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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 12:40
L'actualité judiciaire burkinabé conforte les thèses de mon dernier ouvrage!
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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 00:49

Journal d’un retour dans mon Cameroun natal (II)

Chapitre 2  Aucun lait ne sera donné

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Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie

Paris, France

Dans mon pays natal, les trois semaines que je viens de passer m’ont plongé dans les nuances nouvelles de la langue ordinaire du pays, ce fameux camfranglais sans bords ni limites sur lequel la plus avisée des académies linguistiques s’aventurerait prudemment. L’une des expressions qui m’ont le plus frappé et marqué est « Il ne donne aucun lait », ou encore « aucun lait ne sera donné ». Méditons-la avant d’expliquer en quoi elle explique l’acte II de notre monographie du séjour vécu du 4 au 25 août 2014 en terre camerounaise. Donner du lait, on le sait, est l’activité maternelle par excellence chez les mammifères, groupe animal d’où émergea l’homo sapiens. Dans cette tendresse exceptionnelle de la mère et de ses petits, la vie continue de se transmettre, comme aide à la survie et comme amour, comme solidarité du groupe envers le nouveau venu dont la croissance suppose le sacrifice continu des ressources de la communauté vivante accueillant l’être fragile qui commence le combat pour la vie. Par opposition, « ne donner aucun lait », c’est ne faire aucun cadeau au prochain, c’est engager dès la première rencontre avec autrui, l’impitoyable combat pour la survie, où « chacun s’assoit et Dieu le pousse », le fameux monde du « man no run », du « aides-toi et le ciel t’aidera », ou encore du « no pity in business ». Quand on dit qu’aucun lait ne sera donné, on veut donc proclamer le règne du droit du plus fort, dans le meilleur cas, celui de la Loi du Talion, « œil pour œil, dent pour dent ». Pourquoi peut-on dire que dans le Cameroun contemporain, « aucun lait ne sera donné » ? Trois structures de la conjoncture camerounaise actuelle nous incitent à prendre cette expression symbolique au sérieux : 1) Le conflit militaro-politique amorcé aux frontières nord-ouest et est du pays sous les noms divers de Boko Haram et Compagnie ; 2) La grave crise économique que traverse le pays depuis le milieu des années 80 ; 3) Le discrédit international durable dans lequel la société camerounaise dans sa totalité est entrée depuis près de trois décennies cruelles et décevantes . J’aimerais montrer dans la présente tribune que c’est parce que ces trois axes de la réalité sociopolitique camerounaise ont atteint un point de non-retour que l’expression « Aucun lait ne sera donné » vaut désormais tout son pesant d’or national.


Le conflit militaro-politique en cours au Cameroun : un malentendu rampant


Quand on vit entre Douala et Yaoundé, vitrines du Cameroun moderne, on a presque le sentiment que la question sécuritaire posée au nord concerne un autre pays. Dans les années 20, 30, 40, 50, voire 60, l’on sait que les gens du Nord alors largement dominé déjà par les féodaux parlaient du Cameroun comme du pays qui étaient au sud de leurs verts pâturages de l’Adamaoua. La présidence Ahidjo entre 1960 et 1982, malgré -et avec- la dose de clanisme sécuritaire qui l’accompagna, contribua néanmoins à intégrer relativement la conscience nationale camerounaise dans les esprits des habitants du Septentrion. Or en 2014, ironie et inversion de l’histoire, les Camerounais en deçà de l’Adamaoua parlent de la situation sécuritaire dans le nord du pays comme de l’affaire des autres, dans une insouciance et une indifférence qui ne peuvent qu’effrayer l’analyste conscient du péril qui menace le Cameroun. Mais ne faut-il pas aller plus loin pour comprendre cette espèce de détachement avec lequel l’opinion sudiste évoque les événements militaires gravissimes qui se déroulent à l’instant même dans le nord du pays, coûtant déjà près d’une centaine de morts aux forces armées nationales du Cameroun en moins d’un trimestre de conflit frontal ? De qui et de quoi l’actuelle guerre en cours au Cameroun est-elle le nom ?

Pour comprendre le malentendu sécuritaire rampant qui traverse le Cameroun aujourd’hui, il convient de camper les différentes thèses en présence, d’en analyser les non-dits pour en dégager l’impensé et comprendre la structure de sens sous-jacente à tous ces discours en compétition. Il y a au moins trois thèses en compétition : celle du pouvoir relayée par ses communicateurs officiels et principalement par le président Paul Biya, que la crise sécuritaire a rendu étonnamment prolixe ; celle de l’opposition parlementaire et non parlementaire, marquée au coin de la prudence et de la peur des dégâts collatéraux d’une accusation éventuelle de collusion avec les agresseurs du Nord et de l’Est ; celle enfin de l’homme de la rue camerounaise, qui n’y voit qu’une phase de plus du cirque politico-politiciens des tenants de la mangeoire républicaine du pays.

 

La thèse du régime Biya


Le régime du Président Biya a affirmé sans ambages trois axes de communication. D’abord, une déclaration de guerre contre la secte Boko Haram, prononcée à partir de Paris par le Chef de l’Etat, a sonné la mobilisation de l’armée camerounaise contre un ennemi considéré comme irrecevable en négociation. Ensuite, le Président Biya a annoncé, au départ de sa récente visite aux USA, que la guerre contre Boko Haram était de la même gamme que les batailles victorieuses menées par l’armée camerounaise contre les maquis révolutionnaires upécistes des années 50 et 60, contre les manifestants de l’épisode des Villes Mortes dans les années 90, et pourquoi pas bientôt, contre les moindres vélléités contestataires de l’opposition parlementaire ou non parlementaire. Par ce second son de cloche, Paul Biya a indiqué qu’il n’avait pas affaire à une agression étrangère dans le nord et l’est du pays, mais bel et bien à un conflit camerouno-camerounais. En mettant sur le même plan les combattants upécistes de l’indépendance, les  manifestants pour le multipartisme démocratique des années 90 et les obscurantistes de la secte Boko Haram, Biya a déchiré le voile qui recouvrait les événements militaires du nord. Non seulement, il a humanisé Boko Haram en le rapprochant de la glorieuse mémoire de la Guerre d’Indépendance du Cameroun, mais il a refréné les ardeurs de l’opposition à signer un pacte d’Union Sacrée avec le pouvoir pour combattre l’ogre islamiste annoncé au Nord. Entre temps, la secte Boko Haram a cessé de signer les attaques militaires contre le territoire camerounais de son nom. Troisième axe enfin : la tragédie militaire du nord Cameroun s’est dès lors pleinement camerounisée, comme le limogeage de deux grands officiers camerounais dans la zone des combats, mais aussi la création d’une 4ème région militaire camerounaise par le président Biya depuis Paris l’a confirmé. La communication officielle du Cameroun, loin de porter désormais sur un ennemi externe, porte désormais sur un ennemi interne. Le Président de l’Assemblée Nationale du Cameroun, Cavaye Yéguié Djibril, n’avait-il pas prévenu ses collègues en plein hémicycle ? A la surprise quasi-générale, il clama : « Boko Haram est parmi nous ». Le régime RDPC, comme je l’ai estimé dans plusieurs analyses depuis une décennie, a-t-il enfin décidé de se tirer une balle au pied, dans un harakiri final ?


