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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 15:07

 

 

Les Sénateurs de Paul Biya, ses Députés et les Camerounais du 21ème siècle

 

 

 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

 

Agrégé de philosophie,

 

Paris, France

 

 

 

Chaque jour qui passe au Cameroun inscrit dans la longue durée le défi lancé par le régime de Paul Biya à l’intelligence, à la bravoure et à la détermination du peuple camerounais de l’intérieur comme de la diaspora à s’inscrire dans la modernité socioéconomique, culturelle et politique. Aux nombreuses vies humaines brutalisées, écourtées ou sacrifiées depuis la fin du 19ème siècle dans des associations politiques, dans les tentatives individuelles et collectives des Camerounais pour accélérer leur processus d’autonomisation citoyenne, d’émancipation géopolitique, de transformation institutionnelle, on peut mesurer l’épaisseur du cimetière d’espérances qui constitue l’inconscient collectif du pays du Mont Fako. Ainsi en est-il des institutions politiques dont le locataire du Palais d’Etoudi se gargarise sous nos yeux. Des hochets qui n’amusent plus personne depuis belle lurette. Pour Paul Biya, décidément, instituer ne va jamais sans destituer le peuple. Ne va-t-il pas de soi que la dissolution de ces institutions fantômes accompagne tout retour authentique du peuple camerounais au gouvernail de sa destinée ? Issues du machin d’ELECAM - usine à gaz électoral du RDPC-  sans la moindre certification crédible, délaissées par des citoyens désabusés qui ont massivement déserté listes électorales et urnes de longue date, les deux institutions du Parlement Camerounais – Assemblée Nationale et Sénat -  sont quasiment toutes moulées par le fait du Prince. Et personne de sérieux n’en attend autre chose que la sempiternelle répétition du même. Mieux encore, la persistance de l’autocratie s’est accompagnée d’une métamorphose corrélative de la société camerounaise elle-même, comme atteinte en son for intérieur par l’incurie régnante. Les Camerounais du 21ème siècle sont incontestablement un peuple nouveau, différent de celui des années 60, plus ambigu encore que jamais, au grand désespoir des esprits binaires et simplistes.

 

Y a-t-il pire scénario que le pourrissement d’un peuple de son sommet à sa base ? Où vont donc les frustrations ainsi accumulées par des Camerounais avalant couleuvre sur couleuvre du régime RDPC ? Sans doute en partie dans les euphorisants du quotidien : l’alcool, le football, le sexe et la feymania. Analysons. La prospérité des bars et la symbolique ironique de leurs noms à tous les carrefours indiquent bien qu’ils sont des lieux crève-soucis par excellence. On y boit, comme chez l’ivrogne du Petit Prince de Saint-Exupéry, pour tenter d’oublier qu’on boit. Mais la chute de l’espérance de vie nationale à moins de 45 ans et le tassement des générations qui en résulte, avec le morne quotidien de l’enterrement quasi complet de générations entières d’amis, frères et camarades,  rappellent les plus ivrognes d’entre les Camerounais à la dureté de la vie que le système leur mène. Le sport, sous les modalités du Dieu football notamment, a pu faire croire aux Camerounais qu’ils étaient réellement indomptables ? Des années de gloire 80 à 2000, les victoires des Lions ont rendu acceptable la pilule autoritariste de l’Homme-Lion Biya, jusqu’à ce que les défaites successives des Lions rappellent les uns et les autres à la fin de règne impuissante de l’Homme-Lion lui-même. La chute de l’Equipe Nationale augurerait-elle de celle du Renouveau National ? La misère inspire des boulots de misères. L’explosion des réseaux sociaux, de la téléphonie mobile, de la radiotélévision internationale, a fait découvrir aux citoyens l’immense continent du commerce sexuel, où se sont engouffrés des pans entiers de la société, y compris des hommes et femmes mariés, déterminés à arrondir leur faim de mois en sacrifiant partout où de besoin, leur propre croupe. A défaut d’avoir un corps vendable ? La société camerounaise s’est criminalisée à outrance, par la marchandisation de tout, l’argent-roi remplaçant toutes les valeurs et rendant interchangeables, tous les rôles sociaux en fonction des déplacements de capitaux qui les crédibilisent. Le feyman, cet escroc sympathique aux Camerounais quand il réussit et maudit quand il se fait épingler, est devenu icône d’élévation et de promotion sociale, en lieu et place du bosseur, du génie, du méritant, du compétent ou du légitime. Ainsi, l’opinion est-elle devenue sensible à l’élévation par la bassesse. La scélératesse experte devenant le parangon de l’excellence. Pourtant, le peuple Camerounais a-t-il entièrement chaviré dans ces mirages de l’incurie ? L’activité persistante d’une opposition politique, d’une société civile, et d’une diaspora camerounaises lucides, quoiqu’insuffisamment fortes face à la stérilité oppressante du régime Biya est pour nous un gage d’espoir. L’âme immortelle du Cameroun, l’upécisme, humanisme de référence de ce pays, formulé dans ses heures de résistance les plus hautes contre la violence coloniale et postcoloniale, demande à s’exprimer dans un cadre moderne, sous la forme de  nouvelles forces au service de la démocratisation réelle du Cameroun.

