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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 17:23


Pr. Franklin NYAMSI

 

            Qu’on nous comprenne bien et que l’on ne se méprenne surtout pas sur nos intentions. La catastrophe postélectorale annoncée par nos deux précédentes analyses ne l’a été que pour être rendue évitable. Loin de verser dans quelque passion apocalyptique, nous voulions plutôt procéder à des exorcisations, là où d’autres par adhésion à la connaissance du premier genre selon Spinoza, se seraient volontiers contenté des superstitions en vogue. Exorciser rationnellement une communauté en péril, c’est lui proposer une pré-vision objective, une anticipation du possible qui libère une zone nouvelle de décisions salvatrices, de réorientations urgentes et courageuses de la trame historique. En fait, les hommes sont faits par l’Histoire, mais ils peuvent et doivent aussi faire l’Histoire. Etre fait par l’Histoire que l’on fait est infiniment préférable à l’argument paresseux qui consisterait à s’abandonner au gré des circonstances, comme si une hirondelle suffisait à faire le printemps. Avons-nous pour autant couvert toute l’étendue des possibles qui grossissent l’horizon historique du peuple camerounais ? En évaluant la forfaiture électorale du régime RDPC et le jeu des forces autodestructrices à l’œuvre en son sein, avons-nous résolument parcouru toute l’aire du péril qui s’esquisse sur la nation camerounaise, telle une épée de Damoclès ?  Nous pensons que la prospection rationnelle  des temps qui viennent nous oblige d’aller du connu vers l’inconnu, de risquer des aventures spéculatives supplémentaires pour augmenter nos chances d’agir dès maintenant, en bonne et due forme.

            L’inconnue en analyse politique, c’est à notre sens, une variation mal maîtrisée d’un paramètre pourtant décisif dans la compréhension et la transformation d’une conjoncture historique particulière. Quelles sont donc les inconnues de la situation politique qui naîtra de la crise postélectorale camerounaise que nous voulons exorciser ? Enonçons-les, sans prétention à l’exhaustivité, avec pour ambition mesurée, de faire signes vers ces signes en suspens, ces paramètres si dépendants de la liberté humaine, de l’action politique et des dispositions circonstanciées des acteurs, qu’on n’est presque obligés de leur appliquer la maxime anglaise du wait and see. Les inconnues que nous voulons prospecter ici sont : 1) Les réactions de la société civile camerounaise ; 2) Les réactions des forces armées et de défense du Cameroun ; 3) Les réactions de la Communauté Internationale.

 

 

I

De la société civile camerounaise face à la future crise postélectorale

 

            En prenant comme angle d’observation la dernière révolte populaire de février 2008 au Cameroun, on ne peut manquer d’être frappé du clivage net qui est apparu dans l’expression de la contestation du régime Biya, entre d’une part les partis politiques traditionnels de l’opposition camerounaise et d’autre part les jeunes gens engagés dans les duels de rue avec la soldatesque répressive. Comment interpréter cette sorte de schisme observé entre d’une part une contestation populaire relativement anomique, voire anarchique, et d’autre part, une classe politique d’opposition de toutes tendances qui, à la première alerte, s’est lavé les mains de toute responsabilité dans l’encadrement des manifestants ? Comment comprendre la reculade généralisée des opposants classiques du Cameroun depuis 1990 quand Biya a accusé des « sorciers qui tirent les ficelles dans l’ombre » ? Comment comprendre que ce soient des leaders atypiques comme les artistes Lapiro de Mbanga ou Joe La Conscience, ou même Paul Eric Kingué – maire RDPC de la ville de Penja – qui aient finalement porté la casquette de l’inspiration, voire de l’instigation de ces manifestations de 2008, alors que dans une situation comparable dans les années 90, ce sont des politiques, journalistes , intellectuels ou juristes tels Michel Ndoh, Yondo Black, Henriette Ekwe, Djeukam Tchameni, Célestin Monga, John Fru Ndi, Dika Akwa, entre autres, qui menaient la contestation contre les injustices du régime Biya ?

