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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 12:44

 

« La construction d’une alliance transfrontalière funeste : ses lieux, ses acteurs, ses thèmes et ses moyens »

 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie

Paris, France

 

         La bêtise, par-delà les frontières, attire ses pareilles. Inimitable dans sa façon canine de s’asseoir, elle réunit ses dévots par l’aimant des ressemblances funestes. Le mal ne guérit pas seulement le mal. Il l’attire et l’attise de plus belle, à la gloire de la descente aux enfers qui constitue son apothéose indiscutable. L’actualité géopolitique ivoiro-burkinabè ne nous offre-t-elle pas une nouvelle occasion de nous en convaincre ? Voyons. Telle une hydre à deux têtes, la plus ignoble des machineries politiques se prépare actuellement sur les deux rives de la frontière ivoiro-burkinabè. Déterminés, pour les uns, à restaurer contre vents et marées,  le sankarisme pur et dur au Burkina Faso, tout comme pour les autres, à réussir une re-gbagboisation au forceps de la Côte d’Ivoire, les anticolonialistes dogmatiques des deux pays viennent de formuler ouvertement les termes de leur alliance objective contre les régimes Compaoré et Ouattara, accusés d’être les agents serviles de la tristement célèbre Françafrique. Il s’agit précisément pour nous dans la présente analyse, de décrire d’abord la construction de cette alliance funeste, combinant des thèmes idéologiques bien rebattus, des acteurs politiques au chauvinisme de zélotes, des médias dopés d’unilatéralisme, des relais aveugles dans les mouvements de jeunesse, et des appuis militaires plus ou moins officieux aux deux rives de la frontière ivoiro-burkinabè. Dans un second moment, nous tenterons de cerner la tactique et la stratégie des comploteurs chauvinistes burkinabè et ivoiriens, afin de comprendre la logique de dominos qui préside à leur funeste projet d’ensanglantement de la politique de Ouaga à Abidjan. Enfin, il s’agira d’indiquer les bonnes raisons de penser que les démocraties burkinabè et ivoirienne briseront les reins à cette énième imposture, en vertu de la clairvoyance tactique et stratégique qui préside à leurs destinées respectives.  On comprendra ainsi  pourquoi bientôt, au sortir des élections présidentielles de 2015 qui redonneront pleinement la voix aux souverainetés populaires des deux pays, sans coup férir, le complot des extrémistes burkinabè et ivoiriens contre les régimes Compaoré et Ouattara aura résolument fait long feu.

 

I

La construction d’une alliance funeste 

 

         Les extrémistes burkinabè et ivoiriens ont un certain nombre de caractéristiques communes : cela va des lieux de leur rassemblement aux programmes politiques qu’ils se donnent, sans oublier les figures complices qui les incarnent, par-delà les deux bords de la frontière ivoiro-burkinabè et grâce à l’enchevêtrement des diasporas africaines. Pour comprendre comment s’organisent ces manants, il donc conviendra de reconstituer leur géographie, leur leadership, leur idéologie et leurs perspectives d’action.

         L’extrémisme ivoiro-burkinabè est une alliance de raison, et non de cœur. De 2000 à 2011, des militants, miliciens et soldats pro-Gbagbo ont allègrement tué des burkinabè en Côte d’Ivoire et tous les opposants burkinabè, y compris les plus discrets, l’ont en travers de la gorge. Mais quand on se noie, n’est-on pas prêt à s’accrocher au besoin à la queue secourable d’un serpent ? La raison qui fonde cet extrémisme complice est une visée politique commune et immédiate, frappée au coin du réalisme le plus âpre : reprendre le pouvoir par tous les moyens, pour ce qui est des sankaristes burkinabè, tout comme pour les radicaux prophètes du retour de Gbagbo au pinacle de la Côte d’Ivoire. De part et d’autre, les gauchistes ont donc choisi de mettre provisoirement leurs rancoeurs historiques sous l’éteignoir, en réserve de règlements de comptes à venir. Pour faire tomber les présidents Blaise Compaoré et Alassane Ouattara, aucune compromission ne sera de trop, estiment nos agents de l’intox, qui manquent cependant de prudence en nous révélant par excès de zèle leur géographie stratégique. Il faudra clairement retenir que le Ghana et l’Occident, mais aussi la presse bleue et la presse sankariste sont devenus les lieux de prédilection de ces nouveaux associés pour le meilleur et le pire. Décrivant avec appétance la crise opposant l’opposition au pouvoir au Burkina Faso ces dernières semaines, Marcel Amondji,  l’une des têtes de l’hydre bicéphale s’exprime dès lors à partir d’Accra, où une forte communauté d’exilés ivoiriens a rejoint les représentants de l’opposition sankariste de longue date en hibernation dans les mêmes lieux :

