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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 22:48
 
 
L’odieux chantage des dictateurs africains contre la CPI
union Aficaine6
« La dictature est la forme la plus achevée de la jalousie »
Curzio Malaparte, in La Technique du Coup d’Etat.
 
Une tribune internationale de Franklin Nyamsi
Agrégé de philosophie, Paris, France
 
            Lorsqu’une minorité d’individus tristement célèbres se rassemble pour défendre l’honneur de l’Afrique, il appartient aux Africains de prendre garde qu’on ne les abuse. Les honneurs des satrapes sont bien souvent les malheurs stylisés de leurs peuples.  A-t-on jamais vu le loup défendre l’agneau ? Le jour où les ennemis des peuples africains, pourfendeurs de toutes les règles démocratiques, défendront l’Afrique contre le reste du monde, les poules auront sans doute des dents et la pluie tombera de la terre vers le ciel.  De quoi notre histoire récente nous convainc-t-elle ? Pendant de longues années depuis les indépendances, de nombreux dictateurs africains ont impunément assassiné leurs compatriotes au nom du maintien de la paix et de la sacro-sainte unité nationale de leurs pays. J’ai souvenance d’une interview célèbre de Mobutu du Zaïre, dans les années 80, expliquant à un journaliste belge effaré, que les bantous ont une conception du pouvoir qui prévoit l’intouchabilité du Chef, véritable dieu vivant parmi les siens, qui n’a à répondre devant aucun de ses subalternes. En quoi ces dires de Mobutu seraient démentis par la démarche maladroite de l’Union Africaine contre la Cour Pénale Internationale en ce mois d’octobre 2013 ? En vérité, la nuit de la tragédie des droits humains en Afrique se poursuit dangereusement, se cherchant même un inespéré parapluie juridique. De 1960 aux années 2000,  des prisons de nombreux pays africains ont servi de terribles mouroirs de citoyens africains. Penser la modernité politique de l’Afrique contemporaine, c’est élaborer les mécanismes idoines de neutralisation de cette descente perpétuelle aux enfers. Une phénoménologie historique de la criminalité politique officielle en Afrique s’impose dès lors, qui répondrait aux questions suivantes : Comment les gouvernants Africains, depuis les Indépendances, se sont-ils arrogés le droit de tuer en paix ?  Quelles limites ce droit de tuer en paix rencontre-t-il aujourd’hui ;  comment tente-t-on de le rafistoler et que faire finalement du chantage des dictateurs africains contre la CPI ?
 
