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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 21:06

(2èmepartie)

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« L’homme n’est ni ange, ni bête ; mais le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête».

 Voltaire

Un décryptage de  Franklin Nyamsi

Professeur Agrégé de philosophie

Docteur de l’Université de Lille 3

 

 

 Venons-en maintenant aux deux exemples majeurs qui constituent finalement la très fragile colonne vertébrale du propos du professeur Mamadou Koulibaly dans sa saillie[1]du 28 décembre 2012 contre le Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire : le propos porte d’une part sur l’invisible bilan de Laurent Gbagbo que Mamadou Koulibaly s’efforce monstrueusement de faire endosser au couple Gbagbo-Soro, et d’autre part l’exemple « moins évident », reconnaît l’ex-député de Koumassi, des motivations réelles de le rébellion du MPCI en 2002 que Mamadou Koulibaly fixe dans le seul désir grossier de jouir des nourritures terrestres dont la Côte d’Ivoire regorge. Je dois dire que nous affrontons malheureusement ici la partie la plus décevante du propos de Mamadou Koulibaly. Il faudra et il suffira de montrer que les postulats de la démonstration koulibalienne sont faux pour que tout le monde comprenne que ses conclusions sont tout aussi fausses, car sapées en leur prétendu fondement même. Si vous dites que 1+1=3 et que 2=1+1, vous dites logiquement que 2=3. Cela est formellement logique, mais la garantie matérielle de votre démonstration n’est pas établie. La vérité formelle n’est pas forcément conforme à la vérité matérielle.

 I° Car en ce qui concerne le premier exemple, Mamadou Koulibaly, qui fuit comme la peste l’épreuve du Miroir qui le confronterait à son propre bilan, le construit sur une décision irrationnelle d’occulter le contenu réel du bilan de la Refondation, au motif fallacieux qu’il ne saurait être objectif, la diversité des points de vue étant à cet égard un obstacle insurmontable. N’y aurait-il pas alors diversité de points de vue sur le bilan de Guillaume Soro ? Comment Mamadou Koulibaly peut-il enjamber le bilan des 10 années qu’il a passées aux côtés de Laurent Gbagbo pour en venir à lier Guillaume Soro à ce même bilan en s’en exemptant lui-même lâchement? S’il ne sert à rien de revenir ici sur le contenu du bilan de Gbagbo, à quoi sert-il d’en attribuer les échecs à Soro ? Peut-on d’une part dire qu’il n’y a rien et d’autre part tirer tout de rien ? Voilà le tour de chapeau auquel notre prestidigitateur du LIDER nous invite. Nous faisons face ici à ses talents de magicien de spectacle. Mais serrons-le de près, conformément à notre méthode. Citons donc in extenso notre débrouillard de l’argumentation contestant la supériorité qualitative du bilan de Guillaume Soro au sien à la tête de l’Assemblée Nationale : « Ne regardons même pas le contenu du bilan, qui a par ailleurs été dressé plusieurs fois et qui dépend des optiques des uns et des autres. Regardons simplement la forme de cette proposition, sans défendre d’ailleurs Gbagbo, qui se promenait en bateau avec Soro sur les lagunes d’Abidjan et le présentait toujours comme le meilleur de ses premiers ministres […] ». 

Tout le monde aura mesuré la lâcheté du lâcheur Mamadou Koulibaly, qui parle désormais de Laurent Gbagbo comme d’un parfait inconnu. Que s’est-il donc passé entre nos deux larrons en foire au point que Koulibaly en vienne à jalouser les virées du Président Gbagbo et du Premier ministre d’alors Guillaume Soro sur la Lagune Ebrié ? Tout le monde aura vu le détachement cynique et indifférent avec lequel celui qui prétend avoir claqué la porte de Marcoussis en 2003 par patriotisme traite celui que le FPI persiste à nous présenter comme l’homme providentiel de la Côte d’Ivoire, le patriote éternel d’Eburnée, « l’homme de l’année 2012 » ! Or, qui ignore que Mamadou Koulibaly est politiquement, de part en part, une pure fabrication des décrets,  le fruit des nominations successives du clan Gbagbo ? Comment comprendre, avec son verbe haut et ses audaces sans bornes, qu’il ait seulement découvert dans le tard qu’il leur servait en fait de « dioula de service » ? L’homme devrait tirer toutes les leçons de l’échec foireux de LIDER aux dernières élections législatives. Or, que nenni ! Avec la sérénité de l’âne téméraire qui fonce vers autoroute, il avance bille en tête comme Don Quichotte sur ses moulins à vent. Mais l’imposture épistémologique atteint cependant ici son comble.

