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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 22:39

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Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie, Paris, France

 

Il y a dans la relation entre un peuple et son chef, des rendez-vous qui ne se manquent pas. Ils sont les expériences cruciales qui attestent de leur intimité ou de leur désunion, de leur symbiose ou de leur séparation. Telle est par nature, la fonction d’un référendum. Consultation du peuple en vue de savoir ce qu’il désire de lui-même, pour lui-même et par lui-même, le référendum est le référentiel absolu de la souveraineté dans les démocraties modernes. Il est la respiration essentielle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, expression de leur volonté d’être ce qu’ils sont, dans l’espace et le temps d’une période décisive de leur aventure historique. Il faut donc au moins que trois conditions soient remplies pour que cette rencontre entre le peuple et ses institutions, mais aussi entre le peuple et le chef de ses institutions, le chef de l’Etat, soit possible : 1) Il faut une volonté populaire de déterminer l’avenir de la nation ; 2) Il faut le courage et l’humilité d’une élite politique résolue à se soumettre à la volonté souveraine du peuple ; 3) Il faut que la question de confiance posée au peuple ait débordé les compétences des partis, des négociateurs et médiateurs de tous bords, pour devenir l’affaire régalienne de l’ensemble des citoyens rassemblés en peuple. Dans la présente tribune, il s’agit précisément de se demander si ces trois conditions sont remplies pour qu’une consultation du peuple souverain du Burkina Faso soit nécessaire en vue de la révision ou non de l’article 37 de la constitution burkinabè, dans la perspective d’une compétition présidentielle 2015 qui verrait le président Blaise Compaoré se soumettre à nouveau à l’approbation électorale éventuelle de son peuple. On l’a bien compris, j’exerce, par-delà les amateurs de polémiques stériles et de leçons de démocratie à géométrie variable, mon  droit et mon devoir citoyens de penser avec acuité la spécificité de l’équation politique burkinabè actuelle. Et je suis le seul comptable/responsable de mes conclusions.

 

La chaude polémique engendrée par la réaction de l’opposition burkinabè et de ses affidés aux déclarations d’intention du président Compaoré en début décembre 2013 a produit une batterie d’arguments contre la révision éventuelle des clauses de limitation de mandats présidentiels incluse dans la constitution actuelle. On a, en mars 2014, l’avantage du recul nécessaire à l’identification desdits arguments et de leurs limites. Ces arguments sont émotionnels, juridico-politiques, économiques, géostratégiques et tactiques. Que valent-ils à l’épreuve de la critique ? On ne perd rien à les réévaluer, froidement.

Les arguments émotionnels sont les plus nombreux, certes. On a crié au scandale, au viol, à l’escroquerie, au mépris, à la honte. Toutes les imprécations tournaient autour d’une thèse : « 26 ans au pouvoir, c’est trop ! Blaise Compaoré doit partir. » Le paradoxe de cette affaire est que les meneurs de la fronde anti-Compaoré ont été eux-mêmes pendant lesdits 26 ans, pratiquement tous au pouvoir avec lui. C’est sous son magistère qu’ils se sont faits un nom, un salaire, une expérience politique, un agenda d’adresses nationales et internationales, une respectabilité dans le pays comme en dehors. A bien comprendre l’argument émotionnel donc, c’est en même temps que les Zéphyrin Diabré, Arba Diallo, Etienne Traoré, Ouédraogo,  Saran Sérémé, Roch kaboré, Salif Diallo, Simon Compaoré, que le président Blaise Compaoré devrait se retirer de la scène politique. Sont-ils prêts à renoncer à la politique, ces enfants longtemps gâtés de la république sous Blaise Compaoré qui ne rêvent que de s’asseoir à sa place, et non plus à la leur, au Palais de Kosyam ? Sont-ils prêts à accepter un véritable renouvellement générationnel de la politique burkinabè ? J’en doute.

Les arguments juridiques ont été brandis, dans la même foulée. La forme républicaine de l’Etat, a-t-on dit, exclut l’annulation de la clause de limitation de mandats présidentiels. La constitution, a-t-on ajouté, est très claire en son article 37 : deux mandats et rien de plus ! Mais qui n’a pas vu que les articles 160 à 168 de la même constitution n’excluent point l’article 37 de ses clauses révisables ? Qui dira que l’absence de limitation de mandats est un vice anti-républicain si la transparence des consultations électorales n’est pas en cause et si une incapacité notoire à gouverner n’est point opposable à un candidat national au scrutin présidentiel ? Le droit, c’est clair, ne s’oppose en rien à la révision de l’article 37 de la constitution burkinabè. Et ce n’est pas parce qu’on devrait affronter un candidat de la taille du président Compaoré à l’élection présidentielle de 2015 que la démocratie burkinabè périrait.  Comment nier que la vacuité des objections juridiques à la soumission de l’article 37 au référendum ouvre largement aujourd’hui au président Compaoré le boulevard qui mène à la consultation du peuple souverain du Burkina Faso ?

