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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 23:29

PSYCHE OU LA NAISSANCE DE LA CONSCIENCE :

Une interprétation possible du mythe de Psyché

 

Par Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie

Lycée Delamare Deboutteville

Forges les eaux.

 

            Si nous partons du principe que les mythes sont des récits fabuleux d’origine populaire et non réfléchie, dans lesquels des agents impersonnels, le plus souvent des forces de la nature, sont représentés sous forme d’êtres personnels, dont les actions sous formes d’êtres ou les aventures ont un sens symbolique, le mythe grec de Psyché est donc à comprendre comme la mise en scène d’une problématique et d’expériences de la condition humaine en tant que telle. Comment lire symboliquement ce récit ? Pouvons-nous en rendre compte réflexivement, comprendre l’incompris du récit afin de mieux comprendre le sens, voire la sagesse dont il est souterrainement porteur ? Essayons-nous à cet exercice d’interprétation dans les lignes qui suivent.

 

I

La tripartition traditionnelle de l’homme

 

            Il nous est dit que Psyché, personnification de l’âme humaine, est l’une des trois filles d’un Roi. Nous comprenons donc que le mythe désigne l’origine de l’esprit humain dans la rencontre des principes du monde physique, du monde mental et du monde spirituel. Corps, âme et esprit, telle est la tripartition traditionnelle de l’être humain chez les Grecs anciens, qui voit ainsi en l’humain une manifestation miniaturisée du divin. La beauté de l’âme humaine tient donc à sa tension entre la terre et le ciel, entre les mondes matériel et spirituel. C’est l’effort qu’elle déploie pour se reconnaître en sa plus profonde noblesse qui fait le sens de son existence. La royauté de l’esprit passe cependant par l’expérience des voyages hors de son empire. La tentation du voyage est attisée par l’expérience du mal, incarnée ici par la figure d’Aphrodite qui charge Eros d’inspirer à Psyché, « l’amour pour l’être le plus hideux de la terre ». La naissance à soi de la conscience passe donc par l’expérience de la déchéance, dans la douleur physique et morale que symbolise ici la notion de hideur. Car qu’il y a-t-il de plus hideux que la souffrance sans justification ?

 

            La tentative d’Eros d’accomplir la mission d’Aphrodite, est en tous points comparable avec celle de Satan dans le texte biblique, tentant de gagner Eve à la cause du mal, avec la permission de Yahvé lui-même, qui laisse faire Satan le Serpent. On retrouve la même histoire dans le drame de Job, que Yahvé laisse à la tentation du Diable pour prouver au Diable que Job aime sincèrement Dieu, mais aussi faire découvrir à Job lui-même le degré de pureté auquel l’amour de Dieu nous appelle.  Eros échoue à convertir Psyché à l’amour de la hideur, à la banalité du mal donc. Ainsi, toutes les épreuves de l’existence humaine ne sauraient suffire à justifier qu’elle renonce à son perfectionnement, qu’elle rejette ses plus légitimes espérances.

 

            A l’amour pour le mal qui culmine dans la boulimie des idoles, Psyché va préférer l’attachement désintéressé à l’être aimé, ce Dieu sans visage qui assure la fin de l’idolâtrie et la recherche d’une vie selon des principes. Psyché va aimer le Bien au lieu d’idolâtrer le mal. Comment le thème du Bien s’instille-t-il ici ? Psyché n’aime pas un être particulier – il est sans visage - ; Pysché aime l’amour lui-même, elle aime aimer. Il y a donc au cœur de l’âme humaine un appel secret et puissant du désir du Bien, de la passion désintéressée pour Autrui. L’Amour divin, c’est-à-dire charitable et donc désintéressé, est la nourriture spirituelle la plus puissante de l’âme.  C’est sur le fond de cette passion précieuse du Bien que Psyché puise des énergies pour affronter Aphrodite en son palais, symbolique de la vie terrestre elle-même qui s’apparente alors à un séjour aux Enfers. Il est ainsi dit dans le récit que « à chaque fois, quelqu’un sera là pour l’aider. » Jusqu’au voyage consacré à affronter  le célèbre Cerbère, donc la mort elle-même, Psyché réussit à trouver la ressource pour survivre : d’une part, elle enivre le Gardien, en lui donnant ainsi l’illusion d’être comblé, tout comme elle rend à la terre ce qui lui appartient, en payant ses impôts à Charon.

