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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 16:44

Les cadres du FPI à la croisée des chemins : enjeux cruciaux d’une liberté provisoire

union Aficaine6 

« Premier gaou n’est pas gaou, c’est deuxième gaou qui est gnata »

Les Magic System

 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Paris, France

 

Loin d’être la consécration du droit de faire n’importe quoi, la liberté est avant tout affaire de responsabilité. N’est-ce pas une immémoriale vérité à méditer sans cesse ? L’actualité nous en offre l’occasion. La nouvelle a toutes les allures d’une bouffée d’oxygène pour la situation politique ivoirienne. Il convient cependant d’en prendre toute la mesure et d’en ausculter les implications politiques pour l’avenir immédiat du pays de Félix Houphouët-Boigny. Devant les rengaines de la justice des vainqueurs, de la réconciliation à deux vitesses, de l’impunité du camp du pouvoir, et autres certitudes vides servies aux opinions nationale et internationale depuis des mois par la propagande du Front Populaire Ivoirien, ex-parti au pouvoir, la justice ivoirienne vient de procéder en toute sérénité à la mise en liberté provisoire des porte-voix les plus virulents du régime Gbagbo pendant la dernière crise postélectorale 2010-2011 : Affi Nguessan, Michel Gbagbo, Geneviève Bro Grébé, Justin Koua, Narcisse Téa Kuyo, Aboudramane Sangaré, Alcide Djédjé, Moïse Lida Kouassi, Martin Sokouri Bohui, Alphonse Douaty, Séka Obodji, Henri-Philippe Dakoury-Tabley, Konandi Kouakou et Nomel Djro retrouvent ainsi l’air libre de Côte d’Ivoire. Il ne nous suffira pas d’espérer qu’ils en apprécient positivement la valeur. Nous voulons affronter, dans le cadre de la présente réflexion, trois questions consubstantiellement liées à cette décision de justice, afin d’en entrevoir les enjeux cruciaux : 1) Pourquoi ces cadres du FPI avaient-ils été arrêtés à l’issue de la crise postélectorale ivoirienne de 2010-2011 ? 2) Quelles fausses interprétations la présente liberté provisoire ne devrait pas laisser prospérer dans l’opinion ? 3) Quelles espérances légitimes peut-on fonder sur cet acte de décrispation politique esquissé, il convient de le rappeler, par le pouvoir judiciaire ivoirien, qui manifeste ici, la preuve de son indépendance croissante et en voie de consolidation exemplaire ? On comprendra peut-être pourquoi cet événement met résolument le FPI en demeure de choisir entre l’entrée dans le jeu démocratique républicain et la marginalisation définitive de la politique ivoirienne. Et on verra, au seuil de la visite historique de Guillaume Soro à Gagnoa le 15 août 2013, qu’un grand humanisme politique revêt de nouveau la Côte d’Ivoire de sa robe de lumière.

I

Des raisons exceptionnelles d’une longue détention préventive

Une certaine rhétorique s’empressera de prétendre que l’élargissement des quatorze cadres du FPI est la preuve rétrospective qu’ils n’avaient rien fait et qu’ils n’ont en définitive, rien à se reprocher. On attribuera leur élargissement à la pression des organismes des droits de l’Homme, à la pression des grandes puissances démocratiques de la communauté internationale, à la force de mobilisation du FPI dont Miaka Oureto aurait courageusement assumé l’intérim avec incandescence. Et tutti quanti…Pourtant, rien n’est moins vrai que les arguties qui précèdent.  Voici ce dont il faut se convaincre : Affi Nguessan, Michel Gbagbo, Geneviève Bro Grébé, Justin Koua, Narcisse Téa Kuyo, Aboudramane Sangaré, Alcide Djédjé, Moïse Lida Kouassi, Martin Sokouri Bohui, Alphonse Douaty, Séka Obodji, Henri-Philippe Dakoury-Tabley, Konandi Kouakou et Nomel Djro ont été arrêtés parce qu’ils persistaient, contre le principe de réalité, mais aussi contre la légalité et la légitimité du pouvoir politique ivoiren issu des urnes de 2010-2011, à insécuriser la Côte d’Ivoire par leurs dires, gestes, mouvements et postures publiques.

Les quatorze cadres du FPI aujourd’hui provisoirement libres se sont caractérisés par le refus tangible de reconnaître la défaite électorale de leur mentor à la présidentielle 2010. Ils l’ont accompagné activement et quotidiennement dans la descente aux enfers de la crise postélectorale, en approuvant la politique de massacre des populations engagée par l’armée et les milices demeurés fidèles à Laurent Gbagbo. Ils ont assumé la formation d’un gouvernement illégal, illégitime et parallèle au gouvernement démocratique de Côte d’Ivoire, continuant par ailleurs à poser des actes de souveraineté qui ne leur étaient plus échus : décaissements dans les finances publiques, tentatives de nationalisation ubuesque des banques, déclarations publiques hostiles aux nations amies de la Côte d’Ivoire de longue date, séquestrations de diplomates, enlèvements de personnalités, etc.

