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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 02:28
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 22:05

Cycle de Conférences du Prof. Franklin NYAMSI à l'Université de Galatasaray, Istanbul, du 21 au 25 avril 2014

 A l'invitation du département de philosophie de l'Université Franco-Turque de Galatasaray, et avec le soutien des départements de philosophie des Universités de Rouen et de Paris I Panthéon-Sorbonne,

Je donnerai trois conférences thématiques du mardi 22 avril au vendredi 25 avril, à l'Université franco-turque de Galatasaray, à Istanbul en Turquie, sur LA PHILOSOPHIE AFRICAINE CONTEMPORAINE

Conférence 1  L'AFRIQUE COMME PROBLEME PHILOSOPHIQUE, 3h, dont 45 minutes de discussions. 

Conférence 2   REHABILITATIONS ECOLOGIQUES DE L'ANIMISME, 3h, dont 45 minutes de discussions

Conférence 3   METAPHYSIQUE DU COSMOPOLITISME, 3h, dont 45 minutes de discussions

Une semaine turque qui commencera, pour moi, avec mon atterrissage le lundi 21 avril au soir dans la magnifique cité d'Istanbul, à la frontière de l'Europe et de l'Asie. je vous donnerai, chers amis, des nouvelles du Bosphore, ce magnifique bras de mer qui sépare ces deux continents, au coeur même de l'ancienne CONSTANTINOPLE.

Les échanges philosophiques, en tant qu'ils mettent en communication les espaces discursifs des grandes sociétés contemporaines, sont des précurseurs d'œuvres grandioses. J'aime par prédilection, la Grande Turquie, ma France semi-asiatique.

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 17:46

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2ème COLLOQUE DU CLUB INTERNATIONAL DE CONFERENCES DE L’ASSEMBLEE NATIONALE DE CÔTE D’IVOIRE (CICAN-CI)

 

Sous le haut parrainage de S.E. Guillaume Soro, Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

 

Les 29 et 30 avril 2014 à la Salle de la Rotonde l’Assemblée Nationale

 

 

SCIENCE ET DEMOCRATIE EN AFRIQUE

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Avec notamment les communications des professeurs :

 

Augustin DIBI KOUADIO (Université Houphouët-Boigny, Abidjan)

Yacouba KONATE(Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan)

Franklin NYAMSI (Université de Rouen, France)

Paul Aarons Ngomo (Université de New York, USA)

Samir El Maarouf ( Université de Rouen, France)

Mamadou Djibo ( Université d’Ottawa, Canada)

David Musa SORO (Université Alassane Ouattara, Bouaké)

 

 

 

 

Ouverture du Colloque le mardi 29 avril à partir de 9h00.

Clôture du Colloque le mercredi 30 avril à 18h00.

Le programme détaillé des communications vous sera annoncé dans les prochains jours.

 

 

Etudiants, Enseignants,  Politiques de tous bords, Chercheurs, leaders d’opinion, citoyennes et citoyens, vous êtes tous cordialement invités à ce Colloque et y serez admis dans la limite du nombre de places disponibles.

 

 

 

Fait à Abidjan, ce 10 avril 2014 par le professeur Franklin NYAMSI

Coordonnateur du Club International de Conférences de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 21:13

Nelson Mandela ou l’incarnation africaine de l’Universel

1ère partie «  La forge existentielle de Mandela : L’Ubuntu »

 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Paris, France

 

            Il est des hommes dont la stature physique, la détermination morale et la vocation spirituelle acquièrent une dimension planétaire, parce qu’en ce qu’ils ont fait de grand, ils n’ont eu cesse de penser et d’agir pour tous les humains, comme s’ils poursuivaient par leur œuvre en évolution, le geste mystérieux de la création de l’humanité dans sa totalité. Par leur manière inimitable de se présenter, de penser,  de dire et de faire, ils projettent dans le monde, telles des étoiles à jamais filantes, des pensées vives qui ranimeront les désespérés, inspireront les engagements les plus utiles et les plus justes, transmettant à chaque conscience qui les contemple, l’amour du Bien, du Vrai, du Juste et du Beau. N’est-ce pas à cette hauteur de vibration, dans cette intelligence féconde et cette compassion pour tout ce qui est humain, qu’il faut aller chercher le diapason de la vie de Nelson Mandela, ce fils de chef coutumier venu d’une famille du Transkei en 1918 et devenu avocat de son peuple pour éclairer le monde entier de la noblesse de son combat contre l’abjection raciale ? Sa mort le 6 décembre 2013 ouvre le chantier du bilan de son action et des perspectives qu’elle suggère.  Y a-t-il meilleure méthode pour immortaliser un combattant de la liberté ? Je voudrais, dans la série de tribunes que voici, m’attacher à articuler l’œuvre de Mandela comme un concept du « devoir-être homme », élaboré du fond d’une expérience profondément africaine d’injustice qui peut servir de rampe de projection à une véritable incarnation africaine de l’Universel, dont Mandela serait par sa vie, le modèle miniaturisé. Il faudrait donc pour cela, comprendre comment un Mandela a été possible, mais aussi se déprendre d’une certaine vulgate anticolonialiste dogmatique qui s’acharne à flétrir ce héros, afin d’accéder à la richesse de l’Universel incarné par Mandela. Pour ce faire, il me semble incontournable de répondre aux trois questions suivantes : 1) Quelles furent les structures morales, intellectuelles, socioéconomiques, politiques et spirituelles qui ont forgé une personnalité animée d’une telle détermination contre l’injustice toute-puissante ? 2) Que valent les accusations en imposture formulées, non seulement par de nombreux leaders de l’extrême-droite occidentale, mais aussi, fait curieux, par un certain nombre d’intellectuels et de politiques férus d’un certain anticolonialisme dogmatique en Afrique ? 3) Que nous a résolument appris Nelson Mandela, quoiqu’en disent ceux qui, pensant binaire à outrance, ne savent s’affirmer qu’en faisant comme ce valet borné dont parle le philosophe allemand Hegel dans La phénoménologie de l’esprit ? Pour le valet, le maître n’est rien, mais c’est parce que le valet n’est qu’un valet.

