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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 12:40
L'actualité judiciaire burkinabé conforte les thèses de mon dernier ouvrage!
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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:14
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Published by Franklin NYAMSI - dans energie afrique EPLA
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 22:03
Les Africains veulent-ils vivre en démocratie ?  1ère partie  « Résistances africaines à la démocratie moderne"

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie, Paris, France

Le vouloir-vivre, c’est le désir dont nous sommes faits. Il s’agit de la force profonde qui impulse nos individualités et nos collectivités. Cette pulsion s’oriente, cependant, quand elle est prise en charge par l’intelligence. Elle n’est pas toujours aveugle, comme c’est le cas avec l’instinct de conservation des animaux. Chez l’humain, la volonté de vivre dans un type particulier de régime politique n’est donc pas innocente. Elle témoigne des intérêts et des valeurs de celui qui défend ce régime politique. Elle montre ce que l’on préfère et ce que l’on déteste. Il n’y a donc surtout pas de vision neutre de la société. Tout choix, en tant que position pour certaines valeurs et options, est en même temps négation d’autres valeurs et options. On ne peut faire, ici non plus, des omelettes sans casser des œufs ! Karl Raimund Popper[1], philosophe britannique d’origine autrichienne, faisait remarquer que la démocratie, avec le recul de l’histoire longue, est le moins pire des régimes politiques entre tous. Pourquoi ? En raison de la capacité de la démocratie à héberger le pluralisme des opinions et à rendre possible la coexistence non-violente des humains dans une société consciente de ses imperfections. Science et démocratie, observait Popper, ont ainsi un point de ressemblance : leur faillibilité. D’où vient donc cette intuition poppérienne ? L’humanité a longtemps testé, à côté de la démocratie, d’autres formes de régimes politiques : l’aristocratie, l’autocratie, l’anarchie, la monarchie, entre autres, ont révélé leurs failles intrinsèques. Dans ces autres formes de régimes politiques en effet, celui qui commande ne détient pas son droit de commander de la volonté clairement affirmée et affichée de ceux qui obéissent. Le tenant du pouvoir, dans les régimes non démocratiques, l’est souvent en vertu du rang socioéconomique, de la force militaire, de l’héroïsme individuel, ou de l’hérédité, entre autres critères qui n’obtiennent jamais le consentement ou le consensus du peuple. En démocratie, et plus précisément en démocratie moderne, c’est-à-dire en régime représentatif, comme l’a si bien rappelé Bernard Manin[2], le pouvoir tient sa légalité et sa légitimité d’institutions et de choix populaires affirmés dans des procédures contrôlables par tous les justiciables. La légalité et la légitimité du pouvoir sont en plus provisoires, suspendues à un mandat, renouvelables ou non par l’élection, contrôlables et sanctionnables par les institutions judiciaires, en cas de manquement à la parole donnée. La démocratie moderne est la mise en œuvre de la promesse comme assise instituante de l’ordre politique. En ce sens, la constitution, en ses lettres et esprit, est l’âme des démocraties contemporaines. On ne peut faire que ce qu’elle autorise. On ne peut pas faire ce qu’elle interdit. Incarnation de l’absolu sur terre, le texte constitutionnel est le pivot de l’ordre démocratique, puisqu’il établit de manière précise les conditions de la concurrence pacifique pour la conquête, la gestion et la transmission du pouvoir. Ces considérations préliminaires nous permettent dès lors, au regard des actualités africaines, de nous demander si les peuples, les partis politiques, les associations diverses de la société civile, les leaders d’opinion, les citoyennes et les citoyens à travers l’Afrique veulent vraiment jouer le jeu de la démocratie moderne. Notre réponse sera double : 1) Nous montrerons les résistances africaines contre la démocratie moderne ; 2) Nous pointerons les avancées africaines vers la modernité démocratique. Il s’agira enfin, de montrer en quoi les avancées ont quelque chance de surmonter les résistances. La présente série de tribune est dès lors consacrée à la dialectique de la démocratie en Afrique. Par dialectique de la démocratie, j’entends la description spéculative des phénomènes de négation et d’affirmation de la tradition du régime représentatif moderne à travers le continent.

I

Résistances africaines à la démocratie moderne

A travers le continent africain, notamment depuis les indépendances, un certain nombre de résistances à l’idée d’un régime démocratique moderne sont apparues : la résistance coloniale, la résistance féodale, la résistance religieuse, la résistance ethniciste, la résistance gaucho-nationaliste.

Résistances coloniales

L’acte colonial[3] est la négation du droit d’autrui de disposer de lui-même et de jouir librement de sa propriété privée. Par cette orientation essentielle à la négation des libertés individuelles et collectives, le colon est par essence antidémocrate. La condition de l’exploitabilité de la colonie, ce que l’on nomme la colonisabilité, c’est la destruction des luttes citoyennes pour la démocratie moderne. La résistance coloniale à la démocratisation moderne de l’Afrique est dès lors parfaitement datée. Conçu comme réservoir à court et long terme de matières premières pour les économies capitalistes des grandes puissances, le continent africain rentre en porte-à-faux avec le projet impérial des puissances occidentales dès lors que ses peuples se piquent au 20ème siècle du droit de s’autodéterminer. Les indépendances africaines s’annoncent, comme le souligneront entre autres un Mandela, un Félix Houphouët-Boigny, un Nkrumah ou un Um Nyobé, comme la menace d’une inversion de la dépendance entre les puissances coloniales et les territoires décolonisés. Dès lors, en vertu d’une pauvreté d’imagination qui se réfugiera autant dans la brutalité que dans les artifices de la ruse, les ex-puissances coloniales, pour contrer les processus démocratiques africains, s’allieront avec les élites conservatrices africaines, inféodées à leur projet de contrôle unilatéral et arbitraire des richesses africaines. La confiscation violente des luttes démocratiques africaines doit nécessairement quelque chose à cet enjeu géostratégique international. Comment concevoir une émancipation africaine démocratique sans répondre aux attendus de cette équation géopolitique ?

Résistances féodales et aristocratiques de droite

La résistance féodale africaine à la démocratisation du continent tient à l’incompatibilité des mœurs féodales et des mœurs démocratiques. Le féodal, souvent un mâle, tient son pouvoir du sang de ses ancêtres et des institutions d’adoubement de sa communauté. Ainsi se forme le socle de la droite féodale et aristocratique africaine. Le féodal a accès à vie au pouvoir et jouit des nombreux avantages sociaux, économiques, culturels et spirituels que l’exercice du commandement communautaire procure. Il dispose à volonté des hommes, des femmes et des choses que sa lignée lui lègue et ou alloue. Le féodal se veut incarnation vivante du pouvoir. Sa vocation à commander lui paraît être la chair de sa chair et l’os de ses os. C’est qu’il a été ainsi éduqué, formaté, préparé par ses glorieux prédécesseurs. Il faut donc lire la revendication d’appartenance primordiale à l’instance féodale comme un acte potentiel de méfiance, voire de défiance envers l’Etat démocratique moderne, qui demeure dans la logique de la pensée féodale, comme une fatalité, un pis-aller né du rapport de forces défavorable entre les milices de la royauté féodale et les forces armées de la république qui l’encerclent. Le roi féodal, le chef traditionnel, se prennent volontiers alors pour des Chefs d’Etat en puissance, n’hésitant pas, çà et là, à lever l’impôt, assurer le droit pénal coutumier avec coercition, ou décider d’actes qui relèvent normalement de l’état civil d’une société démocratique moderne. Les sociétés africaines peuvent-elles bénéficier sérieusement des avantages du pluralisme politique propre aux démocraties modernes si les individus africains ne sont pas délivrés des chaînes biologiques, mentales et spirituelles des manipulateurs politiques de l’ethnie ?

