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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 18:25

Il y a deux façons de se tromper au sujet de Franklin Nyamsi: 1° Croire qu'on peut le soumettre, par chantage, à la répétition stupide des directives d'un collectif quelconque, alors qu'il n'a pas participé à l'élaboration de ses décisions. 2° Croire qu'on peut lui décerner ou enlever un brevet d'upécisme par toutes sortes d'oukases et de basses manoeuvres. 

 
Je suis un intellectuel humaniste, révolutionnaire, républicain et panafricain. Je me méfie comme de la peste du nationalisme fondé sur la défense aveugle des frontières coloniales issues du Pacte de Berlin. Que ceux qui s'en contentent continuent d'ânonner leurs convictions essentialistes.
 
Je rappelle à la gouverne de ceux qui savent quand Franklin Nyamsi est upéciste et quand il ne l'est pas, que Franklin Nyamsi pense quant à lui qu'il l'est, le fut et le sera toujours, malgré tout le passé, tout le présent et tout l'avenir. Et il n'est pas né, celui qui en décidera autrement. 
D'ailleurs, qu'on se réfère à mon texte, désormais classique, que je cite encore in extenso ci-dessousL'UPECISME EST UN HUMANISME, écrit en 2008 et qui paraîtra bientôt dans mon livre, CRITIQUE DE LA TRAGEDIE KAMERUNAISE

L’upécisme est un humanisme 

 

Par Franklin Nyamsi

Professeur agrégé de philosophie

 

Dans la littérature politique camerounaise, il nous paraît incontestable qu’il n’existe pas de formalisation rigoureuse du concept d’upécisme. Mais on y entend souvent par upécisme l’ensemble des valeurs de civilisation  théorisées, proférées, défendues et transmises par la lutte de l’Union des Populations du Cameroun – UPC de Um Nyobé, de Moumié, d’Osende Afana, de Ouandié, de Ndoh, de Kuissu, de Mack-Kit et Moukoko Priso -  contre l’esclavage, la colonisation et la néocolonisation, mais aussi contre leurs succédanés naturels que sont la violence aveugle, le gaspillage, la corruption généralisée, le tribalisme et l’obscurantisme féodalo-religieux.  Si cette définition générale de l’upécisme ne surprend sans  doute aucun upéciste fidèle à la lutte des pères fondateurs de la tradition émancipatoire camerounaise, il reste cependant à en produire la systématisation conceptuelle, d’autant plus que la parole upéciste est disséminée dans de nombreux textes, ouvrages, discours dont la diversité des contextes dessert parfois l’exigence de cohérence et l’impératif pratique de cohésion.  L’heure requiert par ailleurs une telle tâche car l’œuvre de dispersion et de confusion des idées fondatrices de l’UPC- la babélisation de l’UPC- se poursuit avec hargne sous la houlette de l’administration néocoloniale violente et corrompue de l’UNC-RDPC où les sicaires du biyaïsme rivalisent de prouesses, mais aussi avec l’apport cynique et insidieux de ses nombreux satellites, comme en témoignent les récentes et bien curieuses sorties des sieurs Woungly Massaga et Augustin Kodock pour empêcher les upécistes de se réunir en toute tranquillité à Douala[1]. Quelles sont donc les valeurs de l’upécisme et comment se sont-elles articulées à travers l’histoire du Cameroun contemporain ? Est-il possible d’en parler sérieusement sans être contraint à faire du rafistolage théorique ? Peut-on s’entendre sur l’upécisme en cette époque troublée par les récupérations politiciennes de l’image de l’UPC par des taupes de l’Etat néocolonial UNC-RDPC ? Au moment où s’achève, en ce mois d’août 2008,  le Congrès tant menacé et redouté de la seule formation politique qui porte comme emblème l’espérance la plus profonde des hommes, femmes et enfants du Cameroun de cesser d’être condamnés à la superfluité anthropologique et de vivre dans le bien-être, l’égalité politique et la dignité ; au moment où s’achève le Congrès de la seule association camerounaise qui porte comme signe de reconnaissance la souffrance multiséculaire des populations du Cameroun face à l’esclavagisme, à la colonisation et à la néocolonisation, il nous paraît opportun de porter sur les fonts baptismaux l’upécisme comme humanisme camerounais à rayonnement universel. La tâche sera-t-elle aisée ? Examinons-en d’abord les écueils, en partant des images écornées de l’upécisme, tel que le travestissent les suppôts et pseudo-penseurs de la néocolonie. En démontant ces écueils qui sont autant de carcans placés sur les corps et les esprits des citoyennes et citoyennes du Cameroun, nous comptons aboutir en cet écrit, à une formulation positive et systématique de l’upécisme comme projet de civilisation universelle proposé par les pères fondateurs de l’UPC aux populations camerounaises, africaines et planétaires. Nous ne doutons pas qu’en certaines de ses articulations, cet écrit soulèvera des dissentiments légitimes. Mais nous pensons qu’il ouvrira, comme beaucoup d’autres qui viendront, la voie à la synthèse magistrale d’idées-forces dont le peuple camerounais a besoin pour garder sa nuque raide contre l’impolitique et se sublimer en une civilisation de haute valeur aux yeux du monde contemporain et dans l’histoire.

