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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 23:13

 

Le FPI a-t-il perdu la raison ?

 

2ème partie

«  Pour une psychothérapie collective du FPI »

 

La santé politique d’un pays démocratique se mesure, non seulement à la force, à la vigueur et à la justice de son gouvernement, mais aussi à la solidité de son opposition politique, en termes d’organisation, de capacité d’offrir des alternatives à la pensée majoritaire, mais aussi de préparation des compétitions électorales futures qui décideront de la direction légitime du pays. Or, dans le cas de la Côte d’Ivoire, nous l’avons assez montré dans notre précédente tribune sur « les névroses et les psychoses du FPI », l’opposition extraparlementaire est clairement malade, en crise de sens, de proposition, de pertinence et même de projet. Nous avons établi un diagnostic névrotique et psychotique en ce qui concerne précisément le FPI parce que : a) Travaillé de longue date par l’obsession du pouvoir pour le pouvoir – « On gagne ou on gagne »- , l’ex-parti majoritaire a manifestement perdu la distanciation critique typique des grands appareils de gouvernement, au point de s’enfermer, comme on le voit aujourd’hui, dans une logique jusqu’au-boutiste du « tout ou rien », typique des névrosés obsessionnels, car « y a rien en face » ; b) Déterminé à s’accaparer de la majorité politique par tous les artifices, le FPI, confronté à des échecs répétés, a fini par développer le syndrome phobique, puisque sa logique suppose que ses impuissances économiques, culturelles, sociales et politiques soient compensées par la bouc-émissarisation de tiers vulnérables ( étrangers, nationaux discriminés, blancs) , susceptibles de distraire l’attention de l’opinion publique de l’échec structurel de la Refondation à transformer positivement la société ivoirienne ; c) Enfermé dans cette impuissance, le FPI aurait alors sombré dans l’hystérie, tirant parfois sur tout ce qui bouge, et transformant, comme on l’a vu de 2000 à 2011, la Côte d’Ivoire en no man’s land des Escadrons de la Mort. Ne sont-ce pas des faits ?

 Ce bilan psychopathologique aura décidément fait grincer des dents, la presse s’en étant parfois emparée comme d’une attaque du camp Ouattara-Soro contre le FPI. Faut-il rappeler ici que mes analyses ne sont commandées par personne et que je suis le seul et unique responsable de mes intuitions ici exposées ? Où est donc la liberté de penser, apparemment si chère à nos chansonniers de la démocratie, si la moindre ligne qui ne leur convient pas est nécessairement le signe d’un complot en marche ? La noblesse de caractère qui commande nos actes nous interdit pourtant résolument de pratiquer l’art vicieux du coup de pied de l’âne. Mais où a-t-on vu un authentique médecin attaquer autre chose dans le patient, si ce n’est la maladie ? Loin de vouloir ruer dans les brancards, notre démarche consiste à chercher les derniers éclairs de bon sens dans la conscience collective du FPI, afin de les raviver, pour la sauvegarde de la Côte d’Ivoire. On nous a ardemment reproché, dans la nébuleuse des Refondateurs notamment, de n’avoir pas fait cas de la violence venue du MPCI, du RDR, ou du PDCI, à laquelle le FPI aurait réagi.  Mais comment peut-on faire si peu de cas du chronogramme, des acteurs et du déploiement du procès historique de la violence politique de masse en Côte d’Ivoire ?

Un minimum de fidélité aux faits, depuis 1999 au moins, révèlerait ceci : du coup d’Etat de 1999 contre le régime du PDCI à la rébellion de 2002 contre le régime FPI, une seule et même exclusion, celle inspirée par l’idéologie de l’ivoirité, a agressé et contraint les parias de la nation ivoirienne d’alors à prendre les armes pour sauver leur peau, mais aussi pour demeurer des citoyens à part entière dans leur pays. Pour me résumer donc : l’agresseur récurrent dans la crise ivoirienne de ces dernières années, ce sont les idéologues de l’ivoirité et leurs suiveurs. Ce n’est à chaque fois, en 1999, 2002 et même 2011, qu’en légitime défense que les parias ciblés réagissent et obtiennent au forceps leur pleine reconnaissance dans leur patrie. Je l’ai souvent dit et je le répète : la guerre contre l’ivoirité est moralement légitime, alors que la guerre pour la restaurer est moralement illégitime. La première vise l’instauration durable de l’égalité parmi les citoyens, la seconde la restauration de la domination. La question qui urge désormais n’est-elle donc pas clairement la suivante : comment sortir le FPI de cette mauvaise passe pour redonner à la démocratie ivoirienne l’opposition moderne que sa majorité démocratiquement élue appelle et mérite ?  