La thèse de l'opposition camerounaise


L’opposition parlementaire et non-parlementaire est dans la perplexité face à la crise militaro-politique qui secoue le nord et l’est du Cameroun. Si elle se solidarise trop avec le pouvoir, elle n’y gagnera rien qu’une confirmation de son insignifiance dans le rapport de forces qu’elle aurait bien voulu constituer face au pouvoir camerounais, ne serait-ce que pour accéder à des pans régaliens de l’Etat. Mais si l’opposition parlementaire et extra-parlementaire se solidarise publiquement avec les supposés rebelles camerounais du Nord et de l’Est, elle s’expose à un taillage en pièces en bonne et due forme de l’Etat RDPC qui excelle dans l’art de se trouver des boucs émissaires quand il est aux abois. Du coup, l’opposition camerounaise, toutes tendances confondues semble manifestement être atone et aphone, comme braquée par la complexité du défi qui la tutoie. Si prolixe quand il faut parler des crises politiques extérieures au Cameroun, à l’instar de la dernière crise postélectorale ivoirienne, l’opposition camerounaise brille par son absence de lisibilité dans la crise militaro-politique amorcée au Cameroun. Du coup, l’insécurité aux frontières nord et est du Cameroun menace de consacrer définitivement l’enterrement d’une opposition politique réelle au Cameroun. On comprend dès lors que les tractations de coulisses soient devenues l’autre nom de l’avenir des opposants camerounais. Deux catégories d’opportunistes sont apparues : ceux qui se solidarisent bruyamment avec le pouvoir RDPC pour en espérer bienveillance et générosité, et ceux qui, sous cape rient des malheurs du régime Biya dans l’espoir de vite lui succéder à l’issue de sa chute espérée et tant de fois annoncée. Quant à l’opposition diasporique camerounaise, elle ne brille pas plus par son implication efficace et efficiente dans la conjoncture politique actuelle. Aux activistes camerounais zélés qui ont choisi de faire du jeu de cache-cache avec Paul Biya à travers les capitales européennes leur seul unique et bien menu programme politique, s’opposent les exilés camerounais de salon qui attendent tranquillement dans leurs repaires cossus d’Occident qu’on les invite à exercer le pouvoir après que d’autre auront risqué leurs vies dans le Grand Soir contre le régime de Paul Biya. La question essentielle, pour l’opposition de l’intérieur comme de l’extérieur, n’est-elle pas au fond de reprendre effectivement pied sur le terrain national et international afin de s’imposer comme force de proposition, et alternative crédible aux soixante années de l’UNC-RDPC ? Il y a loin de la cuiller à la bouche, pour voir émerger réellement un autre véritable parti de gouvernement après l’effondrement du SDF et l’émiettement des UPC au Cameroun.

 

La thèse de l'homme de la rue


Dans un tel contexte, on comprendra aisément ce qui laisse pantois l’homme de la rue au Cameroun. Les gens de mon pays natal assimilent systématiquement politique et combine. Boko Haram, le RDPC au pouvoir, l’opposition camerounaise, c’est blanc bonnet- bonnet blanc pour le citoyen lambda. Pis encore, s’est répandue inexorablement dans l’opinion - avec l’aide de certains médias chargés de fabriquer une opinion africaine occidentophobe -l’idée que le pouvoir et les opposants camerounais étant à la fois corrompus et complices, les événements militaires du nord ne sont qu’un règlement de comptes entre les mêmes, sous l’arbitrage complice de la puissance tutélaire française qui tirerait au final tous les bénéfices de la déflagration qui monte. L’attentisme des Camerounais ordinaires aura trouvé là un viatique inespéré. Le peuple Camerounais ne donne pas le lait aux politiciens de tous bords. Il les redoute et boude massivement. Le célèbre « On va faire comment ? » relaie aisément l’unanimité négative des gens sur les politiques camerounais, souvent considérés comme tous pourris sans exception notable. Etrange ambiance mentale, que celle qui règne au Cameroun en ce mois d’août 2014 ! Tout se passe comme si les héros du peuple camerounais étaient tous morts. Les rares figures résistantes et vivantes qui se proposent encore à cette fonction sont du reste regardées avec une bien décourageante commisération par la foule, soumise intérieurement au Tout Puissant Argent-Roi. Société bloquée, le Cameroun populaire regarde le régime Biya et ses opposants de circonstances comme une vache en pleine rumination d’après-midi contemple un papillon voletant sur l’herbe grasse. « C’est leur guerre », entend-on susurrer. Biya et ses rivaux politiques peuvent poursuivre leur spectacle, l’essentiel est de gagner chacun sa pitance quotidienne, en attendant que les Grands du pays décident de l’endroit où il faudra désormais aller sécher ses habits au soleil.

Est-ce pour autant que la déchéance socioéconomique et le vide politique abyssal du Cameroun contemporain ne s’aggravent point chaque jour ? Je montrerai dans la deuxième et dernière partie du présent chapitre qu’on ne saurait répondre à cette dernière question par la négative. Car vous l’avez bien compris, « aucun lait ne sera donné ».

(Affaire à suivre donc, dans quelques jours).

 

 

 

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 01:21

union Aficaine6Le non-livre[1] de Gbagbo et Mattei sur la crise ivoirienne : un monument d’incongruités


 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Abidjan, Côte d’Ivoire

 

 

Un livre, c’est avant tout un objet culturel dans lequel celui qui écrit se livre à la postérité, que ce soit en vérité ou sur le mode de la fiction. Un livre authentique, pour ainsi dire, livre et délivre. C’est une déposition publique, un testament partiel, un legs au futur. Le livre a valeur de transmission et de transcendance quand celui qui l’écrit parle pour faire honte à ses propres actions, au nom d’un devoir de vérité et de justice pour ceux qui viendront après lui, en vertu d’une exigence de probité envers ses lecteurs et ses critiques. Ecrit de la sorte, le livre mérite d’être abordé sous le prisme du principe de bienveillance herméneutique, qui dispose que celui qui écrit ayant quelque chose à dire, ceux qui le liront, bien qu’ils aient le droit d’émettre des réserves sur telle ou telle idée, sur tel fait ou sur telle interprétation, ont au préalable le devoir de bien le comprendre. Or, après un parcours minutieux des trois cents vingt-deux pages de l’ouvrage de Laurent Gbagbo et François Mattei, « Pour la vérité et la justice », on est frappé par évidence implacable : Gbagbo et sa plume française s’adressent à un public qu’ils semblent considérer comme amnésique et inculte ; Gbagbo et Mattei écrivent comme pour brûler les derniers vaisseaux du régime de la Refondation, avec la Côte d’Ivoire entière, dans un dernier feu d’artifice digne des meilleurs pyromanes politiques ; Gbagbo et Mattei écrivent pour travestir les fondements du bon sens examinant la crise ivoirienne, comme pour tenter mordicus une dernière dissimulation des pires forfaitures dont le régime du FPI ait été capable ; Gbagbo et Mattei écrivent pour clamer l’innocence d’un coupable qui ne croit lui-même en son innocence qu’à force de se la répéter lui-même comme un dogme, un mantra inespéré supposé produire la pureté qui manque à celui qui le profère. En un mot, Gbagbo et Mattei nous ont produit  l’exemple parfait du non-livre. Un livre écrit pour se délivrer de la justice, mais qui ne livre rien en vérité. Sans rentrer dans l’exhaustivité d’un texte écrit fiévreusement à deux mains, une en écriture fine (Mattei) et l’autre en gras( Gbagbo), comme pour singer l’apparence et l’essence, il s’agit dans la présente recension de revenir sur les quatre prétentions principales de l’ouvrage : 1) La nature et la genèse de la crise qui a emporté Laurent Gbagbo loin des ors de la république de Côte d’Ivoire ; 2) Le statut de la rébellion ivoirienne et du régime actuel d’Alassane Ouattara ; 3) La hiérarchie des responsabilités dans la dernière crise postélectorale ivoirienne ; 4) L’avenir de la question ivoirienne à la Cour Pénale Internationale de La Haye. Le présent écrit se veut dès lors comme une prophylaxie préventive à la lecture du livre de Laurent Gbagbo et de François Mattei, un peu comme les voyageurs en terre lointaine se vaccinent préventivement contre les maladies opportunistes qui les y attendent.