Résistances religieuses

Les délires jihadistes et la fièvre évangéliste-pentecôtiste qui se sont emparés des sociétés africaines contemporaines ne relèvent pas de la nouveauté. La résistance religieuse africaine à la démocratie est d’abord l’écho de l’immémorial duel de leadership entre les prêtres et les guerriers pour contrôler l’ordre social à travers l’histoire humaine. Le prêtre s’institue dans la société en revendiquant sa proximité avec la transcendance créatrice du monde. Le prêtre se voit en fils du Très-Haut. Il revendique une légitimité théocratique. Le guerrier revendique quant à lui une autre transcendance : celle de sa capacité à dominer la peur de sa propre mort biologique. Faire la guerre, c’est risquer de se donner la mort pour une idée, tout en donnant la mort à autrui pour combattre ses idées. Le guerrier a ainsi quelque chose de tragique, qui inspirera son rapprochement ou son alliance avec l’ordre religieux, qui prétend aussi avoir contrôle sur la vie après la mort, en raison du pacte qui lierait le prêtre et le Ciel. La légitimité religieuse et la légitimité militaire, surtout lorsqu’elles s’unissent dans la figure du prêtre-guerrier, s’opposent ainsi à la légitimité démocratique. La première parce que Dieu n’est pas le peuple, contrairement à l’adage. Une démocratie peut parfaitement dériver en barbarie, de manière démocratique, à la manière des nazis arrivant au pouvoir en 1933 avec la transparente bénédiction des urnes républicaines allemandes. La légitimité militaire en outre s’oppose à la légitimité démocratique en vertu des limites de ce que Jean-Jacques Rousseau a si justement appelé « le prétendu droit du plus fort ». La violence la plus sereine ne saurait remplacer le droit. La violence est juste une contrainte extérieure et cesse de régner en maîtresse absolue quand les victimes desserrent l’étreinte du tyran. Le droit quant à lui instaure le dialogue intérieur des consciences, véritable fondement de la justice et de la paix civile, car ici chacun est convaincu de ce qu’il y a de meilleur pour tous. La tâche de notre temps n’est-elle pas de penser les conditions d’une co-existence pacifique et féconde du politique et du religieux en Afrique ?

Résistances ethnicistes

La résistance ethniciste africaine à la démocratie se fait au nom de la confusion entre l’appartenance communautaire et l’être-citoyen. L’ethnicisme est la réduction de la sphère de l’individu aux intérêts de son ethnie. Mieux encore, il induit un mode de penser où l’individu se définit au préalable à partir d’un « Nous particulier », s’éloignant ainsi de la singularité de son moi, en tant qu’être sensible doué de conscience et de liberté. L’ethnicisme consacre ainsi la dilution de l’individu africain dans son référentiel socioculturel. Quelles conséquences ? A travers le continent, nombreux sont ceux qui nous disent qu’ils sont d’abord membres de leur groupe ethnique avant d’être citoyens de leurs républiques. Un tel raisonnement suppose que l’ethnie, groupe d’individus liés par des affinités historiques, culturelles et spatiales, soit un phénomène absolument antérieur aux Etats. Or, peut-être faut-il rappeler aux partisans d’une telle approche que le fait ethnique est évolutif et bien souvent concomitant de l’existence Etats. Il y a eu des ethnies nées avant certains Etats africains. Il y en a eu qui sont nées avec les Etats africains. Il y en a encore qui ont disparu dans la dynamique des Etats africains, comme il y en qui pourraient apparaître. L’ethnie[4] n’est pas un fait naturel, mais une invention humaine permettant de faire face aux impératifs de l’existence individuelle dans une époque donnée. On peut donc se défaire de son ethnie, mais pas de son humanité. Cette dernière est essentielle, alors que l’appartenance ethnique est purement accidentelle. La démocratie moderne, régime politique considérant la personne humaine comme une fin en soi, requiert donc des Africains un effort de transcendance envers la strate de l’ethnicité, qui fonctionne souvent comme une chape de plomb venant réduire le pouvoir de penser, de dire, de faire en nom propre de chaque sujet. Et bien sûr, n’importe-t-il pas ici davantage qu’ailleurs, que les Africains bénéficient de prestations d’Etats efficaces, pour se délivrer du clientélisme de l’ethnie, qui ne prospère que sur les décombres de la misère quotidienne des gens ?

Résistances gaucho-nationalistes

Le gaucho-nationalisme africain, véritable idéologie contradictoire, est un succédané d’un phénomène mondial : la nationalisation des classes ouvrières. La pensée gauchiste, tirée principalement des travaux de Marx, Engels, Lénine et Mao, affirme à l’origine que la lutte des classes étant le moteur de l’histoire, seule la dictature de la masse des opprimés sur la minorité des oppresseurs rendra possible l’avènement d’une société sans classes, la société communiste. Dans celle-ci, l’ensemble des moyens de productions sera mis au service de l’humanité libérée et alors, « l’Internationale sera le genre humain ». Le communisme a ainsi vocation à instaurer une démocratie populaire internationale dans laquelle les droits de l’Homme seraient assortis d’avantages et de devoirs sociaux assurant à tous une égalité réelle sur la terre. Pourtant, la réalité des ethnies, des nations et des alliances d’intérêts a rattrapé le mouvement communiste international. La lutte des classes a été oblitérée par les conflits ethniques, les conflits de nationalité et les conflits d’intérêts géostratégiques qui traversent le monde. La communisme s’étant nationalisé, a renoncé à son internationalisme pour emboucher les trompettes du nationalisme. C’en était fait de la lutte des classes mondiales, et mieux encore, le projet d’une égalité traversant le genre humain s’est mué en stratégie de possession de l’Etat par des minorités nouvelles, inventées par la politique de gauche : les nomemklaturas à la soviétique, à la chinoise, à la cubaine, à l’éthiopienne, à la zimbabwéenne ou à la congolaise. Le gaucho nationalisme africain des Mugabé, Kadhafi, Gbagbo, ou Hailé Mariam Mengistu pratiquera malheureusement un double langage : d’une part, la vulgate de l’humanisme de gauche, qui frise l’universalisme égalitaire et mobilise les ; de l’autre le discours officieux de la haine ethno-nationaliste, qui célèbre les dominations ethnicistes, féodales et religieuses. Pire encore, le gaucho-nationalisme africain ne croit surtout pas en la démocratie moderne, bien qu’il y adhère du bout des lèvres. Le vote, la séparation des pouvoirs, le respect des libertés d’association, d’expression, d’opinion, de pensée ou de circulation des personnes, sont éminemment méprisés par les gaucho-nationalistes. Dès lors, n’importe-t-il pas au plus haut point qu’une convergence institutionnelle africaine, telle qu’esquissée par la Charte Africaine pour la Démocratie soit dotée d’une force coercitive conséquente, afin que les choix institutionnels et les idéaux proclamés par les politiques africains s’incarnent véritablement dans l’expérience des peuples ?

Suite de nos analyses dans la 2ème partie à publier bientôt sur guillaumesoro.ci

« Dialectique de la démocratie en Afrique ».

[1] Karl Popper, La leçon de ce siècle, entretien avec Giancarlo Bosetti, éd. 10/18, 1996 ; La société ouverte et ses ennemis, 2 vol, éd. Le Seuil, 1979
[2] Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, éd. Poche, 1997
[3] Albert Memmi, Portrait du colonisé, précédé de : Portrait du colonisateur, éd. Poche, 2002
[4] Amselle, Mbokolo ; Au coeur de l'ethnie : Ethnie, tribalisme et Etat en Afrique, éd. Poche 1999
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 13:48
Enjeux politiques de la francophonie du XXIème siècle

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie, Paris, France

Le partage d’une langue commune, croit-on communément, soude exceptionnellement les sociétés qui habitent le même univers symbolique, au point qu’elles partagent la même vision du monde, la même sensibilité esthétique et pourquoi pas, la même perspective d’avenir. Ainsi estime t-on dans les milieux idéalisant le phénomène francophone, que nous sommes de fait dans le même bateau social, économique, politique et culturel que les près de quatre cent millions d’habitants de la terre qui parlent français comme nous, vibrant au rythme du roulis de la langue de Molière, de Césaire et de Mongo Beti. La générosité d’une telle vision de la francophonie est indéniable. Elle exhale incontestablement le doux parfum des bons sentiments. Pourtant, ne faut-il pas davantage pour affirmer que le français fonde réellement une communauté de destin entre ses peuples locuteurs? Ne faut-il pas aller au-delà du chorus éphémère des grandes assemblées internationales et des raccourcis aisés des idéologues de la francité pour penser ce que la francophonie de notre époque veut dire, et notamment à quelles conditions cet ensemble de nations est promesse d’originalité et de convivialité réelles pour le monde actuel et à-venir? L’esprit de la présente tribune est fixé dans ce questionnement audacieux. J’aimerais pouvoir fixer, en une description phénoménologique, 1) la francophonie que nous, francophones de bonne volonté, ne pouvons raisonnablement plus vouloir à travers les pays francophones du monde; et 2) la francophonie que nous , francophones de bonne volonté, pouvons légitimement espérer, si sérieusement, les peuples unis par la pratique de la langue française sont réellement conduits vers un espace public démocratique solidaire, exigent et fécond, en valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de créativité.

