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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 20:34

L’odyssée de Guillaume Soro dans le Gôh

(1ère partie d’une série de trois tribunes)

« Guillaume Soro sublime l’histoire du Guébié »

 

 

 

 

Une tribune  internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie

Gagnoa, Côte d’Ivoire

 

Dans un pays qui se relève, force est de reconnaître le rôle de ses contrées les plus mythiques, car leur participation à sa nouvelle émergence apporte le cachet de l’authenticité et de la gravité des pages d’histoire mémorable. Habiter l’Histoire d’un tel pays, en en pansant les blessures par la préparation d’un meilleur avenir, c’est précisément le sublimer.  C’est tirer le meilleur parti des souffrances du passé pour construire un avenir meilleur. Or n’est-ce pas justement la démarche que Guillaume Soro, engagé avec toutes les fibres de son âme dans le processus de réconciliation des Ivoiriens, a entreprise dans le Centre-Ouest , longtemps réputé acquis aux thèses identitaires du Front Populaire Ivoirien de Laurent Gbagbo ? Je voudrais montrer en quoi l’adresse et la posture de Guillaume Soro envers le peuple du Guébié, avec en point d’orgue les échanges de vérités de Gnangbodougnoa, sont les gestes majeurs d’un pansement durable de l’âme d’une région souvent marquée au coin du ressentiment et  parfois hostile à la générosité de l’idée républicaine ivoirienne, telle qu’elle fut originellement exprimée par l’houphouetisme.  On verra alors que la visite du chef du Parlement ivoirien à la population de cette région singulière est l’esquisse d’une vision générationnelle nouvelle de la démocratie et de la prospérité du pays. En quoi consiste-t-elle ? Jusqu’où l’art de la réconciliation qu’elle esquisse portera-t-il  ses fruits ? Telle sont les questions que j’aborde dans la présente tribune.

I

Les blessures de l’Histoire

L’histoire longue du peuple Guébié, lui-même sous-ensemble du peuple bété et de l’ensemble Krou, est celle du drame et du ressentiment. Dès les années 40, 50, 60, les tractations qui devaient conduire à l’indépendance de la Côte d’Ivoire virent rivaliser des leaders politiques qui d’une façon ou d’une autre, étaient l’émanation d’une famille ethnique spécifique. Les Houphouët-Boigny, Djaument, Péléforo Gbon Coulibaly,  et compagnie représentaient non seulement les intérêts des corporations auxquelles ils appartenaient, mais aussi ceux des lignages dont ils étaient parfois les chefs traditionnels ou des princes consorts. Ainsi, les succès et les échecs politiques des leaders syndicalo-ethniques impliquaient aussi des afflux et des reflux du sentiment de reconnaissance nationale chez leurs fidèles. Telle est la dimension ethnique de la politique africaine coloniale et postcoloniale. Un leader échoue ou réussit toujours avec son groupe ethnique, ou alors, il n’est pas un leader. Ce n’est pas seulement la fonction qui fait la carrure de l’homme ou de la femme politique, mais sa capacité à incarner une communauté au point que son destin soit lié dans l’opinion nationale aux succès ou aux échecs de celle-ci. Frédéric Grah Mel  dans sa biographie bien documentée, insiste par exemple sur la signification possible du pseudonyme « Boigny », dont s’affublera le premier président de la Côte d’Ivoire. On y retrouve le « Bo-Agni », le Bélier qui bat les Agni, trace de victoires interclaniques qui dessinent le destin national du héros, au fur et à mesure qu’il les engrange sur son parcours…

Ainsi, le peuple Guébié que Guillaume Soro a rencontré le 15 août 2013 à Gnabodougnoa, porte en sa conscience collective les traces des victoires et des défaites de ses propres leaders. Ce peuple s’inscrit dans l’équation nationale à partir des douleurs et des joies de cette lutte de positionnement des hommes et femmes politiques ivoiriens pour l’acquisition d’un destin national. Fier et attaché aux valeurs culturelles de l’ensemble bété qui sont la beauté, la bravoure, le parler-vrai et l’excellence dans les arts, le peuple Guébié eut pour leader dans les années 70 un certain Kragbé Gnagbé qui croyait pouvoir l’émanciper de la logique républicaine née des Indépendances de 1960. Déterminé à recouvrer une indépendance qui rencontra très vite la ferme hostilité du pouvoir houphouetiste, Kragbé Gnagbé, dont les vélléités sécessionnistes sont écrasées dans le sang au cœur des forêts bété dans les années 70, est l’emblème de l’échec et du rejet constamment ressentis depuis lors par les populations Guébié dans leur relation au pouvoir central ivoirien.