 

I

Nature et genèse de la crise ivoirienne : impérialisme franco-burkinabè ou xénophobie ivoiritaire ?

 

Laurent Gbagbo et François Mattei défendent unanimement une thèse essentielle : « Le problème de la Côte d’Ivoire, […] c’est que Compaoré et Ouattara veuillent fondre la Côte d’Ivoire dans le Burkina. A croire que tous les deux, ils ont une revanche à prendre  sur la Côte d’Ivoire »[2]  Mieux encore, Gbagbo ajoute, cynique : « Le PDCI, s’il continue de cautionner la politique de Ouattara, aura une grande responsabilité : on change la population pour rendre la Côte d’Ivoire soluble dans le Burkina Faso. […] Veulent-ils la mort de la Côte d’Ivoire pour que vive le Burkina Faso ?  L’autre problème, c’est la France. Elle n’a jamais voulu renoncer à sa mainmise sur notre pays. »[3]

Ainsi, du point de vue de nos deux auteurs, la crise ivoirienne n’est qu’une conséquence d’un double projet de forces anti-ivoiriennes convergentes. D’une part, il s’agirait d’un projet impérialiste burkinabè envers les terres riches du sud de la Côte d’Ivoire.  De l’autre, il s’agirait de la mainmise obsessionnelle de la France sur le pays. Faut-il rappeler à nos deux écrivains du moment que, pour ce qui concerne le premier point,  l’histoire longue[4], par-delà les frontières issues du partage colonial, unit les territoires et les peuples de ces deux pays par la géographie, les langues, les coutumes, les royaumes traditionnels et le commerce ? Sont-ce les burkinabè qui s’invitent en Côte d’Ivoire dans les années 30, 40, 50, 60 et 70 pour pallier le manque cruel de bras dans les plantations de l’agriculture ivoirienne de rente qui émerge alors ? En indexant les burkinabè comme étant « le problème ivoirien », Laurent Gbagbo vient  en fait avouer sans voile ce que les pontes du FPI n’ont dit qu’entre deux silences depuis les années 90. La xénophobie anti-mossi est le plus vieux fonds de commerce du national-chauvinisme ivoirien, qui lui-même n’est qu’un refuge de la volonté de domination de classes née dans la conscience de nombreux autochtones ivoiriens envers les Africains issus de l’immigration en Côte d’Ivoire. Ainsi, selon la logique de Gbagbo et de ses suiveurs, les immigrés du Burkina Faso et leurs descendants, installés en Côte d’Ivoire depuis l’avant-indépendance, devaient continuer à être des étrangers sur le sol ivoirien, pour laisser la direction du pays aux Ivoiriens de souche multiséculaire, ad infinitum. N’est-ce pas un attentat à l’idée panafricaine en général et à l’idéal de fraternité et d’hospitalité qui crée dès l’origine la spiritualité propre de la Côte d’Ivoire ?  Par ailleurs, comment comprendre que Gbagbo voie la France au cœur de tous ses malheurs alors qu’il se proclame dans le même temps comme le plus francophile des dirigeants ivoiriens, alors qu’il revendique le passé militaire français de son père avec fierté, alors même que son premier réflexe en 2002 contre la rébellion ivoirienne fut d’en appeler à l’aide de la France, alors enfin que c’est la France socialiste de Jospin qui adoubera l’élection présidentielle antidémocratique et calamiteuse de Laurent Gbagbo en octobre 2000 ? Si Gbagbo veut revendiquer la France des droits de l’Homme et non celle des appareils corrompus de la coopération élyséenne, comment comprendre qu’il ait préservé, comme il l’avoue lui-même dans ce livre, tous les intérêts[5] économiques, militaires et culturels de la France en Côte d’Ivoire pendant les 10 années de son séjour au pouvoir ?

Avec ce livre, la xénophobie du leader du Front Populaire Ivoirien cesse d’être un tabou reconstitué. Elle se revendique et s’affiche arrogamment au grand jour, comme un ultime sarcasme de condamné à mort au tribunal.  Or c’est précisément cette volonté de saucissonner les Ivoiriens en vrais et faux nationaux, en authentiques ivoiriens et en ivoiriens frelatés, qui a pris les allures criminelles de la politique de l’ivoirité, récupérée, aggravée et systématisée sous l’ère Gbagbo de 2000 à 2011.  L’histoire attestera toujours que c’est le charnier de Yopougon en octobre 2000, en consonance avec la dénonciation instrumentale des naturalisations étrangères dans les années 90, qui ont servi de brasier à la crise identitaire ivoirienne et éveillé un devoir de résistance parmi les exclus qui croissaient chaque jour en nombre. Certes, les difficultés socioéconomiques nées de la crise du cours des matières premières et d l’épuisement du modèle d’agriculture industrielle des années 50-60, ont servi de terreau fertile au phénomène de bouc-émissarisation qu’est l’ivoirité. Mais incontestablement, c’est cette discrimination criminelle, officialisée en politique d’Etat sous Laurent Gbagbo, après la parenthèse de sang du général Guéi entre 1999 et octobre 2000, qui mit le feu à la poudrière identitaire ivoirienne.

 

II

 Statut éthique et politique de la rébellion ivoirienne de Guillaume Soro : faction criminelle ou résistance historique ?

 

Pourquoi des hommes, dans la fleur de l’âge, refuseraient-ils les propositions de corruption d’un régime aux abois pour affronter celui-ci dans une lutte à mort ? Les sicaires de Gbagbo ont le questionnement trop court. Quand il s’agit donc de s’expliquer sur les raisons de la rébellion de 2002-2007 du MPCI-FN contre le régime FPI de Laurent Gbagbo, on ne s’étonnera pas de la thèse défendue par nos deux écrivains des Editions du Moment. L’opportunisme des auteurs bat ici ses records d’hypocrisie. Laurent Gbagbo attribue tout naturellement la rébellion ivoirienne de Guillaume Soro aux deux coupables précédemment désignés dans son diagnostic des causes génétiques de la crise ivoirienne. Dans cette logique, loin d’être le jaillissement d’une réaction des profondeurs de la Côte d’Ivoire déchirée en vrais et faux ivoiriens par les idéologues proactifs de l’ivoirité – tel ce Laurent Gbagbo interdisant Alassane Ouattara de candidater aux législatives 2000 -, la rébellion ivoirienne de 2002 ne serait qu’un mercenariat au service du double projet impérialiste franco-burkinabè. Gbagbo ne choisit pas ses mots pour parler de ses compatriotes révoltés, un peu comme son ami Gildas Le Lidec qui les traite de « salopards échevelés » dans une interview récente au journal français Marianne. Voici donc comment Gbagbo minore les causes de la rébellion ivoirienne :