I

La francophonie qu’on ne veut plus: paternalisme, hypocrisie et arriération

Une métaphore géographique mérite d’emblée d’être démantelée dans les esprits, quand on pense la francophonie. L’idée éculée de francophonie est celle qui veut que l’ensemble francophone soit un agrégat de pays regroupés autour de la France. Elle, la mère-patrie des droits de l’Homme et du Citoyen, auréolée de la gloire de sa révolution originale de 1789, serait le centre du phénomène francophone, pendant que les nations-filles de la France, née du processus tragique de la colonisation, seraient les lieutenantes de la périphérie francophone, chargées de relayer aux confins de l’univers habité, la bonne parole venue des bords de Seine ou du Temple de l’Elysée. Il s’agit du modèle assimilationniste, venu tout droit de la pensée coloniale et du mépris quotidien des dominés, né des pratiques coloniales d’antan, qui nient de fait le pluralisme culturel et la légitimité des divergences de visions dans l’espace francophone, et soumettent les peuples au forceps d’une culture dominante qui n’exprime ni leurs saveurs, ni leurs valeurs.

La seconde vision inacceptable de la francophonie est celle qui fonderait sur quelque supériorité culturelle native l’hégémonie économique, et finalement politique de la France sur ses ex-colonies du monde, qui bénéficieraient en retour de la couverture géostratégique tutélaire de l’ex-puissance coloniale. On assiérait ainsi la francophonie sur un pacte de soumission à la Thomas Hobbes, où en échange de la renonciation des citoyens à leur droit de belligérance mutuelle, le souverain assurerait la sécurité de tous et de chacun contre la mort violente. La doctrine stratégique qui inspire cette seconde inacceptable approche de la francophonie est celle de la suzeraineté, qui nierait de fait la capacité des peuples à s’autodéterminer, à penser leur présent et à assumer leurs erreurs, fautes et turpitudes à travers l’Histoire du monde.

La troisième vision inacceptable de la Francophonie est évidemment celle de l’incontestable exemplarité morale de la France, après près de cinq siècles de vie commune avec les peuples de ses ex-colonies. Il est temps que le discours du président français cesse d’être le clou des rencontres francophones. Il est temps que la création des idées francophones cesse d’être l’affaire exclusive des politiques francophones rassemblés tels des disciples dociles pour écouter le maître de l’Elysée. L’esprit de la francophonie ne peut-il pas se renouveler dans l’extraordinaire féérie de ses espaces de création diversifiée? La vérité de l’esclavage et de la colonisation, s’il en demeure une, c’est que les valeurs proclamées dans les idéaux de la France furent très rarement respectées dans ses rapports réels avec les autres peuples francophones: coups d’Etat organisés, soutiens multiples et ostentatoires aux dictatures, contrôle financier des ex-pays coloniaux par la Banque de France, exploitation discrétionnaire des matières premières stratégiques africaines, captation des voix de l’Afrique dans les cénacles politiques internationaux, etc. Voici autant de faits qui remettent à plat toute prétention à l’hégémonie morale française dans l’espace francophone.

On peut donc conclure ce premier volet de notre réflexion: nous, francophones de bonne volonté, ne voulons plus d’une francophonie assimilationiste, suzerainiste et autosatisfactionniste, si l’on nous permet ces néologismes. Quelle francophonie voulons-nous donc?

II

La francophonie que nous voulons: un espace public de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité réelles

D’emblée, il s’agit de reconstruire l’idéal francophone sur une mémoire collective assainie de ses scories tragiques. Non pas qu’on doive ou même puisse effacer des mémoires l’esclavage et la colonisation auxquels la France officielle de tous bords idéologiques s’adonna pendant de longs et atroces siècles contre moult peuples francophones. Le passé demeure le passé et l’effacer, c’est s’exposer à son retour brutal, selon les lois mnémoniques du retour inévitable du refoulé, quand les situations de crises rendent nécessaire le repli sur soi des dominés. On peut pourtant s’en sortir autrement. Ce qu’il faut maintenant, c’est nommer ensemble, avec tous les francophones de bonne volonté, les tares dommageables de l’histoire commune et instituer des mécanismes collectifs efficaces pour les éliminer systématiquement des relations présentes entre peuples francophones. C’est aussi discuter collectivement, librement et de façon critique du monde partagé. Sortir du modèle assimilationiste, c’est justement introduire dans les cultures de l’ensemble des peuples francophones, une relation vivante aux productions culturelles réciproques, afin de faire sens ensemble dans le monde. Il faut décomplexer les francophones de tous bords, pour qu’ils fassent monde ensemble, sans inhibition. Pour illustrer ce premier point, je donnerai l’exemple de l’expérience innovante que je vis actuellement à l’Université de Rouen en France: alors que depuis le temps des colonies, on étudie la philosophie française dans tous les pays francophones d’Afrique, on n’étudiait toujours pas, en ce début de XXIème siècle, la philosophie africaine en France. Les temps changent. L’Université de Rouen, en m’offrant l’occasion de donner des leçons de philosophie africaine aux jeunes étudiants français, opère une rupture exemplaire dans le paternalisme culturel assimilationiste à la française. N’est-ce pas cette structure dialogue, sans a priori, qu’il faut étendre à l’ensemble interculturel francophone à travers le monde?

Ensuite, il n’y aura pas de francophonie proprement humaine tant que les mécanismes de sujétion économique et géostratégique des pays du Sud ne seront pas déconstruits au coeur de la Francophonie. On ne peut continuer de célébrer de cénacle en cénacle la Francophonie alors que la Banque de France contrôle encore financièrement les activités économiques de 13 pays africains. Je fais partie de ces rares franco-africains qui s’échinent à expliquer depuis de longues années aux Français et aux Africains qu’il faut changer sans attendre les patterns de la coopération franco-africaine, avant que les populistes de tous bords ne jettent le bébé et l’eau du bain dans cette affaire. D’abord, aux Français, il faut expliquer que la France peut parfaitement trouver son compte dans la remise à plat des mécanismes financiers actuel du FCFA, à condition qu’elle accepte d’entrer dans une véritable concurrence loyale avec toutes les autres puissances convoitant les richesses et potentiels économiques africains. L’Allemagne est première puissance économique d’Europe, sans le moindre coussin financier posé sur les pays du Sud. La France peut se maintenir aux meilleurs rangs des économies du monde si elle prend l’initiative de se désengager du contrôle monétaire des Africains et de se positionner en partenaire d’excellence, en concurrence avec les Chinois, les Américains, les Russes, les Brésiliens ou les Japonais qui ne la dépassent pas en savoir-faire. L’ouverture courageuse de la concurrence suppose que des marges bénéficiaires indues ne soient plus garanties en Afrique à la France simplement du fait de sa stature d’ex-puissance coloniale, mais que la France gagne au change en raison du savoir-faire et de la compétitivité exemplaire de ses entreprises multinationales, sans oublier leur avantage culturel indéniable en terres francophones.

Ensuite aux Africains, il convient d’expliquer qu’ils ne pourront construire de véritables économies francophones compétitives que s’ils ont le plein contrôle de leurs outils financiers. Rien à voir ici avec les slogans de l’anticolonialisme dogmatique. Il ne s’agit pas d’un dogme idéologique, mais d’une réalité pragmatique. Aucune grande puissance économique au monde ne fait contrôler sa monnaie par une puissance tierce. La régulation de l’économie par la monnaie est un B-A-BA de la responsabilité du devenir d’un système économique. La CEDEAO et la CEMAC ne deviendront de grandes puissances économiques, au partenariat fructueux avec les autres grandes puissances du monde que lorsqu’elles ne prendront plus leurs crédits à l’économie à la Banque de France et ne confieront plus leurs avoirs économiques au Compte d’Opération FCFA à la banque de France. Il appartient aux Français, aux Africains et aux Franco-Africains de bonne volonté d’impulser en ce début de siècle, les réformes financières que la modernisation postcoloniale de la francophonie impose. Pour cela, il faudra aider Paris à vaincre la peur d’une perte d’influence qui en résulterait, comme il faudra aider les Africains à surmonter les logiques de vengeance stériles qui pourraient s’en inspirer. L’avenir économique de la Francophonie requiert courage, justice et lucidité à tous.