« Certes, c’est aux Burkinabè d’abord que ces questions-là sont actuellement posées très sérieusement par leur propre histoire, et c’est donc à eux seulement qu’il appartient d’y répondre. Mais leur réponse nous intéresse aussi, nous autres Ivoiriens car, selon qu’elle sera négative ou positive, selon qu’elle autorisera certaines gens à revenir triomphalement dans l’arène ou les en bannira définitivement, leur décision aura pour notre pays des retombées heureuses ou malheureuses. »[1]

         Point besoin d’avoir le don de lire entre les lignes pour comprendre ce qui précède. Marcel Amondji, l’un des penseurs les plus actifs de la déstabilisation des institutions ivoiriennes issues de la présidentielle de 2010 affirme sans ambages, depuis le Ghana, après moult conciliabules avec l’opposition radicale burkinabè,  que la chute de Compaoré au Burkina, et son remplacement par un régime sankariste seraient de bonnes nouvelles, voire des conditions sine qua non pour le retour des frontistes au pouvoir en Côte d’Ivoire, puisque de fait, ils pourraient résolument compter sur l’alliance avec Ouagadougou. Ainsi s’affiche, sans sourciller, la théorie des dominos des nouveaux alliés du radicalisme gauchiste burkinabè et ivoirien : faire tomber Compaoré, c’est se donner de fait les moyens de faire tomber Ouattara, et vice-versa, pense-ton. La chute du régime du CDP à Ouaga devrait inéluctablement entraîner celle du RHDP à Abidjan… Ainsi, c’est la règle du « aide-moi et ainsi tu t’aideras toi-même » qui semble être devenue la maxime fondamentale de la Realpolitik des oppositions radicales de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso.

         Les médias de l’opposition radicale burkinabè, les nuées de sites web plus ou moins hétéroclites qu’elle mobilise avec plus ou moins de succès, ont ainsi été fusionnés avec les plateformes des  activistes des médias de l’opposition radicale ivoirienne, avec la presse bleue en relais systématique de tous leurs mots d’ordre et slogans. La meute des haineux de Côte d’Ivoire et du Burkina a mis ses moyens d’audience en commun et en réseau. Les uns veulent venger Gbagbo, les autres Sankara. Tous ne croient qu’en un seul programme politique : la vengeance, la rancœur et les règlements de comptes infinis, qui de longue date font la politique archaïque de tous les temps. Sans la moindre obligeance de comprendre les complexités de la révolution burkinabè ou des luttes citoyennes ivoiriennes, les extrémistes ivoiriens et burkinabè vont jusqu’à mobiliser des hordes d’analphabètes et de semi-analphabètes détenteurs de claviers qui pondent le tout-venant de leurs élucubrations stupides dans la médiapshère. On a vu naître des sites facebook d’incitation au sacrifice et au crime au Burkina comme en Côte d’Ivoire,  tels le CIBAL, soi-disant balai citoyen burkinabè qu’animent massivement aux côtés de quelques excités de l’opposition burkinabè, les activistes de la Refondation éparpillés à travers le monde, et sur lesquels se sont massivement inscrits les crieurs des marches pro-Gbagbo d’Europe, dans l’espoir d’y trouver un front de fragilisation latérale du régime Ouattara. On  a ainsi vu s’agglutiner sur la question burkinabè,  sous les ordres de l’élite sanglante du FPI embusquée au Ghana, toute la pègre du web africain rassemblée par les sieurs Kouamouo, Toussaint Alain, Claudus Kouadio, Doumbia Major, et autres amateurs de fables anticolonialistes à deux sous, qui se repaissent pourtant au quotidien des facilités de cet Occident qu’ils chargent allègrement de tous les péchés d’Israël. Tous ces gens ont leurs sites favoris, où roue libre, ils répandent à foison le poison de leurs calomnies sans lendemains qui vaillent, espérant sans cesse attirer dans leur repaire de mensonges et de suffisance labile, les derniers venus dans l’observation de la scène politique ivoiro-burkinabè.

