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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 22:47

 

Guillaume-Soro-en-Asie.jpg

 

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie, Paris, France

 

On continue à se demander dans les opinions africaines - parfois avec une malveillance hélas sans vergogne - ce que le Président de la République Alassane Ouattara et son dauphin constitutionnel Guillaume Soro vont chercher à travers le monde. La surdité et le pessimisme font alors bon ménage, au détriment de l’effort de penser avec lucidité. Pourquoi dès lors, ne pas marteler aux esprits dubitatifs, l’évidence de la nouveauté du style qui dirige la Côte d’Ivoire actuelle ? Voici le fait : la nouvelle majorité du RHDP, au pouvoir depuis décembre 2010 en Côte d’Ivoire, est résolument cosmopolitique. Elle ouvre amplement le compas de son intelligence aux extrémités indéfinies du désir de modernité qui s‘est emparé des quatre coins de la planète en ce 21ème siècle commençant. Loin de s’enfermer dans les ornières éculées d’un nationalisme suranné ou d’un patriotisme revanchard qui maintiennent les Africains dans les cases prévues par d’autres pour eux, les dirigeants de la Côte d’Ivoire nouvelle me paraissent résolument attachés à l’exigence d’exemplarité qui fait la force d’une civilisation émergente. Une telle civilisation habite le monde et agit de concert avec toutes les forces et énergies qui le traversent, comme dans une orchestration philharmonique. Elle agit sans se contenter seulement de réagir, en inventant et créant sans cesse les conditions de sa modernité. N’est-ce pas la longueur d’onde dans laquelle il faut se situer pour comprendre la tournée asiatique actuelle du Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Kigbafori Soro ? J’aimerais dans la présente tribune répondre, à propos de cette visite, aux questions suivantes :1) Quelle est la géopolitique de l’Assemblée Nationale Ivoirienne version Guillaume Soro ? 2) Quelle place l’Asie, et en particulier l’Asie qui réussit autant sur les plans politiques qu’économiques, occupe-t-elle dans l’imaginaire du jeune président du parlement ivoirien ? 3) De quelles perspectives concrètes la percée asiatique de Guillaume Soro est-elle porteuse ? Il me paraît incontournable de passer par ces questions pour saisir toute l’originalité de la révolution parlementaire en cours en Côte d’Ivoire.

I

La géopolitique inclusive de Guillaume Soro

Dans la logique politique de la nouvelle majorité ivoirienne, il est clair que la Côte d’Ivoire, Etat commerçant de longue expérience, part du principe que dans un monde régi par les rapports de forces, les intérêts ténus et les codes du droit international, il vaut mieux d’ être un Etat qui ne décrète aucun autre Etat a priori comme ennemi. La géopolitique du parlement ivoirien nouveau est clairement ouverte dès lors aux quatre coins du monde, non pas comme une auberge espagnole où chacun s’invente un menu, mais comme une tour d’inspection du jeu du monde, pour pouvoir mieux le comprendre afin d’agir avec aplomb et succès. Contrairement à l’atmosphère de haine entretenue par la démagogie des Refondateurs pendant dix ans, la vision du monde de Guillaume Soro et du parlement qu’il dirige est  donc inclusive.

            Pourquoi et comment, me diriez-vous ? Allons au fond des choses. Pour la première fois depuis le décès d’Houphouët-Boigny, la Côte d’Ivoire est dirigée par un président démocratiquement élu, aux termes de l’une des élections les plus surveillées de l’histoire des nations. Quelle conséquence ? La république est légitime, de son sommet à sa base. De même, le parlement, issu d’un processus d’une comparable clarté, est l’émanation même de la volonté souveraine du peuple de Côte d’Ivoire. Cette force nouvelle de la légitimité issue de l’inclusion démocratique, venue des plus profondes entrailles d’une nation longtemps dirigée par des usurpateurs, donne crédit, courage et sérénité aux dirigeants légitimes pour discuter et négocier avec le monde, au nom d’un peuple qui se sait dignement et réellement représenté par ses élus. Pour s’ouvrir au monde, il est clair qu’il faut être bien assis en soi-même, sur des valeurs et des engagements sûrs, qui établissent une proximité morale entre le peuple et ses institutions libres.