Enfin, la francophonie, une fois que seront articulées les réformes culturelle et économique sus-évoquées, a besoin de sérieuses réformes politiques. Ce ne sont pas les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité qui doivent être critiqués. Le bon sens les requiert comme guides et horizons nécessaires d’un monde réellement partagé par des personnes de bonne volonté. Ce qu’il faut maintenant questionner et restructurer, c’est la mise en oeuvre de ces principes éthico-politiques à travers les sociétés diversifiées qui constituent l’espace francophone, du nord au sud et de l’est à l’ouest de la planète. Dans cette mise en oeuvre, il importe de considérer comme inévitables les différences de systèmes politiques inspirées par l’histoire et la sociologie respectives des nations francophones. Il n’y aura donc pas uniformité des démocraties francophones, mais consensus principiel. L’uniformité signifierait la rédaction d’une seule et même constitution politique pour tous ces Etats, comme si leur historicité propre ne signifiait plus rien. L’uniformité signifierait la négation du génie propre des individus et des peuples, dans l’invention de leur futur. Ainsi par exemple, des clauses de limitation ou d’illimitation des mandats présidentiels dans les constitutions francophones. Comment ne pas croire que les seuls juges en cette affaire soient les peuples eux-mêmes, et non pas les foules instrumentalisées par des militaires, comme on l’a par exemple vu au Burkina Faso? On glisse sur une mauvaise pente lorsque le message politique dominant dans l’espace francophone consiste finalement en la légitimation a posteriori des coups d’Etat contre les régimes démocratiques.

Le consensus principiel signifierait au contraire, une ferme cohérence politique de l’espace organisationnel francophone contre tous les dictateurs en herbe, et en puissance. Il faut objectivement examiner les processus politiques qui ont conduit les différents chefs d’Etats francophones actuels au pouvoir et séparer le bon grain de l’ivraie. On verra que les paradoxes ne manquent pas. Il ne suffit pas qu’il y ait eu rébellion ou guerre civile pour qu’un gouvernement élu ne soit pas légitime. Il ne suffit pas qu’il y ait eu élection dans une paix relative pour qu’un régime qui se prétend démocratique ne soit pas une démocrature, une pseudo-démocratie ou un régime bassement autoritaire. La logique politique nouvelle, qui redonnera confiance aux peuples francophones envers l’ensemble culturel qui les lie, supposera donc une approche lucide, diversifiée, mais cohérente des crises politiques francophones, autour de trois critères essentiels, ce me semble: a) La légalité et la légitimité réelle des institutions; b) Le respect des droits humains par les autorités constituées ; c) La résorption judiciaire du phénomène massif de la corruption économique des élites politiques dans l’espace francophone. Du bon pain sur la planche, autant le dire…

Comment ne pas voir, dès lors, que la Francophonie est encore à inventer, toujours à bâtir comme ces oeuvres que le défi du temps contraint sans cesse à se rajeunir? Il faut reprendre le bâton du pèlerin de la Francophonie de projet et de partage, et quitter résolument les arènes de la Francophonie de l’autosatisfaction et de l’hypocrisie. Une langue commune ne suffit pas à bâtir un monde réellement commun. Encore faut-il que Vérité et Justice accompagnent le processus, avec persévérance, pour la juste espérance des peuples et des citoyens du monde. Et pour une telle francophonie, il faut des consciences résolument débarrassées des prisons du nationalisme, des réflexes de prédation économique et de la soif irrationnelle du pouvoir politique. Il faut des hommes et des femmes de bonne volonté, mais aussi d’action, qui conspirent ensemble pour un monde encore plus humain. Dans cet atelier de l’avenir cependant, de nombreux ouvriers manquent encore, hélas, à l’appel.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 21:09

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie

Paris, France

On nous avait claironné que le peuple burkinabé faisait sa révolution. Ni plus, ni moins. De quelle idéologie se revendiquait ce bric-à-brac composite de révolutionnaires ultralibéraux, marxistes, centristes et religieux ? Le silence régnait sur toutes les colonnes, quand la profondeur de la chose était interrogée. Mais la prétention se faisait encore plus ambitieuse, sans vergogne. Après 27 années de pouvoir Compaoré, les animateurs des foules enfiévrées des 30-31 octobre 2014 ne juraient que par un seul mythème: le peuple, tout le peuple, rien que le peuple, reprendrait les rênes de son destin. Une insurrection instrumentalisée vaut-elle un vote démocratique? Pas en nos temps modernes, hélas. On préféra la dialectique des gourdins à celle des urnes. Un temps, l’histoire semblait refaire bond en arrière, comme dans une volte face inédite, l’acrobate retrouve la position qu’il a prestement quittée auparavant. L’extrême-gauche africaine, comme réveillée de son sommeil dogmatique, exultait de nouveau, contente de voir bientôt réhabilitée sa gouaille. Le professeur Ibriga, un des forts-en-thème de ce Grand Soir, voyait venir, fleur à la bouche, le printemps des sankaristes. Dieu que c’était beau, attendrissant même! Les enfants de choeur de la politique politicienne burkinabé étaient enfin rassemblés comme un seul homme. A sa démarche chaloupée et à ses airs graves, on devinait que l’ex-opposant Diabré se voyait d’ores et déjà Chef de l’Etat du Faso au terme de l’exclusion programmée de ses adversaires du CDP des instances de la transition. Les pseudo-démocrates et leurs hordes de bien-pensants vivant dans leurs tours aux bulles, qui firent casser et brûler le temple parlementaire de la démocratie burkinabé au nom de « la colère légitime des foules », se remirent à entonner le chant de l’Etat de droit qu’ils avaient pourtant discrédité en piétinant les écharpes sacrées des élus du peuple, au nom de la foule qu’ils déclarèrent solennellement plus peuple que le peuple. Tout ce beau monde se prévalut avec fierté de ses propres turpitudes. Que faire d’autres quand les enfants s’amusent?

On retournait donc à la page laissée blanche le 15 octobre 1987 par le Capitaine Thomas Sankara: autre mythe intouchable, dont la seule évocation déclenche encore les ires tremblotants des gardiens d’un certain temple de la sainteté politique africaine. On relançait cette foire aux émotions africanistes, qui ne voyait pas la dizaine d’officiers passés par les armes le 11 juin 1984 sous les ordres du Président Sankara à Ouagadougou, en plein jour. Et les voix à jamais étouffées de leurs épouses éplorées, de leurs orphelins, n’ont pas trouvé de propagande pour les déifier. Oui, on nous avait vendu la meilleure des poudres ouagalaises pour niais rassemblés: le pouvoir irait aux civils, tout de suite. Rien que cela! L’armée, supposée être demeurée au pouvoir depuis 1966, s’en irait définitivement dans ces casernes, laissant les fonctions politiques aux civils et se concentrant désormais, exemplairement, sur ses tâches républicaines et régaliennes de principe. Dieu, que c’était touchant! Le 18 novembre 2014 pourtant, dans un jeu de chaises musicales qui aura rappelé à tous les observateurs avertis le sinistre et risible manège de Poutine et Medvedev en Russie, Le nouveau président de la Trahison- pardon, la Transition - burkinabé, le diplomate Kafando, nommait au poste de premier ministre, Chef du Gouvernement de Transition, celui qui avait fait des pieds et des mains pour le faire choisir comme Président de la Transition, à savoir le Lieutenant Colonel Zida Yacouba, pièce maîtresse du putsch anti-Compaoré. Deux questions se posent aujourd’hui: 1) Ce qui se passe aujourd’hui au Burkina Faso était-il prévisible? 2) Peut-on déceler des lignes de crête du futur à court et long terme de ce pays, désormais pleinement installé en zone de turbulences et d’incertitudes?

I

Retour sur nos anticipations de l’an 2014

Dès janvier 2014, il m’est clairement apparu que quelque chose de très grave se tramait contre les progrès démocratiques au Burkina Faso. Derrière le débat sur le référendum concernant l’article 37 de la constitution, dans l’ombre du débat pour ou contre l’instauration du Sénat, se profilait le masque hideux du discours identitaire, la haine rentrée de la compétition démocratique et l’usurpation instrumentale du nom du peuple par des coteries intéressées à l’accès coûte que vaille au pouvoir d’Etat, fut-ce au prix d’une tragédie civile.