             Nous ne croyons pas à la thèse unilatérale, voire populaire, de la rupture des rapports de confiance entre les camerounais et leurs leaders d’opposition après toutes leurs forfaitures, car il est faux de dire que tous les opposants camerounais sont des pourris. Deux raisons fondamentales nous semblent expliquer cette déstructuration, voire cette friabilité du discours contestataire de 2008, et notamment sa non-assomption par les leaders traditionnels de l’opposition camerounaise, qu’ils soient du SDF, de l’UPC, du MANIDEM, de l’AFP, du MDI, de l’UDC, du PDS, et Cie. La première raison, qui paraît fort évidente, est sécuritaire : le leadership de l’opposition camerounaise est plus que jamais à la merci de tous les arbitraires possibles du régime Biya, non seulement parce que les opposants camerounais ne bénéficient plus, comme dans l’ancien monde clivé en Est/Ouest, de soutiens stratégiques substantiels, mais aussi parce que les partis politiques ont vu leur popularité fondre comme peau de chagrin au fil des désillusions internes et externes subies par leurs adhérents et sympathisants confrontés au cynisme du pouvoir RDPC. La seconde raison, qui à notre sens pèse davantage que la première, est théorico-pratique : c’est la crise du génie politique collectif que traverse le Cameroun depuis l’échec des Villes Mortes des années 90 à réaliser l’objectif de la tenue d’une Conférence Nationale Souveraine (CNS) qui devait permettre de refonder le pacte social postcolonial camerounais. La bouffonnerie d’entente que l’on servit alors au peuple camerounais sous la désignation de Tripartite, fut de fait la reconduction forcée des servitudes de l’ancien pacte colonial au Cameroun. Comment croire en effet que Biya, qui ne tenait pas son pouvoir du peuple camerounais, accepterait de respecter la clause de non-reconductibilité des deux mandats présidentiels, revendiquée, non pas vraiment par le peuple camerounais dans sa réelle majorité, mais par une élite intermédiaire qui procédait d’ores et déjà à des calculs successoraux et à des arrangements pour une après-Biya conclue à la barbe du peuple camerounais ?

            Malgré la méfiance des militants traditionnels des partis politiques camerounais envers la sorte de spontanéisme relatif qui s’est exprimée dans les rues du pays lors des manifestations de février 2008, il y a, à l’œuvre dans le corps social camerounais, une mutation plus ou moins consciente du paradigme d’organisation du mouvement contestataire. Cette mutation, lente comme une invasion virale de grande ampleur, opère comme une réinvention du génie de la désobéissance civique, à la barbe des habitués des partis politiques classiques issus de la tradition libérale occidentale de gauche comme de droite. De façon globale, il est clair qu’après le Vent des libertés démocratiques dans les années 90, nous assistons à un nouveau cycle, que nous appellerions plutôt un tourbillon  de luttes émancipatoires dans ce qu’on a appelé tantôt Tiers-Monde, tantôt Quart-Monde. Une sorte d’onde insaisissable traverse le corps social, telle une particule quantique, ce qui justifie notre convocation de la métaphore tourbillonnaire, beaucoup plus conforme à la physique probabiliste.

            Alors cependant que le cycle des luttes démocratiques des années 90 était encore marqué par l’opposition idéologique  entre l’Est et Ouest au profit de l’Ouest qu’on pourrait comparer à l’âge de la mécanique classique, on observe aujourd’hui, en Afrique du Nord comme dans le monde arabe et dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne,  une figure contestataire nouvelle dont la mise en forme pourrait servir un projet conscient et volontariste de révolution citoyenne. Elle s’écrit en se faisant, elle se révèle en s’imposant comme une contre-intelligence nouvelle du pouvoir arbitraire, à l’œuvre parmi des civils apparemment marginaux. C’est une demande de changement institutionnel et démocratique originale qui sourd pour l’essentiel des franges des anciennes organisations politiques classiques, mais qui traverse très diversement les couches populaires. En dehors des partis traditionnels, on peut observer une créativité de résistance multiforme au cœur même des sociétés civiles anciennement clivées entre le militarisme, le fanatisme ou la dépendance postcoloniale aux zones d’influence des ex-puissances coloniales.

