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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 00:10

 

Pourquoi le Dr. Shanda Tonme s’enflamme-t-il ?

A propos de ma déconstruction de son mythe ethniciste de la majorité…

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Pr. Franklin Nyamsi

Devant l’Assemblée Nationale Française, le 21 juillet 2009 à Paris.

 

 

 

 

 

Dans le Cameroun de notre temps, il importe plus que jamais que les choses qui doivent être dites le soient avec précision, rigueur et compassion. La première se fonde sur la discipline des faits avérés. La seconde sur la solidité logique du raisonnement. La troisième sur la patience envers l’Autre, manifestée notamment par une volonté essentielle de bien le comprendre, voire de mieux le comprendre qu’il ne se comprend lui-même. Les deux premiers piliers du pays que nous espérons sont la Vérité et la Justice. A leur sommet, devra trôner une Charité portée au firmament par la renaissance d’une véritable solidarité nationale. Le débat d’idées  n’y contribue pas moins. Je n’en ai jamais refusé qui vaille. Au regard du long billet bilieux que  Shanda Tonme, dont je ne conteste pas le vif intérêt pour la démocratisation du Cameroun, vient de me consacrer sur Cameroon Politics parce que j’ai assimilé sa doctrine de la majorité dynamique discriminée à l’image inversée de la doctrine de la minorité menacée de  James Mouangué Kobila, j’ai le devoir de comprendre que la tribune que j’ai commise sur l’obscurantisme ethniciste camerounais a tapé en plein dans le mille de son inconscient politique. L’effet réflexif et psychagogique du miroir de cette analogie est sans conteste, notoire.  Une phrase, une seule, au détour d’un long développement, aura suffi à sortir notre compatriote de ses gonds… Mais, au lieu de s’attaquer à la description argumentée en vertu de laquelle je dis «  Shanda Tonme, James Mouangue Kobila, même pipe, même tabac ? », pourquoi Shanda Tonme s’enflamme-t-il donc ? Qu’ai-je à dire devant la bordée d’injures, d’arguments ad hominem, mais aussi devant la rengaine victimaire que Shanda Tonme mobilise en guise d’entente d’un projet républicain camerounais qui oscille dans son esprit des bégaiements du fédéralisme bi-linguistique aux tentations de créer une Confédérations des Bantoustans où chaque ethnie – sacrée définitivement  éternelle en ses grades et qualités – serait le lieu d’où émergeraient conscience anthropologique et identité citoyenne ? Je commencerai dans ce propos, par faire sans rancune, un certain sort aux attaques personnelles choisies par Shanda Tonme, en raison de son profond malaise argumentatif. Je m’intéresserai ensuite aux prétentions théoriques de Shanda Tonme dans la  conception nouvelle de la république du Cameroun qui urge. Je conclurai enfin mon propos sur l’impasse des doctrinaires divers de l’ethnicisme au Cameroun et la nécessité d’en revenir aux fondements transcendantaux de l’humanisme upéciste, mamelle symbolique, je le pense, du temps qui vient.

I

Shanda Tonme : procureur local des œuvres de Franklin Nyamsi ?

Voyons comment notre homme nous parle.  Les facilités qu’il prend en disent trop long sur l’état d’esprit douteux  qui présiderait à ses écrits. Shanda Tonme se demande si je suis disposé au débat, « auquel cas il serait plus aisé de se porter directement et précisément vers et contre les personnes qu’il se donne tant de liberté d’attaquer et sans doute d’injurier ». Non seulement, Shanda ne dit pas où  ni comment je l’ai injurié, mais on peut donc en conclure aussi que Shanda considère qu’une tribune publiée par moi sur de nombreux sites d’informations n’est pas le signe d’une disposition au débat. Mon papier «  Les Cinq masques rongés de l’obscurantisme camerounais : 1ère Partie. L’obscurantisme ethniciste » est à la disposition publique de tous les lecteurs Camerounais du web. Mais quoi ?! En le publiant donc, voulais-je échapper au regard de l’un d’entre eux, Shanda Tonme ? Un effort minimal de prendre la mesure de mon personnage aurait évité à ce compatriote une de ces avalanches de méprises successives et délirantes dont il a malheureusement fait sa seconde nature dans la littérature politique camerounaise. Je ne suis ni un lâche, ni un suiveur de mode. Or, je n’aspire ni à être bête-chef, ni à être bête-troupeau. Seuls me flattent les nombreux scintillements d’une voie d’espérance que j’aimerais un jour partager avec toutes les Camerounaises et les Camerounais. Et s’il faut débattre avec l’un d’entre eux pour fructifier ces lumières, je m’y emploierai avec abnégation.