D’abord donc le discours identitaire. Entonné par les Etienne Traoré et Saran Sérémé dès janvier 2014, relayé par une opposition prompte à faire l’éloge des racines du burkindi éternel, trempé dans on ne sait quelle quintessence magique qui le rendait incontestable, invincible et sûr de son avenir, a fait mouche dans l’opinion. C’est au nom de cet identitarisme à fleur de peau que la mission de bons offices de la Côte d’Ivoire fut rabrouée avec véhémence, alors même que la voix du Burkina Faso, à travers la diplomatie proactive du président Compaoré, avait pesé de tout son poids dans la résolution du différend ivoirien entre 2002 et 2011. Ce faisant, l’opposition burkinabé, pressée de plastronner à Kosyam ne se tirait-elle pas diplomatiquement une balle dans le pied? Dans la géopolitique de la sous-région, un pays enclavé et très pauvre comme le Burkina Faso pourra-t-il se payer le luxe de l’isolement diplomatique? On aimerait bien voir la tête que feront les nouveaux gouvernants de Ouaga quand ils mettront les pieds à Abidjan, dans un pays où leur attitude envers le pouvoir Ouattara a frisé le pur et simple mépris des intérêts de leurs près de quatre millions de compatriotes immigrés. On aimerait voir Yacouba Isaac Zida venir défendre les intérêts du Faso à Yamoussoukro, non loin du lieu où la Côte d’Ivoire reconnaissante et courageuse a hébergé contre tous les cris d’orfraie des officines de la haine identitaire africaine, son fils adoptif, le président Blaise Compaoré.

Ensuite, les ennemis du référendum populaire, aujourd’hui au pouvoir à Ouaga, se sont signalés dès décembre 2013 par un refus sans concession des normes de négociation, de compromis et de consensus dignes des sociétés démocratiques. Tel était le sens du fameux « Hey » menaçant qu’ils n’arrêtaient pas de lancer dans tous leurs fora au Faso. Au lieu de porter le fer sur les conditions de transparence et d’équité du référendum sollicité par le régime Compaoré, l’opposition burkinabé s’est retrouvée très tôt campée dans la ligne dure du démago-populisme. L’opposition a renié ou fait semblant d’ignorer le jeu démocratique pour arriver coûte que vaille au pouvoir. Elle , qui rassemblait uniquement des foules ça et là, s’est autoproclamée peuple du Faso et s’est arrogée le droit de décréter ce que le peuple par elle émasculé, voulait ou ne voulait pas, paradoxalement. On a joué la rue contre l’urne, le stade contre l’assemblée, la querelle envenimée contre le débat réglé et raisonnable. Pourquoi avoir refusé tout arbitrage du différend politique par le vote? On le sait bien aujourd’hui: les leaders de l’opposition étaient en étroit contact avec des animateurs des mouvements de jeunesse et des militaires pressés de jouir des fastes du pouvoir. C’est parce qu’ils avaient un gourdin sous le coude que les opposants au président Compaoré paraissaient si dégourdis, sûr de leurs soutiens et de leur fait. J’ai parlé très tôt d’un complot en cours contre le régime Compaoré, en un temps où certains voulurent confondre mes dires basés sur des analyses empiriques avec les délires des prophètes d’autrefois au Gbagboland.

Enfin, je craignais une usurpation massive de la souveraineté populaire burkinabé par ces manipulateurs de foules. Je ne m’y suis pas trompé. Le plan de prise de Ouagadougou par l’alliance Zida-Bénéwendé- Diabré fut exactement celui-là. La référendophobie cachait une grave démocratophobie. La peur de l’élection masquait mal la peur du pluralisme politique. Les vieux réflexes centralistes de l’ère gauchiste de Sankara étaient de retour. A force de dire à tout va « A bas ceci », « A bas cela », nos gueulards de Ouaga finirent par trucider la démocratie burkinabé en son temple le plus sacré. Ce sont effectivement ces Zida-Bénéwendé- Diabré, et leurs affidés excités à l’envi qui allaient casser et brûler le temple de la représentation nationale et constater le vide politique qui en résulterait, en véritables pompiers-pyromanes. Or l’élection législative de 2011 avait-elle été truquée? Que nenni. L’élection présidentielle de 2010 n’était-elle pas légale et légitime? Pour sûr. Diabré n’aurait pas accepté le statut de CFOP (Chef de file de l’Opposition) sans la reconnaissance préalable de la victoire électorale du CDP aux présidentielles et passim.

Il ressort dès lors que mes anticipations critiques sur le devenir politique du Burkina Faso à court terme ont été hélas confirmées par les faits. Faut-il dire ici en quoi le CDP au pouvoir aura certainement aussi péché dans cette affaire? Au moins sur trois points: a) Sur le plan de la bataille des idées, la mesure de l’ampleur de l’intoxication populaire de la propagande des putschistes a été prise trop tard par le pouvoir CDP qui n’y a pallié que par de timides mesures de réorganisation. Or dès le mois de janvier 2014, la communication politique du régime vacillait fort. Jusque dans le très gouvernemental quotidien Sidwaya, l’opposition avait le vent en poupe à travers la censure systématique des écrits qui la critiquaient. Par ailleurs, l’opposition avait verrouillé de nombreux médias politiques par des micro-censeurs sournois, qui noyaient les répliques à la vulgate putschiste par la pompe haineuse et baveuse des bloggers grossiers des réseaux Cibals. Il aurait médiatiquement fallu répondre strictement coup pour coup à un ennemi qui s’était déjà infiltré au coeur même du pouvoir Compaoré. b) Sur le plan de la bataille morale, le CDP au pouvoir a tardé à se défaire des prévaricateurs qui s’étaient fortement embourgeoisés en son sein, payant du coup la note d’une impopularité auprès des petites gens du Faso, qui n’ont pas risqué leur peau dans la défense de l’ancien pouvoir. c) Enfin, il est de notoriété que le régime CDP a perdu la bataille géopolitique quand la France et les USA, par plusieurs sorties bien calculées, ont remis en cause le droit souverain de l’exécutif burkinabé de solliciter une réforme de la constitution en son article 37. Les anticolonialistes dogmatiques africains, qu’on n’entend jamais critiquer l’Angola de Dos Santos, au pouvoir depuis 1977, ont cette fois ci brillé par leur mutisme sur l’ingérence offensive des administrations occidentales d’Obama et Hollande dans les affaires burkinabé. N’est-il pas certain que cette défiance franco-américaine a servi de carburant psychologique ultime aux insurgés des 30-31 octobre 2014? Ils étaient sûrs de la couverture de leurs forfaits par la communauté internationale, tout comme par la poignée de Chefs d’Etat ouest-africains qui se sont précipités à Ouaga pour flatter le trio putschiste, contre tout l’esprit de la jurisprudence récente de la CEDEAO en matière de coups d’Etat ( Guinée-Bissau, Mali).

II

Qu’en est-il aujourd’hui? Le pseudo-Poutine Zida à découvert

Les événements qui se sont enchaînés du 30 octobre 2014 à la nomination du Gouvernement Zida permettent de lire avec clarté dans ce qui n’était encore qu’un jeu de cache-cache il y a trois semaines. On a cessé de croire que le Lieutenant Colonel Zida a surgi par hasard dans cette affaire quand les déclarations de ses alliés Sams’K Le Jah, Diabré et Bénéwendé ont reflété exactement les mêmes éléments de langage que les siennes propres. Zida était en intelligence avec l’opposition et les mouvements de jeunesse pour renverser le président Compaoré sous quelque motif possible. On a aussi cessé de croire que l’ambassadeur Kafando a jailli des débats du Comité de désignation du président de la Transition comme un Joker surgit d’un jeu de cartes ausculté au hasard. On sait que monsieur Kafando, de loin plus âgé que le président Compaoré, ne représente surtout pas l’avenir de la politique burkinabé dont il est un vieux routier et un pur produit. On sait que monsieur Kafando doit de larges pans de sa carrière à l’ouverture d’esprit du Président Compaoré qu’il fait mine de découvrir aujourd’hui. On sait que ministre et diplomate des régimes de 1983 et de 1987, M. Kafando est nécessairement comptable de leurs bilans, qu’il n’a pas osé dénoncer quand il était ambassadeur du régime Compaoré à l’ONU. On sait que monsieur Kafando, du reste, n’est que le faire-valoir du pouvoir militaire du Lieutenant-Colonel Zida, qui l’a certainement choisi en raison de sa mollesse et de l’inconsistance de son autorité sur les grands corps politiques de cette transition. Le président Kafando n’est donc qu’un clone, un ersatz dans un régime militaire pur et dur qui va mettre le Burkina Faso en coupé réglée. Kafando, c’est le répondeur de Zida. Tous les observateurs avertis au Burkina Faso et en dehors le savent, qui continuent d’appeler Zida « L’homme fort de la transition burkinabé », alors même qu’on nous disait dans les mêmes médias genre RFI et France 24, paradoxalement, que la chute du président Compaoré signait la fin des hommes forts au Faso. Au lieu donc de nous attarder sur l’ombre, intéressons-nous sérieusement à la proie.