On ne saurait convoquer manu militari tous les militants du FPI, ou du moins tous ses dirigeants en consultation psychiatrique sans tomber dans le piège totalitaire. La Côte d’Ivoire sous Alassane Ouattara n’a rien d’un Archipel du Goulag. C’est une démocratie émergente. On ne peut forcer personne de s’assagir, dans une démocratie. Le pluralisme politique  inhérent à l’ordre démocratique suppose aussi une forme de tolérance envers les bornés qui s’entêtent.  Tolérance, ai-je dit, mais ni laxisme, ni naïveté. Devant une organisation politique malade, la collectivité doit donc procéder par thérapie indirecte, en donnant ces leçons de choses qui remplacent parfois bien des longs discours, mais en prenant aussi des dispositions concrètes – sécuritaires notamment -  pour contenir les errements des délirants, afin que nul n’en ignore et que nul n’en pâtisse indûment. Une psychothérapie collective du FPI ? Oui, décidément, mais indirectement, de façon homéopathique, si l’on veut respecter la démarche inclusive et apaisée qui commande la vision moderne du Président Alassane Ouattara.  On peut imaginer au moins trois sortes de réponses au mal-être du FPI : a) La mise de ses dirigeants face à leurs responsabilités actuelles, par les mécanismes de justice, en toute transparence et pertinence ; b) L’organisation d’une confrontation collective du FPI avec la vérité de son histoire réelle et les conséquences de ses œuvres dans la chair traumatisée de la nation ivoirienne ; c) La réalisation effective du programme de développement et de modernisation des régions du pays meurtries par l’idéologie des Refondateurs, autant par leur suivisme aveugle que par les représailles subies en raison de leur incompatibilité notoire envers le FPI. Je voudrais consacrer les trois derniers paragraphes de cette dernière tribune à explorer les ressources de cette trithérapie homéopathique qui combinerait une psychothérapie judiciaire, une psychothérapie médiatico-intellectuelle et une psychothérapie socio-économico-politique. Je m’installe résolument ici dans le courant de la psychothérapie existentielle qui « postule que le conflit interne ne découle pas seulement de notre lutte contre les pulsions instinctuelles refoulées, l’influence intériorisée d’adultes significatifs ou encore des fragments  de souvenirs traumatiques oubliés, mais également de notre confrontation aux « données » de l’existence. »

 

Psychothérapie judiciaire

 

La démarche par laquelle le gouvernement du Président Alassane Ouattara, loin de choisir comme le FPI autrefois au pouvoir, la voie basse du meurtre, assigne les incitateurs de haine, les élites responsables de crimes divers et les extrémistes de la Refondation, à la hauteur du tribunal rationnel du droit, est absolument originale. Elle signe le retour de la Côte d’Ivoire à la véridiction et à la juridiction. Dans la confrontation des arguments juridiques, au rythme des plaidoiries d’Abidjan à La Haye, qu’il faut massivement médiatiser à notre avis,  la vérité  sur la nature réelle de l’ancien et du nouveau pouvoir ivoiriens éclate et s’administre par doses homéopathiques dans les opinions publiques nationale et internationale. C’est dans les tribunaux qu’il faut contraindre les plus excités à venir faire valoir leurs raisons, à faire face à leur forfaiture, à mobiliser tous les artifices en vertu desquels, niant la réalité, le FPI tient à entretenir l’insécurité et l’instabilité en Côte d’Ivoire jusqu’à la présidentielle 2015. En tant que juri-diction, lieu du dire du droit, le tribunal dans un pays renouvelé par des élections réellement démocratiques, comme c’est le cas de la Côte d’Ivoire, oblige ceux qui contestent les institutions de la république à les reconnaître ou à se marginaliser tout seuls. Le droit, dit aux Laurent Akoun, Simone Gbagbo, Pascal Affi N’guessan, Michel Gbagbo, Abou Drahmane Sangaré et compagnie, est l’expression d’une droiture de l’institution nouvelle envers les citoyens, aux antipodes des balles qui furent servies par la Refondation au Général Guéi et à son épouse. En sauvant la vie à Laurent Gbagbo et à la majorité des membres de son gouvernement, le régime Ouattara a inauguré son avènement par un geste d’humanité exceptionnel, dont tout le monde sait que la Refondation n’eût pas été capable si elle avait pu mettre le grappin sur ce qu’on appelait alors fort ironiquement « La République du Golf » en 2010-2011.