Enfin, qui ignore que, paradoxalement, la détention provisoire de ces cadres du FPI les aura amplement protégés de la vindicte populaire qui risquait de s’abattre sur eux après les violences de masse qu’ils auront contribué à perpétrer contre les populations ivoiriennes qui, en majorité, n’étaient point acquises à leur cause ? Certes, la prison prive le prisonnier de liberté. Mais il est des emprisonnements qui sauvent résolument la vie à leurs victimes. Comment nier que ce soit le cas du séjour prolongé au frais des harangueurs de foules de la Refondation ? La RTI et les autres médias ivoiriens, privés des services nocifs de ces porte-voix haineux, n’auront-ils pas bénéficié, pendant leur absence, d’une ambiance infiniment plus saine pour la réconciliation et la paix, que par le passé ?

Concluons donc ce premier point : les quatorze cadres du FPI que voici étaient incarcérés, non seulement en raison de leur catastrophique tentative de coup d’Etat contre la démocratie ivoirienne émergence, mais aussi parce que leur nuisance à la paix collective avait atteint des seuils intolérables et enfin parce qu’il était dans leur intérêt bien compris, d’être soumis par l’incarcération à cette épreuve du Miroir qui sonne, pour les âmes sensibles à la justice et à la vérité, le commencement de la sagesse par l’abandon du vice au cachot de l’humilité.

II

De la juste interprétation d’une libération provisoire

 

On entendra tout et le contraire de tout sur cette décision de justice. Imaginons, par anticipation, les titres de la presse bleue et de ses supplétifs internationaux sur cette affaire : « Ouattara panique et recule » ; « Le couple Ouattara-Soro prend peur » ; « Bientôt Gbagbo à Abidjan » ; « Il ne reste plus que Simone » ; « L’innocence des cadres du FPI reconnue » ; « Le combat du FPI paie » ; « La victoire totale du FPI est proche » ; « La justice des vainqueurs disqualifiée » ; « Hollande force la main à Ouattara » ; « Obama obtient la libération des cadres du FPI » ; « Le Goulag du Nord s’ouvre enfin », etc. Mais les effets de manche peuvent-ils nuire à la pensée critique des puristes de la vie démocratique ? Loin s’en faut.

La présente libération provisoire d’Affi Nguessan, Michel Gbagbo, Geneviève Bro Grébé, Justin Koua, Narcisse Téa Kuyo, Aboudramane Sangaré, Alcide Djédjé, Moïse Lida Kouassi, Martin Sokouri Bohui, Alphonse Douaty, Séka Obodji, Henri-Philippe Dakoury-Tabley, Konandi Kouakou et Nomel Djro, est avant tout un acte libre de la justice ivoirienne, troisième pouvoir d’un régime résolument démocratique, où la séparation des pouvoirs n’est pas une fiction. Examinant les raisons favorables et défavorables à la mise en liberté provisoire de ces cadres politiques poursuivis pour des infractions diverses, les juges ivoiriens ont, en âme et conscience, tranché pour les premières citées. Ils ont estimé que l’examen des dérives et drames provoqués par ces personnalités politiques pouvait sereinement se poursuivre en Côte d’Ivoire sans que l’ambiance pacifique et positive du pays ne soit rompue.

Loin de disculper nos personnages, les juges les ont mis en responsabilité de constater que la Côte d’Ivoire, sans leurs imprécations haineuses, est bel et bien vivante et qu’ils peuvent y vivre en bonne entente  avec tous leurs compatriotes en raison de l’effort de reconstruction que leur mise au frais aura favorisé. Loin de préjuger de leur élargissement ou de leur incarcération à l’issue des procès qui leur demeurent intentés, les juges ivoiriens indiquent au FPI qu’il peut et doit entièrement faire confiance au verdict qu’ils rendront au nom du peuple ivoirien, loin de tout diktat prétendu de l’exécutif ou du législatif ivoiriens. L’acte des magistrats ivoiriens confirme que la séparation des pouvoirs n’est pas une vue de l’esprit, ce qui permet au pouvoir judiciaire d’entreprendre à son tour de participer à la dynamique de réconciliation enclenchée par le chef de l’Etat et par le chef du parlement ivoiriens.  Ceci pouvait-il arriver sous de meilleurs auspices que l’incitation du FPI au pardon faite en juillet par le président Alassane Ouattara lors de sa visite dans le Nord ? Comment ne pas saluer la concordance des institutions ivoiriennes avec la démarche de dialogue direct engagée par le président de l’assemblée nationale envers les populations de Gagnoa, au cœur du terroir originel de Laurent Gbagbo ? Qui ne saurait y voir l’oreille sensible des juges ivoiriens à la courageuse demande de pardon des Chefs Traditionnels bété au peuple de Côte d’Ivoire, pour les excès que leur attachement relatif aux thèses identitaires du FPI a pu susciter dans le pays ? La bonne lecture de la décision de libération provisoire des cadres du FPI devrait l’inscrire dans la souveraine adoption de l’esprit de la réconciliation par tous les pouvoirs de l’Etat démocratique de Côte d’Ivoire. Il s’agit donc d’une lucarne sur l’avenir possible de ce grand pays, que nous devons précisément scruter maintenant. 