« En 2000, quand j’ai été élu, on a vu fleurir en France une campagne de diffamation. Parce qu’on n’acceptait pas mon élection. A nouveau en 2010, ils ont refusé le fait que je sois élu. […] Comme en 2000 et 2002, c’est nous qui en 2010 avons été agressés et s’il y a eu des morts, trop de morts, c’est bien parce qu’une guerre a été déclenchée à l’étranger, qui s’est traduite par une invasion de mercenaires recrutés dans les pays alentours, appuyés par les forces françaises. Il s’agissait de faire tomber le gouvernement d’un pays souverain et de s’emparer de ses institutions. »[6]

Qui s’étonnera encore ici de la logique de l’extraversion qui commande la propagande politique du chef des frontistes ? Tout expliquer en Afrique par l’extérieur, par l’Occident, n’est-ce pas l’entourloupe idéale pour dédouaner les Africains de leur action effective dans l’histoire ? Comme aveuglé par l’antique conscience mythique des peuples de la préhistoire qui attribuaient aux dieux toutes les œuvres agraires,  techniques, artistiques ou politiques des hommes eux-mêmes, Gbagbo et son aide-plume s’aveuglent en réalité tout seuls, pour échapper au jugement implacable de leurs contemporains perspicaces. Les causes de la rébellion ivoirienne, répétons-le, sont d’abord à chercher dans la crise de confiance créée par l’idéologie discriminatoire de l’ivoirité entre les Ivoiriens eux-mêmes, mais aussi entre les Ivoiriens et leurs congénères de la sous-région africaine. Né dans les années 70 de la réflexion esthétique du professeur Niangoran Porquet qui voulait allier en un concept syncrétique comparable à la créolité, les cultures ivoiriennes de la savane et de la forêt, l’idée d’ivoirité fut au départ en phase avec l’idéal cosmopolitique de la Côte d’Ivoire. Il s’agissait de théoriser ce que la Côte d’Ivoire pouvait apporter en fait à la construction de la civilisation de l’Universel. Quand le FPI s’empare pour la première fois de cette notion dans les années 90, c’est pour pester contre l’électorat dit étranger de Félix Houphouët-Boigny, que les frontistes identifient dans les vagues successives de l’immigration agricole, ouvrière, humanitaire et familiale burkinabè, malienne, guinéenne et ghanéenne et nigériane.Contre Houphouët, le FPI crie au « bétail électoral », annonçant ainsi par anticipation l’animalisation des étrangers qui constituera sa véritable politique d’Etat dans les années 2000-2011. Cette entrée de l’Autre africain dans le bestiaire ne doit-t-elle pas aussi ses lettres de médiocrité à la faute historique du successeur putatif de Félix Houphouët-Boigny ? La racine du mal ivoiritaire est aussi dans le silence persistant et lourd de ceux du PDCI-RDA qui contribuèrent à nourrir la Bête.  Les cellules intellectuelles du PDCI-RDA sous le président Henri Konan-Bédié, rassemblées dans le CURDIPHE des Pierre Kipré, Loukou, Niamkey Koffi, Faustin Kouamé et consorts vont effectivement envenimer politiquement le concept d’ivoirité dans les années 90, en lui donnant forme opératoire sous les modalités des politiques volontaristes dites d’ivoirisation des cadres de l’administration ivoirienne. Mieux encore, l’exclusion des Ivoiriens du Nord de la jouissance pleine de la citoyenneté républicaine va s’illustrer à merveille par la bouc-émissarisation d’Alassane Ouattara, interdit d’élection présidentielle en 1995 après que le brûlot de Bédié, Les Chemins de ma vie, l’ait décrété burkinabè et livré à la vindicte des partisans du national-chauvinisme ivoirien, de gauche comme de droite.

Mais, c’est incontestablement dans la parenthèse de sang 2000-2011 que le régime Gbagbo va faire tourner à fond la machine monstrueuse de l’ivoirité politique. Du Charnier de Yopougon 2000 aux 3000 morts de la crise postélectorale 2010-2011, c’est une seule et même cause qui déchire la Côte d’Ivoire sous l’instigation du Front Populaire Ivoirien : la chasse à l’altérité ivoirienne et africaine par les purs et durs de la mythique Sainte Eburnée. L’homme qui devait dire à Claude Guéant et Robert Bourgi, lors d’une conversation historique archivée pour l’Histoire : « Bob, tu diras à ton ami Sarkozy que je serai son Mugabé. Que je ne donnerai jamais le pouvoir à Ouattara, et enfin que je suis prêt à noyer la Côte d’Ivoire dans le sang ! »[7], méritait-il qu’on lui confie le salut des Ivoiriens ? La résistance armée du MPCI-FN de Guillaume Soro ne fut-elle pas dès lors la réaction inespérée et parfois même désespérée d’une humanité ivoirienne en quête d’une dignité gravement menacée de disparition ? Telles sont les causes profondes de la résistance de jeunes gens qui auraient pu se dispenser de risquer leurs vies si ce qui était en cause ne dépassait par leurs petites personnes : l’appartenance légitime et légale à leur propre patrie.

 

 

 

 

III

Hiérarchie des responsabilités dans la dernière crise postélectorale ivoirienne

 

Laurent Gbagbo, notamment après la confirmation des charges retenues contre lui par la Cour Pénale Internationale de La Haye, livre son dernier baroud d’honneur. Comme tout grand narcissique politique, il ne veut décidément pas crever seul. Son ego en pâtirait trop. Dans sa descente aux enfers, nous l’avons entendu dire qu’il voulait entraîner ni plus ni moins que la totalité de la Côte d’Ivoire. A défaut d’y parvenir, il se contenterait bien de quelques lambeaux arrachés par-ci par-là au corps endolori de la nation ivoirienne. La stratégie d’argumentation judiciaire des deux écrivains Gbagbo et Mattei consiste essentiellement en un effort herculéen d’inversion de la hiérarchie des responsabilités dans la genèse de la longue crise ivoirienne.