Shanda Tonme me décrit comme un homme « tapis dans un exil doré je ne sais où ». Pourquoi faut-il donc qu’il parle aussi vite de ce qu’il reconnaît aussitôt après qu’il ne sait pas ? Pourquoi faut-il donc que Shanda écrive parfois et pense seulement après ? Pour que je fusse tapi dans un exil doré, il eût fallu que je ne fusse pas de la génération des étudiants parlementaires des années 90. Que je ne passasse pas cinq années de ma vie dans les poussières d’Afrique de l’Ouest dès 1995, avec en prime une action remarquable de défense des étudiants camerounais de Côte d’Ivoire pendant les années de braises au cœur de la CAMSA-CI (Cameroon Students Association in Côte d’Ivoire) dont le je fus Secrétaire Général à Abidjan. Il eût fallu que je ne fusse pas, à Poitiers en France,  alors préparant l’Agrégation de philosophie, successivement Vice-président de l’Assecam (Association des étudiants et stagiaires camerounais), puis Président du Comité d’Action Panafricaine (CAP, association multiculturelle de Poitiers). Il eût fallu qu’affecté dans le Nord de la France près d’Arras, je ne présidasse point de 2006 à 2008, la section Saint-poloise de la LDH (Ligue des Droits de l’Homme) avec des procès gagnés contre le racisme et les discriminations au Tribunal d’Arras. Il eût fallu que je ne fusse point pendant une année de grandes initiatives, le Secrétaire aux Affaires Politiques du CODE qui co-rédigea la plainte contre Biya à la Commission des Droits de l’Homme en 2009-2010, en Suisse.  Il eût fallu que je ne fusse point membre, puis le Vice-Président de la section de France de l’UPC (Union des Populations du Cameroun) depuis décembre 2009, avec en point d’orgue le 21 juillet 2009, une célèbre opération coup de poing à l’Assemblée Nationale Française où avec de nombreux Camarades, je réussis à faire entrer dans la danse de notre manif, les députés PS Pierre Moscovici et …François Hollande. Il eût fallu que Franco-Camerounais de mon état, je ne fusse pas membre du Parti Socialiste à Rouen où je réside. Il eût fallu qu’avec de nombreux citoyens Camerounais à travers le monde dont le Citoyen Célestin Bedzigui ou le Citoyen Roufaou Oumarou par exemple, je ne lançasse point le 13 septembre 2011 passé le Comité du 13 septembre pour la mémoire des Héros et Martyrs du Cameroun dont on m’a confié le Secrétariat Exécutif. Mais pourquoi faut-il diable que Shanda s’empresse à se jeter sur le premier venu avec tant de négligence ? Combien de ceux qu’il a le plaisir de citer comme patriotes camerounais de la diaspora m’ignorent ? Faut-il que Shanda réduise l’action politique des citoyens de la diaspora aux seules formes de l’activisme dans lequel certains, coupés de toute organisation active dans le pays et de toute réflexion théorique suffisante, s’enkystent stérilement ?

Shanda prétend n’avoir jamais entendu ma voix aux moments cruciaux de notre pays ces trois dernières décennies. Mais serait-il devenu l’oreille qui compte au Cameroun, celle sans laquelle on n’est entendu par personne ? L’homme se confondrait-il alors avec un haut-parleur ? Ne connaissant aucun texte ni livre témoignant de mes travaux scientifiques, faut-il que Shanda, dont l’immense culture s’exprime dans – je le cite lui-même – « des tas de livres », en déduise qu’il n’en existe que dalle si ce n’est dans son « tas » ? Est-ce parce que Monsieur Shanda Tonme ignorerait les œuvres de Habacuc que Habacuc n’existerait point ? Faut-il donc que je serve mes travaux de phénoménologue sur Husserl et Lévinas au public de Cameroon Politics ou que je vienne y débattre de l’histoire de la philosophie anglo-saxonne qui est l’objet de mon enseignement actuel à l’Université de Rouen ? Et quand il va jusqu’à me prêter le fait d’avoir « vite fait d’avaliser la Constitution de 1996 », Shanda Tonme ne se révèle-t-il pas profondément léger en termes d’exigence intellectuelle ? Car s’il avait patiemment lu les cinq courtes pages de la tribune qui le met si imprudemment en colère, n’aurait-il pas vu que je condamne radicalement sous le sous-titre 2, «  Un ethnicisme administratif d’origine coloniale », « ce même ethnicisme qui s’est constitutionnalisé en 1996 par le distinguo autochtones/allogènes entériné par les juristes de cour de Paul Biya » ?  Et quand je dénonçai sur la Voix de l’Amérique les révélations inacceptables de l’ethnicisme d’Etat de Biya et d’Amadou Ali publiées par Wikileaks, où était donc notre grand procureur autoproclamé du patriotisme diasporique ?

Saoulé par les discours des grands professeurs du RDPC tout comme il se gargarise volontiers de la moindre ligne qu’il produit, Shanda en serait-il venu à suspecter tout professeur d’écrire en vain et de ne rien dire d’intéressant dès lors que la cause sacrée de Shanda ferait l’objet d’une déconstruction critique ? Pire encore, Shanda soutient que je fais partie de « ceux qui ont peur des Bamiléké ». « Peur » ? Sublime injure. Est-ce donc la raison pour laquelle à 20 ans en 1992, je votai pour la victoire de Ni John Fru Ndi à l’élection présidentielle, alors même que je le savais d’ethnie bamiléké ? Comment retournerais-je l’épée contre ceux dont le limon entre dans la composition de ma propre chair, pour parodier le grand Aimé Césaire ? Mais pourquoi et comment aurais-je peur de mes propres compatriotes, voir de mes propres congénères ? Cela supposerait que je leur prête des qualités que nul autre groupe socioculturel camerounais ne saurait avoir ou développer. Cela supposerait aussi un brin d’amnésie ! D’où vient donc le nom de « Nyamsi », ce « vivant terrien » ou « Dieu Noir » des légendes de chez nous, si ce n’est de la longue dorsale qui va du Ndé au Nkam, à travers les variantes du Bangangté du Ndé, du Bazou, Béndjèn, du Moya et du Bandem du Nkam et finalement, des langues du sous-ensemble dit des Sawa qui s’étendent jusqu’à Douala ? Et quand j’usais, à 10 ans,  mes fonds de culotte dans le quartier bafoussamois de Njeleng IV, qui vendait alors les brevets de patriotisme ? Manifestement, Shanda Tonme connaît fort mal l’extraordinaire enchevêtrement ethno-culturel du pays qu’il croit défendre et ne s’est même pas donné la peine de vérifier ce que j’ai écrit, dit et revendiqué devant l’instrumentalisation rampante de l’appartenance bamiléké par les entrepreneurs politiques du RDPC et de l’opposition.  Où était donc Shanda Tonme, quand notre compatriote le sociologue parisien Raoul Nkuitchou Nkouatchet, mon bon Taa Maachou,  du Cercle du Mont  Cameroun, tirait dans une tribune de 2008, Sur la question Bamiléké, la sonnette d’alarme contre les dérives insoupçonnables d’un discours victimaire uniquement centré sur la défense des discriminations subies par des Camerounais de culture ethnique Bamiléké ? Nkuitchou prévenait Shanda, qui ne l’a tooujours pas compris et qui fonce tête baissée dans le piège tendu par la géopolitique postcoloniale. Voici, entre autres analyses, ce que relevait le sociologue :