 

 

De la propagande anti-upéciste

 

L’accusation de marxisme-léninisme

La première confusion que l’on entretient volontiers dans la propagande des héritiers de l’aujoulatisme et du néocolonialisme camerounais en général, c’est que l’upécisme n’est rien d’autre que le marxisme-léninisme. Ainsi, le but visé par la lutte d’Um Nyobé et de ses camarades aurait été d’instaurer un Etat communiste au Cameroun, avec le cortège de conséquences rétrospectives que l’histoire du communisme international comporte : centralisme démocratique, répression anti-pluraliste, collectivisme économique brutal, négation des droits de l’Homme, totalitarisme, etc. Ainsi les dérives totalitaires des grands pays communistes du monde au XXème siècle sont invoquées comme concepts-repoussoirs pour marginaliser les idées upécistes dans l’opinion. Or cette accusation est doublement fausse : théoriquement d’abord, aucun texte fondateur de l’UPC n’autorise une telle interprétation. Il est clair dans ceux-ci[2] que l’upécisme est un socialisme, mais jamais il n’est dit qu’il n’est que la reproduction locale du marxisme-léninisme. Au demeurant, si le marxisme est la réponse indépassable et indépassée des peuples opprimées à la domination capitaliste et impérialiste, et donc une bonne théorie de l’émancipation, il est clair aujourd’hui qu’il n’est pas nécessairement une bonne doctrine de gouvernement. Cette limite gouvernementale du marxisme tient à deux écueils majeurs de sa théorie sociale : le refus du pluralisme politique par la défense du centralisme démocratique d’une part, et d’autre part, la neutralisation de l’initiative économique privée par le mécanisme de la collectivisation systématique des moyens de production. Dans les rangs de l’UPC, existèrent donc et existeront toujours cependant des tendances marxistes-léninistes, comme dans tous les partis socialistes du monde entier. Aucun socialisme digne de ce nom au XXème siècle et même après, ne saurait faire fi des idées de Karl Marx. Mais cela entraîne t-il que tout socialisme soit nécessairement et absolument un marxisme léninisme ? Non.

 

Le socialisme est un faisceau d’idées qui militent globalement pour l’égalité politique, sociale et économique de tous les hommes à travers une plus saine répartition des moyens de production et des fruits du travail, d’abord bien sûr en faveur des travailleurs et ensuite seulement pour les détenteurs de capitaux privés. Mais pour ce qui est de ses moyens d’effectuation, le socialisme est soit révolutionnaire, soit réformiste. Or il est incontestable que Ruben Um Nyobè et ses camarades, qui étaient attachés à l’usage expert du droit national et international[3], furent davantage acculés à la révolution violente qu’ils ne la préparèrent ou firent effectivement. Um était réformiste. Faut-il rappeler aux tenants de cette thèse incriminante et discriminante que Marx n’est pas le seul théoricien de l’histoire des idées socialistes ? Que dire des Mao, Castro, Jaurès, Proudhon, Fourier, Bakounine et autres ? Faut-il rappeler à ces inquisiteurs anti-marxistes qui réduisent l’upécisme au marxisme-léninisme que la revendication de l’indépendance immédiate du Cameroun transcendait par définition les barrières idéologiques pour s’adosser sur les purs et simples droits humains universels ?Au nom de quelle idéologie De Gaulle exigea t-il l’indépendance de la France face à l’occupant nazi ? L’upécisme ne fut jamais a priori un socialisme révolutionnaire, mais bien au contraire un socialisme réformiste acculé à la lutte révolutionnaire par les colons et leurs successeurs. Ce n’est pas un hasard si Um est connu essentiellement comme le Mpodol, le porte-parole des populations opprimées du Cameroun, comme homme de droit et de justice et non comme un stratège militaire ou un combattant révolutionnaire. Ensuite, cette accusation de marxisme-léninisme est pratiquement fausse. La raison en est évidente : l’UPC n’a jamais exercé le pouvoir d’Etat au Cameroun. On ne peut donc pas l’accuser d’avoir pratiqué Marx et Lénine sur les populations. La résistance sous maquis fut une impasse dans laquelle la politique coloniale accula Um et ses camarades, jamais un choix de première heure ni une fin en soi.  On ne peut faire porter par récurrence à l’UPC les errements observés dans les grandes nations communistes du XXème siècle, comme si elle était comptable de ce qui se fait dans les autres pays. Cela friserait le procès en sorcellerie, car l’argument consisterait à accuser l’upécisme d’avoir eu l’intention de faire ce qu’il n’a pas fait et ce qu’il n’a jamais tenté de faire. La vérité en cette affaire est donc que, acculés à guerre révolutionnaire par les sicaires de la France colonialiste de De Gaulle, Um et ses camarades ne pouvaient naïvement renoncer, en contexte de Guerre Froide, à l’aide éventuelle du  Camp de l’Est qui du reste ne vint substantiellement jamais.