         Mais le fond de toute cette conspiration n’est-il pas à chercher du côté des entrées revendiquées par les extrémistes burkinabè et ivoiriens parmi leurs militaires respectifs ? Quand des opposants radicaux haussent régulièrement le ton en Afrique, il y a fort à parier qu’ils croient avoir un bon gourdin sous le coude, contre les pouvoirs qu’ils veulent renverser. Et certes de 2011 à 2012 notamment, on a vu l’aile militariste du FPI attaquer et harceler les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire à partir du Ghana et du Libéria. Durant cette période tragique, l’armée ivoirienne a perdu un peu plus d’une centaine d’hommes dans la défense des institutions souveraines, légitimes et légales du pays durant ces deux années de virulent harcèlement. Echaudé par ses défaites, le FPI ne se rabat-il pas aujourd’hui sur l’espoir d’une insurrection militaire burkinabè qui croit attisée par les mutineries que le pouvoir Compaoré a également régulièrement essuyé ces trois dernières années ? Cela ne fait aucun doute. Partant du présupposé que le Faso fut hospitalier envers les exclus de l’armée ivoirienne qui finiraient par porter une  rude estocade au pouvoir illégitime de Laurent Gbagbo en 2002, les extrémistes ivoiriens font le calcul qu’un Faso débarrassé du président Compaoré correspondrait à un équilibre militaire plus favorable pour des insurgés futurs du FPI contre le pouvoir du président Alassane Ouattara.

 

Que valent ces préparatifs explosifs ? Affaire à suivre dans la deuxième partie de la présente série de tribunes sur LE COMPLOT DES EXTREMISTES IVOIRIENS ET BURKINABE.



[1] Marcel Amondji, haut cadre du Front populaire ivoirien réfugié au Ghana depuis la chute de Laurent Gbagbo en avril 2011, dévoile ici la convergence stratégique entre les oppositions radicales burkinabè et ivoirienne. http://eburnienews.net/2014/02/burkina-la-crise-qui-vient/

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politiques
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elkah 24/02/2014 13:45

Les pro-Gbagbos sont peut être dans le délire de croire que les jeunes opposants burkinabes sont en train d'entreprendre une revolution qui leur sera par la suite favorable. Mais je pense pour ma
part que cote burkinabè les choses ne sont pas perçues de la même facon. Conaissant bien les leaders des mouvements comme le Balai Citoyen cela m'etonnerait beaucoup. De plus aucune amitier
d'aucune forme n'a été formulee du coté burkinabè si je ne me trompe. Et même du cote du FPI ,il n'y a que quelques bloggeurs désespérés qui tiennent ce genre de propos pour encourager leurs
troupes. Alors ce complot s'il existe ,il est vraiment discret.

odebremondieres 21/02/2014 19:42

Quel beau discours, rationnel...sans passion...qui montre ses limites pour amalgamer des gens qui ont le même problème : un pouvoir arrogant et des fantômes, celui de Sankara celui de gbagbo...qui
font peur !