« S’il était vrai que les Bamiléké voulaient le Pouvoir, en tant que groupe ethnique, cela serait très grave pour le pays. Et il faudrait combattre ce plan au moyen de toutes les forces disponibles. Mais, on sait qu’il n’en est rien. »

Extrait de l’article « Sur la Question Bamiléké », publié le 12 décembre 2008.

 

  Qui, de mes lecteurs sérieux, ignore mon aversion pour l’instrumentalisation politique coloniale, puis postcoloniale de l’appartenance ethnique en Afrique en général, et au Cameroun en particulier ? Qui, de mes lecteurs sincères, trouverait la moindre pique de tribalisme anti-tel ou tel groupe culturel camerounais dans mes dires et écrits ? Lorsque les serviles penseurs du RDPC et Cie, les professeurs Ayissi Lucien et Mono Ndjana ont tenté en fin 2010 de m’intenter le procès de préparer un génocide anti-Béti parce que je dénonçais la confiscation des directions de départements de philosophie de toutes les Universités camerounaises par un cercle de béticrates convaincus, où était donc Shanda Tonme pour noter mes faits d’armes ?

Shanda soutient à mon encontre que « Le Cameroun a trop de grands professeurs, mais pas assez de patriotes… et ceux qui parlent depuis des cafés lointains en chemise de luxe et lunettes de marque sont les plus détestés ». Shanda Tonme a-t-il sérieusement fait des études de diplomatie ? On s’attendrait à ce qu’il en use un peu au quotidien. Pourquoi ne châtie-t-il pas un tant soit peu sa langue ? Je ne parlerai point ici de ces choses basses (chemise et lunettes de luxe) qui manifestement intéressent davantage Shanda Tonme que mes idées. Des vêtements de Shanda, je m’en fiche honnêtement comme de l’an quarante. On ne peut que s’étonner qu’un homme de cet âge s’émerveille encore devant la chemise et les lunettes d’un autre, jurant ainsi naïvement qu’il ne possède lui-même rien qui soit de marque. Non, tout cela n’est pas à l’honneur du débat républicain camerounais ! Offrons un spectacle digne de l’avenir que nous espérons.  Et quand viendra le temps où un désaccord avec Shanda vaudra détestation automatique de la foule à l’imprudent critique, nous ne serons pas davantage sortis de l’auberge autocratique qui prospère depuis  1955 au Cameroun. Non, Shanda n’aurait pas dû aller aussi bas, sauf s’il ne peut s’en empêcher ! Je ne m’y attarderai point pour ma part, le citoyen Shanda méritant de toutes façons, en vertu de l’humanité que je lui reconnais, plus d’élégance qu’il n’en exprime lui-même. Peut-être importe-t-il tout de même ici de dire à Shanda Tonme que j’ai étudié jusqu’en année de Licence (1993) au Cameroun et que je suis singulièrement fier d’avoir eu comme maîtres d’excellence dans cette Université Nationale de Yaoundé, les professeurs Joseph Ngoué (+), Eboussi Boulaga, Jean-Marc Ela (+), Adoum Mbaisso (+), Meinrad Hebga, Godefroy Tangwa, pour  ne citer que ceux à qui je crois devoir à jamais quelque chose. Mes meilleurs camarades de ce temps-là, Boniface Pem, Pascal Blaise Touoyem, Théodore Kengne, Désiré Wafo Njiké,  Zacharie Emile Banen (+), et bien d’autres encore, ne me connaissent aucun fait de tribalisme. J’ai par la suite étudié à l’Université d’Abidjan-Cocody en Côte d’Ivoire, aux côtés des Professeurs Dibi Kouadio et Yacouba Konaté qui depuis lors sont devenus des amis. Je vivais alors, avec mes camarades anciens Parlementaires, dans le quartier populaire d’Abobo à Abidjan. On connaît par la suite mon engagement durable ferme pour la reconnaissance de l’alternance démocratique en Côte d’Ivoire et la dénonciation acharnée de l’idéologie ivoiritaire. Tout cela est dans une seule et même cohérence !