Les arguments économiques des opposants au référendum populaire ne sont pas passés inaperçus. La pauvreté bat encore son plein dans le pays et les ressources devraient être affectées aux plus vulnérables au lieu d’être dilapidées dans des questions résolues depuis longtemps par la loi. Imparable logique, dirait-on. Mais à y regarder de près, on en doutera vite. La crise politique déclenchée par l’opposition face à  l’intention présidentielle de soumettre l’article 37 à une révision éventuelle cache un différend sérieux sur les modalités futures du vivre-ensemble burkinabè. C’est bien de la paix, condition précieuse à tous les progrès, qui en jeu derrière le refus du dialogue affiché par l’opposition de janvier à mars 2014. Il y a d’une part, en effet,  le Burkina de la vengeance, incarné globalement par l’opposition radicale et d’autre part, le Burkina du vivre-ensemble et du progrès continu dans l’espérance, incarné par l’œuvre herculéenne du président Blaise Compaoré. En s’opposant à la consultation référendaire, le Burkina de la vengeance indique son choix d’une logique conflictuelle qui peut s’avérer économiquement plus couteuse encore à cette nation. Le référendum sur l’article 37, ne sera-t-il pas le prix juste de la paix au Burkina Faso ? On ne saurait douter du rôle crucial que le peuple doit jouer dans l’arbitrage des prétentions en compétition ici.

Les arguments géopolitiques qui sont apparus dans le débat ne sauraient être négligés. La charge de l’opposition radicale burkinabè contre l’incitation au dialogue interne formulée par le grand voisin ivoirien a montré que la présidentielle 2015 revêtait une signification transfrontalière. Les stratèges du Front Populaire Ivoirien, en embuscade autour du Faso, ne se sont pas cachés pour escompter des bénéfices de la chute espérée du président Blaise Compaoré au Burkina Faso. La charge des Saran Sérémé, Etienne Traoré et des hordes d’internautes lobotomisés de haine à leur service est venue ajouter la bouillabaisse de la vengeance à la mayonnaise des menaces de règlements de compte contre le régime Compaoré, tout comme aux promesses ouvertes de fragilisation du régime Ouattara. Faut-il considérer qu’un régime du Burkina Faso hostile au pouvoir ivoirien actuel est une bonne nouvelle pour la paix et la stabilité de la sous-région ouest-africaine ? Surtout pas. Il est encore plus nettement apparu que le président Blaise Compaoré n’avait pas fini son magistère d’harmonisation de la sphère géopolitique ouest-africaine. Compter davantage avec lui à Ouagadougou, c’est la sagesse des circonstances actuelles qui l’enseigne aux observateurs attachés à la consolidation des démocraties ouest-africaines. La dernière visite du Chef d’Etat-major des armées françaises au Chef de l’Etat burkinabè ne vient-elle pas confirmer cette donne géostratégique indiscutable ?

 

Concluons cette analyse : le référendum sur l’article 37 s’impose désormais comme l’issue évidente à l’impasse actuelle du dialogue politique burkinabè. La seule question qui vaille désormais est de veiller à la transparence scrupuleuse de cette consultation populaire que j’espère franchement imminente. Sur le principe, la déclaration d’intention du président Blaise Compaoré en début décembre 2013 est inattaquable. Seul le peuple burkinabè peut lui répondre en fait, dans le respect de la loi. Le référendum sur l’article 37 s’impose parce que ni le pouvoir, ni l’opposition burkinabè ne peuvent revendiquer la voix du peuple entier du Faso. Il faut qu’il parle par lui-même et que nul ne s’immisce à sa place. Le référendum sur l’article 37 s’impose parce que les arguments émotionnels, économiques, juridico-politiques et géostratégiques plaident, par leurs limites évidentes, pour un arbitrage clair et net de la véritable instance souveraine de la jeune démocratie burkinabè, maintenant que les négociations ont montré leur impuissance.  Le référendum sur l’article 37 s’impose en outre parce que le temps presse et que la pire des choses qui puisse arriver au Burkina Faso en 2015, ce serait de tomber pieds et poings liés dans les bras des bébés gâtés de la république qui ont participé aux 26 ans de pouvoir du président Compaoré et qui redoutent désormais une seule chose : que le CDP du Président Compaoré et ses alliés sautent courageusement cette génération de has been menant le Burkina Faso à l’ère des vengeances, et choisissent, sous le magistère du Président Compaoré, la préparation d’une alternance générationnelle exemplaire à la tête du pays des hommes intègres. N’est-ce pas, au fond, ce qui fait trembler les adversaires anticonstitutionnels du référendum sur l’article 37 ? Car les trois conditions énoncées en début d’analyse sont parfaitement remplies pour ce grand passage historique à l’acte. Parions pour la sagesse du grand peuple du Burkina !

 

 

 

 

 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politiques
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commentaires

odebremondieres 15/04/2014 23:13

Et Compaoré a-t-il laissé le temps à Sankara de faire un dernier référendum ?