 

 

I

La forge existentielle de Nelson Mandela : L’Ubuntu

            La vieille passion humaine de domination des autres hommes aura troublé bien des quiétudes à travers l’Histoire. Tranquillement assis dans leur chaumière, suivant le cours tranquille de leurs activités ordinaires, que de femmes, d’hommes et d’enfants furent happés par des tourbillons de rêves fomentés ailleurs, bien qu’à leurs détriments ! Nelson Mandela le répétait souvent. Il est né libre. Fils de chef coutumier, il grandit dans un Transkei où les traditions de prise de parole, de respect des anciens, le respect des serments, le culte de l’effort et de l’excellence, tant individuelle que collective, sont des normes de culture. Il faut insister sur ces ferments originaux du pays Xhosa, où Mandela grandit avec une estime de soi qui lui sera précieuse dans les moments tragiques que l’existence dans cette Afrique du Sud du 20ème siècle lui réserve. Ayant très tôt perdu son père dans Mvezo qui l’a vu naître en 1918, Nelson Mandela grandit dans la cour de son oncle, grand Chef des Xhosas, qui choisit, en raison de son intelligence et de sa prestance, de l’envoyer dès ses dix ans à l’école des Blancs. L’Afrique du Sud est alors composée des communautés noires, afrikaaners, métisses et britanniques, par ordre de préséance chronologique sur le territoire. Or que se passe-t-il le premier jour de Mandela à l’école en 1928 ? Son institutrice, jugeant son institutrice, jugeant pénible à prononcer son prénom bantou de Rolihlahla, décrète qu’il se prénommera Nelson. L’enfant comprend dès lors que le monde dans lequel il met le pied sera dur à vivre.

            En effet, depuis le 16ème siècle, l’Afrique est au cœur des convoitises des grandes puissances du monde occidental en émergence. Elles sont résolument besoin de procéder à cette accumulation primordiale qui selon Marx, sera la condition sine qua non de l’émergence du capitalisme mondial. Mais le monde occidental est aussi en proie à la crise de la chrétienté, se traduisant par un duel sans merci entre conservateurs et réformateurs, catholiques et protestants, mais aussi Chrétiens, Juifs et Musulmans. Il s’ensuit des épisodes successifs de migrations forcées ou salvatrices, comme celle des Boers, ces hollandais protestants chassés du royaume d’Orange, et qui partent sur les mers du sud à la recherche de la Terre Promise. Ils atterriront au Cap, s’installeront au forceps sur les terres des peuples  Xhosa, Sotho, Nguni et Zulu,  en colonies armées et intrépides, animées d’un messianisme parfois ravageur, en tout cas déterminées à ne plus être pourchassés çà et là sur la terre. Du 17ème au 19ème siècle, ces Boers et autres huguenots français, tous unis par le protestantisme messianique, vont vivre en conflits multiples et variés avec les populations africaines, et devront notamment faire face aux redoutables ambitions du grand roi des Zulu, Chaka Ka Senzagakhona, qui leur demande clairement de reprendre la mer ou de périr. Et malgré ce contexte de tension, les Boers, installés depuis le 16ème siècle par vagues successives dans le pays, se feront aux couleurs locales, se désignant désormais comme des Afrikaaners, et fondant ainsi la première grande ethnie blanche d’Afrique australe. C’est dans cette Afrique australe traversée par les rivalités impériales des chefs de guerre locaux que débarquent pourtant les britanniques entre les 18ème et 19ème siècles, qui en font une colonie du royaume londonien. Mandela naîtra donc dans un pays investi par l’histoire de l’économie-monde capitaliste, colonialiste et impérialiste.