Or si Gbagbo est la victime de l’élection présidentielle d’octobre 2000, le charnier de Yopougon devrait être logiquement constitué des partisans de Gbagbo. De fait, il n’en est rien. C’est sur le sang des Ivoiriens du Nord de son pays que Gbagbo a posé les fonts baptismaux de son pouvoir naissant en octobre 2000, après avoir souligné en 1999, pour rouler le Général Guéi dans la farine par la suite, qu’il y a des coups d’Etat qui font avancer la démocratie. Or encore, si Gbagbo est victime de la rébellion de 2002, cela signifierait que ce sont les opposants à Gbagbo qui ont dépossédé des millions d’ivoiriens de leur citoyenneté dès octobre 2000, que ce sont les opposants ivoiriens qui ont mené une chasse à l’homme contre les nordistes dans les armées, que ce sont les opposants ivoiriens qui ont refusé en décembre 2000 l’investiture aux législatives à Guillaume Soro comme à Alassane Ouattara. Que d’efforts incroyables il faudrait fournir, en réalité, pour démontrer que le 3 décembre 2010, alors que la CEI et l’ONUCI affirmaient Gbagbo perdant, les seules voix hâtives du Conseil Constitutionnel ivoirien de Yao Paul N’dré suffisaient à faire de Gbagbo le président légitime et légal de Côte d’Ivoire ! Non, la vérité résiste à l’esbroufe : l’auteur de la crise postélectorale, c’est celui qui a perdu les élections, et celui qui a perdu les élections, c’est bel et bien Laurent Gbagbo, confronté à une alliance efficace du RHDP qui a su allier droit et force pour une alternative et une alternance véritables à la tête de la Côte d’Ivoire. On comprendra dès lors que dans une tribune publiée en 2011, j’aie parlé de « La responsabilité illimitée de Laurent Gbagbo dans la tragédie ivoirienne ».[8]

 

IV

L’avenir de la Côte d’Ivoire et le procès Gbagbo à La Haye : examen des sophismes majeurs des Refondateurs

 

 

Le chantage judiciaire structurel du livre de Gbagbo et Mattéi est clair : démontrer que la CPI ne serait juste envers Gbagbo que dans deux hypothèses systématiques. Selon la première, Gbagbo est innocent, et alors sa libération est un droit à urgemment reconnaître dans le cadre des erreurs judiciaires célèbres ; selon la seconde, Gbagbo n’est pas le seul coupable, mais alors on devrait condamner tous ses adversaires avec lui ou relâcher Gbagbo pour qu’il jouisse de la même liberté que ses adversaires co-coupables. Il convient pour finir cette lecture du non-livre de Gbagbo, d’examiner chacune de ces hypothèses pour comprendre la sauce à laquelle le Boulanger fieffé de Mama veut décidément manger l’opinion entière.

La première hypothèse est une blessure morale insupportable aux victimes endolories du règne de mort perpétré contre les populations ivoiriennes par le régime du FPI depuis octobre 2000 : le Charnier de Yopougon, les Escadrons de la mort, les assassinats ciblés de centaines de militants de l’opposition, la chasse aux Etrangers, l’assassinat des journalistes étrangers, du couple Guéi, et de tous ceux que Gbagbo a qualifié de « marginaux-qui-meurent », seraient ainsi passés, avec les 3000 morts de la crise postélectorale 2010-2011, par pertes et profits. Comment penser le redressement spirituel, politique, économique, social de la Côte d’Ivoire en consacrant ainsi une prime monstrueuse à l’impunité d’Etat ? On nous arguera que les hommes de la rébellion ont aussi donné la mort à des Ivoiriens ? Soit. Mais de quel point de vue se placerait-on pour traiter la résistance au despotisme comme on traite le despotisme lui-même ? Que dire de De Gaulle, de Mandela, de Um Nyobè, de Nasser et de bien d’autres héros qui durent risquer leurs vies contre les pouvoirs infâmes ? Le droit international reconnaît aux populations agressées par un régime discriminatoire, le droit imprescriptible de résistance contre l’oppression. Les déclarations de 1789 et de 1948 en attestent solidement. Comment croire dès lors que l’on veuille traiter de la même façon ceux qui ont livré un baroud d’honneur contre le régime criminel de Laurent Gbagbo et les auteurs de la forfaiture déguisée sous le nom vertueux de Refondation entre 2000 et 2011 ?

La seconde hypothèse se base sur une confusion mentale aussi furieuse que les délires de Gbagbo dans ce livre. Si tout le monde est coupable de la crise ivoirienne, Gbagbo et Mattei nous disent in fine qu’il ne faut surtout condamner personne. De la même manière que le magistrat Yao Ndré rétropédalera de ses impostures de décembre 2010 en prétendant que tous les Ivoiriens auraient été comme lui-même, possédés par le Diable, ainsi procèdent nos deux écrivains d’un soir en s’efforçant autant que faire se peut de noyer tout le monde afin de ne pas mourir seuls dans l’avalanche pénale qui dévale les montagnes vers la tête du leader frontiste emprisonné. Pourtant, et ce malgré toutes les diffamations grossières dont les auteurs de ce livre infâme se rendent coupables envers Alassane Ouattara, Guillaume Soro, Henri Konan Bédié, Madame Dominique Ouattara et les autorités françaises de tous bords, la conscience de l’Histoire récente et longue de Côte d’Ivoire proteste devant l’ignominie d’une tentative de réécriture d’une tragédie parfaitement documentée par tous les esprits honnêtes de notre temps.

 

On conclura donc qu’il faut lire le livre de Gbagbo pour comprendre que ce livre ne délivrera pas Gbagbo, mais révèle la hideur perverse du projet qui a gouverné sa gestion de la res publica ivoirienne. Les intellectuels de la majorité du RHDP ont tort de dire que le livre de Gbagbo, qu’ils n’ont pas souvent lu, ne vaut rien parce que Gbagbo ne vaudrait rien. On ne dépasse rien sans passer par ce que l’on veut dépasser. Je suis enclin à pratiquer le principe de bienveillance herméneutique qui prévoit qu’on ne critique que ce qu’on a réellement compris. Une telle patience, condition de la construction d’une civilisation politique africaine, requiert des précautions. Car, nous prévenons chacun que comprendre Gbagbo suppose un effort de surmonter la nausée qu’inspire sa pensée haineuse et monomaniaque. Il faut avoir le cœur bien haut pour supporter les écoeurements que ce livre provoque. En s’autoproclamant saint homme malgré le cortège de malheurs qu’il a drainés,  Gbagbo, du fond de sa prison hollandaise, achève de nous convaincre qu’il est résolument un homme du passé et du passif de ce pays. Et certes, ce n’est pas l’ultime reniement de son propre livre, près d’une semaine après que la presse frontiste l’ait présenté comme le plus grand pamphlet révolutionnaire de l’Histoire ivoirienne, qui nous convaincra qu’il y a à chercher encore du côté du mythomane Laurent Gbagbo, la moindre once de vérité. Et encore moins, de justice ! Dans le désarroi de Maître Altit, suppliant Gbagbo de renoncer au livre qu’il a pourtant co-écrit au fil de ses conversations avérées avec un Mattéi décidément abonné aux sornettes, on peut d’ores et déjà lire la conscience évidente de ce ceci : Gbagbo n’en a pas pour peu de temps à La Haye…



[1] Laurent Gbagbo, François Mattei, Pour la vérité et la justice. Côte d’Ivoire : un scandale français, Paris, Editions du Moment, juin 2014.

[2] Idem, op. cit., p.135

[3] Idem, op. cit., p.45

[4] Le même Gbagbo reconnaît pourtant : « Il y a de longue date une voie ouverte du Sahel vers la Côte d’Ivoire ». p. 43

[5] Idem, op. cit, p. 160  «  je ne me suis jamais opposé au travail et aux intérêts des sociétés françaises ».  Et quand on sait que la plupart des sociétés françaises engagées en Côte d’Ivoire sont étroitement liées à l’Etat français, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Gbagbo a  naturellement coopéré avec la France comme tous ses prédécesseurs.