Mes proches depuis lors, les Docteurs Joseph Foyet de Foutouni (aujourd’hui radiologue à Douala), Roger-Martin Zo’o d’Akom II, mon vieux compère le Professeur Paul-arons Ngomo de Yaoundé ; les compagnons de route Vicky Delore Njeuga et Patrick Njomo Tiongang du Ndé, Alexandre Mbaye de Nanga Eboko, Jean Claude Um Mahop de Makak ou ma sœur de cœur Néné Fadimatou Hayatou de Ngaoundéré, et j’en laisse tellement d’autres, tout ce beau monde du Cameroun diasporique ouest-africain, ne me connut  d’intention autre que la lutte pour une république camerounaise égalitaire, pluraliste, solidaire, écologique et prospère.  Produit quasi fini de l’Université Africaine, j’ai ensuite posé mes valises dans les Universités de Poitiers, de Nantes et de Lille3, où j’ai eu le bonheur de parfaire ma formation classique auprès des Maîtres de l’Université Française en philosophie. Reçu en 2003 au plus prestigieux concours de philosophie de France, j’ai eu l’honneur mérité, après Guillaume Bwélé et mon Maître Bien-Aimé Joseph Ngoué, d’allonger la très courte liste des Agrégés Camerounais de la philosophie française. Ma vocation première est d’apprendre et de transmettre, pas de faire paraître ou de paraître. Ceux qui cherchent mes écrits les trouveront. Ceux qui demandent à débattre avec moi peuvent l’obtenir. Point besoin pour cela de publier une dizaine de livres en un seul jour à compte d’auteur chez l’Harmattan. Je suis, comme Socrate, d’abord un philosophe de ma vie, un philosophe en acte. Jamais loin de la sphère tracée par le Compas de vérité et l’Equerre de justice, mes véritables coordonnées en cette vie. Là, s’enracine la transcendance de mon Dasein d’héritier spirituel des révolutionnaires des Lumières et des révolutionnaires anticolonialistes africains qui ont su rester dans la longueur d’onde universelle de l’humanisme.

Shanda Tonme, dont le parcours intellectuel est loin d’être sans mérites, y compris pour la part d’endurance laborieuse dont ses propres récits de vie témoignent abondamment,  devrait  être fier de ma critique au lieu d’en appeler à la vindicte populaire dans une confrontation d’idées pour notre future république en gésine.  Shanda Tonme n’a qu’un effort surhumain à faire pour cela : rejoindre clairement et nettement la tradition du nationalisme républicain camerounais, à vocation panafricaine et cosmopolitique. Il ne faut pas, Cher Shanda Tonme, après la consécration du roi-fainéant Paul Biya qui nous tient tous en haleine,  après les tragédies provoquées par les milliardaires voleurs du RDPC au pouvoir,  après l’heure de gloire des feymen, légitimer grossièrement à votre tour la haine de l’intelligence critique parmi nos compatriotes. Nous ne sommes précisément pas encore en démocratie parce que nous n’avons pas assez pensé notre temps. Ne livrons pas le pays à ce jeu  très dangereux qui vise à la diabolisation tous azimuts des travailleurs de la pensée et de la science. On y risque ni plus ni moins que l’enténèbrement de la conscience collective, par absence de vie critique. On risque en récompense le triomphe de la Terreur.

Dans la détestation populiste des Professeurs – dont il fut et serait encore lui-même ! -  que suggère Shanda Tonmé par son propos, il confond gravement les intellectuels organiques du RDPC et la grande famille de la résistance intellectuelle camerounaise à laquelle j’adhérai à 18 ans quand, quittant la maison de mon père, je franchis les portes de l’Université Nationale de Yaoundé en 1990. Oui, Shanda, dans sa soi-disant gouaille anti-intellectuels, manière d’appeler à la rescousse ceux qui ne savent user que de gourdins en guise d’arguments,  confond la lignée des Um Nyobé, Moumié, Osendé Afana,   Tchundjang Pouemi, Mongo Beti avec celle des Kontchou Kouomegni, Jean Nkueté, Pius Ondoua. Il confond la lignée d’Eboussi Boulaga avec celle de Mono Ndjana. Et cela ne peut que laisser perplexe sur la structuration intellectuelle de notre contempteur. Je n’insisterai pas sur la forme négligée de son propos publié sur Cameroon Politics, qui témoigne, si besoin en était encore, du peu de considération esthétique que M. Shanda Tonme a pour ses contradicteurs. Peut-on espérer que ce compatriote élabore davantage ses prochaines sorties contre des compatriotes qui l’ont à peine effleuré de leur critique objective ?

Je m’inquiète surtout ici de l’état de confusion mentale dans lequel il s’exprime. Plaise à notre personnage de reprendre quelques modules de logique formelle. Je m’insurge aussi ici contre l’arrogance et la prétention déplacées qui président aux propos injurieux de Shanda Tonme contre ma personne. Qui est Shanda Tonme pour m’indiquer mon carnet de voyage de citoyen au Cameroun ? De quelle hauteur s’arroge-t-il la fonction de procureur de mes œuvres d’opposant au régime de Biya ? Faudra-t-il que le Laakam, le Comicodi, l’Essingan ou le Ngondo deviennent les prochains tribunaux de l’Inquisition ethnocratique camerounaise ? Shanda ne peut être mon procureur citoyen.  Je n’ai à répondre de rien devant lui, je n’ai rien à lui prouver, à titre personnel. Mon parcours de vie, mon parcours professionnel, ne doivent rien aux accointances serviles avec quelque clan que ce soit du grand ou du petit capitalisme camerounais. Je suis le produit de l’effort intellectuel et du courage citoyen de servir la vérité et la justice.  Mes états de service dans la lutte pour la démocratisation du Cameroun n’ont rien à envier aux siens. Mieux encore, la colère débordante de Shanda Tonme contre l’identification que j’opère entre l’idéologie ethniciste de la minorité Sawa menacée (James Mouangué Kobila) et l’idéologie ethniciste de la majorité Bamiléké menacée qu’il défend lui-même,  cette colère furibonde dis-je, témoigne d’une très grande fragilité théorique que je m’en vais déconstruire dans les lignes qui suivent.