            La formation de Mandela, dès ses dix ans en 1928, à l’école occidentale, l’expose pourtant à la prise de conscience des contradictions flagrantes qui existent entre le discours et les actes des descendants de l’occident chrétien. Comment comprendre que le Christ enseigne l’égalité de droit entre les hommes et que les colons chrétiens imposent de fait leur supériorité sur les Boers et sur les Africains ? Si la domination est en outre condamnée par un usage convenable du common sense, comme Mandela l’apprend vite, en lisant la littérature, la presse, les théories du gouvernement civil des philosophes anglo-saxons, l’Occident colonialiste est donc manifestement au cœur d’une double contradiction, à la fois morale et théorique.  Sur le plan moral, en effet, on ne peut dire que tous les hommes sont frères et déshumaniser, exploiter, battre, brimer, assassiner, ruiner impunément les Noirs, les métis, les Indiens, voire les autres blancs Boers qui peuplent l’Afrique du Sud. Le Bien proclamé par la Chrétienté ne peut garder sa crédibilité devant la cruauté des colons. L’antichristianisme est une importation explicite du colonialisme lui-même, qui fait ce que l’Evangile, lu avec sincérité, condamne fermement : faire aux autres le mal que l’on ne voudrait pas qu’il nous soit fait, à nous-mêmes.  Sur le plan théorique, Mandela apprend du reste mieux encore, quand il accède à l’Université Noire de Fort Hare, que le droit civil occidental est basé sur les principes rationnels d’égalité, d’équité et de légitimité. Voici une seconde sphère d’universalité que la pratique des occupants de l’Afrique du Sud disqualifie au quotidien. L’apprenti avocat que Mandela est alors s’éprend pour la belle rationalité des principes universels du droit civil et du droit politique, qui manifestement sont aux antipodes des pratiques des dominants de l’heure. Le plan de sa vie d’homme se trace d’ores et déjà dans la vocation à se mettre au service de ceux que l’on a privé de la jouissance de leurs droits universels d’humains, tant au plan moral que politique, donc aussi socioéconomique et culturel. Un blanc l’envoie un jour acheter des cigarettes, avec condescendance. Mandela lui décline l’offre avec fermeté. L’adolescent se fait d’ores et déjà une réputation de forte tête. Et très vite, à l’Université de Fort Hare, Mandela va décevoir son oncle, le roi des Xhosa de Thembu, quand il s’associe à une grève organisée par les étudiants contre la violence d’un contremaître de cantine envers une cuisinière noire. Convoqués avec tous les autres grévistes par le président de l’université qui les somme, en conseil de discipline, de s’excuser s’ils veulent être gardés dans l’établissement, Mandela, avec dignité, audace et courage, refuse de se soumettre à une sanction injuste. Il est exclu en 1941 de l’Université de Fort Hare et doit reprendre le large. Son combat, son très long combat contre la domination, sous toutes ses formes, a résolument commencé.

            En septembre 1941, Mandela rentre alors en pays Xhosa, dans la cour de son tuteur royal, qui désespère de pouvoir en faire un homme responsable, c’est-à-dire au fond un homme rangé, acceptant l’ordre du monde tel qu’il va. Que faire ? La solution trouvée par le généreux doyen est de marier Mandela à une fille Xhosa choisie par son clan. Ici encore, Mandela refusera, au nom des mêmes principes qui l’ont conduit à la révolte à Fort Hare. L’égalité, l’équité et la dignité ne souffrent pas de compromis. S’il est hors de question de s’excuser devant le président d’une université qui entérine le racisme brutal de ses adjoints envers le personnel noir, il est tout aussi bien hors de question de se soumettre aux oukases d’un oncle royal qui conçoit que le mariage d’un africain avec une femme doit se faire sans le consentement mutuel et volontaire des deux premières personnes concernées. Pliant ses clics et ses clacs, Mandela se retire de la cour royale de son oncle et émigre à Johannesburg, sans crier gare ni chercher son reste. Dans ce double geste d’émancipation par rapport au tutorat colonial occidental et par rapport au tutorat communautaire africain, Nelson Mandela trace une voie originale vers la conception d’une citoyenneté africaine moderne qui lui vaudra beaucoup de sacrifices.

            A Johannesburg, à partir de 1941, Mandela va toucher du doigt les réalités de l’exploitation exponentielle des Noirs et des Métis par l’ordre colonial. La vie dans les Townships est redoutablement terrible : promiscuité, violences, misère, malemort quotidienne, sont le menu des gens du peuple. La conscience citoyenne éveillée à Fort Hare rencontrera tout naturellement le mouvement syndical noir à travers l’amitié exceptionnelle qui va lier Mandela à Walter Sizulu, qui l’engage dans l’African National Congress (A.N.C.),  un mouvement d’émancipation des peuples d’Afrique du Sud créé en 1912, six ans avant la naissance de Mandela. Ce dernier, sous l’incitation de son ami et mentor politique, reprendra ses études de droit tout en s’engageant massivement dans les luttes sociales, économiques et politiques des millions d’exploités qu’il côtoie au quotidien. Lors donc qu’en 1948, à la fin de la 2ème guerre mondiale, les Afrikaaners balaient les Anglais de la direction de l’Afrique du Sud, se produit un raidissement encore plus apocalyptique de la situation des peuples noirs et métis du pays. Sous le nom de politique d’Apartheid, en vertu d’un prétendu « bon voisinage des races » conçu comme développement séparé de leurs existences, les Afrikaaners mettent en place près de deux cent lois portant sur l’habitat, le logement, les mariages, la circulation des personnes et des biens, le transport, qui brident la vie des individus et condamne les Africains à une  existence ségrégée et végétative. Mandela s’engage plus fortement dans le combat, rompant d’ailleurs son mariage avec sa première femme témoin de Jéhovah, Evelyne Massé, qui voudrait lui enjoindre de se consacrer à sa seule famille et de laisser les affaires du monde au Diable. Devenu le 1er avocat noir d’Afrique du Sud, Mandela se met résolument, contre toutes les prévenances, au service de son peuple exploité, brimé, ensauvagé et déshumanisé.