Quelle est donc la méthode de cette géopolitique inclusive ? Elle consiste à être force de proposition envers les partenaires économiques et politiques disponibles sur tous les continents, d’Afrique en Asie, d’Amérique et Europe, d’Océanie et de toutes les îles. La nouvelle Côte d'Ivoire est autant intéressée à discuter et négocier avec les grandes puissances que sont les USA, la Chine, le Japon, l’Allemagne, le Royaume Uni, la Russie, la France ; qu’avec les puissances émergentes du Brésil, de l’Inde, de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie, ou enfin des Etats de moindre volume économique comme Haïti, à titre d’exemple. Qu’est-ce qu’être force de proposition ? C’est venir sur la table des négociations avec une vision et un projet propres d’émergence de la Côte d’Ivoire, montrer aux partenaires recherchés ce qu’ils gagneraient à y participer et les rassurer sur la crédibilité de la nouvelle direction du pays pour sa stabilisation économique, sécuritaire, sociale et institutionnelle. Cela suppose donc un ciblage des maillons à développer, une anticipation des apports sollicités, une projection concrète de l’émergence ivoirienne. Cela suppose surtout la connaissance intérieure des cultures économiques et politiques des partenaires recherchés, afin que les contrats s’établissent sur ce fond de confiance et de symbiose qui consolide justement l’âme du monde. La grande politique, on le voit, s’assoit aussi sur une grande attention à l’imaginaire des peuples. Car rien ne facilite autant le dialogue des peuples que la peine préalable prise pour voyager avec empathie et introspection dans le monde des symboles et des valeurs de ses hôtes possibles.

II

Le rôle de l’Asie dans l’imaginaire de Guillaume Soro

Une lecture diagonale des discours de Guillaume Soro permet justement d’y relever la présence répétitive du thème asiatique. Sur les réseaux et sites de l’Assemblée Nationale ivoirienne, les comptes-rendus de la tournée asiatique des parlementaires ivoiriens montrent la diversification des centres d’intérêts poursuivis par Guillaume Soro en Extrême-Orient. Chacun peut s’en imprégner pour s’en convaincre. Mais, plus expressif, un événement politique  récent en atteste à merveille. Le parlement congolais a ainsi été ému aux larmes à Kinshasa le 15 mars dernier, lorsque Guillaume Soro, dans une tirade monumentale, a appelé à la montée en puissance du Congo en disant : « Comme la Chine, quand le Congo s’éveillera… » !  Si le Congo a été présenté à Kinshasa comme un Etat-Continental africain, l’Asie est probablement un Continent-Idéal dans l’esprit de Guillaume Soro. Ne faut-il dès lors pas saisir qu’il y a une vision de l’Asie, mieux une vision par l’Asie chez Guillaume Soro ?  L’Asie, loin d’être simplement un continent au passé proche de celui de l’Afrique dans leurs luttes communes contre la domination occidentale des 19ème et 20ème siècles, est pour l’Africain Guillaume Soro la preuve tangible qu’il n’y a pas de fatalité de la pauvreté, de la misère, des pandémies, de la dictature et de l’échec civilisationnel. Des dragons du Sud-Est à l’immense Chine qui rivalise désormais au toit du monde avec la puissance américaine, l’Asie est le continent qui a démontré que là où la volonté, l’effort, la rationalité technicienne et le désir de modernité politique se conjuguent, l’éveil des forces matérielles, mentales et spirituelles positives apporte bien-être et dignité aux populations, en un temps record ! L’Asie est donc le continent de la victoire du travail sur la misère, des damnés de la terre sur la domination impériale, du génie de l’homme sur la bêtise des obscurantismes.

Le Japon, la Corée du Sud, Etats choisis par Guillaume Soro après sa tournée à Hong Kong et à Singapour, ne le sont donc point par hasard. Le chef du Parlement Ivoirien en a visité les lieux symboliques, les temples et les sages, mais aussi les institutions politiques et les grandes entreprises. Qui ne voit pas ici la stratégie symbiotique du député de Ferkéssédougou ? Entrer dans le monde imaginaire de l’asiatique, pour être à même de mieux négocier avec lui, de le comprendre et de l’inviter dans le monde de l’ivoirien, dans une démarche de mutualisation d’expériences. Que représentent donc ces pays ? Brossons-en rapidement une fresque édifiante. Ces pays ont été ravagés par les deux grandes guerres mondiales. Ils ont connu la violence de la confrontation impériale du bloc de l’Est et du bloc de l’Ouest dans le pacifique. N’oublions pas que, exceptionnellement menacés par une sismographie souvent violente, ces pays ne sont pas gâtés par la nature. Mais, qui plus est, de longue date engagés exemplairement dans l’expérience démocratique, ils ont réussi à préserver la force créatrice et la sagesse expérimentée de leurs cultures traditionnelles, à se moderniser politiquement sans sacrifier à une dépersonnalisation culturelle sans avenir.