La proie de l’analyse, c’est le Lieutenant-Colonel Zida et le système politico-militaire dont il est désormais le garant auto-proclamé. Cet homme n’est pas seulement dangereux. Il est essentiellement en danger. L’ex-président Blaise Compaoré a, d’une métaphore, situé le personnage: « il occupe une place que je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi », a-t-il dit, en substance, à Jeune Afrique. Qu’est-ce qui rend intenable, dangereux et éjectable, le fauteuil de Zida? Comme ses semblables Guéi l’ivoirien, Sanogo le malien, et Dadis Camara le guinéen, Zida arrive avec son treillis et ses poings fermés dans une Afrique de plus en plus réfractaire et indocile aux chefs en bottes. A mon sens, ce lieutenant-Colonel fort sournois, qui s’est empressé d’acquérir quelques parchemins dans le tard pour lisser son profil, aura maille à partir avec les quatre camps qu’il veut tromper: l’armée, ses alliés de l’ex-opposition politique et les dignitaires de la majorité CDP déchue du pouvoir par son coup d’Etat, et enfin la communauté internationale.

L’armée burkinabé, principale maîtresse du jeu politique actuel, ce n’est un secret pour personne, a régulièrement montré des signes de division interne ces dernières années. Mutineries, tentatives d’assassinat contre le Chef de l’Etat, revendications intempestives, intimidations de l’opinion publique par toutes sortes de remous, ont tôt fait de convaincre l’observateur que la Grande Muette du Faso est devenue une grande bavarde. La cacophonie putschiste née entre les officiers rivaux Nabéré Traoré, Yacouba Zida, Kwamé Lougué, a-t-elle soudain disparu au bénéfice de l’union sacrée de l’armée théâtralisée le 1er novembre 2014 derrière le lieutenant colonel Zida? Il y a loin de la cuiller à la bouche dans cette affaire. Sans oublier que la récupération du patronat du RSP (Régiment de Sécurité Présidentielle) par celui qui en fut le Chef en second, est loin de faire chorus dans cette unité d’élite. N’est-ce pas dans cet esprit que Zida s’est attribué la fonction symbolique de ministre de la défense, comme pour dire que ses rivaux militaires, Kafando et Cie seraient tous à portée de ses canons, comme le peuple burkinabé fait cocu, pendant cette transition militaire? Il y a fort à parier que la suprématie de Zida sur cette armée soit régulièrement mise à l’épreuve durant la transition amorcée, si de plus les problèmes structurels de soldes, de traitement des différents corps et de sécurisation du territoire liés à l’environnement hanté par les jihadistes venaient à s’aggraver.

L’ex-opposition politique burkinabé me rappelle étrangement la douce candeur du RDR en 1999, après le coup d’Etat hypocrite du Général Guéi contre le régime Bédié. On croyait que le saint-cyrien, conformément à ses voeux initiaux fort généreux, viendrait balayer la maison pour que des dirigeants réellement élus par le peuple s’installent enfin au pouvoir. Mais le « balayeur » en treillis prit tellement plaisir au balai et au palais qu’il voulut garder l’un et l’autre. Et hop, la transition militaire du Général Guéi se mua en martyre des cadres républicains ivoiriens. A Ouaga, Zida fait bien son Guéi. Ce signe d’appétit, voire de voracité politique, vient d’être convenablement donné aux Diabré, Bénéwendé et autres Ablassé Ouédraogo par un Zida qui s’est arrogé l’essentiel des ministères régaliens: la défense, l’intérieur, les mines, et les affaires étrangères (puisque Kafando obéira à son promoteur), mais aussi le contrôle des mouvements de jeunesse, à travers le ministère de l’intérieur et celui de la jeunesse & sports. Comme à des chiens récupérant les restes sous la table, le soldat Zida a jeté les os ministériels échappant au festin pantagruélique d’une armée burkinabé plus ostentatoire que jamais dans la gestion de la chose publique. On aura donc mené une insurrection populaire contre un régime légitime pour tomber sous la coupe réglée d’un régime militaire pur et dur. Les grincements de dents des opposants burkinabé ne tarderont pas à se faire entendre. Parions-le. Quand ils verront qu’envers eux aussi, Zida a son plan B comme il en a inventé un contre le CDP, la danse politique s’endiablera à Ouaga, de plus belle. On verra qui a mis de l’eau dans la noix de coco.

Le lieutenant-colonel Zida a multiplié des actes d’humiliation contre le régime qui l’a pourtant nourri, élevé et promu aux meilleures loges de l’armée, tout comme son comparse de parade, l’ambassadeur Kafando. Or l’ingratitude paie difficilement en politique comme dans la vie. Rappelons aux sourds invétérés que l’actuel président de la transition ne peut vouloir tourner la page d’un régime dont il porte l’ADN, auquel il doit ses plus prestigieuses promotions internationales, et qu’il a servi sans broncher pendant des décennies, pactisant de fait avec les faits de corruption qu’il fait mine de dénoncer aujourd’hui. Rappelons qu’au niveau de responsabilité qui fut le sien, le lieutenant-colonel Zida ne saurait objectivement s’exonérer du bilan d’un régime qu’il a hautement contribué à sécuriser de longues années durant. N’est-ce-pas bien lâche de vouloir présenter au monde comme un monstre le président Compaoré alors qu’on a auparavant bénéficié et profité de sa confiance? En tentant d’effacer le nom du président Compaoré des lieux symboliques du pays, en jetant en prison les cadres du CDP tel le Secrétaire Exécutif Assimi Kouanda, en laissant et faisant piller les biens de l’ex-classe dirigeante du pays, tout comme ils organisent aujourd’hui le harcèlement judiciaire des cadres du CDP, le duo Zida-Kafando veut distraire la galerie sur sa propre volonté de constituer des ressources en vue d’un siège long à la tête de l’Etat burkinabé. Pour le dire autrement, Zida et Kafando, en excluant activement le CDP de la transition politique, veulent faire gagner les élections présidentielles prochaines par un civil de leur choix. Que le civil en question vienne de l’opposition civile ou du chapeau magique de Zida, ne faut-il pas constater que la confiscation de la transition par les militaires annonce des élections absolument contentieuses pour ce pays? Les exclus du Burkina politique actuel resteront-ils longtemps à s’apitoyer sur leur sort ou entreront-ils en résistance? J’en doute, d’autant plus qu’aux portes du Burkina Faso, comme dans les campagnes ignorées par la gouaille des villes, grondent contre tous les camps politiques, des millions de laissés-pour-compte burkinabé de l’Etranger et de l’intérieur.

Je voudrais enfin toucher un mot de la gestion de la communauté internationale par le nouveau régime de Ouagadougou. Il apparaît très clairement à l’analyste que la CEDEAO s’est divisée sur le cas burkinabé et que cela présage de grosses difficultés diplomatiques pour le nouveau régime, qui a commis la funeste erreur de se démarquer des acquis accumulés en politique internationale par l’extraordinaire charisme et par l’intelligence politiques du président Blaise Compaoré. Au sein de la CEDEAO, la jurisprudence consacrée face aux putschs militaires n’a pas été respectée dans le cas du Burkina, puisque certains Chefs d’Etat, pressés de parer au plus urgent, se sont vite accommodés des arrangements des gagnants du jour à Ouagadougou. Là où on aurait dû faire jouer les clauses constitutionnelles en situation de vacance du pouvoir, on a laissé le bricolage d’une Charte écrite à la va-vite supplanter la loi fondamentale du pays. Au niveau de l’Union Africaine, l’impuissance a de longue date, trouvé sa parade dans les grandes déclarations sans conséquences, avec des délais agités comme des hochets qui amuseraient bien des bambins en cour de recréation. On a entendu Zida s’en moquer comme de l’an quarante. On a vu le président mauritanien de l’UA venir flatter les putschistes à Ouaga. L’ONU enfin, bien éloignée des réalités de la crise burkinabé et pressée d’éteindre un foyer d’insécurité de trop dans le voisinage de l’instable Mali, a fait siens les bricolages de Ouaga, allant jusqu’à saluer un texte de transition putschiste qui détrônait la constitution démocratique d’un de ses Etats-membres. Une négligence qui n’est pas loin de connoter quelque mépris pour la chose politique burkinabé. Le pouvoir Zida aura donc bénéficié d’une CEDEAO, d’une UA, d’une ONU molles et attentistes. Sera-ce le cas encore quand ce pouvoir commettra ses premières bavures lourdes et montrera que loin d’être la solution, il fait partie du différend burkinabé qui couve toujours? J’en doute fort.