            Il fallait décidément, contre le colonialisme blanc et le communautarisme africain, contre les dominations blanche et noire, contre la tentation sectaire et l’hypocrisie religieuse, avoir un enracinement remarquable dans la vie pour se frayer un chemin original. Comment comprendre chez Mandela, cette capacité de détachement et d’engagement tout à la fois radicaux ? Il me semble nécessaire d’en revenir à un universel africain que Mandela évoquera plusieurs fois dans sa vie, comme le concept qui aura forgé sa conviction dans l’existence de valeurs pour lesquelles la vie vaut la peine d’être vécue : l’UBUNTU[1]. Comment se définit cette notion, qui renvoie au fond à une vision spirituelle de l’humain fort chère à Mandela ? Nous sommes donc ici au cœur de la forge existentielle de l’engagement de Mandela. L’Ubuntu est d’abord une manière de se rapporter à l’Univers en général, comme ce sans quoi je ne serais point ce que je suis. C’est une attitude de redevance, de dette envers l’au-delà de la vie qui nous transcende et nous instaure. L’Ubuntu, c’est ensuite une manière de se rapporter à tous les êtres vivants, et notamment humains. Elle consiste à se sentir lié, dans l’effort d’être authentiquement soi-même, par l’émergence réussie de tous les autres humains, sans jalousie ni condescendance. Et comme le dira Nelson Mandela lui-même : «  Respect, serviabilité, partage, communauté, générosité, confiance, désintéressement, un mot peut avoir tant de significations. C’est tout cela l’esprit de l’Ubuntu. »

            Bien comprendre dès lors la philosophie spirituelle de l’Ubuntu, c’est s’enraciner dans les raisons profondes de la double résistance de Mandela envers la domination des autres comme envers la domination des siens. L’humanisme de l’Ubuntu requiert un engagement radical pour l’intégrité de la communauté, mais aussi celle de l’individu, sans interférences non inclusive entre l’une et l’autre. Il récuse autant l’individualisme colonial occidental que le communautarisme traditionnel africain. L’Ubuntu se met autant à distance de l’impérialisme que du paternalisme. Il est l’articulation de la personne humaine comme projet en harmonie avec l’émergence d’autres personnes. Digne en tant que forme de vie dans laquelle le sens prend acte de lui-même, l’humain est l’intériorité incarnée et ne se marchande pour rien au monde. Il est la valeur absolue, se donnant et se reconnaissant comme telle, dans toutes les transactions qui l’engagent. La politique, ainsi entendue par Mandela sous le prisme de l’Ubuntu, est la reconnaissance infinie de cette dignité humaine, son extension sans fin par l’inclusion de tous dans les droits légitimes et imprescriptibles de la vie sensée. N’est-ce pas avec ces valeurs que Mandela commencera la longue traversée du désert de la haine appelée Apartheid ?

Affaire à suivre dans notre prochaine tribune qui examinera les arcanes du Combat de Mandela pour une Afrique du Sud démocratique, non raciale et prospère.



[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ubuntu_(notion)

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 14:19

Dieu et le basket-ballde Michel Vallez : une lecture édifiante pour la paix interreligieuse

 

Une recension de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Paris, France

 

         20131012 143007 (1) 2Les livres qui vous adressent un clin d’œil au passage méritent autant votre attention que ceux dont on vous a parlé avec emphase et empressement. Il arrive même que certains livres viennent à vous, et vous n’avez alors qu’à savoir les accueillir, pour passer de rares moments de grâce. Par un heureux hasard de circonstances, je suis tombé cette semaine sur un petit ouvrage, illustré d’images iconiques simplifiées et de courts récits, publié par Michel Vallez, auteur-éditeur de l’opuscule.  Je l’ai lu en moins d’une heure, en ai contemplé les illustrations et éprouvé l’idée originale. Je voudrais en partager quelques accents avec les lecteurs, afin que cette petite cause soit peut-être, demain source de grandes conséquences. Qui sait ce qu’une idée, si petite et simple soit-elle, peut générer de grand autour d’elle ? Parlons de la chose.