[6] Idem, p.74 et 76

[7] Voir l’article d’Olivier Rogez, « Robert Bourgi espère que « Gbagbo ne restera pas longtemps à La Haye », sur RFI.FR du 10-07-2014

[8] « La responsabilité illimitée de Laurent Gbagbo dans la crise ivoirienne », le 5 avril 2011, http://www.afrik.com/article22532.html

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 22:43

L’équation Boko Haram, la géopolitique internationale et les Africains

1ère partie : « L’équation Boko Haram »

 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Paris, France

 

Ce monde n’est pas un paradis. Mais faut-il pour autant accepter que la vie des peuples africains en ce vingt et unième siècle vire au cauchemar collectif et permanent ? Telle est la spirale obscurantiste qui envahit actuellement le Nigeria, le Nord-Cameroun, le Niger et le Mali. Tel est le sort affreux des victimes innocentes de Boko Haram à Maiduguri, Damaturu, Waza, Konduga, Dumba, Gashigar, Bama, Njaba, Firgu, Benisheik et consorts. Lorsque l’horreur et la terreur s’unissent pour infliger à une société l’expérience quotidienne de l’enfer, le devoir de tous les hommes et femmes de bonne volonté est de s’unir autour de principes éthiques clairs et intangibles, afin de répondre avec fermeté et humanité à l’offense faite à leur dignité. La secte terroriste Boko Haram, groupe sunnite pour la prédication et le Jihad , fondée en 2002 par Mohamed Yusuf, avec pour objectif l’application de la Charia aux peuples africains, pose la barre  à un niveau de radicalité qui requiert nos réponses claires à trois questions : 1) En quoi consiste l’équation Boko Haram pour l’Afrique contemporaine ? 2) Quelles sont les implications internationales dans l’équation Boko Haram et comment les cerner pour ne pas être dupe de certaines morales à deux sous ? 3) Comment l’Afrique contemporaine peut-elle efficacement affronter le phénomène Boko Haram sans tomber, ni dans l’islamophobie, ni dans une fièvre sécuritaire susceptible de favoriser une remontée en force, voire une consolidation des autoritarismes locaux ?  Il me semble justement que passer à côté de ces trois interrogations risque de coûter plus cher au Continent Noir, objet de tous les enjeux géopolitiques du 21ème siècle, que la Traite des Noirs et la Colonisation réunies.

 

Signification de l’équation Boko Haram pour l’Afrique contemporaine

 

La secte Boko Haram est, pour ainsi dire, une équation à trois termes, dont deux inconnus. Les deux termes inconnus de l’équation Boko Haram portent sur son capital matériel et son capital humain. Il n’est pas aisé de comprendre comment une secte terroriste fondée en 2002 peut aujourd’hui attaquer des villages, des mégapoles et des régions entières avec un armement typique d’une armée nationale : fusils d’assauts, lance-roquettes, grenades, chars d’assaut, véhicules militaires pour tous terrains, moyens de télécommunications performants, tels sont les grands axes du capital matériel de Boko Haram. Il est encore moins aisé de comprendre comment s’entraînent les milliers de combattants de cette organisation monstrueuse, dans un territoire encastré entre quatre Etats africains, avertis des risques qu’ils courent, et assistés de puissantes armées internationales (USA, France, Grande Bretagne, et bientôt Chine et Allemagne).

Avant de revenir sur ces zones sombres de l’origine des capitaux matériel et humain de Boko Haram, précisons pourtant que Boko Haram est aisé à comprendre du point de vue idéologique. La secte a une finalité simple : tuer quiconque ne veut pas adhérer à sa conception de l’Islam et détruire toutes les infrastructures matérielles ou sociales au service du modèle culturel dit occidental, transmis dans les écoles, collèges, universités d’Afrique. L’enjeu ultime de la guerre des sectaires de Boko Haram est donc la pleine application de la Charia, loi islamique qui consacrerait la soumission des femmes et l’instauration d’un Califat Mondial Islamique que certains interprètes du Prophète Mohammed considèrent comme le summum de l’aventure humaine. En cela, les thèses de Boko Haram se recoupent clairement avec l’essentiel de l’idéologie salafiste internationale.

Faut-il ici souligner les contradictions de l’idéologie de Boko Haram ? On peut en énoncer au moins trois avec certitude : d’abord, les sectaires de Boko Haram ne respectent pas eux-mêmes les préceptes de sainteté qu’ils prétendent vouloir imposer aux populations qu’ils étranglent. Drogue, alcool, sexe et corruptions de toutes sortes prospèrent à outrance dans les hordes de criminels du Jihad International. Ensuite, les sectaires de Boko Haram, qui décrètent que tout ce qui est occidental est mauvais, usent évidemment des technologies militaires, des télécommunications, du système médiatique, des savoirs théoriques et pratiques de l’Occident qu’ils diabolisent par ailleurs. Enfin, il est évident que Boko Haram est le principal ennemi de l’Islam en Afrique contemporaine, puisqu’en plus de ses nombreuses victimes chrétiennes, civiles et toutes innocentes, Boko Haram verse sans pitié le sang des musulmans africains qui ne se soumettent pas à ses oukases, allant même jusqu’à tuer à l’aveuglette sur la place publique. Pour toutes ces casseroles que la secte traînera à jamais, il est clair que sa vocation à gouverner un Etat quelconque est nulle, puisqu’avec de telles idées et pratiques,  la clandestinité est inévitable dans la planète globalisée de l’information contemporaine.

Et pour faire un sort maintenant aux paramètres inconnus des conditions de constitution des capitaux matériel et humain de Boko Haram, avouons qu’ici, seules s’imposent des hypothèses. A propos du matériel de Boko Haram, le président François Hollande  a  récemment levé un coin de voile, en affirmant que comme les jihadistes du Nord-Mali qui lui sont alliés, Boko Haram se serait servi dans les soutes à munitions du régime ébranlé de Mouammar Kadhafi. N’est-ce pas l’ironie même du sort que les armes vendues par les puissances occidentales, dont la France, à Kadhafi, se retournent aujourd’hui contre les peuples Africains et les troupes françaises en Afrique ? On n’a pas fini de tirer les leçons tragiques de l’assistance coupable de la France et des autres puissances occidentales à bon nombre de dictatures africaines. L’autre information qui émergerait des médias indique que l’Arabie Saoudite et le Qatar seraient aussi des sources de financement des sectaires de Boko Haram. Que faire, dans une telle hypothèse de la proximité officielle de la puissance américaine avec les deux pays en question ? Quand on sait par ailleurs la force de pénétration avec laquelle la Chine s’est engouffrée dans les pays africains à fortes réserves de matières premières, comment ne pas voir dans le relatif laxisme dont a bénéficié le mouvement Boko Haram jusqu’ici, un alibi tout trouvé pour le renforcement militaire de la présence occidentale en Afrique, afin d’obtenir un contrepoids occidental à la montée en puissance des Chinois dans les offres de contrats officiels sur le continent noir ?  Sans conteste, toutes ces questions méritent d’être posées, sans dogmatisme ni paranoïa, afin de clarifier par de plus méticuleuses enquêtes, l’équation Boko Haram.

Il reste et il demeure cependant une chose sûre : Boko Haram, sous couvert de combattre l’assimilation occidentale, combat en fait l’émergence moderne d’une Afrique en paix avec ses partis politiques et ses différentes obédiences religieuses. Boko Haram incarne le projet de ravaler les peuples Africains dans une servitude volontaire où la terreur et l’horreur seraient les écoles normales de la moralité ordinaire. Boko Haram, par son rejet unilatéral et aveugle de tout ce qui est occidental, n’est surtout pas une association africaine au sens éthique du terme. Les sagesses de nos contrées africaines, les maximes des grands royaumes comme la Mâât négro-égyptienne ou le Manding Kanlikan au moyen-âge malien, l’Ubuntu sud-africain ou le Hémlè i Kundè kamerunais, ne sauraient s’accommoder de Boko Haram. Nos Etats en émergence démocratique, avec la floraison de leurs penseurs et créateurs en tous domaines,  et en pleine croissance économique s’accommoderont encore moins de Boko Haram. 