I
Les vieilles manières des dictateurs africains : un archaïsme résistant
            Soixante années d’observations depuis les Indépendances auront suffisamment permis de caractériser les techniques de dédouanement criminel des dictateurs africains. La plus importantes des notions à cerner, c’est, comme le suggère Curzio Malaparte, cité en exergue de la présente tribune, que la dictature est essentiellement un régime politique mettant en œuvre la pathologie psychologique de la jalousie sous ses formes les plus extrêmes. La dictature est une déformation du désir humain en désir de jouissance de la faiblesse du grand nombre. C’est une passion cynique. Pour le jaloux fieffé qu’est tout dictateur, tout lui est dû. A personne, il ne doit rien. Le monde entier doit être à ses genoux. Rien de ce qui est bon, meilleur ou profitable, ne mérite d’être partagé avec les autres. Le jaloux, avare en reconnaissance, est un narcissique obsessionnel qui ne vit que de jouir de son accaparement, des flatteries et génuflexions des autres, voire même de leur sang et de leurs larmes. Par essence, le jaloux aspire le monde. Il nie la différence et absolutise son identité dans une autoglorification qui ne s’embarrasse d’aucun ridicule. Or bien souvent, le jaloux est porteur de frustrations traumatiques datant de sa prime enfance. Parfois, privé de l’affection d’un parent essentiel, rejeté et déconsidéré dans certaines périodes de sa vie, il conçoit l’acquisition de la moindre parcelle de pouvoir comme une occasion pour se refaire une certaine santé. En se défoulant sur les boucs-émissaires que la situation présente lui offre, il colmate artificiellement de manière compulsionnelle les brèches que le passé a ouvertes dans son estime de soi. Eternel insatisfait, il finit par devenir prisonnier de son propre engrenage. Bientôt rien n’est de trop pour lui. D’excès en excès, il s’embourbe, comme les gladiateurs de Goya s’enfonçant dans leur propre vase. Il vit de faire souffrir les autres, d’humilier, de conquérir, de violer, de transgresser sans fin.
            Qui ne voit pas que pour l’essentiel, les régimes africains issus des indépendances des années 60 furent confiés à des déficients psychologiques, à des individus gravement en mal d’estime de soi ? Pour maintenir après l’économie des plantations, l’économie de prédation des matières premières, on saborda çà et là à travers l’Afrique, le désir de démocratie des peuples Africains, en imposant progressivement aux citoyens des pays récemment affranchis symboliquement de la tutelle coloniale, des pantins dirigeants qui singeraient le pouvoir pour mieux servir un culte effréné et stupide de l’Avoir, supposé rendre tolérable, leur refus massif de panser les blessures de leurs peuples, de bâtir des nations libres et prospères, d’élever l’humanité africaine au diapason de la dignité que confère l’exercice de la raison et la conscience de la liberté. Ces pantins dirigeants intronisés par l’ordre colonial dans les années 60, qui bien souvent, comme un Ahmadou Ahidjo au Cameroun, n’avaient aucunement lutté pour l’indépendance de leur pays, prirent donc le pouvoir avec un double blanc-seing international : tuer impunément leurs compatriotes pour maintenir l’unité de leurs nations, mais aussi tuer impunément leurs compatriotes pour maintenir l’équilibre géostratégique du monde axé autour de la Guerre Froide entre l’Est et l’Ouest. De 1960 à 1990, il y avait donc deux motifs implicitement tolérés de massacres politiques : l’atteinte à la souveraineté nationale et le délit de sale gueule idéologique.
            Il suffisait d’identifier dans une zone quelconque d’un pays africain, une menace irrédentiste pour que les armées débarquent et massacrent à la tronçonneuse, le tout venant des citoyens assimilés aux sécessionnistes. L’Afrique regorge de ces drames, où par milliers voire par millions, des Africains furent trucidés par leurs dictateurs sous le simple motif qu’ils parlaient la même langue vernaculaire qu’un leader sécessionniste quelconque. De même, il suffisait, en ces temps-là, d’établir le péché de communisme, quand le pays était dirigé par un pro-capitaliste ou de brandir le péché de collabo du Grand Capitalisme international, quand le pays était sous la coupe d’un gauchiste africain, pour que sans coup férir, avec la bonne conscience d’une compagnie d’éboueurs nettoyant une ville sale, des armées avides de sang innocent se déversent sur les campagnes et les villes supposées être infestées par l’idéologie de l’ennemi. Il fit très longtemps bon de tuer pour l’unité du pays ou de tuer pour combattre l’ennemi structurant idéologique. Mais la Chute du Mur de Berlin en 1989, avec l’effondrement massif du bloc de l’Est qui entraîna avec lui la vieille palabre idéologique Est/Ouest entre le capitalisme et le communisme, remit en cause les vieilles raisons de massacrer en paix en Afrique, remettant au cœur du débat, l’exigence longtemps étouffée de démocratie au service des peuples et citoyens africains. Depuis 1990, les dictateurs africains sont donc en mal de raisons de tuer. La surpuissance médiatique apportée en outre par la révolution cybernétique expose en temps réel, les moindres de leurs actes outrageants. Il se constitue désormais contre tous les dictateurs, une mémoire des crimes qui échappe à toute censure, s’internationalise et s’impose comme mémoire universelle. Ne convient-il pas dès lors d’examiner les limites actuelles du droit de massacrer en paix à travers l’Afrique ?