De tout ce qui précède, je conclus que le Lieutenant-Colonel Yacouba Isaac Zida est décidément le pseudo-Poutine de Ouaga. « Pseudo » parce que contrairement à l’homme fort de Moscou, Zida n’a pas la puissance qu’il affecte d’avoir en dégommant par-ci tel directeur, en emprisonnant par-là tel cadre politique, ou en réécrivant maladroitement au jugé telle page d’histoire nationale burkinabé. « Poutine de Ouaga" quand même car de fait, avec un cynisme assumé et voulu comme les poings qu’il ferme durement dans toutes ses photos officielles, il a concentré l’essentiel des pouvoirs de la transition burkinabé dans ses seules mains, quoiqu’en disent les leaders de l’opposition civile qui croient gouverner à travers lui ou avec lui. « Pseudo-Poutine de Ouaga » parce que, comme Dadis en Guinée et comme Sanogo au Mali, ses jours sont très étroitement comptés à la tête de l’Etat burkinabé qu’il usurpe illégitimement depuis le 31 octobre 2014. Et voici donc l’avenir qui se profile. Quand les démocrates burkinabé relèveront la tête, il y a fort à parier que le Lieutenant Colonel Zida pliera prestement bagage…s’il en a le temps. Et alors, on méditera davantage ce mot de l’ex-président Blaise Compaoré parlant avec compassion et bienveillance du soldat Zida: «Il occupe une place que je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi. »

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 20:43

Les astrophysiciens nous ont appris à nous méfier de la lumière fascinante de certaines étoiles. Elles paraissent encore briller, vue de la terre. En réalité, il y a longtemps qu’elles sont éteintes et si nous les pensons brillantes, c’est juste par ignorance de leur statut astronomique actuel. Ne faut-il pas les restituer à leurs ténèbres réelles pour sortir de la fascination de leurs pseudo-lumières ? Ainsi des étoiles du régime despotique de la Refondation de Laurent Gbagbo, tel l’éphémère non-ministre Charles Blé Goudé, qui s’est donné en piteux spectacle hier 2 octobre 2014 à La Haye, dans une plaidoirie que je voudrais analyser afin de montrer pourquoi elle contribue à alourdir utilement les chaînes de l’ex-Général de la Rue ivoirienne. Armé de lunettes de circonstances qui lui donnaient une contenance intellectuelle toute affectée quand on sait la vacuité du parcours scolaire et universitaire du faussaire de l’Université de Manchester, Blé-La-Machette, ex-commandant des foules ivoiritaires lobotomisées par la haine de l’Autre homme, théoricien lunatique d’une révolution du matelas et de la casquette qui finalement n’eut lieu que dans sa propre imagination débridée, s’est triplement enfoncé hier 2 octobre 2014 à La Haye. Comment, me demanderiez-vous ? N’a-t-il pas brillé par sa verve, son audace, son verbe truculent et sa gestuelle de laboureur de terres arides ? Blé Goudé, je vais vous le montrer, s’est installé à vie dans le discrédit moral et judiciaire, après avoir bu en Côte d’Ivoire toute la tasse de l’infortune politique : a) par les nombreuses contradictions de sa plaidoirie ; b) par l’insupportable mépris dont il a fait preuve pour les victimes nombreuses de ses ordres criminels, autant au cœur de la galaxie des Refondateurs que dans les rangs des Ivoiriens du nord et des étrangers vivant en Côte d’Ivoire ; c) par l’inculture politique et la désinvolture massive de son argumentaire juridique étalés devant les juges de La Haye, qui pour le coup, ont eu l’occasion de voir comment le sorbonnard d’Abidjan a auparavant floué tant de naïves consciences en son pays.

Les contradictions d’une plaidoirie inutilement gesticulante

Hier 2 octobre 2014 à La Haye Blé a tout dit et son contraire. Sur le bien-fondé de sa présence à La Haye, qui n’a pas souvenance que Blé Goudé a soutenu par plusieurs fois qu’il était heureux d’être à La Haye, bien traité à La Haye, prêt à y demeurer avec intérêt autant que possible pour la manifestation de la vérité ? Hier, Blé a tourné casaque : « Qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi on m’a amené ici à La Haye ? Madame la Présidente, laissez-moi rentrer chez moi poursuivre mon œuvre commencée depuis le 2 octobre 2002 », tels sont les slogans à répétition que Blé Goudé nous a régulièrement servis pendant les 52 minutes de sa logorrhée sans queue ni tête devant le tribunal. Blé ne doit-il pas choisir entre la joie d’être à l’abri de la sanction d’un régime qu’il présente comme le pire du monde alors même qu’il doit la vie à la magnanimité de ce même régime du RHDP qui lui a offert l’opportunité d’aller pérorer à la face du monde ? N’est-ce pas cette Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara qui l’aurait nourri d’une sauce à l’eau claire sans viande qui devrait accueillir le même Blé Goudé si la CPI le délivrait tantôt ? Le luxe de La Haye serait-il devenu moins intéressant que les terribles cellules de la DST où Blé Goudé prétend avoir vu le diable en face avant son extradition ? La vraie raison du transfert de Blé Goudé à La Haye est pourtant connue : à la suite de son mentor Laurent Gbagbo, Blé Goudé s’est opposé violemment à la vox populi ivoirienne exprimée dans les urnes en octobre-novembre 2010. Il a mené des milliers d’ivoiriens au crime de masse, à la haine et à la mort violente en les entraînant à affronter la république légitime issue des urnes de 2010. Rebelle contre la démocratie et la république émergentes alors que le pouvoir Gbagbo souffrait d’un déficit chronique de légitimité politique depuis son coup d’Etat déguisé en pseudo-élection en octobre 2000, Blé Goudé, comme son mentor, sont responsables de la tragédie humaine que le rétablissement des institutions régaliennes de l’Etat ne pouvait éviter. Le prix de tout laxisme envers la Refondation en 2010-2011 aurait été l’explosion apocalyptique de la nation ivoirienne. Blé Goudé se contredit sur un autre plan tangible. Les faits de crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés sont irréfragables. Les 3000 morts de la dernière crise postélectorale, provoquée par le régime Gbagbo, ne sont pas une métaphore. Blé prétend n’avoir jamais donné d’ordre d’affrontement à ses partisans contre les partisans du camp Ouattara ou contre les étrangers ? Sur ce point, les preuves abondent pourtant. Fatou Bensouda, la très professionnelle procureure de La Haye, en a servi à suffisance à la CPI. Blé est le seul à ne pas les voir ou revoir. A-t-on remarqué qu’il n’accepte de montrer aucune des vidéos où son œuvre haineuse explose à merveille ? A chacun de ses meetings de masse, Blé Goudé a promis la guerre aux Ivoiriens opposés à Laurent Gbagbo. Il a annoncé à l’ensemble de la CEDEAO que l’armée pro-Gbagbo et les jeunes patriotes les affronteraient victorieusement. Plusieurs fois, Blé a dit être prêt avec ses hommes et tous ses alliés pour la confrontation finale. Il a par plusieurs fois rassemblé les principaux chefs de l’armée rebelle à la démocratie, après l’élection de novembre 2010 et les a régulièrement incités à user de la force des armes contre les civils pro-Ouattara et contre l’ensemble des militants du RHDP en général. Le résultat de l’incitation récurrente des jeunes « patriotards » à la violence par Blé Goudé ne s’est pas fait attendre : des centaines d’exécutions sommaires à travers les villes du Sud ; des combats entre l’armée rebelle des FDS pro-Gbagbo contre les FRCI ; des victimes civiles dans les marchés et quartiers populaires s’en sont suivies par milliers. Qui a diantre oublié que Blé a utilisé des centaines de jeunes ivoiriens comme chair à canon quand lui-même se planquait subrepticement au Ghana en appelant au même moment à la plus farouche des résistances armées ? Enfin, Blé Goudé se contredit quand il évoque le statut de la Cour Pénale Internationale dans ses saillies. Si d’une part, Blé conteste le bien-fondé de sa présence à la CPI, il n’hésite pas à saluer l’existence de la justice internationale d’autre part. Blé en appelle même à une justice internationale exemplaire qui l’aiderait à reprendre sa carrière politique en Côte d’Ivoire. Blé croit en la CPI et insiste généreusement que ce soient d’autres Ivoiriens qui y soient pour répondre toutefois des crimes qui lui sont reprochés. N’est-ce pas un qui voulait prendre qui est ainsi pris ? N’est-ce pas la même communauté internationale, avec ses institutions judiciaires entre autres, que Blé a constamment diabolisée pendant une décennie de prêches enflammés ? Qui a fait abondamment agresser, tuer, insulter et vilipender l’ONU en Côte d’Ivoire, mieux que Charles Blé Goudé ? Ne sont-ce pas les camarades armés du même Blé Goudé qui ont donné la mort aux soldats nigériens de l’ONU à Taï, quand planqué au Ghana, Blé et les autres extrémistes de son camp rêvaient à haute voix d’une victoire par revanche militaire de la Refondation contre le régime du RHDP ? La CPI ne peut être à la fois légale et illégale. Blé doit boire le calice de la justice jusqu’à la lie ! Conscient que le régime Gbagbo a régulièrement contribué à consolider l’adhésion de la Côte d’Ivoire au Statut de Rome, Blé avoue donc que c’est à bon droit qu’il est à La Haye tout en se plaignant à la fois d’y être. On peut donc, au regard de la grossièreté des contradictions de Blé Goudé, faire l’hypothèse que sa propre parole fonctionne sur lui comme une force d’autosuggestion. Plus il s’agite, plus Blé Goudé croit avoir raison. Mais en réalité, il s’enfonce davantage, tels les gladiateurs du peintre Goya qui se battent dans la vase, s’enterrant progressivement par leur propre débauche d’énergie. Y-a-t-il cependant plus méchant qu’un type opaque à toute repentance et déterminé à se gargariser de ses propres mensonges ? Auscultons le cynisme pervers de Zadi Gbapê.