Allons-nous nous laisser voler notre espérance ? Dans ces circonstances, il faut affirmer une africanité éthique. Est africain, au sens éthique du terme, l’humain qui se sent solidaire de l’humanité en tout autre, dans une fraternité de vie où le sens de  l’altérité et de la charité inspirent justice et vérité instituées et instituantes. Tout ce qui est occidental n’est pas mauvais, comme tout ce qui est africain n’est pas bon. Nous avons donc à affronter fermement et lucidement Boko Haram avec la certitude de mettre les civilisations africaines en obligation de se surpasser en exemplarité, de se définir dans les hauteurs sublimes d’une universalité qui ne sera ni mimétisme, ni chauvinisme, mais libre invention de nous-mêmes à partir de notre passé, de notre présent et en vue de notre propre avenir.

 

 

Dans la 2ème partie de la présente tribune, j’aborderai plus amplement les aspects internationaux de la crise Boko Haram et les récupérations politiciennes africaines qu’elle encourt. Affaire à suivre.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 18:57

 

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 08:04

Franklin Nyamsi avec son dernier livrePenser la défaite de l’ivoirité le 11 avril 2011


Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie, Paris, France

 

Il y a des idées qui ont le don de découdre le tissu précieux d’un peuple, de flétrir la beauté des rêves les plus authentiques d’une nation, de salir et travestir la mémoire collective pendant de longues années d’errance et de tragédies cumulées. Ces idées, telles des hydres ou la mauvaise herbe des champs sont de véritables poisons pour la culture. Elles brisent la véritable fonction de la pensée, dans l’individu comme dans la collectivité. Elles les rendent dociles à la violence arbitraire, poreux aux pensées mensongères, moutonniers et simplistes, les enfermant dans les oppositions factices de la pensée binaire : bon/méchant, autochtone/allogène, blanc/noir, français/africain, étranger/national, etc. La pensée véritable requiert pourtant le ternaire comme sa condition minimale. C’est dans les objections réfléchies à la pensée immédiate que l’aurore du vrai se lève au crépuscule des aventures tragiques. Penser, c’est éminemment ce par quoi l’humain s’élève au-dessus de ses passions primaires, des apparences et des illusions de l’immédiat, pour entrevoir l’essentiel, sous les modalités du vrai, du beau, du juste et du bien. Penser véritablement, c’est prendre du recul par rapport à ce qui nous paraît d’emblée évident, simple, a priori valide, sécurisant même. C’est rompre avec la familiarité aveuglante des choses, des idées et des personnes, pour s’installer dans l’inquiétude de la quête du sens. La pensée critique ouvre la voie à la véritable lumière de l’esprit, celle qui rend méfiant envers soi-même et attentif à ce que dit l’Autre, dans une vigilance persévérante. Comment dès lors ne pas interroger ce que fut réellement l’idéologie de l’ivoirité défaite le 11 avril 2011 avec la capture de son plus ardent défenseur, l’ex-président Laurent Gbagbo ?

 

L’ivoirité : du métissage culturel à la pureté idéologique

 

On avait commencé par élaborer, sous la plume innocente de Niangoran Porquet dans les années 70, l’idée d’une synthèse des cultures ivoiriennes du balafon (Nord) et du Tam-Tam (Sud), sous le nom d’ivoirité. L’identité ivoirienne qu’affirmait ce concept culturel était par essence métisse, créole, faite de tous les alluvions de la diversité socioculturelle ivoirienne.  Rien d’inquiétant jusque-là. Pourtant, dès les années 90, le concept d’ivoirité connaissait un rétrécissement problématique. Désormais, il désignait la différence de l’ivoirien par opposition au non-ivoirien, la spécificité ivoirienne. La griotique de Niangoran Bouah, les thèses identitaires des Pierre Kipré, Niamkey Koffi, Faustin Kouamé et consorts venaient habiller le concept de la robe haineuse du chauvinisme. Le PDCI-RDA d’Henri Konan Bédié venait de franchir la ligne rouge de la fracture nationale. Mine de rien. En affirmant sa fierté d’être ivoirien, le doctrinaire de l’ivoirité ne dit manifestement rien de grave. Etre fier d’être de chez soi, quoi de plus évident si ce chez-soi est source de gratifications continuelles, de poésies flatteuses ou  la mamelle nourricière d’une illusion d’être né pour dominer les autres humains? Dans son euphorie, le doctrinaire ivoiritaire ira allègrement  plus loin dans les travaux du célèbre CURDIPHE. Il soutiendra que les siens et lui-même sont des nationaux de souche multiséculaire, bien que la nation elle-même ait à peine un siècle. Et dans le tohu-bohu de sa trouvaille pressée, il en déduira que l’Etranger est son ennemi juré, que la terre entière lui envie sa patrie bénie, et que la guerre d’extirpation des envahisseurs supposés est la volonté de Dieu lui-même. C’est dans ce monde-là que je trouvai la Côte d’Ivoire de 1995, au cœur de l’instrumentalisation politicienne de l’idéologie de l’ivoirité pour barrer la voie de l’élection présidentielle ivoirienne au Dr. Alassane Ouattara, mais aussi pour stopper net l’aspiration des Ivoiriens du nord à ne pas être considérés comme des citoyens de seconde zone, faits pour élire sans cesse les autres et vivre, à tout prendre, du commerce qui leur siérait si bien…On était ainsi passé d’un concept de métissage culturel à une idéologie de la pureté. Comment se séparer d’une si fascinante arme politique, si merveilleusement utilisée par le PDCI-RDA pour se maintenir en selle jusqu’à sa chute accidentelle du 24 décembre 1999 ?

 

Les épousailles du Général Guéi et du FPI avec le démon ivoiritaire

 

