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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 00:07

 

Réponse d’un ancien étudiant du Professeur Augustin DIBI aux élucubrations de M. « René Kouadio »[1] sur le Maître.

Pr.-Dibi-Kouadio-Augustin.jpg

Une image du Maître Subtil de la philosophie ivoirienne

Abidjan, Bibliothèque Nationale, le 28 août 2012.

 

          Quand la lumière est si éclatante, elle devient source d’aveuglement pour les regards non accoutumés. Comment savourer des fruits succulents quand on a pris l’habitude d’en consommer de plus amers ?  Comprendre les intuitions aussi lumineuses comme celles du Pr DIBI exige un effort constant d’intime accord avec soi, dans un cheminement patient, ouvrant à l’horizon du sens, en lequel seuls se maintiennent ceux qui savent contempler la splendeur infinie des choses, au-delà de  toute contingence. Communiquer cette contemplation, qui transfigure les consciences immédiates pour qu’elles appartiennent à l’intime séjour du concept, demeure l’office permanent du Pr DIBI, qu’il ne se prive pas d’accomplir dans une majestueuse élégance. Que cela soit perçu comme une quête alimentaire n’en constitue pas moins une ignorance épouvantable, dont la lecture éparpillée de l’histoire, privée de sa substantialité, donne la pleine mesure. Comment cela aurait pu être autrement quand l’Absolu se refusant à la banalité des certitudes irréductibles invite la conscience au recueillement ; car c’est précisément ainsi qu’il reflète le mouvement intime de son devenir. Comprendre l’histoire, ce n’est pas faire un recueil de faits passés, mais laisser être le subtil de ce qui est, en l’accueillant à partir de ce que nous avons d’essentiel ; car ce qui nous apparaît comme tel dans le quotidien des choses reste tributaire d’un inapparent pour lequel nous sommes des êtres dotés de conscience. Conscience et Absolu doivent nécessairement coïncider  pour qu’advienne  l’humanité continue de notre historialité. En effet, une conscience qui se prive de l’horizon de l’Absolu se déstructure, pour apparaître comme un ornement ontologiquement  sans répondant existentiel. Une telle déstructuration est d’autant plus périlleuse pour la société humaine qu’il est absolument nécessaire de s’approprier la conscience de manière permanente dans les sphères les plus familières et communes de notre existence, comme la politique.  Investir le champ politique du discours de l’Absolu, pour nous préserver de l’errance, est bien ce que donnent à méditer les diverses contributions du Pr DIBI, qu’il serait tout autant injuste et malhonnête de voir comme une façon de se déculotter pour des préoccupations ventrales.

     Quand  le destin d’un homme met à mal le cours de l’histoire d’un pays pendant des années, en emportant trois pouvoirs successifs (BEDIE, GUEI, GBAGBO) frappés d’immobilisme conceptuel, comment ne pas voir dans ce visage, celui d’Alassane OUATTARA, le lieu d’un discours substantiel que notre incapacité transcirconstancielle empêche d’entendre dans sa plus totale clarté pour faire émerger l’unité anhistorique de la diversité humaine dont seule une conscience politique enracinée dans le mouvement essentiel du devenir peut  saisir l’esthétique existentielle.  Parler d’ Alassane OUATTARA dans un rapport à l’universalité du sens essentiel, qui confère aux particularités existentielles la plénitude de leur donation, tel est l’aiguillon, absolument formidable de la méditation du Pr DIBI  que donne à voir cet excellent texte, intitulé : A leurs fruits,  Vous les reconnaitrez. ( Fraternité Matin du Vendredi 16 Novembre 2012) . Faut-il en conclure qu’il y a là un éloge puéril digne des pures vociférations populaires ? Sans doute non ! C’est l’écoute recueillie et recueillante de l’unique lieu, où se dit l’épaisseur de l’être de l’homme : le visage de l’autre.  Celui qui sait se recueillir avec le Pr DIBI constate  qu’il y a une constance chez lui, la convocation constante d’une parole fondatrice et essentielle : L’ECRITURE SAINTE. En Novembre 2010, entre les deux tours de l’élection présidentielle, il publiait déjà un texte tout aussi excellent que les autres, intitulé : La pierre rejetée par les bâtisseurs, devenue angulaire, faisant référence au Psaume 118, 22. (Vendredi 19 Novembre 2010  dans le Patriote et dans le Nouveau Réveil). Cela suscita la réplique du Pr SERY BAILLY dans un numéro de Notre Voie, où il voyait plutôt une pierre anguleuse, avec les sens que cette métaphore implique, à propos justement d’Alassane OUATTARA.   Qui sait lire cette intime conviction du Pr DIBI, comprendra que l’ECRITURE SAINTE  est l’excellente expression du Tout de l’ABSOLU se donnant vivant dans l’unique visage humain, le CHRIST, où doit resplendir l’essentialité de notre humanité.

       L’article de Monsieur KOUADIO Réné fait penser à la réaction de Jean Marie ADIAFFI, avant sa mort en 1999, quand il s’est offusqué du titre d’un journal de l’opposition qui avait écrit : «  Silence ! On mange . »  L’auteur du texte s’indignait de ce que l’écrivain ait perdu sa verve critique depuis qu’il est entré au ministère de la culture avec ZADI ZAOUROU.  Comme réponse, à une émission télé, ADIAFFI s’est écrié : «  Il y a des gens dans ce pays qui sont frappés d’une cécité intellectuelle si bien que lorsqu’on veut penser pour l’intérêt supérieur de la nation, ils disent ADIAFFI mange . Bon sang ! ADIAFFI mange quoi même ! »  Il y aura toujours des hommes dont l’incapacité à laisser venir à eux le  champ de l’admiration fondamentale rendra problématiques leurs rapports aux brillants esprits. M KOUADIO Réné est titulaire d’une maîtrise en philosophie . Bien qu’importante, elle demeure très insuffisante pour saisir l’Absolu, qui, dans sa lente et longue pédagogie, déborde quatre années d’études pour investir toute une vie comme celle que peuvent lui offrir des personnes comme le Pr DIBI. Comprendre le Pr DIBI dans son amitié avec l’Absolu, comme simplicité donatrice, dans lequel tout repose, exige un recueillement permanent. Comme l’écrit si bien HEIDEGGER : «  Le Simple garde le secret de toute permanence et de toute grandeur. Il arrive chez les hommes sans préparation, bien qu’il lui faille beaucoup de temps pour croître et mûrir. Les dons qu’il dispense, il les cache dans l’inapparence de ce qui est toujours le Même. (…) Le nombre de ceux qui connaissent encore le Simple comme un bien qu’ils ont acquis diminue sans doute rapidement. Mais partout ces peu nombreux sont ceux qui restent. »  Chemins de campagne in Questions IV, p.13.

 

Jean Gobert TANOH,

Professeur  Titulaire  de  Philosophie

Université de BOUAKE



[1] http://cerclevictorbiakaboda.blogspot.fr/2012/11/la-reponse-dun-etudiant-son-professeur.html

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politico-philosophiques
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