 

 Colères ensommeillées qui attendent des occasions parfois anodines pour faire éruption et irruption, les revendications étouffées des Camerounais requièrent l’émergence d’un génie politique collectif qui les sublime en ressources pour une nouvelle ère d’espérance. Ces nouvelles forces, dans l’impératif d’organisation et de structuration qui est le leur, en intelligence avec toutes les ressources humaines de modernisation en péril dans le corps social camerounais, doivent constamment s’imposer la tâche de penser les questions majeures de notre siècle. Comment se présente la république du Cameroun à l’analyste comme à l’acteur politiques qui s’y engageraient aujourd’hui ? Comme un faisceau de problèmes dont le nœud essentiel est le déni de la souveraineté populaire par l’oligarchie multiethnique régnante depuis les Indépendances. Dans cette affaire, il urge donc plus que jamais de procéder par élimination logique des faux problèmes, tant le temps a vu naître des leurres, des attrape-nigauds, toutes sortes de ficelles dont les entrepreneurs politiques postcoloniaux raffolent, au désespoir des citoyens les plus vulnérables de corps, d’âme et d’esprit. Comme toujours, me dirait-on ? L’existence, en tant qu’affirmation de soi dans l’espace et le temps, proteste naturellement contre l’argument paresseux du fatalisme. Non pas simplement  parce que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Mais parce que la vie des gens est une affaire trop sérieuse pour qu’on l’abandonne définitivement à une élite politique notoirement violente, mensongère, corrompue et illégitime. Pour le dire autrement, parce que les enfants du Bon Dieu ne sont pas des canards sauvages, parce qu’un homme qui crie n’est pas un ours qui danse, le plus élémentaire exercice d’humanité nous oblige à regarder la problématique politique camerounaise en face, lucidement. A faire systématiquement le point sur les forces et les faiblesses des populations camerounaises prises à l’étau d’un régime qui aura décidément su exploiter leurs forces et leurs faiblesses pour se maintenir d’Ahidjo à Biya, de 1960 à 2013, en survivant plus ou moins habilement à ses propres crises internes comme aux estocades externes plus moins désordonnées que les populations camerounaises lui ont portées. Alors : quel regard poser aujourd’hui sur la problématique politique camerounaise ? Avons-nous la moindre chance de voir le Cameroun de l’après-Biya sortir par le haut de la crise de légitimité chronique dont les institutions politiques camerounaises sont de longue date porteuses ? Quelles sont les possibilités d’action pour la naissance de la véritable république démocratique du Cameroun ?

 