Quand le Général Guéi prétendit qu’il venait balayer la maison Ivoire le 24 décembre 1999, on crut entendre qu’’il venait balayer l’ivoirité. On crut volontiers que les dérives des thuriféraires chauvinistes et corrompus du régime de l’auteur des Chemins de ma vie seraient stoppées net par le courage martial de l’officier saint-cyrien. On s’était malheureusement foutu le doigt dans l’œil, jusqu’au coude. Le Général Guéi balaya tout, sauf la belle arme idéologique que lui cédait le régime Bédié. L’ivoirité n’était-elle pas une panacée pour éliminer le plus encombrant des adversaires politiques de la classe ivoirienne, le nordiste Alassane Ouattara, afin de s’imposer aisément face à un frère de l’ouest, le leader frontiste Laurent Gbagbo ? Pour une soi-disant « nationalité douteuse », le Général Guéi fit dire au magistrat Tia Koné sa fatwa anti-Ouattara, après des mois entiers d’atermoiement entre le ET et le OU, avant la constitution de juillet-août 2000. Quant à Henri Konan Bédié, enrageant de ne pas lui ravir le PDCI-RDA, le Général le démembra davantage en créant son UDPCI, tout en sommant son prédécesseur au palais présidentiel de rester sagement sur les bords de Seine sous peine de poursuites pour corruption. L’affaire était pratiquement dans le sac, le démon ivoiritaire du CURDIPHE avait trouvé un digne héritier. Pourtant, comme dans toutes les tragédies qui s’accompagnent de farces, un troisième larron guettait la chose. En embuscade grâce à l’encerclement stratégique du Général Guéi par les cadres du FPI, Laurent Gbagbo espérait de l’élection calamiteuse d’octobre 2000, un hold-up de dernière minute contre le pouvoir du Général. Il y réussit merveilleusement, en s’appuyant sur une partie de l’armée, ses militants galvanisés et l’approbation de la France socialiste. L’hélicoptère du Général Guéi l’emporta avec ses regrets dans son Gouessesso natal. Il venait de découvrir les sortilèges du Boulanger d’Abidjan. Pourtant, Guéi emporta-t-il le démon ivoiritaire dans ses bagages ? Que nenni. Reprenant l’idéologie de la pureté ivoirienne, le FPI de Laurent Gbagbo en fit résolument le rempart mental de son pouvoir. Haines et violences prospérèrent comme jamais. Les étrangers maliens, guinéens, burkinabè, nigériens, français, nigérians, sénégalais, devinrent les boucs-émissaires de tous les épisodes sécuritaires du pays. Sur le tas, on les accompagna sinistrement de tous les nordistes ivoiriens, recouverts sans vergogne de l’identité floue de Dioula. Gbagbo fit de l’ivoirité, le premier Bunker idéologique de l’histoire de Côte d’Ivoire. Pensée qui se barricade, pensée qui se ferme à l’Autre, l’ivoirité réussit alors à faire de millions d’ivoiriens, des gens qui n’y voyaient vraiment plus rien à l’histoire métissée de leur nation. Ils oublièrent que Voltaïques, Akans, Krous et Mandés étaient  enracinés dans toutes les contrées ouest-africaines. Ils oublièrent que « l’homme est le remède de l’homme », selon le merveilleux proverbe Wolof.

 

La défaite de l’ivoirité le 11 avril 2011 : victoire assurée de la démocratie ?

Dès janvier 2001, des Ivoiriens courageux et conscients de leur destinée, dans la sueur, le sang et les larmes, ont tenté de donner la mort au régime de mort installé par le FPI sur le monceau de cadavres de Yopougon en octobre 2000. Ils ont compris que le régime Gbagbo irait plus loin que n’importe lequel des créateurs et utilisateurs de l’idéologie de l’ivoirité avant lui. Pourquoi ? Ceux qui allaient affronter décisivement le régime frontiste le 19 septembre 2002 le connaissaient de l’intérieur. De longues années de compagnonnage syndical avec Gbagbo du temps de la grande FESCI avaient suffi à convaincre Guillaume Soro et ses hommes de la perfidie, de l’entêtement et de la haine profonde de la démocratie qui présidaient à la démarche politique du fils de Mama. Le secrétaire général du MPCI était certain que venu au pouvoir par un coup d’Etat en 2000, Gbagbo, tôt ou tard ne le quitterait pas sous le diktat des urnes, mais sous la contrainte de la force armée.  Il choisit cependant la meilleure manière de vaincre l’ivoirité version Gbagbo : la démocratie viendrait d’abord, ensuite la force serait à la loi, en phase avec le droit international. On ne pouvait faire mieux. La démocratie d’abord parce qu’il fallait montrer au camp de la haine que la vérité et la justice sont les meilleurs remèdes au poison des idéologies de haine. La force à la loi ensuite parce que, de toute façon, la raison du plus fort ne pouvait être la meilleure dans une terre dévouée à l’espérance, à la fraternité, à l’hospitalité et à la paix. En phase avec le droit international, car rompu à la marche du monde, Alassane Ouattara ne pouvait laisser les combattants ivoiriens de la démocratie à l’écart des grandes institutions démocratiques de ce monde. C’est l’union du courage combattant et de l’engagement technocratique ivoirien qui terrassa le dernier grand champion de l’ivoirité, Laurent Gbagbo.

L’homme qu’on vit les yeux hagards à la télévision le 11 avril, cherchant ses marques après son arrivée à l’Hôtel du Golf, n’était pas seulement l’incarnation du mal ivoirien du siècle. Sa chute était celle de la superbe faconde de l’idéologie ivoiritaire. Laurent Gbagbo avait vécu, de 2000 à 2011, du stock de haines et de rancoeurs semées dans le cœur des Ivoiriens par l’idée d’une hiérarchie entre les vrais ivoiriens et les faux ivoiriens, la Côte d’Ivoire « sang pour sang » close  et la Côte d’Ivoire ouverte aux vents créateurs des quatre coins du monde. Le visage en sueur, la mine défaite et perdue de Gbagbo est la mise de l’ivoirité idéologique à la peine.

 

L’ivoirité est-elle définitivement décédée ?

 

Faut-il en déduire que les causes du mal séculaire ivoirien furent définitivement extirpées avec cette défaite du 11 avril ? Je réponds par la négative à cette dernière question. Pour au moins trois raisons :

1) Les doctrinaires de l’ivoirité, au cœur des années 90, sous le régime Bédié, sont presque tous encore vivants et ils n’ont surtout pas renié, dans leur écrasante majorité, cette idéologie d’exclusion et de haine infecte. S’ils ont rentré leurs griffes, ils ne les ont pas coupées et neutralisées. De même, bien des penseurs de l’opposition frontiste continuent à revendiquer allègrement l’ivoirité, comme sève du nationalisme ivoirien.   

2) Les Ivoiriens qui se sont réellement sacrifiés ou qui ont été sacrifiés lors de la lutte contre l’ivoirité ne sont pas suffisamment honorés dans la mémoire nationale. On attend encore en Côte d’Ivoire, les stèles et monuments des morts de l’ivoirité, et des combattants de la liberté qui affrontèrent l’exclusion de l’ivoirien par l’ivoirien.

3) La réunification politique de la majorité politique actuellement au pouvoir en Côte d’Ivoire n’est pas achevée. Pour aller vers une union politique plus parfaite, il faut que les houphouétistes, tous les houphouétistes s’accordent enfin à être, selon la belle expression du professeur Augustin Dibi Kouadio, « tout simplement amis de l’Homme ».

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 22:07

Couverture d'annonce 'Pour un anticolonialisme critique' (DCritique De La Tragedie Kam

 

Chers amis, je me rends demain 22 février 2014 dans la Côte-Est des Etats-Unis où pendant une semaine, je rencontrerai mes amis, compatriotes et lecteurs d'Outre-Atlantique, autour notamment de mes deux derniers livres sur Le Cameroun et l...a Côte d'Ivoire, CRITIQUE DE LA TRAGEDIE KAMERUNAISE (2014) et POUR UN ANTICOLONIALISME CRITIQUE (2012). Je partagerai avec vous les émotions de ces rencontres africaines en terre américaine et vous donnerai à apprécier par quelques tribunes internationales, le regard d'un philosophe franco-africain en visite dans l' Amérique de 2014. Meilleures et chaleureuses pensées, à toutes et tous!

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 00:06

Critique_De_La_Tragedie_Kam.jpgCritique_De_La_Tragedie_Kam.jpg

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