         D’emblée, le titre de l’ouvrage intrigue, notamment pour l’Africain que je suis demeuré, et qui considère que s’il existe un sport à associer à Dieu, c’est bien le football, l’idole de nos peuples et de nos stades du grand Sud. Pourtant, il ne faut pas s’y méprendre. Ce n’est pas pour revendiquer une supériorité quelconque du basket-ball sur le football que Michel Vallez  a choisi ce sport singulier pour illustrer son approche de la question de Dieu en ce 21ème siècle. Soyons attentifs à ces nuances qui indiquent que les sports sollicitent et développent sans doute différemment les différentes facultés humaines. Le choix du basket-ball par Michel Vallez ne relève donc pas du hasard. C’est tout simplement parce que le basket ball, à la différence du football, favorise une plus grande proximité entre ses joueurs. Il peut se jouer entre personnes de la même équipe, il peut se jouer dans un mouchoir de poche, dans le moindre coin de cour où l’on peut installer un panier pour scorer. Sport de main, de duel et d’intense mobilité, il requiert un sens de l’adresse et une capacité de conquérir la verticalité à chaque instant. Le basket-ball appelle à la hauteur, exige du joueur qu’il se surpasse et se transcende, autant pour attaquer que pour défendre. Par-là, le basket ball ne serait-il pas un adjuvant extraordinaire de l’expérience de la foi ?

         L’auteur, que j’ai rencontré avant-hier en Normandie, m’explique que c’est la nature ainsi déployée de ce sport singulier, sport de proximité, de duel, d’adresse et d’élévation qui lui a suggéré l’idée originale de son récit. La voici : rassemblés un jeudi soir sur une surface banalisée de basket-ball, entre deux barres d’immeubles de la région parisienne, quatre jeunes gens engagent une partie endiablée, qui n’a malheureusement pas le temps de s’achever, parce que l’un d’entre eux, doit aller rejoindre sa mère. La situation est d’autant plus complexe, qu’avant le retour à l’école le lundi prochain, il reste comme options pour achever le match, le vendredi, le samedi, et le dimanche. Or les quatre amis sont chrétien, juif, musulman et bouddhiste. Le chrétien, le musulman et le juif font valoir leurs droits spirituels respectifs et voilà nos quatre amis dans l’impasse, le bouddhiste seul demeurant disponible pour une poursuite de la partie un jour quelconque…Bien cocasse situation, non ? Il nous est en réalité ici donné de méditer sur les différences religieuses et les conditions d’émergence d’une civilisation universelle de tolérance.

         Que faire ? Michel Vallez suggère à ses quatre personnages d’aller rencontrer des autorités de leurs traditions religieuses respectives, pour se faire expliquer pourquoi alors même que l’humanité est une et que la plupart des monothéismes ont la même origine, les croyants de ces différentes religions s’entendent difficilement sur la gestion du monde et les règles qui doivent les départager en cas d’embrouilles. L’opuscule nous conduit dès lors chez un prêtre chrétien, un imam, un moine bouddhiste et un rabbin juif. On découvre avec bonheur, en écoutant chacun des exégètes, que les religions juive, chrétienne, musulmane et bouddhiste sont toutes porteuses d’un seul et même message d’amour du prochain, de fraternité, de vérité, de justice et de tolérance. Michel Vallez, à travers les autorités religieuses qu’il fait parler, nous conduit dans le dédale intérieur desdites religions, avec la patience du pédagogue et la simplicité du gentleman. Il nous invite à cette expérience de partage du sens de la foi d’autrui, qui est la condition, sans renoncement à notre propre foi ou à notre athéisme, à accueillir et héberger la différence humaine partout où elles sont facteurs de richesse, de paix, et de juste cohésion entre tous les humains.

         Comment ne pas recommander la lecture et l’exploitation d’un tel opuscule dans nos sociétés africaines confrontées à la violence de l’intolérance religieuse en quête de réconciliation post-conflits ? Comment ne pas voir ce qu’il y a de noble dans l’idée de Michel Vallez quand on vit dans des sociétés où certains entrepreneurs politiques pervers n’hésitent pas à coupler différences ethniques et différences religieuses pour organiser l’exclusion économique et citoyenne de millions de leurs compatriotes ? Le sport, replacé ainsi en perspective comme espace de fraternisation des différences, lieu de rencontre et de partage avec l’Autre, prend toute sa dimension spirituelle dans la démarche de cette  allégorie moderne née d’une conscience inspirée. Et d’une pierre, Michel Vallez, qui ne se surcharge pas des subtilités exégétiques fastidieuses pour un tel projet,  nous propose de faire trois coups : en soignant notre corps par l’exercice physique, songeons à soigner notre âme par l’élargissement de nos connaissances du monde, et surtout notre esprit par la pratique de l’amour du prochain, seule dimension qui élève l’homme bien plus haut que toutes les hauteurs du monde, symbolisées par le panneau de Basket-Ball. Ainsi seulement, la foi et le sport s’épouseraient merveilleusement, dans une vision fraternelle de l’être humain, comme chez les pythagoriciens de l’antiquité grecque, qui recommandaient aussi bien la gymnastique que la musique, la rhétorique, la grammaire, l’astronomie, l’architecture et la géométrie pour la formation réussie des jeunes générations.

         Je ne puis dès lors qu’ardemment souhaiter la plus large diffusion possible* de l’ouvrage illustré de Michel Vallez, et pourquoi pas, son utilisation dans les campagnes d’éducation à la laïcité, à la tolérance et à la paix interreligieuses qui s’imposent sous les tropiques. Car la paix interreligieuse, c’est la tranquille bienveillance avec laquelle nous pouvons accueillir la différence religieuse de l’Autre, parce que cette différence n’est qu’une manière autre de célébrer le même idéal de fraternité humaine que nous célébrons nous-mêmes.