L’accusation d’utopisme

Dans la foulée de ce qui précède, on accuse les idées upécistes de n’être faites pour aucun espace ni aucun temps. Les objections de ces anti-utopistes de circonstance semblent en effet de bon sens, eu égard au passé tragique de la néocolonie où ils prospèrent honteusement. Voici quelques ostentations de cet anti-utopisme bricolé sur d’immémoriales peurs : par quel mystère en effet l’homme camerounais peut-il être considéré comme l’égal de tous les autres êtres humains ? L’homme blanc – le white man, le nkana - ne nous dépasse t-il pas, contrairement aux dires des upécistes ? Comment pourrions-nous, comme le soutiennent les upécistes, maîtriser les aléas naturels, vaincre la pauvreté, la famine, la grande misère par le travail humanisé ? Ne sommes-nous pas de tous temps faits pour les travaux forcés ? L’homme camerounais peut-il parler de choses universelles devant toutes les autres nations rassemblées sans craindre qu’on déniche le zeste de sauvagerie qui lui reste encore en tant que pauvre nègre ? Peut-on croire en la parole politique d’un représentant du peuple comme le Mpodol de l’UPC, alors que la politique camerounaise a de tous temps été une escroquerie de la parole du peuple par des pseudo-représentants du peuple ? Faire de la politique, n’est-ce pas tromper habilement les gens, contrairement à ce que disent les upécistes ?  Les femmes camerounaises peuvent-elles êtres les égales des hommes camerounais comme le disent les upécistes alors que tous les jours nous battons, brimons, exproprions, répudions, violons nos femmes avec la bénédiction du Bon Dieu ? D’où viennent-ils, ces upécistes, si ce n’est du diable vauvert ou de la thébaïde imaginaire des grands rêveurs ? Et caetera, et caetera. Ainsi vont les scansions des pourfendeurs de l’utopie upéciste. Mais tout esprit sain, dans un corps relativement sain, voit bien qu’ils se foutent le doigt dans l’œil. Ce que disent les upécistes pour le peuple camerounais, c’est ce que disent les plus nobles déclarations des grands penseurs pour toute l’humanité : nous voulons voir ce que l’homme a réalisé et peut réaliser de meilleur se réaliser chez nous, ici et maintenant ; le mot Cameroun dérive certes du portugais « Cameroes », mais nous ne sommes pas pour autant des crevettes, mais des fins en soi qui ne doivent être les moyens de rien ni de personne ; comme tous les autres humains sur la planète, les camerounais sont des êtres de chair, d’os, de sang, de pensée et de sens.  La mère de De Gaulle n’a pas plus de mérite que celle de Um Nyobè ; Hô Chi Minh face aux français n’a pas moins raison que De Gaulle face aux nazis ; nous ne craignons pas de comparer Einstein et Modibo Diarra, ou Hegel et Cheikh Anta Diop ; Mitterrand ne peut mieux enseigner à Biya la bonne politique à faire au Cameroun qu’Osendé Afana, Tchundjang Pouemi, Engelbert Mveng, Mongo Beti, Jean Marc Ela, Ambroise Kom, Célestin Monga, Eboussi Boulaga, Ambroise Kom ou Achille Mbémbé et bien d’autres encore ; et les bonnes leçons de Jacques Chirac aux africains qui ne seraient pas mûrs pour la démocratie, ou les rodomontades de Sarkozy sur l’Afrique non-historique ne valent pas plus en Sorbonne qu’à Ngoa-Ekellé. L’upécisme est une utopie active, pas un utopisme stérile.

Etre une utopie, cela implique l’affirmation et l’effort de concrétisation d’un projet politique éthiquement transcendant. Il s’agit d’une exigence qui va plus loin que le seul parti UPC ou la seule personne d’un dirigeant de l’UPC – et l’umnyobisme de nos proches camarades du CNR-MUN[4] mérite de le méditer s’il ne veut pas bientôt être encombré d’un moumiéisme, d’un oséndéisme, d’un ouandiéisme ou d’un ndoïsme et que sais-je encore -, pour défendre des valeurs de civilisation qui visent à affirmer infiniment l’humain, selon des modalités qu’il nous reste à décrire rigoureusement dans ce propos. Etre dans l’ utopisme par contre, ce serait s’enfermer dans l’affirmation d’un avenir paradisiaque pour lequel en réalité on n’œuvre pas. L’upécisme dès sa naissance est loin d’être un utopisme. Il revendique, défend et propose un projet de faisabilité d’un Cameroun libre, moderne, fécond et harmonieux. L’upécisme est un projet de gouvernement de la cité camerounaise, non pas simplement une jérémiade ou une pure complainte de forçat. Et ils l’ont bien compris, ceux-là qui craignent depuis la nuit des temps modernes camerounais, la moindre réunion publique des upécistes, la moindre action publique de l’UPC fidèle, car ils savent que le peuple se reconnaît une réelle noblesse dans son langage et dans ses actes, depuis 1948. Ce sont les mêmes qui disent en effet que les idées de l’UPC ne peuvent s’appliquer nulle part qui empêchent autant qu’ils peuvent les upécistes de rencontrer leurs concitoyens sur le territoire camerounais. S’ils doutaient vraiment de l’efficacité politique des idées upécistes, auraient-ils besoin de voies de fait permanentes pour les combattre ? C’est la défaite en droit – j’entends en théorie-  du néocolonialisme de l’Etat UNC-RDPC qui s’exprime par sa violence de fait- dans la pratique - contre l’action concrète et pacifique de l’UPC au sein du peuple. Les idées upécistes ont la légitimité populaire camerounaise avec elles alors que les idées uncéistes-rdpécistes ont la seule légalité néocoloniale pour elles, avec les moyens de dissuasion qui en forment l’ossature. Le défi des upécistes à l’Etat UNC-RDPC est donc le suivant : si nous sommes des utopistes, laissez-nous donc parler au peuple, comme vous avez-vous-mêmes les coudées franches pour lui parler. On verra alors qui le peuple prendra pour des lunatiques. A Victor Hugo, on dit ainsi un jour : « Le poète et le philosophe sont dans les nuages ». « Soit ! Mais le tonnerre aussi », répondit-il. Tels sont le défi et la réponse des upécistes à la lâcheté régnante au Cameroun.

 

