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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 09:34

   

 

 

 

Par Franklin Nyamsi 

Agrégé de philosophie 

Paris, France 

 

20120830124135-373f5a1f-thFaire de la politique aujourd’hui en Côte d’Ivoire, est-ce s’accrocher à un quelconque passé, fut-il glorieux ? N’est-ce pas bien au contraire, aller au devant des défis que la pauvreté, la désespérance, la haine et l’ignorance lancent aux élus de Côte d’Ivoire, les mettant en demeure de moderniser profondément ce pays, véritable miroir, que dis-je, prunelle des yeux de l’Afrique francophone ? Ces questions s’imposent à celui qui veut comprendre la logique des grands destins que l’histoire africaine contemporaine dessine sous nos yeux. Elles permettent de mettre au placard une conception nostalgique du pouvoir qui ne peut qu’être source de malentendus, de sous-entendus et de conflits fratricides entre ceux-là même qui doivent aujourd’hui incarner l’espérance ivoirienne. N’est-ce pas ainsi qu’il faut lire et comprendre les carrières politiques du Président de la République de Côte d’Ivoire et de son dauphin constitutionnel, le Président de l’Assemblée Nationale ivoirienne ? Dans la stylistique politique de la Côte d’Ivoire contemporaine que j’étudie depuis deux décennies avec rigueur et compassion, qu’il me soit permis, aux termes de ma dernière visite d’imprégnation dans cette mienne patrie d’adoption, de témoigner, au cœur des clameurs et des rumeurs que certaines supputations légitimes et illégitimes soulèvent dans la presse ces derniers jours, de ce qui me paraît être résolument le style d’un homme que jeune étudiant des années 90 dans l’Université Ivoirienne, j’ai vu vivre et agir depuis lors jusqu’à ce jour : l’Honorable Guillaume Kigbafori Soro. 

 Les lecteurs de la présente tribune pourraient d’ores et déjà se réfugier dans une double attitude bien stérile à mon sens. Je les entends d’abord dire : « que peut-on dire d’objectif au sujet d’un homme que l’on considère de longue date comme un ami et comme un frère ? » Cette première question, en vertu des limites du style hagiographique qui a tant fait de bon nombre d’intellectuels africains, des griots attitrés de leurs mentors politiques, pourrait me viser, mais elle ne me concerne pas. Pourquoi ? L’élection du Che Bogota des années 90 comme ami et frère s’est faite chez moi dans le feu de la souffrance de l’exil, quand un homme compte au bout des doigts, ceux pour qui son existence compte. Nous nous sommes rencontrés dans l’athanor fraternel de la moralité exemplaire. Incarnant au cœur du syndicalisme estudiantin ivoirien l’âme hospitalière et secourable de la Côte d’Ivoire africaine et humaniste, le Camarade Soro Guillaume, alors Secrétaire Général de la FESCI, s’inscrivit en lettres d’or dans la mémoire de ceux qui, venus d’ailleurs sous l’aiguillon de l’exclusion citoyenne, ne pouvaient en toute logique qu’épouser le combat pour la démocratie initié dans ce laboratoire de la future société politique ivoirienne qu’était alors l’Université Nationale de Côte d’Ivoire. La rencontre entre le Camarade Soro et moi se fit donc sur les cimes de nos idéaux partagés, en un temps où voitures rutilantes et fastes du pouvoir n’étaient pour nous que de bien vagues et improbables prémonitions.  

Une seconde prévention envers la présente analyse pourrait cependant venir encore à l’esprit de mes lecteurs. Mon compagnonnage intellectuel fort ancien avec la lutte politique  de l’inclusion citoyenne menée par le duo Alassane Dramane Ouattara/ Guillaume Soro ne me rendrait-il pas incapable de distanciation, de telle sorte que je ne puisse dire de l’un et de l’autre que ce qu’ils souhaiteraient eux-mêmes dire par d’autres voix ? Vingt années de proximité dans la conception cosmopolitique des nations africaines de l’avenir ne me rendraient-elles pas par nature poreux à des sortes d’adomania et de soromania ? Je réponds à cette seconde prévention que je m’appuierai ici, comme dans mes tribunes précédentes, sur l’arbitrage impartial des faits simples et avérés pour tous. Ma méthode, comme l’exigerait le savant français Claude Bernard, sera fondée sur la vérification expérimentale de mes dires dans l’Histoire récente de la Côte d’Ivoire elle-même. Je ferai parler l’Histoire, sans fards ni forfaiture. De telle sorte que rien de ce qui me viendra au thème ne paraîtra biaisé par mon parti pris de longue date pour la lutte de reconnaissance citoyenne gagnée par le camp de la démocratie lors des deux dernières élections ivoiriennes, lutte de reconnaissance qui, je le rappelle à titre pédagogique, est au cœur de mon engagement personnel pour la démocratisation programmée de mon propre pays natal, le Cameroun. Enfin, on aura compris que mon parti pris pour la cause des démocrates, républicains et humanistes aujourd’hui au pouvoir en Côte d’Ivoire est un acte éthique radical, de longue date connu de tous mes amis et détracteurs. Pour ceux qui me connaissent bien, ma haine de la haine ivoiritaire, mienne haine qui est en réalité profond amour de la démocratie, est un acte de transcendance qui déborde de loin l’estime que je peux avoir pour les personnalités qui l’incarnent dans un espace et un temps donnés. L’émancipation de l’homme sous tous les cieux est l’histoire de ma vie. 