 

Paris, le 12 octobre 2013.

 

*Des propositions seront adressées en ce sens aux responsables des ministères de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la jeunesse et des sports de nombreux  Etats de la Francophonie.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 14:48
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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 15:15

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De droite à gauche

 

Le Président Guillaume Soro,  l’artiste Werrasson et le Professeur Franklin Nyamsi

 

A Kinshasa, République Démocratique du Congo, le 16 mars 2013

 

 

 

Quand l’art d’un peuple, voire de tout un continent, est menacé par les forces de la prétention, de l’ignorance et de la violence, le devoir des intellectuels libres est de s’engager dans sa défense médiatique, politique et théorique. L’art, en tant que pratique de création et de réinvention du monde, est la possibilité de préserver l’émerveillement de la vie parmi les hommes. Il produit sans cesse dans la pénibilité du quotidien, cette beauté sans laquelle tout sombre dans la monotonie, la grisaille des longs jours sans reliefs qui ouvrent le gouffre béant du désespoir aux vivants. Il urge donc de défendre la musique africaine contre la faiblesse des politiques étatiques de la culture en Afrique, contre les réseaux corrompus de l’exploitation illégale de la propriété artistique et contre la montée en puissance de la haine de la culture, mais aussi de la confusion entre création artistique et idéologies politiques.  Je voudrais en particulier insister dans ce billet sur un phénomène nouveau, paralysant l’activité des grands artistes congolais à travers le monde, et notamment en Europe : le phénomène des « Combattants »  de la culture congolaise, qui au nom d’une conception erronée de l’engagement politique des artistes qui ont participé à la campagne présidentielle de Joseph Kabila Kabange, se sont engagés à les empêcher  violemment de jouir de leur art à travers toutes les scènes d’Europe et d’Amérique où ces artistes gagnent pourtant leur meilleur pain. Mais questions sont les suivantes : Quelle est la valeur de l’art congolais dans l’universalité africaine internationale ? Quelle est donc l’idéologie de nos « combattants » de l’art congolais ? Pourquoi et Comment combattre les soi-disant « combattants » ? Ces questions me paraissent cruciales et nous devons, tous amoureux et défenseurs de l’art musical africain si bien illustré par le génie congolais, les affronter courageusement.

 

L’art musical congolais, le Président Guillaume Soro l’aura magistralement établi dans son discours anthologique du vendredi 15 mars à la Maison du Peuple de Kinshasa, a vaincu toutes les frontières de la tribu, de la race, de la nation et de l’espace. Ses rythmes, de la rumba au ndombolo, franchissent toutes les susceptibilités pour s’adresser directement à l’humanité de l’homme de tous les cieux. Il exprime l’amour de la vie et du beau, la grâce de l’instant et la plastique du corps. Il est le oui monstrueux et illimité de Nietzsche aux forces créatrices. L’art musical congolais est la preuve vivante de la capacité de l’Afrique à faire monde avec le monde, à célébrer la possibilité d’un vivre-ensemble dans la justice, le progrès et la concorde des nations. La valeur de l’art congolais réside donc dans son cosmopolitisme. Quoi d’étonnant à cela quand on sait que rien qu’à Kinshasa, ville s’étalant sur près de 150 kilomètres, douze millions d’êtres humains vivent dans un commerce multiforme des personnes, des idées et des choses ? Comment s’étonner que né dans des villes-mondes, l’art congolais traverse le monde sans obstacle majeur, tel un rayon laser dans un mur de pierre ? Il y a dans la musique des Franco, Kabassélé, Zaiko Langa Langa, Rochereau, Mpongo Love, Tshala Muana, Mbilia Bel, Werrasson, Koffi  Olomidé, Papa Wemba, Jean Bedel Mpiana, Fally Ipupa, Ferre Gola, et bien d’autres encore, une onde de fraternité universelle qui signe la marque déposées de l’Afrique au concert des humanités de tous les temps.

 

Comment comprendre dès lors que parce que certains Africains de la diaspora, armés de bâtons, de gaz lacrymogènes, de poings américains, de haine , de hargne et de prétention, s’arrogent le droit d’interdire au public musical de la diaspora, l’accès aux concerts des icônes congolaises comme Werrasson, Koffi Olomidé, Papa Wemba, ou Tshala Muana ? Scandale des scandales. On s’acharne à assassiner la réserve de valeurs et d’espérances des Africains ! Le fait d’avoir chanté pour Joseph Kabila Kabange, dans le cadre d’une campagne présidentielle démocratique, est-il un crime qui autorise la privation violente de créer et de se produire sur scène ? Faut-il couper les vivres à un artiste en raison de ses opinions politiques ? Qui sont-ils, ces nouveaux contempteurs de la culture, qui ne comprennent pas qu’un artiste a, en tant que citoyen, le droit de soutenir le camp politique de son choix, y compris de participer à ses campagnes politiques, sans pour autant que cela doive remettre en cause sa liberté de créateur et de producteurs de spectacles remarquables et extraordinaires pour tous les mélomanes sans exclusive ? Les nouveaux ennemis diasporiques de la musique congolaise sont les contempteurs de l’universalité africaine décrite plus haut. Ils veulent réduire la musique congolaise aux particularismes qui divisent le Congo réel. Cela faisant, ils veulent priver l’Afrique de l’exemplarité de la musique congolaise, tout en coupant au grand Congo, ces ailes de l’art par lesquelles il a réussi à survivre, par  un amour courageux du Beau qui, entre autres ressources spirituelles, lui a permis de transcender  les pires tragédies de l’histoire africaine. Accepterons-nous le génocide culturel de l’art congolais, après avoir assisté au viol et aux assassinats de millions d’innocents en terre congolaise ?