A quatre-vingt ans passés, le Président Biya ne pose plus en lui-même un problème : le temps est sa solution. Homme du passé et du passif, le fait qu’il se désigne enfin un successeur constitutionnel à la tête du Sénat en la personne d’un de ses fidèles séides, Marcel Niat Njifenji, ne doit tromper personne sur les intentions de l’homme de Mvomeka’a. Les deux chambres de l’Assemblée visent les Camerounais, mais ne les concernent pas. Ce sont des bancs mobiles de touche pour élites recyclables du régime RDPC. Le jeu de chaises musicales du Renouveau National est trop ancien pour échapper à notre vigilance. On devra bien noter que Marcel Niat a été nommé Sénateur et donc nommé dauphin constitutionnel. Pur produit de la décision du « hop de la tête » célèbre de Biya, Niat peut être biffé de la scène sans autre forme de procès, tout comme le moindre zèle excessif pourrait lui compliquer la vie. D’ailleurs le Bureau du Sénat n’aurait-il pas un mandat d’un an renouvelable ? En posture de chien de garde tenu au doigt, Marcel Niat est sans doute désormais l’homme le plus angoissé du pays. En effet, n’étant rien, et ne tenant qu’à un rien, le néant de son insignifiance menace sans cesse de lui faire boomerang. On ne peut dès lors que rire  du silence actuel de ceux qui réduisaient hystériquement le problème national camerounais à l’exclusion des Bamilékés du pouvoir central. Qui ne voit pas comment Paul Biya arrange prestement les équilibres internes à la minorité pluriethnique qu’il manipule de longue date ? Pour neutraliser ses affidés du Centre-Sud, dont ses prisons sont pleines, il se servit du soutien des oligocrates du Nord. Pour maîtriser désormais les oligocrates du Nord qu’il s’empresse de neutraliser, il se sert des lieutenants de l’Ouest. La nature réelle du régime RDPC a constamment été de constituer une oligarchie multiethnique consacrée à combattre et neutraliser les revendications démocratiques et universalistes des populations du Cameroun. Telle est la vérité. Paul Biya tient à préserver le système d’accession, de gestion et de transmission du pouvoir dont il a hérité : celui de la cooptation entre associés de longue date, héritiers de la géopolitique coloniale. Le BIR, la Garde Présidentielle, les ministères stratégiques ont certes fait l’objet, sous Biya, comme dans de nombreuses républiques sous les tropiques, d’un contrôle par son clan ethnique de proximité. Il n’en demeure pas moins que le régime  RDPC s’est construit au mépris réel des conditions matérielles, culturelles et spirituelles de vie des Camerounaises et des Camerounais dans leur écrasante majorité, quelles que soient leurs appartenances ethniques. C’est à ce défi fondamental qu’il faut répondre. Les Sénateurs et les Députés de Paul Biya ne sont que ses figurants.

 

Voilà pourquoi, au risque d’être trop pédagogique, je vais répéter ici ma conviction pour le présent et l’avenir :

 

« Aujourd’hui, en 2013, nous avons pourtant de nombreuses raisons de croire que l’espoir est intact : A) la massification de la démographie camerounaise en près de deux dizaines de millions de citoyens, ne laisse plus le choix aux institutions entre l’amateurisme et le professionnalisme. B) La pauvreté du grand nombre est autant une menace pour les plus démunis que pour les détenteurs arrogants du pouvoir RDPC, qui s’effondrera inéluctablement sous l’effet d’une haïtisation effrénée du pays qu’il s’efforce malgré tout d’endiguer par des pansements pour jambe de bois. C) La jeunesse de la population camerounaise est l’autre atout. Age de toutes les révolutions, cette jeunesse n’attend que de trouver un cadre politique crédible pour balayer les gérontocrates du pouvoir, dont la direction est gérée, de fait, par des hommes et des femmes du passé et du passif, résolument préoccupés de leurs obsèques que de leurs projets. D) Le contexte politique international, y compris dans la sous-région d’Afrique Centrale, est  positivement sensible aux luttes citoyennes pour la démocratie, en ce qu’elles sont d’universel, par opposition aux rassemblements émotionnels suscités çà et là sur le continent par l’anticolonialisme dogmatique et par les syncrétismes pseudo-religieux qui y prolifèrent. E) Il se dégage, de la société civile, de la diaspora, des cadets des forces de défense et de sécurité, des officines diplomatiques internationales, des indices des milieux des affaires,  des milieux politiques africains et hexagonaux notamment, la claire et convergente conviction que le régime RDPC de Paul Biya a épuisé ses cartes et qu’une alternative crédible à ce régime, dans une perspective de renouvellement par la légitimité populaire, s’impose dans l’intérêt bien compris des Camerounais et de leurs partenaires étrangers. F) Enfin, du fait du niveau de formation professionnelle et intellectuelle de sa diaspora de 4 millions d’âmes en lutte pour la reconnaissance de leur place dans la Nation, la situation camerounaise actuelle est travaillée par trop de forces critiques pour tenir longtemps ce semblant d’équilibre de la misère et de a terreur. Mais qui structurera et incarnera donc l’espérance camerounaise ?