 

Une fois levés ces obstacles méthodologiques, je peux donc parler du style politique de l’Honorable Guillaume Soro ici, pour répondre notamment à cette nouvelle levée de boucliers que son attachement quotidien à la défense des intérêts vitaux de son peuple déclenche chez certains, quand elle est perçue notamment par les perfides comme une volonté de concentration des pouvoirs de l’Etat contemporain de Côte d’Ivoire. Je dirais donc ici qu’on peut cerner le style politique de Guillaume Soro comme celui d’un « Homme des devants ». Je voudrais d’abord clarifier cette expression mienne. Je produirai ensuite à l’appui de la thèse  qu’elle comporte, quelques arguments tirés du parcours politique  de cet homme-pont de la situation politique ivoirienne de ces deux dernières décennies.   

J’entends d’abord par « Homme des devants », un acteur politique capable d’agir avec plusieurs coups d’avance sur ses adversaires. Je ne rentrerai pas ici dans les luttes de survie menées par Guillaume Soro pour garder vivant l’idéal du mouvement qu’il assuma dès 2002. Je veux remonter à nos années estudiantines. En effet, pressentant la pourriture de la FESCI à la fin des années 90 sous la pression du chauvinisme identitaire incarné par l’aile des Blé Goudé sous patronage du FPI, Guillaume Soro quitta la direction de ce mouvement avant qu’il n’ait entièrement basculé dans la haine abjecte de l’Autre Homme. Sachant avant tous ses adversaires que la FESCI avait basculé avec armes et bagages sous l’empire d’un nationalisme ivoirien de gauche qui masquait en réalité la réaction d’extrême-droite la plus barbare, Guillaume Soro se retira en France et se consacra à prolonger des études que ses luttes démocratiques à venir rendaient opportunes.   

J’entends ensuite par « Homme des devants », un stratège politique capable d’assumer pleinement ses responsabilités, y compris les plus tragiques. Partisan de la politique faite en nom propre, c’est sans reculade qu’il assume la direction de la rébellion du MPCI contre l’ogre ivoiritaire incarné par le pouvoir Gbagbo en 2002. C’est encore au nom de cette éthique de la responsabilité qu’il assume la signature de l’Accord de Paix de Ouagadougou en 2007, prenant le risque suprême d’être le Premier Ministre d’un Laurent Gbagbo connu et applaudi alors pour cet art sublime de la roublardise politique qui lui valut le nom de Boulanger d’Abidjan, tellement il enfarinait à merveille ses partenaires de circonstance.  Taxé de traîtrise à plusieurs reprises par des voix de tous les camps politiques de la nébuleuse ivoirienne, il a su comme il aime bien à le dire, maintenir le cap vers ses devoirs imprescriptibles d’homme épousant les plus nobles attentes des gens de son pays, contre vents et marées, au risque quotidien de sa propre vie. On ne méditera jamais assez la capacité extraordinaire que cet homme a de vivre dangereusement au besoin, parmi mille périls, pour défendre son idéal ! 

J’entends enfin par « Homme des devants », un politique habité très tôt par une vision de la nation africaine que très peu de gens de sa génération pouvaient avoir : Guillaume Soro et certains d’entre nous avons compris, en Africains convaincus par la nécessité d’un panafricanisme fondé sur l’éthique pluraliste de l’altérité, avec une bonne longueur d’onde d’avance, que le monde de l’idéologisme était mort. Nous saisîmes  très tôt au cœur des années 90 que le combat pour la démocratie passerait, dans le monde de l’après Guerre Froide, avant les cris surannés de l’anticolonialisme dogmatique. Sans quitter le camp du socialisme républicain, nous comprîmes que la haine de l’Occident, comme tous les ressentiments, ne pouvait suffire à faire office de ferment d’unité nationale et d’intégration continentale. Pour le dire autrement, nous avons compris que c’est l’amélioration des pratiques politiques intra-africaines et le développement durable de nos sociétés qui rendraient les Africains capables de négocier et d’arracher de nouveaux pans de souveraineté dans la géostratégie du monde d’après les duels Gauche / Droite, Est/ouest, Nord/Sud. Ainsi, pendant que la bande ivoiritaire du CURDIPHE, et par la suite les ethnonationalistes pro-Gbagbo infiltrés dans la FESCI sous la férule de Blé Goudé séparaient la Côte d’Ivoire de son âme humaniste et de sa mission de fraternité en terre d’Afrique, nous voguions déjà dans le rêve légitime d’une série d’insurrections citoyennes salvatrices. 