L’insupportable mépris de Blé Goudé pour ses victimes

Blé Goudé se comporte comme si la violence du régime Gbagbo envers les populations réputées proches de ses adversaires politiques n’était qu’œuvre de légitime défense. Quid du Charnier de Yopougon en octobre 2000 qui déclencha la rwandisation à pas forcés de la Côte d’Ivoire du 21ème siècle jusqu’en 2011 ? Quid des centaines de militants du PDCI et du RDR lynchés par les troupes militaires et militantes du régime Gbagbo en mars 2004 au vu et au su de tous ? Quid des crimes organisés par les expéditions des Escadrons de la mort entre 2002 et 2004, contre l’opposition civile ivoirienne d’alors ? Blé Goudé cite à foison dans sa diatribe foireuse, le MPCI-FN de Guillaume Soro, dont la compagnie lui manquerait tant à La Haye. La légitime défense a-t-elle meilleure illustration que le juste combat des Forces Nouvelles pour l’instauration d’une véritable démocratie en Côte d’Ivoire ? Pourquoi Blé Goudé ne se souvient-il pas de la manière dont Laurent Gbagbo, par l’entremise de la fibre ethnique instrumentalisée, s’est servi du même Blé Goudé pour discréditer à jamais la lutte citoyenne de la FESCI après Guillaume Soro ? Blé-la-Machette a-t-il à ce point oublié que c’est précisément pour sauver la Côte d’Ivoire d’une véritable apocalypse que Guillaume Soro et ses camarades se dressèrent dès 2001 contre le régime criminel de l’ivoirité, en pure et simple application du droit d’insurrection contre les despotes, que reconnaissent toutes les déclarations internationales des droits humains depuis au moins 1789 ? Les juges de la Cour Pénale Internationale de La Haye ont dû être impressionnés hier par tout autre chose que l’art oratoire de Charles Blé Goudé, qui n’épatera que ceux qui ne savent pas ce que parler en public veut dire. Contrairement à l’illusion de compétence oratoire dont il a fait un point d’honneur narcissique et récurrent tout au long de sa plaidoirie, Blé Goudé est plutôt un brailleur. Il parle très fort et s’étourdit tout seul. Il bouge sans cesse, mais c’est surtout parce qu’il croit que la vérité est dans ses muscles. Il multiplie les images foireuses, telle cette tête de panthère dont il faudrait chercher les dents chez celui qui l’a mangée. Blé montre justement, par le registre des bêtes sauvages, qui orne son propre discours, qu’il en est précisément une, lui-même. Blé se veut fauve et ne parle que d’histoires de fauves. Le matelas et la casquette ne feront jamais oublier la machette et les milices haineuses qui ont accompagné son aventure tragique dans le siècle ivoirien commençant. Ce qui a donc sûrement impressionné les juges de la CPI hier 2 octobre 2014, c’est la froideur de ce monstre non repentant, qui prétend avoir enseigné aux Ivoiriens le pardon qu’il ne demande pourtant à aucune de ses victimes. Lui, Blé Goudé, le caravanier de la haine et de l’hypocrisie, qui enjoignait au Général Mangou d’être prêt à la guerre contre la république émergente en 2011, se présente soudain comme une victime de l’Histoire qu’il a tenté de faire avec vilénie et lâcheté.

L’inculture politique et la cuistrerie judiciaire de Blé Goudé

Quand on n’a pas la patience d’étudier son époque et de s’imprégner des fondamentaux des sciences politiques, quand on est pressé d’avoir des diplômes qu’on ne mérite point comme notre fraudeur universitaire invétéré Blé Goudé, on ne tarde pas à être tôt ou tard une vraie calamité dans le champ politique. Des diplômes de communication bricolés sur le tard à coups de facilités diverses à Abidjan ne suffisent pas à masquer l’instabilité des facultés logiques de notre tribun de foire. Blé Goudé se prend pour le héros Mandela ? Il n’a pas dû lire l’Interview de 2010 à Jeune Afrique où Gbagbo affirmait que Mandela n’est pas du tout un héros. Blé Goudé estime que la guerre des soldats pro-Gbagbo contre la république de Côte d’Ivoire renouvelée par la démocratie est comparable à la résistance française de De Gaulle contre les nazis et Pétain ? Il n’a pas dû comprendre que l’équivalent ivoirien du nazisme et du pétainisme, c’est le social-nationalisme frelaté et xénophobe du FPI de Laurent Gbagbo. En prenant les discriminations de l’Apartheid et du nazisme en guise d’exemples, Blé Goudé s’est copieusement tiré tant de balles dans les jambes qui sortira parfaitement ligoté de ce prétoire. Les juges avaient tout le loisir, par l’imprudence naïve du braillard du COJEP, de rapprocher l’exclusion ivoiritaire de ses sœurs aînées à travers l’Histoire. Pour conclure, disons tout de même que je n’ai pas perdu 52 minutes de ma vie en regardant la dernière plaidoirie foireuse de Blé Goudé dans la nuit d’hier 2 octobre donnant au 3. La contemplation réflexive de cet être sans honte plastronnant à La Haye m’aura au moins convaincu de la nécessité de continuer d’armer moralement l’opinion africaine et mondiale contre la fascination des Blé Goudé nouveaux qui viendront, quand l’original Blé Goudé croupira sous ses chaînes amplement méritées à La Haye. La perspective d’une Côte d’Ivoire émergente et rassemblée dans le PDCI-RDR en projet est tellement rassurante que le travail de mémoire et de contre-mémoire que nous poursuivons pour l’Afrique du 21ème siècle doit redoubler de force et de vigueur, afin que les forces rétrogrades du chauvinisme ethno-national africain soient défaites par le droit d’abord, par la force légitime si nécessaire, partout où des peuples en souffrance le pourront. C’est cette vision cosmopolitique de l’Afrique, incarnée par la renaissance démocratique et républicaine de la Côte d’Ivoire actuelle qui nous enjoint à aider des haineux comme Blé Goudé à alourdir davantage leurs propres chaînes.

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans Politique Afrique Côte d'Ivoire
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