 

Je lance ici un appel solennel au combat pour la défense de la culture congolaise, ambassadrice attitrée de l’universalité africaine, vibration d’amour de l’homme africain à l’humanité cosmopolitique. Nous devons nous battre, contre les soi-disant « combattants » de la musique congolaise, car ce sont des ennemis de la culture. De la même façon que Goebbels, ministre nazi de la propagande, sortait son revolver quand il entendait le mot « culture », nos brigands de la diaspora africaine sortent leur attirail de violence quand ils voient les grandes figures universelles de l’art et de la culture africaine à l’œuvre. Narcissiques à souhait, ils veulent sacrifier l’enchantement généreux du monde que procure à la Rumba à la jouissance cynique des clans exclusivistes qu’ils servent par leur arrogance, leur violence et leur insincérité.  Mais comment combattre ces nouveaux bousilleurs de la culture ? J’en appelle à la dignité des Africains d’occident, pour se mobiliser en Associations locales de défense de l’expression libre de l’art africain dans le monde, en requérant la protection des autorités occidentales sur les lieux de spectacles et la traduction en justice des agresseurs organisés en hordes de haine contre l’excellence du génie. Il faudra répondre par la force de la loi à la loi de la force. Il faudra montrer toute l’épaisseur du droit aux ennemis de la démocratie, qui, dans la diaspora africaine comme dans le continent africain, n’ont fait que trop de mal à notre désir de modernité et d’exemplarité. Je le dis  donc avec force: On ne frappe pas un Werrasson, un Koffi Olomidé, une Tshala Muana, etc. On les célèbre, on les respecte ! Autrement, on mérite le juste châtiment des juridictions de l’Etat de droit. En Afrique comme ailleurs !

 

 

 

Une tribune culturelle de Franklin Nyamsi

 

Professeur Agrégé de philosophie

 

Kinshasa, le 16 mars 2013.

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 13:23

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Maman Pauline, fille courageuse et pétrie de foi

Je te salue, femme d’honneur drapée devant l’effroi

Des longs jours passés sans le héros national

Ces années qui s’étirent sans ton Patrice destinal

 

Je t’ai vue à Kinshasa, Maman Pauline Lumumba

Susurrant ce « merci, mingui » des gens d’en bas

Et te remémorant  le ciel vide des jours d’autrefois

Quand le Congo se dressait en puissant beffroi

 

J’ai vu la femme du grand Patrice, la femme à la lettre

Célèbre comme la douleur cerbère qui broie l’être

Dard de souffrance planté dans la chair qui pleure

Le sacrifice de l’enfant d’une autre par des leurres

 

Ô Pauline, nombreux sur ce continent incontinent

Saigné toutes veines à blanc par la bêtise au firmament

Des impuissances africaines et des puissances d’ailleurs

Nombreux, dis-je, nous sommes pour des jours meilleurs !

 

 

Le soleil garde trace de toi et de ton époux, Pauline

Et ce n’est pas le rire des menteurs sur trampoline

Qui te feront confondre avec la haine des dogmatiques

Qui hurlent le nom de Lumumba en sons apocalyptiques

 

Le soleil brillera encore et encore dans les cœurs

Quand la terre congolaise, de sa chaleur sans rancœur

Donnera à la glaise africaine, sans saveur de grandeur

Et quand les rumbas noires récompenseront ton labeur

 

Nous voulons un monde nouveau en forme de rose

Par-delà épines de haine et ronces de désespoir en prose

Nous voulons un monde poème qui célèbre la dignité

De l’espèce humaine en marche sinueuse vers sa divinité !

 

Franklin Nyamsi

Kinshasa, République Démocratique du Congo,  le 16 mars 2013

Représentant le Président de l'Assemblée Nationale de Côte d'Ivoire auprès de la famille Lumumba 

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 19:05

Un billet de voyage du Professeur Franklin Nyamsi

A l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan.