L’accusation de complot permanent

De Charybde en Scylla, les pourfendeurs de l’upécisme vont allègrement, confondant macabos et ignames. Les mêmes qu’ils accusent d’être de naïfs rêveurs, d’être en retard d’une époque idéologique, d’être de petits nègres prétentieux, sont encore ceux qu’ils accusent d’activer la colère du peuple. Ce sont les upécistes, jamais les rdpcistes ou les sdfistes, jamais les undpistes, qu’on veut sstématiquement acculer à la clandestinité administrative, à l’insécurité permanente et à la marginalité politique. L’upécisme serait ainsi, selon la vieille doctrine sécuritaire du pouvoir UNC-RDPC,  l’antichambre de toutes les conspirations camerounaises et c’est pourquoi l’option de l’élimination physique est souvent la première à être envisagée contre les upécistes. Puisqu’ils sont les seuls à vouloir sérieusement l’autodétermination radicale du Cameroun, ils doivent être les seuls à subir dès la première manifestation une thérapie de choc. La misère matérielle, sociale, économique, culturelle et spirituelle des camerounais n’est pas regardée pour ce qu’elle est réellement : un produit des mécanismes de domination et de prédation de l’Etat néocolonial au pouvoir depuis plus de 40 ans. Ainsi, si des milliers de Camerounais meurent chaque année dans nos hôpitaux faute de soins, au point d’en être révoltés, c’est la faute à l’upécisme. Ils devraient mourir silencieusement, sans un cri. Si des millions de camerounais se soulèvent parce qu’ils crèvent de faim sur des terres pourtant toutes fertiles, c’est la faute à l’upécisme. Ils devraient supporter les courants d’airs se folâtrant dans leurs intestins avec patriotisme. Si les tripatouillages électoraux et pseudo-constitutionnels soulèvent l’indignation des camerounais fatigués de voter pour du beurre, c’est la faute à l’upécisme. Les électeurs devraient comprendre que toute démocratie tropicale est par définition apaisée par la croyance veule aux Grandes Ambitions du régime. Mais les camerounais, ces gens chanceux d’être gouvernés par les mêmes depuis 1960, sont décidément têtus. Ils ne comprennent pas qu’il n’y a rien à faire. Ils dérangent le pouvoir. Alors, en piqûre de rappel, le pouvoir les tue occasionnellement pas milliers, centaines, dizaines ou unités, selon les besoins d’intimidation de l’heure. Perclus de douleur, les camerounais se replient dans leurs demeures, pleurent et inhument leurs morts, pansent leurs blessures, se débrouillent comme ils peuvent en attendant la prochaine fois. Ainsi va le cycle de la violence et de la banalité camerounaises, l’une se retournant toujours en l’autre, en un cauchemar somnambulesque. Faut-il que les upécistes s’endorment à leur tour ? Ce serait la fin de l’humanité camerounaise !

 L’upécisme n’est que la vigie lucide de ce peuple sans cesse assommé par l’incurie de ses dirigeants de pacotille. Il est ainsi la mauvaise conscience des criminels qui trucident notre peuple. Il est la bonne conscience des citoyens qui savent et maintiennent contre vents et marées que ce qui se passe chez nous n’est pas normal. Quand on martyrise les camerounais, le simple fait que les upécistes le dénoncent fait davantage mal au pouvoir que les pierres et cocktails Molotov essuyés par ses sbires. Non seulement les camerounais écrasés ne doivent pas se révolter, mais en plus, selon la logique bien-pensante du Régime Biya, les upécistes doivent se taire ! Et voici donc un certain baron de l’UNC-RDPC, un frileux Augustin Frederick Kodock - pseudo upéciste d’emprunt-  sommant les journalistes de fermer leurs colonnes à ceux qui parlent du malheur du peuple camerounais ! Quand on n’a pas honte, comment peut-on pousser jusqu’à ne pas avoir pitié ?!  Non, en réalité, le seul complot qui existe réellement au Cameroun, c’est le complot de la Françafrique, des héritiers d’Aujoulat, et des thuriféraires des régimes Ahidjo-Biya contre la liberté politique, le bien-être économique, le progrès culturel et la justice sociale au Cameroun. L’upécisme n’est pas une école de complots, mais le foyer  de symbolique civilisationnelle le plus élevé que des camerounais aient pu élaborer dans l’histoire.   L’upécisme est la mise en ordre des corps et des esprits des camerounaises et des camerounais contre cette impolitique pagailleuse et tragique. Voyons donc comment procède rigoureusement cette insurrection éthique des populations du Cameroun.

 

 

   L’humanisme camerounais ou l’upécisme

 

Nous employons à dessein le mot humanisme pour désigner l’upécisme. Qu’entend-on en réalité par humanisme ? Humanisme dérive d’humain, d’homme, d’humus. L’homme est un être vivant doué de pensée, de raison et de liberté. Par ces critères, l’homme est une personne, un être dont la valeur et la dignité sont irréductibles. L’humanisme est ainsi l’affirmation et la défense, au cœur d’une société particulière, de la valeur universelle de la personne humaine. Or l’upécisme n’est rien d’autre que cela. C’est l’action de bâtir une société d’hommes à part entière au Cameroun, une société vivante, pensante, raisonnable, rationnelle et libre. L’upécisme est la conscience morale collective du Cameroun. C’est ce qu’on a désigné sous l’expression « âme immortelle du peuple camerounais ». Cette immortalité tient à la solidité et à la fécondité des valeurs de l’upécisme. Bâtir une société pleinement humaine, c’est incontestablement travailler à faire émerger des générations à l’abri de la misère matérielle, de l’ignorance crasse des progrès technoscientifiques et de leurs exploitations économiques possibles, de l’arbitraire des régimes politiques construits sur la Terreur, le gaspillage et l’imprévision ; c’est tracer une aire de civilisation où la vie humaine individuelle et collective trouve matière à faire sens et à avoir du sens.  L’humanisme upéciste est la recherche active de l’élévation indéfinie de la valeur humaine au Cameroun, des contre-valeurs particularistes vers des valeurs universelles. L’humanisme upéciste désigne l’effort de placer la préservation et l’épanouissement de l’individualité et de la collectivité humaine au centre des préoccupations politiques, économiques, sociales et culturelles de notre société. L’humanisme upéciste s’adosse donc d’abord sur le socle irréductible des droits humains fondamentaux des camerounais comme de tous les autres hommes : liberté de penser, liberté d’expression, liberté d’association, liberté de mouvement, liberté de contractualisation, droit à l’intégrité de sa personne, etc. Ces droits étant bien souvent bafoués sous nos latitudes, l’humanisme upéciste impulse par conséquent nécessairement un progressisme, puisqu’il s’agit de transformer la structure sociale, économique, culturelle et politique de la domination néocoloniale camerounaise en une société de liberté, d’égalité et de fraternité. Les droits universels de la personne humaine constituent la matrice métaphysique irréductible de l’upécisme.