Voici donc une critique de bilan faite sans examen rigoureux de contenu par un professeur d’université. N’est-ce pas une insulte au principe d’objectivité qu’il revendiquait fièrement par ailleurs (Voir argument n°3 de la 1ère partie)? La critique s’avoue purement formelle et non substantielle. C’est donc une critique inspirée par la logique du vide. Mamadou Koulibaly aurait-il un tant soit peu approfondi les matières de la logique formelle qu’il comprendrait que dans une science appliquée comme la science politique, une vérité formelle sans ancrage expérimental est pur bavardage. Et c’est bien pour se fuir que Koulibaly s’enferme dans ce superficialisme qui ne l’empêche point d’égrener tous les péchés d’Israël qu’il attribue généreusement à Guillaume Soro. La critique de Mamadou Koulibaly, en se réfugiant dans la surface formelle des choses, veut donc s’en tenir à la thèse que Guillaume Soro ayant été le chef de la rébellion et le premier ministre de Gbagbo, il serait doublement comptable du bilan des Forces Nouvelles et de celui de la Refondation. Suffit-il de cette affirmation formelle pour attribuer les actes concrets des Refondateurs à Guillaume Soro ?  Ainsi,  dans l’étrange logique de Mamadou Koulibaly, si vous rendez inopinément visite à des types violents qui brûlent leur maison en votre présence et malgré votre désaccord, c’est de votre faute. Soyons sérieux ! La responsabilité de Guillaume Soro et des Forces Nouvelles pour les zones CNO a été assumée par temps de belligérance. Il va de soi, que dans toute l’histoire des rébellions du monde, rien d’aisé ne s’est bâti en temps d’exception politique. Pillages, braquages, vols et viols, rackets et casses sont malheureusement, tous camps  et époques confondus, la part obscure de toutes les périodes de graves conflits et c’est précisément pour cela que la démocratie est précieuse à ceux qui connaissent la tragédie des guerres civiles. Cela n’enlève cependant pas sa noblesse au risque pris pour sa vie au nom d’une idée supérieure de l’Humain. N’y a-t-il point de guerre juste ?

Moralement et politiquement légitime, la rébellion de Guillaume Soro, il l’a souvent rappelé, devrait se refaire si elle était à refaire. Et si dans le principe et globalement dans le fait, la victoire électorale de Guillaume Soro et de ses collaborateurs des Forces Nouvelles aux législatives 2011 prouvent que les populations du Nord les ont durablement pris en vraie affection, n’est-ce pas Guillaume Soro qui, en premier lieu a demandé pardon au peuple entier de Côte d’Ivoire pour les sacrifices qu’il lui aura fait consentir pour l’avènement de la démocratie inclusive qu’il consolide depuis mars 2012 au perchoir de l’Assemblée Nationale ? Des lois d’amnistie consensuelles au demeurant – car votées par le parlement dominé par le FPI -  ont reconnu la légitimité du droit de résistance exercé en 2002 par le MPCI. Qui a dit que la gestion d’une rébellion était une épreuve pour enfants de chœur ? Personne de sensé ! Où sont donc les pèlerins de la réconciliation du FPI et du LIDER sur le terrain ? Mais où est donc le repentir des  Refondateurs de tous poils tel Mamadou Koulibaly pour leur part d’incitation douloureuse au sacrifice dans leur camp politique ? Voici des gens qui veulent la réconciliation sans les réconciliés. La délivrance sans repentir ni pardon. La gloire sans humilité. La Côte d’Ivoire sans les Ivoiriens qui ne leur plaisent pas. Le beurre et l’argent du beurre.