II

L’idéologie ethniciste de la majorité Bamiléké menacée : preuves flagrantes par extraits commentés des thèses de Shanda Tonme

 

 

 1)  Ce que j’ai dit de la pensée de Mouangué Kobila et de celle de Shanda

La grosse colère de Shanda vient du paragraphe que voici, extrait de ma tribune sur « l’obscurantisme ethniciste au Cameroun », où je procède à la description phénoménologique des variantes du phénomène ethniciste dans notre pays. La variante qui concerne Shanda et Kobila est dite dans ce qui suit : 

« Un ethnicisme d’imposture, sous forme d’idéologies imaginaires de la minorité ou de la majorité. Construit sur une identité ethnique bricolée en vue de braconner dans le maquis des strapontins de l’Etat,  l’ethnicisme d’imposture met en scène des faux adversaires, qui sont en réalité de véritables jumeaux idéologiques au regard du scrutateur averti. On a vu des intellectuels – bien souvent à l’avant-garde de lobbies ethnicistes concourant au pouvoir d’Etat-  investir l’entreprenariat politico-ethnique au Cameroun d’une manière curieuse : d’une part, il s’est agi d’inventer de soi-disant  minorités ethniques  menacées d’invasion dans leur terroir ancestral par des prétendus allogènes. Singulière ironie du sort, l’entrepreneur politico-ethnique le plus en vue de cette manœuvre est un Camerounais ayant par ailleurs, selon certaines sources, une ascendance parentale ghanéenne. Une telle histoire personnelle n’aurait-elle pas dû inciter notre théoricien du « pouvoir ethno-sawa » a défendre l’exigence supérieure d’une république cosmopolitique débarrassée des crétinismes du sang ? D’autre part, on a vu des intellectuels investir l’entreprenariat politico-ethnique en partant de la présomption d’existence d’une soi-disant ethnie majoritaire, composée d’une écrasante majorité de génies en tous domaines, dynamiques même en plein sommeil, et ne demandant que le « one man, one vote » pour accéder à la tête de l’Etat du Cameroun. Qui ne voit pas que derrière l’universalisme démocratique apparent de ces chantres du « dynamisme bamiléké », ne se cache ni plus ni moins que le projet de remplacer l’ethnicisme d’Etat de Paul Biya par un autre, comme Biya remplaça celui du régime Ahidjo par le sien ? Shanda Tonmé et James Mouangué Kobila, même pipe, même tabac ! Que nul ne s’y trompe. La gémellité entre ces deux adversaires est flagrante. »

Nulle part dans ce qui précède, il n’est question de la marque de voiture de Shanda Tonme. Je ne cherche pas non plus à savoir si les lunettes et la chemise de notre compatriote sont de marque générique comme on le dit de certains produits pharmaceutiques. Il y a dans l’extrait qui précède, deux affirmations fondamentales de ma part concernant la démarche politico-intellectuelle de Shanda Tonme. La première est que Shanda croit que l’ethnie Bamiléké est démographiquement majoritaire au Cameroun et lui revendique une représentativité politique correspondant à cette majorité politique alléguée. Je conteste la scientificité de cette thèse, et j’en conteste aussi l’instrumentalisation politicienne. La seconde affirmation fondamentale de mon analyse est que par cette démarche, Shanda ne conteste pas le paradigme ethniciste en politique mais revendique simplement des droits politiques nouveaux, qu’il croit intrinsèquement attachés aux privilèges de l’ethnicité majoritaire.  Il s’ensuit donc enfin que Shanda, sans s’en rendre compte – ce qui lui arrive souvent, il est vrai -  est d’accord au fond avec Mouangué Kobila sur la valeur paradigmatique du concept d’ethnie dans la politique camerounaise. Sauf que pour le Camerounais d’ascendance ghanéenne, c’est le concept de minorité autochtone qui joue le rôle du concept shandaien  d’ethnie démocratiquement majoritaire.  Je vais donc citer des extraits de Shanda qui attestent de ces deux affirmations. J’y reviendrai seulement ensuite pour les déconstruire.

 

2)      Les preuves de la thèse d’une démographie bamiléké majoritaire selon Shanda 

« En ce sens, on ne peut pas conclure sans reconnaître quand même que dans le contexte d'une alternance, il faudra stopper le recrutement des Bétis dans la haute administration et procéder à des ajustements indispensables. Je vous parle avec l'assurance de traduire les profondeurs de plans de gouvernements qui existent déjà dans certains tiroirs. Il faudra alors des mesures transitoires encore dites d'urgence, car comment pensez-vous qu'avec près de 50% de la population, les Bamilékés ne soient que 7% de cadres dans tous les corps de sécurité confondus, c'est à dire armée, police, gendarmerie, garde présidentielle? »

Extrait de l’article « L’Après-Biya et les Betis » publié par Shanda Tonme le 10 février 2012.