Nous disons  ensuite donc que l’upécisme est un humanisme sociopolitique. Il affirme l’égalité de tous les camerounais, sans considération de sexe[5], de forme physique, d’origine ethnique, de condition économique ou d’instruction. L’égalité dont il est question ici n’est donc pas à confondre avec l’égalitarisme, qui nivèle violemment la société vers le bas ; elle n’est pas non plus à confondre avec l’élitisme, qui ne nivèle la société que par le haut. Contre ces deux extrêmes qui figent la société en classes antagonistes,, l’upécisme s’affirme comme progressisme. L’upécisme s’attaque dès sa naissance au clientélisme et au chauvinisme tribal d’une part, et d’autre part à l’instrumentalisation coloniale de la diversité ethnique pour assurer la domination de classes. La meilleure illustration de la lutte de l’upécisme contre ces deux tentacules de l’ethnicisme ordinaire et de l’ethnicisme d’Etat, c’est la politique linguistique menée par l’UPC dès sa naissance. Non seulement l’UPC fut dès sa naissance le parti qui parlait toutes les langues camerounaises, mais ce fut également, après les missionnaires, le deuxième pole de traduction des idées universelles en langues camerounaises. En français et en anglais, l’UPC parle aux camerounais et au monde entier. En duala, ewondo, basaa, fufuldé, haoussa, l’UPC parle aux camerounais de l’intérieur, promettant dès sa naissance, de se faire traduire en autant de langues qu’il lui sera nécessaire pour faire passer son message émancipatoire. Une autre illustration de cet anti-ethnicisme structurel de l’upécisme est le socle sociologique, varié, élargi et pertinent de recrutement et d’implantation de l’UPC sur le territoire camerounais. Par ces esquisses historiques, l’UPC proposait justement aux camerounais une véritable « rainbow nation » avant la lettre, une image anticipée de l’Afrique fédérale des grands rêves de N’krumah, Sankara, Lumumba ou Cabral. J’entends donc ici par humanisme social, le fait que l’upécisme se propose de dégager l’horizon de tout humain naissant, vivant et mourant au Cameroun des tares suivantes : la domination tribalo-féodale ; les discriminations tribales ; le népotisme ; la corruption généralisée ; l’arbitraire pseudo-juridique ; la non-assistance et le sevrage relationnel ; l’abandon aux forces obscures du destin ; la malemort.

 

Nous disons que l’upécisme est un humanisme économique. Certes il ne faut surtout pas confondre l’économie et la morale.[6] De tout temps, n’en soyons jamais dupes, l’économie vise la production, la distribution et la consommation de richesses. Qu’elle soit capitaliste ou socialiste, l’économie vise d’une manière ou d’une autre une forme de profit. La quête de profit est une loi économique universelle. Socialiste ou capitaliste on travaille pour en tirer un profit. La différence entre ces deux systèmes se fait cependant dans la manière de produire et de distribuer ces richesses. Le capitalisme sacrifie les personnes au profit, alors que le socialisme est prêt à sacrifier le profit pour les personnes. En société socialiste, on ne peut raisonnablement abandonner les personnes aux seules lois de la croissance économique. L’upécisme affirme donc haut et fort la primauté de la valeur humaine sur toute valeur marchande. Il ne peut vouloir autre chose pour les camerounais que ce que les mouvements bolivariens et socialistes du Venezuela, du Pérou, du Brésil, du Chili, de Bolivie, pour ne citer que ceux-là, veulent pour leur populations. L’upécisme ne peut donc qu’être anti-capitaliste. Son orientation fondamentale est la préservation dans le giron de l’Etat – un Etat géré avec professionnalisme et transparence- de tous les biens publics de portée universelle(BPPU)[7] : l’eau, les forêts, l’air, les terres arables, les richesses des sous-sols, les mers, la défense et la sécurité, la santé, l’éducation, les transports.  Pourquoi ? Au moins pour  trois raisons. Il est de notoriété que chaque fois que ces biens tombent dans l’escarcelle des détenteurs de gros capitaux, c’est au détriment du bien-être des masses qui se retrouvent livrées à elles-mêmes, et donc à la misère, au tribalisme, à la corruption généralisée et à l’obscurantisme féodalo-religieux. Les camerounais n’en savent-ils pas long avec les privatisations de la poste, de la Regifercam, de la Sonel, de la Camair, d’Alucam, de  Cellucam, etc. ? Ensuite, chaque fois que des capitalistes mettent la main sur les BPPU (Biens Publics à Portée Universelle), ils s’enrichissent plus que les peuples et plus que les Etats. Dès lors, ils se donnent les moyens de violenter, manipuler et exploiter davantage encore ces peuples et Etats. Enfin, chaque fois que les capitalistes mettent la main sur les BPPU, il s’en suit le renforcement de la domination des multinationales et des minorités outrageusement riches du monde sur tout le reste de l’humanité. Le capitalisme est la source d’un triple désastre : économique et écologique avec le pillage des moyens nécessaires à l’amélioration des conditions de vie des populations locales ; désastre politique avec la multiplication des conflits d’intérêts- guerres ethnicistes, guerres de clans de pouvoir, paralysies institutionnelles, etc. - au sein de la population locale ; désastre anthropologique avec l’accélération et la massification de la misère mondiale et de l’opulence ostentatoire des minorités détentrices des grands capitaux planétaires. L’upécisme est donc nécessairement anti-capitaliste, même si cela ne signifie pas qu’il nie l’incontournable nécessité de l’économie de marché et de l’économie quotidienne.

Avec Braudel[8], nous pensons en effet qu’il existe une différence entre capitalisme, économie de marché et économie quotidienne. Grossièrement, le capitalisme est caractérisé par la quête effrénée et exponentielle du profit, à travers les mécanismes internationaux de la spéculation financière. Il échappe ainsi à toute réglementation, puisque les capitaux voyagent désormais presqu’à la vitesse de la lumière, allant selon le choix de leurs détenteurs d’un marché moins lucratif à un autre, jugé plus lucratif. En réalité, le capitalisme n’est pas régi, comme on nous le bassine depuis des lustres par la loi de la libre concurrence. Il n’y a pas de concurrence loyale possible entre les plus faibles et les plus forts en économie. Le Capitalisme est le domaine de la décapitation de la personne et de la dignité humaine. Il est régi par la loi du Capitaliste le plus puissant en relations politiques, le plus argenté et le mieux informé des possibilités de profits nouveaux. Voilà comment ça et là à travers le monde, des entreprises pourtant rentables doivent fermer, simplement parce que les actionnaires capitalistes ont trouvé une plus grande marge de profit possible ailleurs. Nous distinguons ainsi l’actionnariat à visage humain qui doit avoir droit de cité dans les économies de marché du fait du contrôle étatique, de l’actionnariat barbare qui régit le monde des multinationales sans foi ni loi.