II.2°) Le deuxième exemplepris par Mamadou Koulibaly pour illustrer ce qu’il entend par mensonges de Guillaume Soro, c’est la critique des motifs allégués par la rébellion du MPCI en 2002. Ils se sont rebellés pour piller la Côte d’ivoire, non pour combattre l’exclusion ivoiritaire, nous dit en somme Mamadou Koulibaly. Le poisson, décidément, pourrit toujours d’abord par la tête. Quand vous tenez donc un raisonnement de Monsieur Koulibaly, cherchez-en la tête et flairez-en les parois. Elle sent sans coup férir souvent la nécrose avancée de l’aigreur et de la fausseté. Mamadou Koulibaly conteste, sur la base d’une analyse statistique sommaire, complètement indigne d’un universitaire de son grade, la composition de la liste électorale des élections présidentielles de 2010 et des législatives de 2011. Les points de départ du raisonnement de Mamadou Koulibaly, une fois de plus, sont des postulats largement des préalables contestables, à savoir la fiabilité d’abord des listes électorales de 1995, qui avaient pourtant essuyé le boycott actif du Front Républicain (FPI&RDR) face au PDCI d’Henri-Konan Bédié et la fiabilité des listes électorales qui ont servi au hold up électoral antidémocratique co-organisé par le Général Guéi et le FPI en 2000, aux détriments du PDCI et du RDR qui représentaient plus de 60% du corps électoral. Dès lors que la base des projections de Mamadou Koulibaly, ce sont les données électorales d’institutions républicaines réputées partisanes, autant en 1995 qu’en 2000, les statistiques apparemment savantes et les conclusions qu’il en tire ne valent même pas un instant qu’on les prenne en considération. Voilà ce que le professeur Mamadou Koulibaly appellera abusivement exercice responsable de la liberté d’expression : un habillage pseudo-mathématique du mensonge politique et du négationnisme historique. L’indignité même ! Or qu’il est bien révolu, ce bon vieux temps ou la mathématisation était brandie à tous les carrefours comme la gardienne définitive de la scientificité ! Si elle sert à construire des comparaisons quantitatives, la mathématique ne saurait cependant servir à occulter des faits historiques, sans que l’on tombe dans une véritable prestidigitation rhétorique.

 

Heureusement, il faut conclure. Plaise donc aux lectrices et aux lecteurs que nous sortions de l’enfer navrant du discours fumeux de ce personnage aigri contre Guillaume Soro. Il faudra en définitive comprendre pourquoi nous y voyons une dialectique de la perversité. Mamadou Koulibaly a un problème que les psychologues cliniciens désignent par l’expression de « conflit intrapsychique », car il est écartelé entre deux buts également inatteignables et finira probablement par s’y déchirer : sa politique du « ni Gbagbo, ni Ouattara » l’oblige à se renier sans profit d’une part et d’autre part à s’affirmer dans le vide. Tel l’âne de Buridan, Mamadou Koulibaly hésite, au risque de mourir d’inanition, entre sa faim de vengeance contre Gbagbo et sa soif de pouvoir devant l’extraordinaire mandat entamé par le duo Ado-Soro.  Mamadou Koulibaly pensait, avec son coup de poignard dans le dos du prisonnier Gbagbo, emporter avec lui un lambeau juteux du FPI. Les législatives de décembre 2011 l’ont complètement laissé bredouille avec son LIDER dont il est désormais le bien solitaire leader. Il pensait se positionner comme le seul vrai opposant à ADO et donc son probable futur successeur aux présidentielles 2015 à la tête de l’Etat mais il voit son rêve se crever comme un ballon de baudruche et son ego démesuré en est fort malmené. Dans les starting-blocks de l’après-ADO, la seule évocation du nom de Guillaume Soro lui donne des crises d’urticaire et d’insomnie. Alors, dans un dernier effort éperdu d’autodéfense, il commence à se mentir et rêve d’une Côte d’Ivoire où par une alchimie complètement folle, le sort de Gbagbo serait lié à celui de Soro, lui laissant le plaisir d’être le libéral audacieux qui empêcherait ADO de se reconduire pour un second mandat à la tête du pays. Il invente alors une argumentation qui, à défaut d’être objective, lui permet de se complaire dans sa bulle et de croire que ses désirs constituent l’unique réalité du monde. Si l’on me permettait encore une métaphore, Mamadou Koulibaly ressemble à ce type qui joue au solitaire avec ses propres cartes et qui se croit plus malin qu’elles, alors qu’elles ne sont que des cartes. C’est la dialectique du pervers, qui s’invente des adversaires imaginaires et l’emporte imaginairement contre eux, puisqu’au fond il n’a affaire qu’à ses propres fictions. La Côte d’Ivoire, à n’en pas douter, mérite infiniment une bien meilleure opposition politique ! Car, enfin, voici un ex-président d’Assemblée Nationale qui avoue avoir été victime de l’exclusion ivoiritaire au FPI ! Voici un bonhomme inconséquent qui doit les seules bonnes lois qu’il ait pu faire voter en 10 ans à la pression déterminée de l’opposition politique du RDR, du PDCI, de l’UDPCI, du MFA et au courage respectable de l’opposition militaro-politique des Forces Nouvelles. Voici un bien singulier manant qui s’est contenté avec jubilation narcissique de formuler dans ses livres, les rêves qu’il n’a consigné dans aucune loi majeure de son temps alors même qu’il en avait l’opportunité. Nous y reviendrons au besoin. Affaire à suivre donc dans les librairies…

 

 

 

 

 

 

 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politico-philosophiques
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