Enfin, rappelons que ces pays, partis de bases socioéconomiques parfois inférieures, voire égales à celles de la plupart des Etats africains au moment de leurs indépendances dans les années 60, ont réussi cette chose formidable qu’est le développement industriel, la maîtrise des technologies de pointe et le montage d’entreprises devenues, notamment dans la sphère automobile, détentrices de monopoles immenses à travers le monde ! La dimension mondiale du Japon et de la Corée du Sud pouvait-elle laisser indifférent un homme politique comme Guillaume Soro qui a précisément compris, depuis ses années estudiantines de chef syndical, que la patrie véritable de l’homme politique accompli, ce n’est rien d’autre que l’ensemble des arcanes du monde, par-delà les frontières géographiques, politiques, culturelles et idéologiques ?  Allons davantage au détail des enjeux de la percée asiatique de Guillaume Soro. Nous verrons en émerger des perspectives résolument modernes pour son pays et l’Afrique.

 

 

 

III

Perspectives asiatiques concrètes et modernité ivoirienne

La démarche de Guillaume Soro en Asie se déploie clairement dans trois axes complémentaires d’action qui dessinent l’innovation radicale qu’il apporte au parlement ivoirien. Dans le cadre de la diplomatie parlementaire, Guillaume Soro, dans un premier axe, veut connecter le parlement ivoirien à tous les parlements du monde, dans toute la mesure du possible, afin d’atteindre par ce biais l’objectif de la proximité mondiale des élus et de la proximité réelle des peuples, véritables gages de sécurité, de paix et d’efficacité dans les relations internationales. Il vaut mieux faire de la politique avec des gens que l’on connaît. Ceci est une vérité de La Palisse. C’est ainsi qu’au Japon, comme en Corée du Sud, comme avant à Singapour et à Hong Kong, Guillaume Soro se veut d’abord l’ami de tous les parlementaires. In fine, l’objectif politique est aussi de ramener, à travers l’entretien d’une amitié cordiale avec toutes ces institutions, le savoir-faire de plus anciennes assemblées à Abidjan, de telle façon que le temps perdu par le parlement ivoirien soit plus rapidement rattrapé que par la seule méthode de la démarche autodidactique. Il y a là un filon de coopération  exemplaire entre les démocraties asiatiques et la démocratie ivoirienne.

Le deuxième objectif de Guillaume Soro, c’est la construction d’un partenariat économique original entre le parlement ivoirien et les grosses firmes internationales qui configurent le paysage mondial. Toyota, Hyundai, Mitsubishi, Samsung, Honda, etc. Autant de possibilités d’investissement et de sponsoring que la diplomatie parlementaire peut mettre à profit ! Il y a là, une idée féconde : les parlements ont des besoins économiques, les députés sont aussi des médiateurs des attentes des peuples en biens et service. De leur côté, les investisseurs asiatiques, à la recherche d’ilots de sécurité pour la prospérité de leurs capitaux, sont mis en confiance par les députés ivoiriens, pour miser sur l’emploi, la production et la consommation en Côte d’Ivoire, autant autour de chantiers infrastructurels qu’autour d’installations industrielles. L’action des parlementaires ivoiriens stimule et favorise dès lors un ciblage réussi des lieux d’atterrissage des projets engagés par la diplomatie gouvernementale avec les Etats sollicités.

Le troisième et non le moindre des objectifs de la percée asiatique de Guillaume Soro est le partage culturel. Il s’agit de faire comprendre aux Ivoiriens qui sont réellement les asiatiques et de faire comprendre aux Asiatiques qui sont réellement les Ivoiriens, afin de créer entre ces peuples, une conscience collective, un esprit de coopération qui servira de ciment et de fluide aux projets mutuels. Aller dans les temples bouddhistes d’Asie, discuter avec des sages hindous, prendre le temps de dialoguer avec les plus hautes consciences mais aussi les gens ordinaires d’un pays, c’est pénétrer dans son âme intérieure, et trouver ce qui fait sens pour ses enfants, femmes et hommes actuels. Voilà comment le travail, secret des secrets de l’Asie, est mis en relation par Guillaume Soro avec la présence de la méditation spirituelle dans les vies ordinaires, mais aussi l’extraordinaire fulgurance de la créativité des gens. N’est-ce pas une telle alchimie de valeurs et d’innovations, mais aussi de sérieux et d’efforts cohérents qui fera la force de la modernité ivoirienne ? Le présent en témoigne déjà.

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans analyses sociales - politiques - économiques
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