Mes réactions :

Cette thèse est fausse : aucune statistique n’établit à ce jour des données démographiques et ethniques fiables au Cameroun. Le peuplement des régions, départements et villes camerounaises ne fait pas l’objet d’une étude sociologique sur critères ethnologiques. Les sources de la socioethnologie partisane de Shanda sont uniquement les listes des différents examens et concours de la république corrompue de Paul Biya.  Ces listes ne sont que très peu fiables, encore moins représentatives des transformations en cours de la diversité ethnique camerounaise. Quand on prend en compte, en outre, la montée en puissance du phénomène de l’illettrisme et de l’analphabétisme sous l’impact de la misère des masses camerounaises, il va de soi que les listes d’inscription au concours sont difficilement le reflet bijectif de la diversité socioethnologique. Shanda ne peut donc pas prouver que les Bamiléké représentent plus ou près de 50% des Camerounais, pas plus qu’il ne peut prouver que dans l’hypothèse où des statistiques l’établissaient un jour, il s’ensuivrait que que les Bamiléké en tant que groupe ethnique sont de fait UNE force politique cohérente, à mettre en compétition avec les différents partis politiques en présence.  Shanda compte ainsi opposer le parti imaginaire Bamiléké à l’UPC, au RDPC, à l’UNDP, au SDF et consorts ? Ne serait-ce pas l’annonce d’une future guerre des ethnies au Cameroun, chacune prise dans une structure analogue au projet de Shanda ?

Cette thèse est en outre dangereuse car elle a le tort de présenter la future politique du Cameroun comme une compétition des ethnies alors que nous devrions, face à une mosaïque de 250 ethnies, aller davantage vers une compétition méritocratique et égalitaire assortie de mécanismes efficaces de lutte anti-discriminations au profit de tous les citoyens. Shanda n’est attentif qu’à l’exclusion du groupe dont il se fait le défenseur attitré et dont il veut opérer le braconnage politique par l’exploitation du ressentiment. Quid des statistiques des 249 autres groupes ethniques camerounais dans la démonstration sans preuves de Shanda ? Dans la logique d’une compétition des ethnies, la contestation actuelle par Shanda du RDPC et de l’ethnicisme d’Etat de Biya à son sommet perd toute sa pertinence intrinsèque. Paul Biya n’aurait-il pas beau jeu de dire qu’il est pour les Béti ce que Shanda Tonme veut être pour les Bamiléké ? A la majorité du nombre invoquée par Shanda, pourquoi après tout contesterait-on ceux qui nous opposent avec mépris aujourd’hui la majorité des armes ?

 

3)      Preuves du caractère paradigmatique de l’ethnie dans la vision politique de Shanda

J’entends ici par paradigme, un modèle de pensée qui détermine plus ou moins consciemment, de façon implicite et en tout cas relativement ininterrogée, les prises de positions intellectuelles d’un auteur. On voit en tout cas dans l’extrait qui suit, que Shanda Tonme considère comme établi qu’il existe en soi et pour soi une force politique camerounaise autonome qu’il nomme l’ethnie Bamiléké et qu’elle compte peser de tout son poids in nomine, dans l’avenir politique immédiat du Cameroun. Je citerai, une fois de plus, Shanda Tonme, avant de donner mes réactions :

« Mais il faudrait encore, que ceux qui s’estiment faibles ou minoritaires, sachent cultiver l’amitié et la loyauté du plus fort. Le mouton qui dort à côté de l’éléphant na qu’une seule précaution à prendre : ne jamais s’allier avec quiconque contre l’éléphant et ne jamais rien faire qui puisse être analysé comme une provocation, car même mort, un éléphant qui se renverse sur un mouton l’écrase. Que tous ceux qui entrent dans des alliances subjectives et contre-natures pour une union sacrée contre les Bamilékés, se retiennent et réfléchissent sur le sens de l’histoire. »

Extrait de l’article « Shanda Tonme répond à James Mouangué Kobila », du 11 décembre 2008.

Mes réactions à ce qui précède :

Voici pourquoi je dis que la pensée politique de Shanda Tonme est dangereuse pour ce qu’on nomme le pays Bamiléké comme elle l’est tout autant pour le projet upéciste transcendant d’une république camerounaise enfin égalitaire, méritocratique, anti-discriminatoire, pluraliste, solidaire, écologique et prospère. Dans l’extrait ci-dessus, Shanda considère donc sa « majorité politique Bamiléké » comme le camp « du plus fort », comme « l’éléphant  qui écrase », comme le camp politique qui possède en soi « le sens de l’Histoire ». Que de métaphores traduisant une conception bellliciste du politique ! Que d’indications sur la naissance d’un messianisme ethniciste fanfaron et menaçant ! Face aux Bamiléké constitués par l’imaginaire de l’auteur en parti politique à part entière, seule demeurerait donc une poussière de groupes ethniques « faibles ou minoritaires ».  Faut-il laisser Shanda Tonme faire basculer le problème national camerounais dans le réduit du problème des velléités de construction du d’un parti unique Bamiléké qui l’anime ? Faut-il laisser Shanda Tonme réduire la résistance upéciste des nationalistes des bastions de l’Ouest et du Littoral bassa, à une simple affaire de lutte pour l’hégémonie d’une ethnie ou d’une alliance d’ethnies sur toutes les autres ? C’est à ce travail de sape qu’il se livre pourtant, en tentant de rabougrir la lutte des patriotes des pays Bamiléké, Bassa et de toutes les autres régions du Cameroun, à la peau de chagrin d’une revendication particulariste de réhabilitation ethnique. Faut-il laisser ainsi le révisionnisme et le négationnisme les plus scandaleux détourner les énergies transcendantes du mouvement nationaliste camerounais des Um, Moumié, Ouandié, Ossende, Massaga, Ndoh, Kingue, vers les marais putrides de l’esprit villagiste du Laakam, de l’Essingan, du Ngondo, et consorts ?  On peut s’interroger davantage. Quelle forme prendrait donc le Parti Unique de tous les Bamiléké que Shanda veut installer dans le champ politique national ?