            Sur quoi se repose cependant cette mutation des formes de désobéissance civile au Cameroun ? La thèse développée par Youssef Courbage et Emmanuel Todd dans leur essai prospectif Le rendez-vous des civilisations, mérite notre attention. Analysant les sociétés arabes en 2007 en se distanciant du paradigme belliciste du choc des civilisations, ces auteurs ont établi par anticipation que l’observation des variations de certains paramètres socio-économiques et socioculturels décisifs pouvaient permettre d’y prévoir des mutations politiques  originales dans une période imminente. Les événements de 2010-2011 dans les pays arabes corroborent leur thèse. Citons nos auteurs :

 

            Le « Choc des civilisations » n’aura pas lieu. L’examen d’indicateurs sociaux et historiques profonds impose au contraire l’idée d’un « rendez-vous des civilisations.  Nous mobiliserons pour le démontrer les instruments de l’analyse démographique à une grande échelle. Ceux-ci révèlent, en effet, non pas une divergence, mais une ample et rapide convergence des modèles. Le monde musulman est entré dans une révolution démographique, culturelle et mentale qui permit autrefois le développement des régions aujourd’hui les plus avancées. Il s’achemine à sa manière vers le point de rendez-vous d’une histoire beaucoup plus universelle qu’on ne veut l’admettre.

 

            Les facteurs consécutifs, de portée universelle que les auteurs pointent à la base de ces transformations,  et que nous extrapolons volontiers  sur le Cameroun sont :

 

La baisse de la fécondité sous l’effet de l’éducation au planning familial, qui remet en cause les équilibres traditionnels de l’autorité, de la famille, de l’idéologie, et même les systèmes politiques. Cette révolution des mentalités s’explique notamment par un facteur essentiel : le taux d’alphabétisation des femmes et des hommes est en corrélation forte avec l’indice de fécondité, et ce, malgré les blocages traditionnels et religieux.

Le développement économique qui accompagne la baisse de la fécondité et l’augmentation du niveau d’éducation. « Une population active qui sait lire et écrire est efficace. »

La désorientation généralisée de la société est l’effet transitoire des deux moments précédents. C’est en cela que se préparent les révoltes et  les révolutions : « L’âge de l’alphabétisation et de la contraception est aussi, très souvent, celui de la révolution. De ce processus, les révolutions anglaise, française, russe et chinoise fournissent les exemples typiques. »

 

            Pour en revenir plus explicitement à la société civile camerounaise, rappelons les données démographiques sur ces trois facteurs au début des années 90. On sera frappé de la convergence de la situation camerounaise avec le modèle théorique d’Emmanuel Todd et de Youssef Courbage. Les données officielles du gouvernement camerounais et de la Banque Mondiale sont heureusement disponibles sur la période qui va de 1990 à nos jours. Le rapport international que nous citons confirme : a) une baisse tendancielle et constante du taux de fécondité au Cameroun, et notamment dans les zones urbaines ; b) une corrélation nette et constante entre la productivité économique du pays, le niveau d’éducation et la baisse du taux de fécondité ; c) une nette concentration du mouvement contestataire dans les villes à fort niveau de scolarisation au Cameroun, notamment les villes à campus universitaires, où explose le chômage des jeunes diplômés.