L’économie de marché est certes déterminée par la loi du profit, à travers la dialectique de l’offre et de la demande. Mais il s’agit d’une économie qui peut être régulée par les lois de l’Etat de droit. Puisqu’il est indéniable après les échecs du communisme d’Etat dans l’histoire du XXème siècle que l’Etat n’est pas nécessairement un bon producteur de richesses, l’upécisme ne peut, sans se fourvoyer en un gauchisme naïf, biffer la nécessaire vitalité de l’économie de marché et la confondre avec le Capitalisme. L’économie de marché est le domaine de l’entreprenariat et un Etat camerounais upéciste n’aura qu’à veiller que ce nécessaire entreprenariat national ne fasse pas des personnes des marchandises. L’Etat upéciste ne peut à ce titre ni supplanter, ni abolir l’initiative économique privée sans se saborder lui-même. Le marché doit donc exister, et de toutes façons il a toujours existé, partout où existent des hommes, des moyens de production, et partout où les voies de communication et la pression des besoins peuvent faciliter la distribution et la consommation des biens. Mais à travers la réglementation locale et étatique, l’économie de marché peut-être abritée des caprices du capitalisme financier que nous venons de décrire, si les gouvernements mettent en place les mécanismes de sécurité sociale des travailleurs. Telle est la tâche du socialisme upéciste.  Réguler l’économie de marché camerounaise de telle sorte qu’elle ne choie pas sous l’escarcelle abusive du Capitalisme. Et pour ce faire, deux choses : gérer et contrôler de façon transparence par l’Etat et pour tout le peuple, tous les Biens Publics de portée Universelle. Mais aussi veiller à ce que l’économie de marché nationale ne soit pas piégée par des pratiques de concurrence faussée et déloyale. Ceci est d’autant plus important qu’à la base de tout système économique, il y a l’immense, besogneuse et silencieuse civilisation matérielle. Il y a en jeu, tout simplement cette vie des gens qui est le terreau de tout avenir.

Ce que nous nommons économie quotidienne ou traditionnelle est la base substantielle de l’économie camerounaise : c’est le travail des paysans, des petits commerçants, des artisans et des ouvriers, mais aussi le travail des cadres en tous domaines, que l’upécisme ne saurait abandonner sans se saborder. Il est indéniable que si l’on abandonne ceux qui doivent transformer les matières premières locales en produits de consommation quotidienne, ceux qui doivent défricher, semer et planter nos vivres ; fourbir et réparer nos outils élémentaires ; fabriquer les objets les plus simples dont nous avons besoin pour nos champs, cuisines, pour nos bureaux et nos rues, pour nos chantiers et pour nos grands travaux, c’est toute la base de l’économie camerounaise qui sera ainsi abandonnée non seulement à la mauvaise concurrence qui étouffe le marché camerounais, mais aussi aux grands capitalistes qui dépossèdent chaque année par milliers les paysans de leurs terres et donc les camerounais de leur pays. L’upécisme ne bradera donc jamais l’économie quotidienne et l’économie de marché camerounaises au capitalisme.

 