Deux hypothèses : 1) Ou bien Shanda Tonme réussit à rallier en plein jour tous les cadres politiques de culture ethnique Bamiléké, venant de toutes les formations politiques existantes, avec tous les autres citoyens camerounais de culture Bamiléké. Ainsi, sortant de l’UPC, du RDPC, du SDF, de l’UNDP, de l’UDC, etc. tous ces militants rejoindraient une formation homogène pensée par notre auteur et ses promoteurs plus ou moins avoués. Et alors, Shanda Tonme aura fait ce qu’il dit quand il présente les Bamiléké qu’il représenterait comme « une autre espèce, celle fière, courageuse, engagée, et consciente de sa force. », selon ses propres termes dans sa réplique à celui que je nomme son jumeau inverse, le Pr. James Mouangué Kobila. Créer le All Bamiléké Party (ABAPA visible) comme Shanda s’acharne à l’imaginer serait à mon avis, l’idée la plus inféconde de la géostratégie politique camerounaise à venir, car elle réduirait le patriotisme de ses partisans à la défense exclusive des droits de leur groupe ethnique et fonderait les promoteurs postcoloniaux (les extrémistes Béti, Sawa et Nordistes notamment) de l’anti-bamilékisme à redoubler de zèle dans leur projet criminel de cliver les Camerounais d’origine Bamiléké dans leur terroir géographique originel. Dangereuses perspectives, voies d’impasse à surmonter par un projet clairement républicain jusqu’en ses arrières pensées…

2)  Ou alors Shanda Tonme prétend posséder d’ores et déjà, en vertu de liens organiques privilégiés qu’il aurait avec tout citoyen camerounais de culture ethnique Bamiléké, les rouages actifs d’un bien imaginaire Parti Clandestin Bamiléké (ABAPA invisible) qui serait disséminé dans tous les partis et qui n’attendrait que le Grand Soir de l’élection transparente et juste pour surgir de terre comme les mineurs dans Germinal de Zola. Dans cette seconde hypothèse, la posture de Shanda Tonme n’aurait pour effet que de doper les pratiques de défiance qui prospèrent déjà dans les appareils politiques de l’opposition camerounaise sur fond de guéguerre de positionnements et de cooptations ethniques. Ne sont-ce pas là les germes de la paralysie tétanique actuelle de l’opposition camerounaise ? En votant pour Fru Ndi en 1992, les millions de Camerounais qui ne sont pas de culture ethnique Bamiléké avaient-ils seulement en tête le quart des calculs partisans de Shanda ?  Shanda, sans le vouloir peut-être, se retrouverait alors dans le fourneau artisanal d’une future guerre générale camerounaise de toutes les ethnies pour la suprématie finale. Projet infernal que laissent entrevoir les lignes suivantes de Shanda Tonme à son adversaire-jumeau , James Mouangué Kobila. Ainsi, pour Shanda, « qu’il est anormal qu’un groupe humain soit aussi prépondérant de façon générale, sans avoir une emprise sur le pouvoir politique. »  Bien comprendre le mot ci-dessus, c’est saisir la raison ultime de notre désaccord profond avec Shanda Tonme et son jumeau spéculaire. Ils estiment la question démocratique résolue d’avance dans les interstices de l’appartenance ethnique. Moi, contre  Kobila et Shanda  - tous réunis sous la même chapelle du paradigme ethniciste -  je soutiens que la véritable question politique ne se pose que quand l’individu accouche du citoyen en lui-même, par une démarche d’ascèse critique radicale envers toutes les appartenances décidées par d’autres pour lui, ascèse qui lui révèle ni plus ni moins que sa commune condition humaine partagée avec tous les humains du monde et de l’Histoire. Sans ce désenclavement éthique – par l’éducation et la lutte citoyennes égalitaires-  qui relativiserait les cultures ethniques pour produire l’éloge raisonnable et rationnel de l’égalité républicaine incarnée par des institutions justes et efficaces, le risque court que la démocratie ne soit qu’un jeu de dupes, où derrière le « one man, one vote » et les calculs imaginaires qu’il suggère en contexte de compétition ethnique exacerbée, se profilent les fondements d’une longue et atroce guerre civile dont nous devons absolument nous passer au Cameroun. Pour résister à cette tentation pathologique, je mobilise pour ma part les forces de la raison critique et de la lutte politique citoyenne et égalitaire. Je creuse la veine encore féconde de l’upécisme qui fonda notre humanisme le plus élevé au cœur de l’Afrique noire.