            L’inconnue de ce paramètre qu’est la société civile camerounaise est tient aux interrogations suivantes: quelles sont les forces créatrices en conspiration pour mettre en œuvre la révolution citoyenne camerounaise ? Nous sommes loin de pouvoir les identifier en l’état actuel de nos observations. Conclusion provisoire : la société civile camerounaise se cherche une voie originale de reprise en main de son destin de puissance ayant vocation à restaurer la souveraineté démocratique populaire. Peut-être devons-nous à cet égard augmenter notre vigilance envers les initiatives ancres autour des nouvelles religiosités urbaines et des initiatives relevant des domaines humanitaires et culturels, mais aussi des associations citoyennes de défense des droits de l’homme, des reconfigurations du monde syndical et paysan ? Sont-ce les couveuses de la cosmopolitique camerounaise qui vient ?

 

II

Les réactions des forces de défense et de sécurité du Cameroun face à la crise postélectorale

 

            Tous les corps sociaux camerounais étant concernés par les mutations de la société civile, on peut se demander justement ce qu’il en est de la seconde grande inconnue camerounaise qui nous intéresse dans cette analyse. L’armée camerounaise est demeurée, incontestablement, la Grande Muette du processus des revendications démocratiques des années 90 à nos jours. En dehors de rares interventions ponctuelles de certains hauts officiers, tels le Général Pierre Sémengué qui a ostentatoirement revendiqué dans tous les medias nationaux et internationaux l’écrasement sanglant de la résistance indépendantiste upéciste, rares sont les visages de l’armée camerounaise que l’opinion peut fixer comme porteurs d’un sens ou d’une marge de réaction autonome à l’œuvre dans les armées. Est-ce donc à dire que les soldats camerounais ne suivent pas les actualités du Mali, de Guinée, du Niger, du Tchad, de Centrafrique, d’Angola, de RDC, de Côte d’Ivoire, où leurs pairs militaires se sont nommément positionnés au cœur des conflits et impasses politiques ces dernières décennies ? Comment comprendre cette sorte d’autisme volontaire ou involontaire ? Sont-ils résolument antidémocrates, nos soldats camerounais ? L’argument d’Alpha Oumar Condé, alors opposant de Guinée, au sujet de l’attitude passive de l’armée camerounaise devant l’immobilisme du système politique national, doit-il nous servir de guide ? Est-ce parce que nos grands officiers camerounais, non seulement sortent du moule tutélaire de la répression coloniale française, mais aussi sont gavés par le prince qu’ils ne prennent pas leurs responsabilités pour la démocratie ?

            L’argument de la dépendance économique de la haute hiérarchie militaire envers le régime prébendier de Paul Biya a incontestablement son poids.  Les révélations croustillantes de la presse d’investigation sur les nombreux scandales financiers, mais aussi les hauts faits de luxure dans lesquels de très hauts-officiers des armées camerounaises sont impliqués, fourmillent. Mais nous estimons qu’il faut aller plus loin et entrevoir, par moult indices, les grondements sourds de la base de la Grande Muette camerounaise envers le traitement privilégié réservé à la haute hiérarchie. De fait, les conditions de vie des sous-officiers et des soldats du rang périclitent sous le double effet de la hausse du coût de la vie et de la pression sociale parasitaire de leur entourage familial et clanique démuni. Le temps où  l’artiste-chanteur Donny Elwood pouvait s’exclamer avec le miséreux « Heureusement que j’ai mon cousin militaire, sans commentaire » commence à s’épuiser sous le poids concret de la paupérisation des gens au Cameroun. La fracture sociale commence à passer inexorablement au cœur des armées et les bruits de bottes, comme la montée des pratiques de racket et  l’implication récurrente de certains militaires dans les attaques armées de banques et de villes camerounaises entières ne tombent pas du ciel.  

