublié que c’est précisément pour sauver la Côte d’Ivoire d’une véritable apocalypse que Guillaume Soro et ses camarades se dressèrent dès 2001 contre le régime criminel de l’ivoirité, en pure et simple application du droit d’insurrection contre les despotes, que reconnaissent toutes les déclarations internationales des droits humains depuis au moins 1789 ? Les juges de la Cour Pénale Internationale de La Haye ont dû être impressionnés hier par tout autre chose que l’art oratoire de Charles Blé Goudé, qui n’épatera que ceux qui ne savent pas ce que parler en public veut dire. Contrairement à l’illusion de compétence oratoire dont il a fait un point d’honneur narcissique et récurrent tout au long de sa plaidoirie, Blé Goudé est plutôt un brailleur. Il parle très fort et s’étourdit tout seul. Il bouge sans cesse, mais c’est surtout parce qu’il croit que la vérité est dans ses muscles. Il multiplie les images foireuses, telle cette tête de panthère dont il faudrait chercher les dents chez celui qui l’a mangée. Blé montre justement, par le registre des bêtes sauvages, qui orne son propre discours, qu’il en est précisément une, lui-même. Blé se veut fauve et ne parle que d’histoires de fauves. Le matelas et la casquette ne feront jamais oublier la machette et les milices haineuses qui ont accompagné son aventure tragique dans le siècle ivoirien commençant. Ce qui a donc sûrement impressionné les juges de la CPI hier 2 octobre 2014, c’est la froideur de ce monstre non repentant, qui prétend avoir enseigné aux Ivoiriens le pardon qu’il ne demande pourtant à aucune de ses victimes. Lui, Blé Goudé, le caravanier de la haine et de l’hypocrisie, qui enjoignait au Général Mangou d’être prêt à la guerre contre la république émergente en 2011, se présente soudain comme une victime de l’Histoire qu’il a tenté de faire avec vilénie et lâcheté.

L’inculture politique et la cuistrerie judiciaire de Blé Goudé

Quand on n’a pas la patience d’étudier son époque et de s’imprégner des fondamentaux des sciences politiques, quand on est pressé d’avoir des diplômes qu’on ne mérite point comme notre fraudeur universitaire invétéré Blé Goudé, on ne tarde pas à être tôt ou tard une vraie calamité dans le champ politique. Des diplômes de communication bricolés sur le tard à coups de facilités diverses à Abidjan ne suffisent pas à masquer l’instabilité des facultés logiques de notre tribun de foire. Blé Goudé se prend pour le héros Mandela ? Il n’a pas dû lire l’Interview de 2010 à Jeune Afrique où Gbagbo affirmait que Mandela n’est pas du tout un héros. Blé Goudé estime que la guerre des soldats pro-Gbagbo contre la république de Côte d’Ivoire renouvelée par la démocratie est comparable à la résistance française de De Gaulle contre les nazis et Pétain ? Il n’a pas dû comprendre que l’équivalent ivoirien du nazisme et du pétainisme, c’est le social-nationalisme frelaté et xénophobe du FPI de Laurent Gbagbo. En prenant les discriminations de l’Apartheid et du nazisme en guise d’exemples, Blé Goudé s’est copieusement tiré tant de balles dans les jambes qui sortira parfaitement ligoté de ce prétoire. Les juges avaient tout le loisir, par l’imprudence naïve du braillard du COJEP, de rapprocher l’exclusion ivoiritaire de ses sœurs aînées à travers l’Histoire. Pour conclure, disons tout de même que je n’ai pas perdu 52 minutes de ma vie en regardant la dernière plaidoirie foireuse de Blé Goudé dans la nuit d’hier 2 octobre donnant au 3. La contemplation réflexive de cet être sans honte plastronnant à La Haye m’aura au moins convaincu de la nécessité de continuer d’armer moralement l’opinion africaine et mondiale contre la fascination des Blé Goudé nouveaux qui viendront, quand l’original Blé Goudé croupira sous ses chaînes amplement méritées à La Haye. La perspective d’une Côte d’Ivoire émergente et rassemblée dans le PDCI-RDR en projet est tellement rassurante que le travail de mémoire et de contre-mémoire que nous poursuivons pour l’Afrique du 21ème siècle doit redoubler de force et de vigueur, afin que les forces rétrogrades du chauvinisme ethno-national africain soient défaites par le droit d’abord, par la force légitime si nécessaire, partout où des peuples en souffrance le pourront. C’est cette vision cosmopolitique de l’Afrique, incarnée par la renaissance démocratique et républicaine de la Côte d’Ivoire actuelle qui nous enjoint à aider des haineux comme Blé Goudé à alourdir davantage leurs propres chaînes.

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 11:39

Dans cette interview du 21 août 2014, le Professeur Franklin Nyamsi, Président du Collectif Diasporique Camerounais, a signé son grand retour médiatique au Cameroun. A bâtons rompus avec le journaliste Thierry Ngogang de la Chaîne Camerounaise STV, il passe en revue les sources de son existence et les fondements de son engagement citoyen à travers le monde.

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