4)      Preuves de l’identité de paradigme entre Shanda et Mouangué Kobila : l’ethnie comme idole commune

J’ai enfin dit et je maintiens que Shanda Tonme et James Mouangué Kobila, c’est même pipe, même tabac. Pourquoi ? Non pas à cause de la marque de téléviseur de Shanda, qui doit sans doute être un générique, comme certains produits pharmaceutiques. Il y a dans la littérature de Shanda Tonme lui-même, suffisamment d’éléments pour prouver qu’il ne conteste pas les revendications politiques centrées sur l’ethnicité. Il les considère d’ailleurs comme beaucoup plus légitimes que celles qui relève de la citoyenneté républicaine, comme si les appartenances ethniques camerounaises n’avaient pas elles-mêmes été longuement reconfigurées par le phénomène politique colonial et postcolonial ! La citoyenneté ethnique est supérieure pour Shanda à la citoyenneté républicaine. La dernière a vocation à se configurer selon les formes « dominantes » de la première. C’est précisément cette déduction de la nation des ethnies ou cette réduction de la question de l’Etat-nation camerounais aux arrangements ethniques qui est l’objet de notre désaccord. C’est donc bien Shanda Tonme qui accorde à James Mouangué Kobila un satisfecit, en l’assortissant seulement d’une condition : Kobila peut défendre sa minorité menacée ( Les soi-disant Sawa), ce serait selon Shanda, son droit ! Mais à condition que Kobila, dans sa défense, ne s’attaque point à la majorité menacée (le soi-disant All Bamileke Party de Shanda). Voici donc comment Shanda exprime cette intimité de vue avec celui qui paraissait pourtant à certains comme son pire adversaire :

« Il convient en outre, de signaler que jamais je ne me serais posé la question de ta représentativité et surtout du mandat au nom duquel, tu te fais avocat des peuples que tu appelles autochtones. En fait je comprends sans qu’il soit besoin d’une autre proclamation, que tu mènes un combat légitime, de survie de ta famille ethnique. Tu en as le droit, la latitude, et l’habilitation naturelle. »

Réponse à James Mouangué Kobila, op. cit.

Ultimes réactions :

Les propos de Shanda Tonme ci-dessus prouvent que la représentativité politique fondamentale à ses yeux est la représentativité ethnique. Peu importe donc finalement le projet politique dont un citoyen est porteur. Avant tout, il faut et il suffit même qu’il soit le ressortissant et le représentant de son ethnie. Shanda va plus loin : la légitimité ethnique dans l’ordre politique est indiscutable, inquestionnable, naturelle et évidente par-là même. Le droit politique du citoyen provient, selon Shanda Tonme, de son « habilitation naturelle », de son appartenance ethnique. Shanda reconnaît à Kobila le droit de se faire avocat-défenseur des Sawa, mais quand Kobila passe à l’acte, Shanda le lui retire aussitôt en l’assortissant d’une condition restrictive. On peut sans risque d’exagérer, prêter à Shanda les termes suivants  : «  défends ton ethnie menacée, Mouangué Kobila, mais pas contre nous, du All Bamileke Party. Défends ton ethnie, Mouangué Kobila, mais ne nous choisis pas dans ta liste d’adversaires. Attaque-toi à d’autres ethnies, au besoin ou bats-toi contre le vide. Mais nous, « l’éléphant », l’ABAPA, si tu nous cherches, on t’écrasera, parce que nous sommes les plus forts en toutes choses et d’ailleurs aussi les plus nombreux. » Shanda veut donc tous les avantages de l’ethnicisme politique, mais aucun de ses inconvénients. Il combat toutes les politiques d’exclusion, sauf celles qui l’inclueraient en tant que citoyen soutenu par une majorité « ethnique » dans le grand jeu national. Voilà ce que j’ai appelé, une pratique du braconnage politique masquée derrière une idéologie imaginaire de la majorité politique. Rien, dans les propos que j’ai cités, ne m’incite à changer d’avis dans cette affaire. Mais le débat est donc ouvert !

Le Dr. Shanda Tonme est un  ancien gars de Douala comme moi. Je crois d’ailleurs savoir qu’il a grandi à Deido. Moi, j’ai traîné mes tchantchousses entre Kondi Bassa,  Beedi et Bepanda, à la frontière de Deido, pendant de longues et mémorables années d’enfance. L’ancienne route de Douala à Edéa, comme les quartiers qui la jalonnent portent mon calcaneum. Nous connaissons tous la chaleur et la sueur collantes du Marché Central de New-Bell. Et les paillottes de beignets-haricots-bouillie d’autrefois raisonnent encore de nos causeries hilares dans les vents du soir qui animent Douala. Quand viendront les vraies journées électorales du Cameroun, je lui rappellerai la conversation que voici. Quand il me dit « Man no run », je le prends vraiment, sincèrement en affection. Et je lui réponds : « A go run for wati ? You no fi up me eye, massa !  A don chop than popo blookpot laka you sep! Certains soirs à Douala, je contemplai aussi comme Shanda, la beauté majestueuse du sommet du Fako qui nous appelle aux véritables œuvres durables de civilisation pour le Cameroun.  J’en ai esquissé le projet dans mon article de 2008, « L’Upécisme est un humanisme ». Plaise à ceux qui le souhaitent d’en consulter les épures. Car, j’en conviens, Raoul Nkuitchou Nkouatchet a raison, je le cite à nouveau :

« S’il était vrai que les Bamiléké voulaient le Pouvoir, en tant que groupe ethnique, cela serait très grave pour le pays. Et il faudrait combattre ce plan au moyen de toutes les forces disponibles. Mais, on sait qu’il n’en est rien »

 

 

Pr. Franklin Nyamsi

Rouen, France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by professeurfranklinnyamsi.over-blog.com - dans tribunes politico-philosophiques
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