II

La Thérapie Soro ou l’art de la sublimation de l’Histoire

 

On a glosé à outrance sur les intentions qui animaient Guillaume Soro au moment de partir pour ce périple dans le GÔH. Les langues de vipères de l’Ambassadeur Abiet, de Madame Odette Lorougnon, du Ministre Sébastien Danon Djédjé et des autres thuriféraires zélotes du FPI se sont déliées avec perfidie et vilénie, pour servir à foison le poison de la haine aveugle et de la pensée identitaire dont ils ont fait depuis belle lurette leur marque déposée. Ainsi, selon la vulgate de nos vendeurs d’illusions, Guillaume Soro viendrait dans le Gôh pour défier, se moquer, narguer, distraire les populations bété du drame de leurs filles et fils depuis les temps du Guébié jusqu’à la soi-disant déportation de Laurent Gbagbo à La Haye. On est même allé jusqu’à prétendre que les mânes des ancêtres de Gbagbo, de Blé Goudé et consorts allaient, tel un fulgurant boomerang, frapper le chef du parlement ivoirien, pour lui faire payer sa supposée traîtrise envers les saints hommes de Mama et de Kpokrobo. Rien que cela !

La réalité, n’en déplaise aux montagnes de la Refondation qui accouchent sans fin des souris, est que la pensée frelatée des Danon Djédjé et compagnie relève d’une morale du freluquet. Pensée rabougrie, la tentative du FPI de prendre en otage les populations du Gôh par la fibre ethniciste est venue crever sur le roc des besoins et désirs d’avenir des populations paupérisées de cette région fertile de la Côte d’Ivoire. Sans dispensaires, sans routes, sans écoles, collèges, lycées, points d’eau potable, universités, sans aérodrome digne de ce nom, la région de Gagnoa émerge des dix années du régime Gbagbo comme on sort d’un long jour sans pain. Ce que L’Honorable Guillaume Soro a précisément proposé aux gens du Guébié, c’est ni plus, ni moins que de sublimer leurs souffrances passées en effort d’entrée dans la dynamique de la justice, de la vérité, de la réconciliation et du développement qui caractérise la Côte d’Ivoire en transformation sous le magistère du Président Alassane Ouattara.

Non seulement, la justice établit que le FPI est l’auteur flagrant de la dernière crise postélectorale de Côte d’Ivoire avec toutes les conséquences fâcheuses que l’on sait, mais de plus, la vérité impose de voir que la doctrine de l’ivoirité, crève-cœur de la politique ivoirienne, est la négation évidente de la démocratie et de l’entente cordiale entre Ivoiriens, mais aussi entre Ivoiriens et  résidents étrangers de toute extraction en Côte d’Ivoire. Dès lors, ne fallait-il pas, de toute urgence, sortir du rêve d’une autarcie close qu’avait formulé en son temps le mouvement indépendantiste de Kragbé Gnagbé ? Ne fallait-il pas montrer aux gens du Guébié que leur avenir est dans la république, à travers une citoyenneté assumée sans fards ni ruse dans un espace public pluraliste où aucune région singulière n’est la propriété d’une quelconque faction politique ?

A Gnangbodougnoa, Guillaume Soro a posé, à travers l’acte inaugural  et hautement symbolique d’une nouvelle école publique, les fondements d’un dépassement de la haine d’autrui par l’effort, le mérite, et le sens des responsabilités. La symbolique de cette visite allait précisément déterminer l’ouverture d’une exceptionnelle écoute de la terre bété à son Outouhouri – beau frère – plus que jamais déterminé à affirmer l’unité de la Côte d’Ivoire et son désir de solidarité envers tous les siens, par-delà tous les clivages. Guillaume Soro a sublimé le Guébié, en le sortant de son sempiternel horizon victimaire, et en l’installant dans l’espoir qu’autorise l’action réfléchie pour le bien-être des générations futures. Oui, j’étais avec Guillaume Soro au cœur du Guébié, sur les traces de Kragbé Gnagbé. Et voilà la nouvelle alchimie que je l’ai vu catalyser en faisant du développement la preuve concrète de son attachement indéfectible à tous les gens de son pays, la transmutation des douleurs du passé en joies de l’avenir. Le ton était ainsi donné pour la suite d’un périple du Gôh qui n’était finalement pour Guillaume Soro que le parcours d’Ulysse. Car le syndicaliste estudiantin Guillaume Soro, longtemps avant le politique qu’il est devenu, avait déjà semé des graines d’avenir en crapahutant çà et là dans le Gôh au cœur des années 90. Incontestablement, c’est chez lui, rien que chez lui, que Guillaume Soro est revenu dans la région de Gagnoa. La suite de nos comptes rendus de voyage le montrera encore davantage.

 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans analyses sociales - politiques - économiques
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