II
Six obstacles contemporains au droit dictatorial de tuer en Afrique
            Justement, la jalousie congénitale de la jouissance absolue du pouvoir est entrée en souffrance dans ce 21ème siècle africain. Autant les peuples brisent çà et là l’illusion longtemps entretenue du pouvoir héréditaire, autant les citoyens Africains prennent conscience de nouvelles possibilités d’embarrasser sérieusement les sangsues qui leur servent bien souvent de représentants officiels.        
            Il y a aujourd’hui six obstacles majeurs au prétendu droit des dictateurs africains de tuer sans conséquence fâcheuse pour leur jouissance du pouvoir comme un Avoir indéfini. Ces obstacles sont la presse, les organisations non-gouvernementales, les intellectuels libres, l’éveil moderne des peuples caractérisé par une dominance des jeunes générations,  les minorités politiques déterminées et lucides, et l’uniformisation planétaire de la défense des droits humains par la justice pénale internationale. N’est-ce pas ainsi que le monde ancien, sans crier gare, a disparu au grand dam de nos assassins des tropiques ? Certes, tous les massacreurs de peuples africains ne sont pas dans les fers, mais qui niera que le vent a terriblement tourné contre la belle époque de leur tragique insouciance ?  On ne saurait comprendre la levée de boucliers des pontes de l’Union Africaine contre la Cour Pénale Internationale de La Haye sans camper les fantômes qui troublent leurs doux rêves d’impunité, transforment leurs espérances d’imperturbabilité en angoisses de menottes, de procès et de geôles bien sécurisées.
            Les dictateurs africains en bonne et due forme, n’aiment ni les contre-pouvoirs en général, ni le quatrième pouvoir en particulier : la presse. La presse, malgré toutes les maladresses dont elle est capable sous tous les cieux, œuvre pour l’ouverture de la société, en débattant de ce qui fait problème, en parlant de ce qui dérange, en mettant le scandale sur la place publique. Or la dictature a horreur de l’ouvert, elle se complaît dans le clos, le non-dit, la rumeur et l’obscurité des âmes. La dictature a horreur de la publicité, entendez du caractère public des matières à scandale. La presse tue donc les dictatures comme les dictatures meurtrissent les journaux.
            Les dictateurs africains n’aiment pas non-plus le travail de ces citoyens impondérables qui campent le monde associatif et strient la société civile d’initiatives d’émancipation impondérables par les meilleurs services secrets ou de sécurité. Or les sociétés africaines contemporaines sont résolument vivantes. Jeunes, ancrées dans le Tout-Monde comme les nanas Benz du Togo, elles sont au courant des pulsations de la planète entière et demandent hardiment à participer, notamment par les réseaux sociaux que crée la websphère, à des initiatives qui puissent nourrir cette audace d’espérer qu’Obama voyait dès 2008 au cœur de la révolution américaine moderne.
            Les dictateurs africains détestent souverainement les intellectuels libres. D’abord, bien sûr, ils ne lisent pas les intellectuels africains, se contentant bien souvent de faire surveiller ceux de leurs pays par leurs services secrets. Passant le plus clair de leurs villégiatures dans la jouissance de leurs avoirs indus hors de leurs frontières, les dictateurs africains n’ont qu’une tactique : affamer leur peuple et notamment leurs opposants. Ils ont en corollaire une stratégie : n’affronter frontalement que les individus et les groupes qu’ils ont considérablement affaiblis d’avance, par la faim, l’intimidation, le chantage et la violence nue. L’intellectuel libre, capable de dire, au nom de tous ce qui lui paraît blesser la conscience universelle, est donc tourné en dérision sous leurs cieux. On lui préfère infiniment le perroquet, qui répète les évidence ou consignes de ses maîtres. Voilà pourquoi les dictatures détestent les universités et clochardisent violemment les chercheurs. Qui ne voit pas que l’avenir des sociétés modernes étant dans leur recherche de pointe, le refus de rénover les universités africaines est le marqueur le plus évident de l’archaïsme africain rampant ? Qu’on consulte comparativement le classement des universités africaines et la carte des dictatures du continent. On se convaincra de la constante que je souligne. Le mépris de la liberté de la recherche scientifique va bien souvent de pair avec le mépris des autres libertés sociales fondamentales.
            Les dictateurs africains détestent tout ce qui est jeune. Non pas qu’ils ne tiennent pas, à titre individuel, à se nourrir sans cesse à la fontaine de Jouvence des cures thérapeutiques offertes par la science moderne et par leur univers féérique de loisirs opulents. Non pas qu’ils ne soient pas amateurs de fraîcheurs de toutes sortes… Le pouvoir absolu corrompant absolument, il transforme son amateur en bête essentiellement carnassière. Non, ce que nos dictateurs tropicaux détestent davantage que le jeune qu’ils ne sont plus, c’est l’idée de nouveauté, l’idée d’avenir. Ils vivent pour que le présent de leur jouissance ne passe pas. Ils vivent de l’illusion de l’instinct remplissant l’instant. Le présent étant à l’aliénation, l’avenir est essentiellement angoisse, car il s’annonce comme leur propre fin de règne. Autant laisser donc par milliers les jeunes sans emploi. Autant les droguer fanatiquement d’alcool, de chanvre, de cocaïne, de sexe et de nationalismes frelatés, faits pour abrutir la conscience gouailleuse des aboyeurs de galaxies de désoeuvrés. On prépare ainsi la jeunesse à se suicider moralement en la spécialisant dans le meurtre et le cynisme de masse.