III

Quelles espérances fonder sur cette libération provisoire ?

Les cadres du FPI aujourd’hui provisoirement libérés, sont en réalité à la croisée des chemins. Ils doivent choisir entre l’entrée résolue dans le jeu démocratique ivoirien et la poursuite d’une politique d’auto-marginalisation qui les condamnerait inéluctablement à l’insignifiance dans l’histoire future de leur pays. Le problème est très clair : soit ces cadres du FPI reconnaissent la légalité et la légitimité du pouvoir RHDP, et alors ils acceptent de s’opposer à ce pouvoir dans le cadre institutionnel tracé par la constitution d’octobre 2000 encore en vigueur ; soit les cadres du FPI, reprenant le bâton du pèlerin de la haine et du mensonge, remettent leurs rengaines dogmatiques au goût du jour et ce sera le remake fâcheux d’une mise au pas de la loi démocratique, qui leur serait fort difficilement favorable. Examinons bien ces deux hypothèses.

La reconnaissance de la légitimité et de la légalité du pouvoir RHDP se verra aux premières déclarations, aux premiers gestes, aux premières propositions des cadres libérés du FPI. Il faudra que Pascal Affi Nguessan et ses compagnons, puissants ferments du déni de réalité du FPI pendant la crise postélectorale, changent enfin leur fusil d’épaule. Il faudra qu’ils sortent de la méprisante arrogance avec laquelle ils s’exprimaient quand ils furent interpellés, alors que les victimes ivoiriennes, par milliers s’amoncelaient. Il faudra qu’avec humilité et perspicacité, ils soufflent résolument un vent de générosité dans les bronches des Ivoiriens. Il faudra que le FPI, se réorganisant par-delà l’improbable attente d’un messianique Gbagbo, s’asseye et se repense lui-même en vue de 2015 et après, en se débarrassant définitivement des démons de l’anticolonialisme dogmatique, de la xénophobie politicienne et assassine, de la mauvaise foi et de la gestion fantaisiste de la chose publique.

« Premier gaou n’est pas gaou, c’est deuxième gaou qui est gnata », disent les Magic System dans une chanson zouglou bien rôdée. L’avenir bien compris du FPI ne consisterait pas à persister dans la politique de la terre brûlée et de la chaise vide qui l’a conduit dans les cachots de la république. Une telle persistance nous conduirait à assister à l’inhumation définitive de l’espérance politique que sa lutte pour le multipartisme représenta pour des millions d’Ivoiriens dans les années 80-90. Une telle persistance signifierait définitivement la retraite et le retrait politico-historiques du FPI de l’arène des formations respectables de la politique ivoirienne. Deviendrait impérative, dans l’hypothèse d’un suicide politique du FPI, l’invention d’une gauche ivoirienne nouvelle, instruite des errements de celle qui a péri dans la droitisation extrême de la Refondation.

Et pour finir, rappelons-le aux esprits distraits par l’événement de cette libération provisoire : loin d’augurer le retour en force d’une quelconque ère de l’impunité conviviale, la libération d’ Affi Nguessan, Michel Gbagbo, Geneviève Bro Grébé, Justin Koua, Narcisse Téa Kuyo, Aboudramane Sangaré, Alcide Djédjé, Moïse Lida Kouassi, Martin Sokouri Bohui, Alphonse Douaty, Séka Obodji, Henri-Philippe Dakoury-Tabley, Konandi Kouakou et Nomel Djro, est le signe d’une justice ivoirienne sereine, qui ne manquera pas de trancher entre victimes et coupables de la dernière crise postélectorale, pour que soit à jamais tournée la page de l’imposture qui a commencé quand un homme, un seul homme, aujourd’hui à La Haye, a voulu qu’on sacrifie toutes  les libertés des Ivoiriens pour lui. Mal lui en a pris, hélas, pour le Bien Suprême de la Côte d’Ivoire qui demeure la boussole de toutes les bonnes volontés en cette république-laboratoire de la modernité africaine contemporaine.

 

 

 

« La première faute n’est pas grave, c’est sa répétition qui consacre un idiot »

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politiques
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commentaires

odebremondieres 06/08/2013 23:39

Gbagbo n'ayant pas perdu les élections de 2010, les prémisses sont fausses d'entrée de jeu...D'autre part, la liberté d'opinion est totale donc ils peuvent tout dire; si la liberté de parole
politique n'est pas totale = pas de démocratie ou une sinistre "démocratie populaire" de triste mémoire...Le multipartisme existe depuis 1992, Ouattara devrait être au courant comme SORO (c'est
vrai qu'un rebelle a du mal à prendre en compte les autres !)
Il est nécessaire que le FPI continue à s'opposer à la dioulaterie !!