Nous disons enfin que l’upécisme est un humanisme culturel. C’est l’impératif nationaliste d’excellence anthropologique. Il affirme que l’homme camerounais, la femme camerounaise peuvent voler aussi haut dans l’excellence en tous domaines que n’importe quels autres êtres humains attachés au progrès sur la terre. L’upécisme est l’exigence originelle d’une élévation des masses vers le savoir, le bien-être économique et la maturité politique. L’upécisme n’est ni un populisme, ni un anti-élitisme. Il est un progressisme où les singularités  individuelles exceptionnelles doivent servir de modèle, d’exemple ou de catalyseurs aux singularités individuelles ordinaires. Faut-il rappeler ici que jamais n’exista au Cameroun un parti politique qui ait placé l’exigence de formation de ses cadres et du peuple au sommet de ses priorités comme l’UPC ? Faut-il rappeler combien de cadres de l’UPC sevrés de leur pays par la barbarie néocoloniale ont participé et participent encore à l’émergence civilisationnelle et au rayonnement de nombreux Etats africains et non-africains ? Faut-il dire ce que l’UPC a offert et offre encore en cadres aux universités, grandes institutions et associations de haute portée dans le monde ? Nous illustrerons seulement cet impératif d’excellence anthropologique inséminé par les upécistes dans l’esprit des populations camerounaises en analysant brièvement le détournement des thèmes du nationalisme camerounais dans le discours de l’excellence sportive que tient la propagande de l’UNC-RDPC pour abriter ses forfaits derrière l’hilarité des camerounais en période de succès des équipes nationales. A-t-on bien noté que pour tous les analystes, la force des équipes sportives camerounaises vient de leur mental, de leur endurance exceptionnelle et de leur détermination face à l’adversaire ?  Tout le monde le dit, mais personne ne se demande suffisamment : qui les joueurs camerounais imitent-ils ainsi ? Quels sont leurs modèles ? D’où leur vient cette mentalité de résistance ? Est-ce parmi les héritiers de la néocolonie que les sportifs camerounais trouvent leurs modèles ? Qu’ont enduré les Mbida, Biya, Okala, Ahidjo, et leurs petits acolytes, pour posséder les manettes de l’Etat camerounais ? Ont-ils lutté contre le colon ? Ont-ils affronté l’abomination la plus abjecte qu’on ait fait subir aux camerounais ? L’histoire récente du Cameroun est incontestable sur ce point. Ce sont des lâches qui nous gouvernent. Ils ont tôt, très tôt choisi le camp de l’assimilation et de la collaboration avec l’ennemi colonial. Allez lire les biographies de ces gens et tracez scrupuleusement leurs parcours. Ils doivent tout au Cameroun et le Cameroun ne leur doit rien. Ce ne furent jamais des Lions Indomptables, mais bien au contraire, de bons moutons. Les régimes Biya et Ahidjo ont été constitués des meilleurs fleurons de la prostitution politique coloniale. Est-ce un hasard s’ils ont signés des accords de coopération cyniques et iniques avec leurs maîtres tutélaires dès qu’ils ont accédé au pouvoir ? L’UNC-RDPC, contrairement à l’ANC en Afrique du Sud, contrairement au ZANU-PF au Zimbabwé, contrairement au MPLA en Angola ou au FPI en Côte d’Ivoire, par exemple, ne fut jamais un parti de résistants, ni de combattants intrépides.  Les Lions Indomptables du Cameroun ne s’inspirent donc jamais au fond des leaders des régimes Biya et Ahidjo. Cqfd. Or de qui s’inspirent-ils ? Cela est aussi incontestable : l’histoire de la vaillance, du courage, de l’endurance et de la persévérance camerounaises à partie intimement liée avec l’histoire du nationalisme camerounais. Et l’upécisme est le nationalisme camerounais par excellence, l’affirmation que nous sommes nés pour êtres fiers et debout et que jamais nous ne fûmes des barbares. Les Lions Indomptables vivent et survivent ainsi de la graine upéciste semée dans notre peuple par la résistance anti-coloniale et anti-néocoloniale. Voici – en ne prenant que les défunts pour ne frustrer personne- quelques noms des vrais Lions Indomptables de notre histoire : Um Nyobè, Félix Moumié, Ernest Ouandiè, Osende Afana,  et tous ceux qui restent fidèles à leur orientation émancipatoire. Autre illustration : peut-être aussi faut-il enfin comprendre pourquoi les fans d’un certain club dans le littoral, très connu pour son ancrage dans les vieux terroirs de la résistance, se font carrément appeler « peuple », alors que leur club porte le nom même de la force résistante, cette fameuse dunamis des grecs, que nous possédons de tout temps dans nos entrailles endolories par le poison amer et insidieux de la contrepropagande néocolonialiste…Au fait, pour quels faits d’armes contre le colon un certain Paul Biya s’est-il fait nommer homme-Lion ? Peut-on s’abriter derrière les canons de la néocolonie contre son peuple et se prétendre véritablement homme-Lion ? Peut-on asseoir son pouvoir sur la peur – émotion des lâches et des faibles – et se présenter comme le plus valeureux de ses concitoyens ? La violence arbitraire, pour qui sait la cerner, est un redoutable aveu de faiblesse politique, car elle révèle l’absence de lien éthique entre les gouvernants et les gouvernés. Mieux, elles révèlent que les gouvernants eux-mêmes ne sont pas à l’abri les uns des autres. A cela, nous voulons opposer une confiance populaire retrouvée grâce au changement démocratique. En ce temps-là, un ancien président de la république du Cameroun ne sera plus contraint, s’il perd le pouvoir, d’aller mourir en exil…

Oui, il est grand temps de récupérer, de renouveler, de systématiser, de confronter et de propager les idéaux de l’upécisme. Pied-à-pied, idée-force par idée-force, projet contre projet, vérité contre contre-vérité, mobilisation contre répression, révolution contre réaction, c’est ainsi seulement que nous ferons reculer, puis cesser le cauchemar de non-sens et d’arbitraire qui dure depuis l’orée du XIXème siècle au Cameroun. Et ici, l’enseignement de Marx est irrécusable. C’est lorsque la théorie de la situation de domination est transmise de l’élite révolutionnaire vers les masses que les masses- lorsque comme aime à le dire mon ami et camarade Yves Beng, les masses savent enfin ce qu’elles connaissent à leur tour, renversent la situation réactionnaire. La bataille des idées doit être livrée avec autant de détermination que nécessaire pour que les masses soient innervées de la vérité sur leur condition historique. C’est la tâche de tous les upécistes, c’est le devoir de tous les camerounais(e)s  désireux de voir naître un véritable foyer de civilisation chez nous, c’est-à-dire de concrétiser l’upécisme en l’instituant en un Etat de droit pluraliste, anticapitaliste, prospère, démocratique, écologique et culturellement innovant.

          Vous demandez laquelle des UPC- comptant ainsi certains vieux épouvantails du pouvoir comme des UPC-  peut servir de creuset à cette innovation civilisationnelle ? Je réponds clairement : la seule et unique UPC qui reste fidèle à la ligne directrice et originelle de l’upécisme, c’est-à-dire la seule qui ne collaborera jamais avec ceux qui pillent nos terres, mers et forêts, ceux qui nous empêchent de nous réunir librement, ceux qui tuent nos enfants affamés ou les livrent à l’abandon, ceux qui font de nos hôpitaux de sinistres mouroirs, de nos routes des lieux de racket, de nos administrations des moulins à corruption, oui ceux-là. Vous les connaissez, ils se connaissent, nous nous connaissons : vomissons-les et que reviennent les temps immémoriaux de notre irréductible liberté ! Car soyons clairs : tant que l’upécisme vivra, l’espérance camerounaise survivra. La mort de l’upécisme signerait la mort de l’humanité camerounaise, c’est-à-dire la réduction de tous les camerounais survivants au rang de sinistres zombies. Qu’il nous soit permis d’avoir encore et toujours la force morale de refuser un tel destin pour nous-mêmes, et même pour nos pires adversaires politiques…

 

Rouen, ce 30 août 2008.