 

Psychothérapie médiatico-intellectuelle

 

Tout observateur averti de la Côte d’Ivoire actuelle ne peut que saluer le sens des responsabilités,  l’apaisement et le professionnalisme exemplaires qui impriment désormais leur marque dans les médias officiels ivoiriens. De Fraternité Matin à la RTI, finie l’époque où la haine, le sang, la sueur et les larmes étaient servis en uniques facteurs de lutte et en ultimes significations des existences en Côte d’Ivoire. Ouvrir la Radio Côte d’Ivoire, regarder la RTI ou lire Fraternité Matin n’est plus aujourd’hui un exercice de fureur et d’horreur, mais de réflexion et de sérénité. Mais cela dédouane-t-il le nouveau pouvoir ivoirien de la nécessité de mener en outre une politique médiatique plus offensive contre le révisionnisme et le négationnisme rampants des officines nationales et internationales du Front Populaire Ivoirien ? Il me semble nécessaire, par les temps de haute suspicion qui courent encore entre le pouvoir et son opposition extra-parlementaire, de tenir la dragée haute aux agents de l’ivoirité tapis dans de nombreuses formations politiques ivoiriennes du pouvoir et de l’opposition, par une contre-offensive médiatico-intellectuelle sur les questions qui fâchent et pendent au nez de l’Etat de Côte d’Ivoire : la nationalité, le foncier rural, l’intégration africaine, la relance du système éducatif et de l’enseignement supérieur, la réconciliation nationale, la conception cosmopolitique actuelle de l’Etat, les relations avec la France, le statut des femmes, le bilan exact du FPI au pouvoir, les réseaux persistants de corruption dans la nouvelle majorité, la clarification des rôles au cœur du RHDP pour une meilleure cohésion de l’action gouvernementale, etc. L’ouverture d’un espace public dialogique et vivant s’impose de toute urgence en Côte d’Ivoire, si l’on ne veut pas voir l’inconscient politique de cette nation s’épaissir de nouvelles pulsions refoulées dont l’effraction-retour serait fatale aux acquis précieux, mais encore fragiles de la paix et du progrès en ré-émergence. En contraignant les défenseurs et autres penseurs du FPI à s’exposer à un débat nourri, averti et compétent, on participe de fait à leur retour parmi le monde des gens ordinaires, où le bon sens se fait chose du monde la mieux partagée. La confrontation des idées, dans les pages des journaux et dans les médias, dans les livres et les colloques, est la sève dont vivra la société civile ivoirienne, longtemps prise en otage par des entrepreneurs politiques parfois sans projet autre que la confiscation des âmes comme strapontins vers les fastes du pouvoir.

 

Psychothérapie socioéconomico-politique

 

Devant la pauvreté persistante d’un grand nombre d’Ivoiriens, le chômage des jeunes et la réparation inachevée des zones traumatisées du pays, force est de reconnaître que le plus grand pansement au malaise politique semé par la politique de la chaise vide et de la terre brûlée du FPI,  sera le succès socioéconomique du gouvernement du RHDP là ou celui du FPI aura échoué pendant 10 ans. Quand des jeunes ivoiriens retrouveront massivement  des emplois, quand la sécurité sociale ivoirienne garantira davantage de prestations aux plus démunis, quand les changements infrastructurels engagés par le Président Alassane Ouattara porteront à plein régime leurs fruits, il y a fort à parier que le FPI perdra définitivement ses illusions et que les Ivoiriennes et les Ivoiriens n’y verront plus qu’un parti du passif et du passé. La réussite des réformes socioéconomiques qui élèveront le standard de vie des Ivoiriens est donc en elle-même thérapie. Elle montrera ce pourquoi le changement est advenu en 2010 en Côte d’Ivoire. On verra alors pleinement, comme le dit si bien le Professeur Augustin Dibi, que la Côte d’Ivoire contemporaine vérifie amplement la maxime christique que voici : «  A leurs fruits, vous les reconnaîtrez ».

Voir lrvin Yalom, L’art de la thérapie, Paris, Galaade Editions, 2013, p.13

 

 

 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans analyses sociales - politiques - économiques
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