 

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Quand un pays se relève, ses maîtres anciens constituent, créent et élèvent sans cesse de nouveaux maîtres qui garantissent la promesse de faire vivre le savoir pour les générations futures. Après la rénovation du cadre matériel des universités ivoiriennes, n’est-ce pas la structure mentale et spirituelle de celles-ci qu’il importe au plus haut point d’élever aux plus hautes exigences du Beau, du Vrai et du Bien ? La renaissance de l’université ivoirienne est résolument à l’œuvre et nous en avons au fil des mois de cette année 2012 des preuves vivantes. Ainsi le département de philosophie de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody a été le théâtre de moments de réflexion et d’émotion partagées qu’il nous plaît de signaler par le présent billet. Invité à participer à l’éclosion d’un nouveau docteur de l’université ivoirienne, je voudrais marquer ici d’une pierre blanche réflexive la facture emblématique de cet événement pour l’ensemble de la communauté universitaire ivoirienne, africaine et internationale.

            Au terme d’une recherche patiente et fructueuse sur « L’éducation et le développement chez Jean-Jacques Rousseau », le  doctorant Soro Fampiémin, travaillant sous la responsabilité du professeur Mathieu Lou Bamba (directeur de thèse), devant un jury composé des professeurs Augustin Dibi (président), Franklin Nyamsi ( rapporteur invité, Agrégé-Docteur de l’Université de Rouen), N’guessan Kouakou ( Président Honoraire de l’Université de Bouaké), N’guessan Dépry (rapporteur, Professeur à l’Université de Cocody), a brillamment soutenu son travail avec la mention « Très Honorable à l’unanimité des membres du jury ».

Le candidat Soro Fampiémin  a d’abord fait œuvre d’exégèse. Partant d’une analyse de la critique du progrès des sciences et des arts comme causes de la dégradation de la nature humaine, le jeune philosophe ivoirien établit que Rousseau propose un perfectionnement de l’humain par la mise en commun de la réforme morale de l’éducation et de la réforme contractuelle de l’ordre politique, c’est-à-dire la démocratie. Sans l’éducation des enfants aux normes universelles de la sincérité, de la bonté, de la simplicité et de la persévérance dans l’effort, la société politique hériterait d’individus incapables de se hisser au diapason de l’humain et donc de pseudo-citoyens. L’éducation au respect de l’Autre est donc inséparable de la construction de la cité politique. L’Ecole et la Cité survivent ou périssent ensemble.

Abordant ensuite la problématique du développement, le candidat nous présente un  premier Jean-Jacques Rousseau critique du développement entendu comme progrès technique et scientifique sans progrès moral. Il lit ainsi les deux premiers Discours de Jean-Jacques Rousseau où développement rime avec déchéance de la moralité sous l’effet de la perversion de l’Avoir, emblème du règne matérialiste de la quantité.  Par la suite, à partir du traité sur l’éducation nommé L’Emile de Rousseau, mais aussi Du contrat social, le candidat Soro Fampiémin nous conduit vers un concept nouveau de développement, « le développement durable », qui inscrit la perspective morale et citoyenne au cœur de l’action de l’homme dans la nature. Il apparaît finalement dès lors que c’est une éducation morale et une politique de la liberté qui peuvent promouvoir un développement à visage humain.

La démonstration du nouveau Docteur Soro Fampiémin ne touche-t-elle pas ainsi même à l’essence du Vivre-Ensemble dont la Côte d’Ivoire, l’Afrique et le monde ont ardemment besoin en ces temps de périls économiques, démographiques,  démocratiques et spirituels ? Je m’honorerai toujours d’avoir été de ce grand voyage intellectuel, aux côtés du Professeur Dibi Kouadio, Maître Subtil de l’Université Ivoirienne, dont l’interprétation métaphysique du geste du commencement comme condition et principe de la liberté humaine, a profondément ému le public venu nombreux à cette soutenance. Je me réjouirai toujours d’avoir vu aux côtés des professeurs Kouakou Nguessan, Mathieu Bamba Lou et Nguessan Dépry, une scène emblématique de la transmission spirituelle de la tradition de penser fraternellement le monde, tradition dont l’université ivoirienne, en s’imposant le cosmopolitisme qui sied à l’universel, sera de nouveau fière, je l’espère, après de longues décennies d’une décadence que l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau et sa relecture par notre collègue le Docteur Soro Fampiémin, devraient contribuer à renvoyer aux archives des mauvais souvenirs.

NB : Sur la photo ci-dessus, de gauche à droite,  Prof. Mathieu Lou Bamba,  Prof. Nguessan Kouakou, Dr. Soro Fampiémin, Prof. Augustin Dibi, Prof. Nguessan Dépry, Prof. Franklin Nyamsi, le 16 décembre 2012, Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire.

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 21:56

Couverture d'annonce 'Pour un anticolonialisme critique' (Davec-m.diabate.jpg Franklin Nyamsi avec son dernier livre169436_488146921224880_1347406428_o.jpg

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Argumenter, écouter, répondre, esquiver, répliquer. Tout l'art des dédicaces est celui du Verbe en situations. Ici, répondant aux questions du public le 17 novembre à Bruxelles. Il faut aussi savoir trouver les mots qui disent et soignent les maux du lecteur, avec courtoisie et élégance.

 mail.jpgAvec GKS, le Gal Ouassenan Kone, le Deputé Karamoko Yayoro57275_488147887891450_1928495295_o.jpgIMG_6902.JPG

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