            Dans un tel contexte, la révolte ne devient-elle pas un devoir impératif de régénération de l’espérance citoyenne ? Les dictateurs africains n’aiment pas en général les minorités agissantes déterminées à risquer leur vie pour faire avancer le curseur de la dignité humaine en leurs contrées. On l’a vu en Côte d’Ivoire. Pour diaboliser le noble combat du MPCI de Guillaume Soro contre l’idéologie génocidaire de l’ivoirité, le dictateur Laurent Gbagbo n’hésita pas à taxer les résistants d’étrangers à la solde du Faso, de mercenaires de l’Occident, avant de se raviser quand ils lui montrèrent leur âpreté au combat pour demeurer enracinés dans leur pays. Les dictateurs africains excellent ainsi dans l’art de mettre toutes les rébellions dans les catégories infâmantes  de la jacquerie sécessionniste, du fanatisme religieux ou de la lutte pour les seuls fastes du pouvoir. Jaloux de leur pouvoir puisqu’ils ne le conçoivent que comme Avoir, ils voient en la moindre contestation une volonté de les castrer, de les priver de ce phallus inespéré qui leur permet de combler par l’ubuesque de l’exercice absolu du pouvoir, leurs traumatismes personnels qui perdurent pourtant, à leur grand dam.
            On comprend donc pourquoi, privés des vieux alibis de l’unité nationale, de la paix nécessaire au développement, de la Guerre Froide, les dictateurs africains sont pris d’une bien vertigineuse panique devant la montée en cohérence du droit international. Dans un ultime assaut d’indignation bien feinte, ils affectent un anticolonialisme dogmatique qui serait supposé leur attirer in extremis les faveurs de leurs peuples contre les tribunaux qui se dressent partout dans les pays de longue tradition démocratique contre leurs œuvres. Pour tuer en paix, dans cette peur-panique qui caractérise le dictateur africain contemporain, tous les arguments sont bons. Il s’agit de faire feu de tout bois, dans un baroud d’honneur qui a toutes les allures d’un chant du cygne. Chantons-le résolument.
            Que faire donc de cet odieux chantage des dictateurs africains ? Le restituer à son histoire de crimes et de lâcheté trop longtemps impunis. Adopter le point de vue des victimes massivement innocentes de ces pouvoirs jamais élus et jamais responsables devant leurs peuples. Combattre par tous les moyens légitimes, le diktat des dictateurs sur leurs concitoyens et leur faire perdre la face, par tous moyens politiques, juridiques, économiques et géostratégiques, dans la sphère politique internationale. Le 21ème siècle devra être celui du dénudement de tous les dictateurs africains ou il ne sera pas. L’histoire, nous dit-on, se produit toujours deux fois. La première fois sous forme de tragédie, la seconde fois sous forme de farce. L’heure de la farce dictatoriale a heureusement commencé. Il appartient aux combattants de la démocratie sous toutes nos tropiques de pousser vers La Haye, tous les truands qui passent pour de doux agneaux au cœur de nos palais alors qu’ils ne sont ni légitimes, ni capables de changer en mieux les millions de vies qu’ils triturent sans pitié depuis de longues décennies. Et vivement qu’à travers les Etats démocratiques du continent africain, naissent des La Haye à foison pour mettre résolument fin au règne sanglant de la déraison politique qui a joué sa comédie de sainteté en ce mois d’octobre 2013 à Addis-Abéba . L’Internationale Démocratique Africaine est l’idée que ce siècle attend de voir s’incarner, par-delà les miasmes conservateurs et rétrogrades qui retardent encore l’Union Africaine. Oui, dictateurs africains, tremblez, votre compte à rebours s’accélère !
 
 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans analyses sociales - politiques - économiques
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commentaires

L 02/02/2014 20:54

Le régime sale est décevant morocain défeque avec largesse sa pathologie intestine sur d'inorable consciences.Le royaume des singes s'identifie à une secte dictatoriale de batards Africains.Ces
criminelles aux mains sales, ont tués des milliers de gens dans le passée.Ils ont violés toutes les chartes internationnales des droits fondamentaux des peuples (
Assassinat,Torture,Viole,Disparition).Le comble ils soutiennent financierement et materiellement un vaste réseau d'intégrisme à la solde de monarchie.
Régime de la royauté à vomire à cause du pourrissement interrieure, inflation chomage,misère partout ils pestent comme des rats affamés à trouver un double refuge
Ils s'inventent des chymères à blaser un monde de loufoquerie auquel ils appartiennent.Economie déplorable corruption ils ne doivent leur survit qu'a un large trafique
de drogue et un tourisme sexuel dont ils n ont pas froid aux yeux.Ils s'dentifient toujours avec leurs hargnes à lessiver des consciences.leurs besognes à chier sur les autres ne font d'eux que
des etres inférieures, laches stupides et arrogants.Le charivari auquel il s'adonne fera deux les plus grands pitres du monde.