            L’inconnue ici demeure donc : la conscience de classe dans les armées camerounaises pourrait-elle s’allier aux autres facteurs de modernisation que nous avons identifiés au cœur palpitant de la société civile camerounaise en pleine réinvention de ses modes de résistance et de souveraineté ? Qu’il nous soit permis de nous en tenir à ce seuil d’interrogation stratégique, car ce sont bel et bien des camerounais, de la même génération que ceux qui sont dans la société civile, qui tiennent aujourd’hui les armes dans les forces de défense et de sécurité du Cameroun. Qui sait comment ils vivraient une guéguerre de positionnement trop lassante entre les héritiers de Paul Biya dans le RDPC ?  Contempleront-ils l’histoire camerounaise comme un reste du monde qui semble ne pas vouloir demeurer justement en reste ? Qui vivra verra, à moins que l’influence stratégique des grandes puissances du Golfe de Guinée ne rende les choses encore plus compliquées…

 

 

III

Les réactions de la Communauté Internationale devant la crise postélectorale camerounaise future

 

            Deux thèses insuffisantes à nos yeux,  s’affrontent au sujet de l’attitude des Etats et Institutions du monde entier en cas de crise postélectorale au Cameroun.

            La première thèse, défendue par les partisans du pouvoir RDPC, consiste à dire que ladite Communauté Internationale n’a rien à voir dans les affaires électorales camerounaises. Le droit, en l’espèce sera dit par la Cour Constitutionnelle du Cameroun, qui proclamera, conformément au scenario pré-arrangé du RDPC, Paul Biya vainqueur de l’élection présidentielle de 2011 et au pouvoir pour cinq années supplémentaires, qui devraient lui permettre selon ses partisans les plus optimistes, à bien préparer sa succession. On invoque pour cette thèse, l’indépendance et la souveraineté chèrement acquises du Cameroun et on réveille à l’occasion, le ressentiment anticolonial légitime enfoui dans la mémoire des populations. Or l’analyse de cette thèse révèle vite qu’elle prône la consécration de l’arbitraire d’un régime corrompu qui 29 ans après son avènement, spolie, asservit et violente toujours les citoyens.

            Peut-on alors se tourner vers les opposants les plus apparemment radicaux du régime, ceux-là même qui jamais n’ont accepté de gouverner ou de se mouiller dans la mangeoire d’Etat avec l’UNC-RDPC ? On rencontre alors l’incongruité de la seconde thèse que nous dénonçons, celle de l’anticolonialisme dogmatique. Elle consiste à dire, pour des raisons exactement opposées à celle du régime de Paul Biya, que la Communauté Internationale n’a rien à foutre dans le processus électoral camerounais, justement parce que le Cameroun est un pays souverain( argument commun avec le pouvoir), mais en plus parce que cette Communauté Internationale n’est pas fiable, car elle sert avant tout les intérêts des grandes puissances de l’Union Africaine, de l’Union Européenne, et de l’Organisation des Nations Unies, contre les peuples abandonnés à eux-mêmes. L’anticolonialisme dogmatique fait donc ainsi inconsciemment le jeu du néocolonialisme dominant. Nous avons précisément là, la connivence inconsciente et/ou consciente des dominants et des dominés dans l’ordre postcolonial.

 

            Pour notre part, nous prônons, face à la Communauté Internationale, un anticolonialisme critique qui considèrerait les choses actuelles en une stratégie de progrès par paliers de souveraineté irréversibles, en priorisant la conquête institutionnelle de la démocratie entre citoyens africains d’abord, avant l’acquisition des autres paliers nécessaires et téléologiques. Nous devons pour cela éviter de faire entre africains ce que nous reprochons aux colons de nous avoir faits. Nous devons sortir de la logique des contraires pour entrer dans celle des contradictoires. Nous devons extirper le colonialisme africain de l’intérieur de nos pratiques politiques en sortant résolument du mythe des frontières coloniales vers de grands ensembles régionaux intégrés, et du mythe des identités nationales déifiées vers une citoyenneté africaine cosmopolitique et exemplaire. Nous sommes confortés dans cette lecture géostratégique par les quatre signaux sérieux que constituent :

Le Discours d’Accra de Barack Obama, demandant aux sociétés civiles africaines de privilégier des Institutions Fortes aux Hommes-Forts ou Hommes-Lions et insistant sur la détermination des Etats-Unis à se placer aux côtés des forces sociales organisées qui consacreraient leurs luttes à l’instauration de la démocratie en Afrique .

