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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 13:46

Dialogue avec Guillaume Soro 7 juillet 2012 001

 

Une note de lecture de Franklin Nyamsi

Professeur Agrégé de Philosophie

Paris, France

 

De nombreux peuples africains se plaignent avec  raison de l’éloignement de leurs dirigeants des réalités quotidiennes qui sont les leurs. Dans l’alcôve des palais, dans les conversations calfeutrées des grands salons de la politique internationale, sous les flashes et les youyous des applaudimètres qui leur sont réservés par leurs hôtes bien avisés, il n’est pas étonnant que bien des femmes et des hommes politiques soient devenus des sortes d’exilés de l’intérieur, voyant le monde sous le prisme unique de leurs conseillers ou de leurs théories. Or il n’y a au fond aucune fatalité dans cette affaire ! N’est-ce pas ce signe indien des politiques africains coupés du monde que l’auteur des Contributions Conviviales veut vaincre en brisant la glace de l’éloignement entre politiques et citoyens par une révolution de la communication politique en Afrique ? L’Honorable Guillaume Kigbafori Soro, Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire vient sans conteste, de commettre un volume innovant  et remarquable d’élégance. Par le titre fort évocateur même de l’ouvrage qui s’offre comme une invite au partage des expériences, des émotions et perspectives d’un homme d’action qui ne veut pas cesser d’être un homme de pensée, voire tout simplement un homme ordinaire, Guillaume Soro nous invite réellement à voyager dans son monde à ses côtés, dans une compagnie pleine d’anecdotes croustillantes, d’analyses sur le vif et de prises de recul déroutantes dans un contexte où l’action requiert, à flux tendu, toutes les facultés de l’intelligence. Quelles sont donc les ambitions dont l’initiative des Contributions Conviviales est porteuse ? Qu’y apprend-t-on de décisif sur Guillaume Soro ? Où Guillaume Soro écrivain voudrait-il nous mener ? J’aimerais, dans les paragraphes qui suivent, répondre à ces trois questions sans priver le lecteur du plaisir d’aller lui-même mordre à l’appât des textes de l’auteur, dont on reconnait la griffe universitaire anglo-saxonne dans la simplicité des mots et la clarté de l’expression, comme pour donner raison au philosophe anglais John Locke lorsqu’il stigmatise ce qu’il nomme « The Abuse of Words »- l’usage abusif des mots- dans son célèbre An Essay concerning Human Undestanding de 1689.

Les Contributions Conviviales sont manifestement nées du désir de l’homme politique Guillaume Soro de ne pas rompre avec les lettres et les choses de l’esprit, qui marquèrent sa double formation d’élève catholique et d’étudiant en lettres anglaises. La politique, manifestement, convient à Guillaume Soro parce qu’il sait qu’elle requiert une qualité fondamentale que  son double cursus théologique et littéraire lui permit de développer à merveille : l’usage de la parole. Parler, c’est créer un monde commun avec son auditoire, faire advenir ce qui n’était pas encore dans le présent des esprits qui écoutent. Parler c’est modifier intérieurement la conscience d’autrui pour l’appeler vers notre longueur d’onde affective, intellectuelle ou idéologique. En poursuivant autrement ainsi la dynamique venue de son ouvrage politique Pourquoi je suis devenu un rebelle : la Côte d’Ivoire au bord du gouffre, Guillaume Soro nous invite dans son quotidien de fils de l’Eglise, de fils des terres de savane du Nord, de fils de fonctionnaire laborieux, de produit de l’émergence citoyenne des grandes années syndicales de Côte d’Ivoire,  de compagnon des véritables luttes panafricaines pour sortir des entrailles épaisses des frontières arbitraires du colonialisme, mais aussi et tout simplement d’homme partageant toutes les joies et peines de l’humaine condition.