 



[1]L’orchestration Massaga-Kodock autour de ce congrès est évidente, même si l’un et l’autre ne revendiqueront qu’une pure coïncidence. Auquel cas, il faudrait s’en remettre à un tiers qui les aurait tous actionnés en les tenant à l’insu de leur coopération mutuelle. Ce tiers n’est pas bien loin : c’est le régime-Biya qui nourrit nos deux hommes. La manière dont les choses se sont passées frise en effet la cabale à ciel ouvert. Un coup de semonce a été lancé par l’un, tandis que l’autre était supposé porter le coup de grâce. Dans une lettre écrite avant le Congrès de l’UPC des 14-18 août 2008 au Ministre de l’Administration Territoriale du Régime-Biya, Woungly Massaga exhorte l’autorité de fait à ne pas considérer comme Congrès de l’UPC, le Congrès tenu par l’UPC dont il a lui-même nommément démissionné au début des années 90. Quelque temps après la tenue effective contre vents et marées dudit congrès, voici que, déçu et écumant de rage à la fois contre l’autorisation préalable de ce Congrès et sa tenue effective, sort du bois un certain Augustin Kodock, militant de longue date de l’UNC-RDPC, qui menace de représailles les journalistes camerounais refusant de travestir la vérité morale, politique et historique de l’upécisme fidèle. Augustin Kodock se fait peur…

[2] Lire en ce sens sur Um Nyobé, les livres de Jean-Achille Mbémbé, de Moukoko Priso, de Siméon Kuissu et de Daniel Yagnyè Tom.

[3] Um Nyobé affirmait clairement en 1952 : « En ce qui concerne l’argument selon lequel nous devons avoir des armes pour revendiquer notre liberté, nous répondons que cela est dépassé. La lutte armée a été menée une fois pour toutes par les Camerounais qui ont largement contribué à la défaite du fascisme allemand. Les libertés fondamentales dont nous revendiquons l’application et l’indépendance vers laquelle nous devons marcher résolument ne sont plus des choses à conquérir par la lutte armée. C’est justement pour prévenir une telle éventualité que la Charte de l’Atlantique et la Charte des Nations unies ont préconisé le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. »

[4] Consulter au besoin le site internet du CNR-MUN, cnr-mun.org.

[5] Nous avons en ce sens pris position sur le débat lancinant concernant l’homosexualité au Cameroun en défendant la thèse de la possibilité d’une pax sexualis, un paix sexuelle entre les principes hétérosexuel et homosexuel. Nous sommes convaincus que dans une société de pluralisme démocratique, nul ne doit être voué à la vindicte populaire en raison de ses choix de personne majeure d’assumer avec d’autres personnes majeures, telle ou telle orientation sexuelle parfaitement compatible avec l’ordre et la justice sociale. L’excitation avec laquelle l’opinion publique camerounaise s’est emparée de la question homosexuelle est le symptôme d’un malaise venu d’ailleurs, en particulier du côté des abus – viol des foules qui connote dans l’imaginaire hétérosexuel dominant avec la pénétration homosexuelle - et de l’opacité structurels du pouvoir politique camerounais. Voir en ce sens notre article : De la possibilité d’une pax sexualis dans la Revue Terroirs(I-2-2007) dirigée par Fabien Eboussi Boulaga. Voir aussi le très solide article de  Paul-aarons Ngomo ( enseignant à New York University) dans la même revue, L’hétérosexisme comme moralisme.

[6] Je partage en ce sens les remarques justes d’André Comte-Sponville sur cette confusion récurrente entre les sphères morale, économique, politique, éthique et spirituelle. Voir en ce sens le bel essai récent de ce philosophe français, Le capitalisme est-il moral ?(Paris, Albin Michel, 2004). Comte-Sponville en arrive pourtant trop facilement à la conclusion que le capitalisme est le comportement économique le plus universel qui soit. Par conséquent, la loi du profit- que l’auteur confond avec le capitalisme- figurerait en bonne place aux côtés des autres lois découvertes par les différentes sciences. D’où l’auteur tire enfin la conclusion que le capitalisme-la quête économique du profit- n’est ni moral, ni immoral, mais seulement amoral. Nous ne confondons pas pour notre part capitalisme et quête du profit. Nous contestons donc cette conclusion, car si la quête du profit est un comportement économique universel, le mode de production capitaliste qui pousse-par la voie de l’accumulation financière et de la spéculation - cette loi universelle du profit à ses extrémités les plus ignobles en conséquences sociales, culturelles et écologiques, ne peut être tranquillement confondu avec l’économie de marché et avec l’économie quotidienne ou traditionnelle. Le capitalisme renvoie à une pratique économique, non pas amorale, mais bel et bien immorale, puisque ceux qui le perpètrent en connaissent bien sûr les conséquences inhumaines et s’en contrefichent royalement.  Sans confondre les sphères d’action, on peut vouloir avec raison l’instauration d’une société émancipée de la domination et des abominations du capitalisme.

[7] Nous désignons par cette expression tous les biens dont la jouissance ne saurait choir dans les mains des particuliers sans entraîner pour tout les humains vivant dans une région donnée la privation des matières absolument nécessaires à leur subsistance et à leur vie dans la dignité. Ceci valant et pour les nationaux, et pour les étrangers vivant dans un pays quelconque.

[8] Il nous paraît important de signaler ici deux ouvrages fondamentaux de Fernand Braudel sur ces questions : La dynamique du capitalisme (Artaud, 1985), et Civilisation matérielle, économie et capitalisme (XVè-XVIIIè siècles), (Armand Colin, 1979). Braudel y trace finement les distinctions que beaucoup de progressistes de notre époque, en partie aveuglés par les principes marxistes, ne savent toujours pas faire entre les trois niveaux structurels de l’économie mondiale. 

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commentaires

Lavoisier 21/05/2011 11:18


C’est marrant ! Existe-il encore l’UPC pure ? ce parti vacille dans une sorte de schisme en permanence qui ne dénote d’aucun humanisme politique ou social. L’UPC est devenu capitaliste.