 

II

Le malheur de la prétention et le salut par l’Amour

 

            La puissance de l’Amour du Bien ne garantit pas cependant que l’âme ne soit victime de ses propres ambitions. La plus osée s’appelle curiosité, prétention à se faire calife à la place du calife.  L’homme rêve de devenir maître et possesseur de la nature, et en vient à contracter le mal prométhéen de vouloir être dieu et à la place de Dieu. La science et la technique doivent-elles êtres débridées, ou faut-il au contraire les soumettre à des règles morales assurant la prégnance de l’Amour du Bien dans la société ? Voici que Psyché retrouve la hideur qu’elle voulait fuir, car la banalité du mal reprend ses pouvoirs quand la science et la technique servent d’idéologie à l’espèce humaine pour justifier tous les ravages et tous les saccages.  Devant l’horreur provoquée par l’ambition prométhéenne de l’âme humaine, Psyché est atteinte de hideur et comme Eve dans le récit de la Genèse biblique, Psyché découvre qu’elle est nue, elle a honte. Tellement qu’elle se croit destinée au néant, se voit mourir : «  En se regardant dans un miroir Psyché s’évanouit. »

 

            Comment sortir l’âme humaine de ce narcissisme mortel ? Le récit nous raconte la piqûre de rappel d’Eros à son amante. C’est l’amour qui réveille en l’âme humaine la nostalgie du Bien divin. L’amour, dans sa puissance de recréation, d’inspiration et d’émerveillement, rend à Psyché « sa beauté première ». Ainsi, l’amour du prochain connote t-il la trace de cette pureté originelle du désintéressement que nous évoquions plus haut. Le souffle de vie de l’âme est dans son attachement à d’autres âmes, le désir vit du désir des autres désirs. C’est seulement après ce tour des Enfers de la prétention que vient le pardon d’Aphrodite, cette agente initiatique qui libère Psyché de ses assauts, comme pour dire qu’elle mérite désormais d’être admise dans l’assemblée des élus pour la vie morale authentique.  Il est ainsi frappant de constater que la voie du salut passe pour Psyché par un double pardon : d’abord le pardon d’Aphrodite, qui fonctionne comme une purification par l’expérience multiple du mal ; ensuite seulement  le pardon de Zeus à Psyché, à travers le pardon accordé à Eros, qui a accepté la mission affreuse d’Aphrodite, mais qui l’a retournée en son contraire, révélant la nature profonde de l’Amour Divin.

           

            Le salut de la conscience passe donc par l’expérience du pardon. Qu’est-ce que pardonner ici ? Nouer avec autrui un rapport d’humilité et de compréhension qui prépare un règne de paix, de vérité et de justice. Pardonner, c’est à la fois se donner, mais c’est aussi recevoir de l’Autre, à qui je pardonne, l’investiture de ma propre personne comme responsabilité pour l’Autre. Si désormais Psyché peut se marier avec Eros, c’est que le message est clair : l’existence d’une âme humaine perd tout sens si elle se déconnecte de la question morale, de la recherche du Bien (justice et vérité) et de la lutte contre le mal ( ignorance, mensonge et violence).  Le plaisir (Hédonè) qu’offre l’expérience du désir sera le rappel de cette profonde vérité de l’idéal.

Voir André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, P.U.F. 1926, réédition 2006, p. 665

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Published by professeurfranklinnyamsi.over-blog.com - dans recherches philosophiques
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commentaires

Jean-François CANTREL 21/06/2016 23:23

Merci pour cette intéressante analyse. Je l'ai lu attentivement dans le cadre d'un projet photographique.

omni tech support 11/11/2014 13:29

Well.. That is one interesting and relevant selection of topic. We all are used to myths since our childhood and our interpretation/thoughts about those myths do changes with the age. It may not be the wisdom, but the reality we have faced through this transition.

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 16/08/2011 14:07


Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-4, THÉOREMES DE L'ESPRIT ET AMOUR DIVIN..

Cordialement

Clovis Simard