2°Le Communiqué de l’Elysée le 25 juillet 2009, demandant explicitement au régime de Paul Biya de faire des progrès sensibles en matière de démocratie et de droits de l’Homme, notamment après les massacres de février 2008. La France reconnaît et condamne ainsi entre les lignes la criminalité foncière du régime de Biya qu’elle a du reste toujours soutenu !

3° Le Communiqué du Département d’Etat Américain en mai 2011 publié par Hillary Clinton au sujet des élections au Cameroun, où les Etats Unis requièrent à nouveau l’organisation d’un scrutin enfin juste, équitable et transparent au Cameroun. Mme Clinton met donc explicitement en cause la crédibilité d’ELECAM, la machine à esbroufe de Paul Biya, soumise au diktat de la Cour Constitutionnelle qu’il s’est taillée sur mesure.

4°La remise par Madame Clinton, au nom du Département d’Etat le 8 mars 2011 à Washington de la Médaille du Prix du Courage Politique Féminin, à la Journaliste et militante Upéciste Henriette Ekwe, voix historique de la cause démocratique et humaniste camerounaise.

 

            N’y a-t-il pas dans les éléments qui précèdent, matière à penser que le tandem franco-américain qui tient le Golfe de Guinée sous influence a pris conscience de l’irréversibilité des processus de modernisation et de luttes démocratiques en cours dans les pays africains ? Ces puissances seraient-elles entrain d’envisager la négociation de leurs intérêts stratégiques africains avec des régimes politiques responsables devant leurs propres peuples souverains et condamnés en ce sens à assumer leurs responsabilités face à la pauvreté, la misère, l’arbitraire, la pression migratoire, et consorts ? Ces gens du Pacte Atlantique parlent-ils toujours ou souvent ainsi pour ne rien dire ? Soyons attentifs aux cartes inconnues qu’ils rebattent sous nos yeux.

Youssef Courbage, Emmanuel Todd, Le rendez-vous des civilisations, Paris, Seuil, 2007.

Idem, op. cit., p. 5-6.

Idem, p.31

Idem, p.32

   Voir ledit Rapport sur le lien web suivant : http://ddp-ext.worldbank.org/EdStats/CMRecsr04.pdf.

Le Quotidien Catholique camerounais, L’Effort Camerounais, fondé en 1955, a amplement insisté sur cette poudrière sociale de jeunes diplômés sans emploi. Consulter par exemple l’article publié par Gildas Mouthé via le lien ci-dessous : http://www.leffortcamerounais.info/2011/04/reflexion-le-ch%C3%B4mage-des-jeunes-un-risque-majeur-dimplosion-sociale-.html.: « On les compte par milliers, ces jeunes camerounais qui n’ont pas d’emplois. Victimes de frustrations au quotidien, ils peuvent à tout moment  prendre la rue comme lieu d’expression  de leur revendication. » remarque à juste titre l’observateur social.

Voir en ce sens le témoignage des auteurs du volume Kamerun, publié chez La Découverte, Paris, 2010. Mais aussi le film de Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, Cameroun : autopsie d’une indépendance manquée.

Dans une vidéo publiée sur You Tube au lien http://www.youtube.com/watch?v=soXZ487R18k, Alpha Condé affirme : « Au Cameroun, d’abord, il ne faut pas oublier qu’on a liquidé l’UPC pour mettre des hommes de paille [. ..]Est-ce que les militaires vont à la retraite au Cameroun ? Ils ont tous les avantages, donc ils n’ont pas besoin

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