 

 

 

Je suis parfaitement convaincu aujourd’hui d’une chose : il n’existe pas de parti politique qui sauvera le Cameroun de son blocage actuel. Les partis ont donné, dans la fausse démocratie de Paul Biya, toute la mesure de leur impuissance. Pourquoi donc ? Principalement parce que, dans le Cameroun de Paul Biya où les urnes ne servent que de déguisement au mensonge structurant du pouvoir, les partis ont été réduits à la pure vacuité par un multipartisme de façade cachant un monopartisme brutal et persévérant. Non seulement il conviendrait de rappeler que le RDPC n’est allé au multipartisme qu’à reculons depuis 1990, mais force est de rappeler à tous que la Tripartite de 1991,  l’Administration Territoriale, l’ONEL et l’ELECAM n’ont été que des subterfuges régulièrement employés par le régime Biya pour perpétuer le monolithisme brutal qu’il a hérité du régime Ahidjo.

 

Dans de telles circonstances, on a tenté depuis 1990 au Cameroun, une alliance des partis de l’opposition pour gagner la bataille électorale contre le régime Biya. Or non seulement en raison de la communauté idéologique entre le RDPC et les principaux opposants issus de son sein, mais aussi en raison des contradictions propres d’une opposition camerounaise aussi hétéroclite que les traditions libérales, sociodémocrates ou marxistes-léninistes de ses composantes, la stratégie de renversement du RDPC par une alliance de partis de l’opposition a fait long feu. Détenteur de la force armée et rédacteur attitrés des déclarations constitutionnelles de la Cour Suprême, Paul Biya attend toujours l’opposition au tournant, quand il n’a pas fini d’en corrompre de larges composantes, d’en exiler ou affamer d’autres composantes, ou d’assassiner les plus vulnérables et/ou virulents. Autrement dit, la politique des partis renaîtra au Cameroun et fonctionnera utilement quand le système politique camerounais sera réellement démocratique. Il faut d’abord libérer les partis de l’ogre rdpciste. On l’a compris. Quelle ultime conséquence ?

 

Il est donc très clair aujourd’hui que la démocratisation effective du Cameroun sera l’œuvre préalable d’une minorité agissante de citoyennes et de citoyens, issus de tous les corps de la Nation et de l’Etat, démarqués de tous les partis actuels de l’opposition, dans l’esprit bien compris de l’upécisme. »

 

Au nom d’une éthique républicaine upéciste, combinant les valeurs de la démocratie représentative, de la solidarité africaine, de l’élévation du standard de vie des populations, et du cosmopolitisme métaphysique, cette minorité doit œuvrer pour fonder dans une perspective de haute profondeur le cadre consensuel du futur Grand Cameroun, comme le sommet du Fako à Buéa singularise si bien notre pays par sa hauteur profonde.  

 

Cette minorité agissante, animée par une conscience haute de l’intérêt général du Cameroun, doit d’ores et déjà s’attacher à connaître les arcanes de l’Etat du Cameroun pour le mieux gouverner bientôt ; elle doit se donner un programme de transition du pays vers un système démocratique exemplaire qui sera pensé consensuellement, après la chute préalable et nécessaire du pouvoir RDPC.

 

Cette minorité agissante doit se donner les moyens diplomatiques de rassurer les grands partenaires internationaux du Cameroun, mais également d’assurer la bourgeoisie entrepreneuriale camerounaise de sa détermination à la voir réussir sa modernisation interne et interne. Cette minorité agissante – au centre de laquelle j’ai à cœur d’être aujourd’hui et demain – devra, avant toute chose, prendre à cœur la cause des millions de Camerounaises et de Camerounais qui croupissent dans la misère, la sous-éducation, le chômage, les maladies endémiques, la désespérance et le fatalisme. C’est véritablement pour ceux-là, qui sont sans espoir, que l’espoir est permis.

 

Ainsi, à la stricte condition de travailler pour, dans, et avec cette minorité agissante, nous pouvons dire : « Le Cameroun se réveillera, soyons prêts ! » La vraie question n’est pas celle de l’après-Biya, mais celle de la préparation d’une réelle alternative démocratique, républicaine et populaire à l’après-Biya. Oeuvrons courageusement et lucidement pour cet avenir. C’est une tâche à hauteur humaine. »

 

 

 

 

 

 

 

http://www.franklinnyamsi.com/article-le-cameroun-se-reveillera-soyons-prets-117575520.html

 

 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politiques
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