Ce qu’on apprend de décisif, c’est la prise de conscience radicale par l’auteur de l’importance de ces valeurs simples de la vie que nous délaissons bien souvent imprudemment pour courir après les dieux du siècle. Etre un bon camarade, être un bon père de famille, être un bon fils et un bon frère, être reconnaissant éternellement envers toutes les mains qui ont pétri notre humanité, c’est savoir aller avec ma même égalité d’humeur,  de Diawala-le-pays-d’enfance aux grandes allées de New York et de Paris, en passant par les cellules moites de la Préfecture de Police d’Abidjan, par le feu des mitrailles de l’insurrection armée, les fastes de la vie des palais ou la violente bassesse des opportunismes en tous genres qui émaillent une vie trépidante d’homme politique dans l’Afrique contemporaine. Au fil de la lecture des anecdotes et chroniques de voyage de l’auteur, un message persiste, comme s’il tenait à nous en imprimer le cachet dans l’âme : je suis resté le même, malgré tout ce que j’ai vécu ; je suis resté le même, malgré le grand destin qui m’est échu ; je suis encore capable de vous comprendre et d’épouser vos combats quotidiens, bien que par mes  responsabilités exceptionnelles, je ne sois plus un homme du quotidien. Dans ce discours venu du subconscient des Contributions Conviviales, comment ne pas percevoir chez l’auteur un attachement exclusif aux gens tels qu’ils sont et non pas tellement tels qu’ils devraient être ? N’est-ce pas tout le réalisme légitime d’un politique averti de ce qui marque et retient l’attention des hommes dans l’attitude d’un dirigeant de son rang ? On ne peut pas, on ne doit pas vouloir diriger un peuple qu’on n’aime pas et qu’on ne fréquente pas.

Il apparaît donc clairement que Guillaume Soro veut nous conduire vers l’horizon d’une nouvelle civilisation politique du dialogue. Celle qui fait de la conversation suivie avec les gens du peuple et avec les hautes figures de la culture, le viatique quotidien du bon politique. D’autres en leur temps disaient : « Asseyons-nous et discutons ». Guillaume Soro pourrait presque dire : « Ecoutons-nous, lisons-nous, debout ou assis, parlons-nous » ! Que de réticences dans notre Afrique contemporaine envers la parole politique partagée ! Que de médisances envers ceux qui font l’effort de passer par la médiation de l’Autre pour mieux revenir à Soi-même ! Que de bassesses à l’endroit des « hommes des devants » qui n’oublient jamais qu’ils ne sont rien sans tous ceux qui sont derrière eux ! Je citerai en particulier sa réponse cinglante et profonde aux détracteurs de sa nouvelle démarche de communication politique innovante. Ecartant d’un geste les miasmes de la jalousie qui s’expriment parfois dans des critiques de mauvaise foi, Guillaume Soro plaide pour l’intégration de facebook, twitter et consorts parmi les outils majeurs de la modernité politique contemporaine. Lisez le billet « Pourquoi devrais-je m’interdire de m’exprimer sur facebook et twitter » ; vous en serez édifiés !

Enfin, les Contributions Conviviales sont loin de souscrire à la langue de bois que la vie politique induit consciemment ou inconsciemment. C’est bien Guillaume Soro, le député de Ferkéssédougou, qui nous prévient que les routes du Nord de la Côte d’Ivoire sont une honte nationale, prenant ainsi sa part de responsabilité dans les attentes encore insatisfaites de nombreuses collectivités ivoiriennes en cette année 2012. Mais c’est au nom de la même rupture avec le prêchi-prêcha soporifique des diseurs de bonne aventure que Guillaume Soro se réjouit franchement de ce qui le mérite : le retour de la Gambie dans le giron des nations amies de la Côte d’Ivoire, l’exemplarité politique du fair-play démocratique lors des élections présidentielles françaises, l’extraordinaire ténacité morale d’un journaliste de la trempe d’Eugène Dié-Kacou, sont, entre autres moments de vérité, racontés avec tranquillité et assurance par l’auteur. Dans l’autodérision qui caractérise de nombreux autres billets, on voit enfin la marque de la joie de vivre avec les autres sans les encombrer de soi, pièce à conviction d’une maturité d’homme rompu aux péripéties de notre humaine, trop humaine condition. Voilà pourquoi j’ai dit et je redis qu’à lire Guillaume Soro, on voit bien qu’il sait, mieux que quiconque, d’où il vient et où il va. Or il n’y a pas meilleur compagnon de voyage que celui-là qui a sa boussole en lui-même…

Paris, ce 4 novembre 2012.

 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans Analyses culturelles
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