Mais comment cette vision des devants s’incarne-t-elle aujourd’hui en 2012 dans la politique de Guillaume Soro ?  Par une vision essentiellement prospective de la politique que je voudrais de nouveau fixer en quatre arguments :  

Homme d’action par nature et par essence, Guillaume Soro, qui a connu toutes les fonctions gouvernementales, comme ministre, ministre d’Etat, Premier Ministre, mais bien avant autorité politique de premier rang de la zone Nord de 2002 à 2007, n’a pas besoin de revenir sur ses pas. Quant on a réussi le pari d’être le Premier ministre des deux bords de la confrontation politique ivoirienne, on peut légitimement songer à l’avenir. L’homme-pont de décembre 2010 avance vers son destin, en toute humilité. Les défis du développement durable, de la lutte contre la misère, de la réconciliation nationale ivoirienne, de l’installation d’une culture démocratique stable, de la modernisation exemplaire de la Côte d’Ivoire sont autant de leitmotiv qui obnubilent désormais le Président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne.  

 

La fonction actuelle de deuxième personnage de l’Etat de Côte d’Ivoire, en sa qualité de Président des Députés ivoiriens, occupe pleinement l’entendement, le désir, l’imagination et la raison de l’Honorable Guillaume Kigbafori Soro. Dès mars 2012, après son investiture par le RDR, le député de Ferké a pris le bâton du pèlerinage pour redorer le blason de la deuxième institution de la jeune démocratie ivoirienne : Singapour, Paris, Bruxelles, Libreville, ont vu avec succès Guillaume Soro défendre le blason des délégués des terres profondes de Côte d’Ivoire, pour le rayonnement une assemblée renouvelée à près de 80% de ses effectifs. Mobilisant les moyens de l’ingénierie moderne, l’Honorable Soro est entrain de reconstruire les lieux de vie de cette assemblée, d’y imprimer une pédagogie de projet et de planification qui mobilise comme jamais les équipes administratives de son institution. Incitant ses pairs à rester au contact des Ivoiriennes et des Ivoiriens, on l’a vu cet été, comme à Lipkilassié, fraterniser avec les plus profondes symboliques traditionnelles de son pays.  

Dans un esprit de complémentarité et de solidarité, l’Honorable Guillaume Soro demeure fidèle au poste,  nuit et jour, disponible pour les orientations du grand manager de la Côte d’Ivoire, le Président de la République, Son Excellence Alassane Ouattara ; appuyant l’action gouvernementale du Premier Ministre Jeannot Ahoussou Kouadio, chaque fois que  l’institution législative est sollicitée, ou chaque fois que l’expérience des hommes et des choses ivoiriennes, marque de fabrique de GKS en ces dix dernières années, est sollicitée. Reçu récemment, le 1er septembre 2012 au palais présidentiel d’Abidjan avec une délégation d’intellectuels engagés pour la démocratie en Afrique, j’ai eu l’occasion personnellement, de mesurer si besoin en était la confiance et l’estime que le Président Ouattara a pour son dauphin constitutionnel, confiance qui est aux antipodes absolues des supputations les plus fantaisistes de la médiasphère politique. N’ont-ils pas vécu et vaincu ensemble les pires adversités ?  

Enfin, fait important à noter, respectueux du pluralisme démocratique auquel il a sacrifié sa jeunesse et pour lequel il s’est consacré à l’agir politique, l’Honorable Guillaume Kigbafori Soro n’est pas du genre à dicter les lignes d’expression politique de tous les leaders d’opinion de sa majorité politique. Dans l’esprit d’émulation qui explique la diversité des compétences dont il s’entoure, il délègue et oriente. Il pose certes le cadre, mais fait vraiment confiance et laisse les uns et les autres apprendre de leurs propres essais et erreurs, pour qu’un véritable changement qualitatif ait lieu au cœur de sa propre administration politique. Cette vision prospective de l’animation d’équipe achève de faire du Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, quelqu’un qui marche vers un seul but : une Côte d’Ivoire meilleure, parce que moderne, prospère et fraternelle.  

Voilà pourquoi, contrairement aux hypothèses qui le voient revenir sur ses pas politiques, je fais le pronostic que par sa logique et son style, GKS est l’Homme des devants, résolument consacré à l’avenir de son pays. Comme toujours.

 

 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politiques
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commentaires

debremondière 29/10/2012 01:02

Heureusement que l'auteur prévient qu'il y a risque d'hagiographie...Sur le fond, à part montrer que SORO est "machiavélique"au sens philosophique du mot, il est difficile d'en faire un symbole de
la démocratie car en tant que chef de la rébellion , il en est le responsable...par exemple des executions sommaires commises par ses troupes...Comme démocrate, un peu léger...