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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 19:05

Un billet de voyage du Professeur Franklin Nyamsi

A l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan.

 

These-Soro-Fampiemin.jpg

Quand un pays se relève, ses maîtres anciens constituent, créent et élèvent sans cesse de nouveaux maîtres qui garantissent la promesse de faire vivre le savoir pour les générations futures. Après la rénovation du cadre matériel des universités ivoiriennes, n’est-ce pas la structure mentale et spirituelle de celles-ci qu’il importe au plus haut point d’élever aux plus hautes exigences du Beau, du Vrai et du Bien ? La renaissance de l’université ivoirienne est résolument à l’œuvre et nous en avons au fil des mois de cette année 2012 des preuves vivantes. Ainsi le département de philosophie de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody a été le théâtre de moments de réflexion et d’émotion partagées qu’il nous plaît de signaler par le présent billet. Invité à participer à l’éclosion d’un nouveau docteur de l’université ivoirienne, je voudrais marquer ici d’une pierre blanche réflexive la facture emblématique de cet événement pour l’ensemble de la communauté universitaire ivoirienne, africaine et internationale.

            Au terme d’une recherche patiente et fructueuse sur « L’éducation et le développement chez Jean-Jacques Rousseau », le  doctorant Soro Fampiémin, travaillant sous la responsabilité du professeur Mathieu Lou Bamba (directeur de thèse), devant un jury composé des professeurs Augustin Dibi (président), Franklin Nyamsi ( rapporteur invité, Agrégé-Docteur de l’Université de Rouen), N’guessan Kouakou ( Président Honoraire de l’Université de Bouaké), N’guessan Dépry (rapporteur, Professeur à l’Université de Cocody), a brillamment soutenu son travail avec la mention « Très Honorable à l’unanimité des membres du jury ».

Le candidat Soro Fampiémin  a d’abord fait œuvre d’exégèse. Partant d’une analyse de la critique du progrès des sciences et des arts comme causes de la dégradation de la nature humaine, le jeune philosophe ivoirien établit que Rousseau propose un perfectionnement de l’humain par la mise en commun de la réforme morale de l’éducation et de la réforme contractuelle de l’ordre politique, c’est-à-dire la démocratie. Sans l’éducation des enfants aux normes universelles de la sincérité, de la bonté, de la simplicité et de la persévérance dans l’effort, la société politique hériterait d’individus incapables de se hisser au diapason de l’humain et donc de pseudo-citoyens. L’éducation au respect de l’Autre est donc inséparable de la construction de la cité politique. L’Ecole et la Cité survivent ou périssent ensemble.

Abordant ensuite la problématique du développement, le candidat nous présente un  premier Jean-Jacques Rousseau critique du développement entendu comme progrès technique et scientifique sans progrès moral. Il lit ainsi les deux premiers Discours de Jean-Jacques Rousseau où développement rime avec déchéance de la moralité sous l’effet de la perversion de l’Avoir, emblème du règne matérialiste de la quantité.  Par la suite, à partir du traité sur l’éducation nommé L’Emile de Rousseau, mais aussi Du contrat social, le candidat Soro Fampiémin nous conduit vers un concept nouveau de développement, « le développement durable », qui inscrit la perspective morale et citoyenne au cœur de l’action de l’homme dans la nature. Il apparaît finalement dès lors que c’est une éducation morale et une politique de la liberté qui peuvent promouvoir un développement à visage humain.

La démonstration du nouveau Docteur Soro Fampiémin ne touche-t-elle pas ainsi même à l’essence du Vivre-Ensemble dont la Côte d’Ivoire, l’Afrique et le monde ont ardemment besoin en ces temps de périls économiques, démographiques,  démocratiques et spirituels ? Je m’honorerai toujours d’avoir été de ce grand voyage intellectuel, aux côtés du Professeur Dibi Kouadio, Maître Subtil de l’Université Ivoirienne, dont l’interprétation métaphysique du geste du commencement comme condition et principe de la liberté humaine, a profondément ému le public venu nombreux à cette soutenance. Je me réjouirai toujours d’avoir vu aux côtés des professeurs Kouakou Nguessan, Mathieu Bamba Lou et Nguessan Dépry, une scène emblématique de la transmission spirituelle de la tradition de penser fraternellement le monde, tradition dont l’université ivoirienne, en s’imposant le cosmopolitisme qui sied à l’universel, sera de nouveau fière, je l’espère, après de longues décennies d’une décadence que l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau et sa relecture par notre collègue le Docteur Soro Fampiémin, devraient contribuer à renvoyer aux archives des mauvais souvenirs.

NB : Sur la photo ci-dessus, de gauche à droite,  Prof. Mathieu Lou Bamba,  Prof. Nguessan Kouakou, Dr. Soro Fampiémin, Prof. Augustin Dibi, Prof. Nguessan Dépry, Prof. Franklin Nyamsi, le 16 décembre 2012, Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire.

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans Analyses culturelles
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