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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 21:15

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Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Paris, France

 

Lorsqu’un pays innove, il convient d’en saluer l’audace. Car de sa capacité à nous apporter du nouveau, dépend le rayonnement d’autres pays, d’autres peuples, qu’inspirera positivement son exemple. On dit que la victoire a beaucoup d’amis. Pourquoi le bon exemple n’en aurait-il pas ? Comment nier que la nouvelle Côte d’Ivoire actuelle, autant dans le style managérial de son exécutif que dans celui, dynamique, de son législatif, soit source d’heureuses comparaisons ? Les députés ivoiriens peuvent  sans conteste s’enorgueillir d’avoir à leur tête, quelqu’un qui redore le blason de la vieille maison, lui apporte vitalité, crédit et modernité. Guillaume Soro, c’est une lapalissade de le dire, s’est dévoué au rôle de globe-trotter diplomatique du parlement ivoirien. Convaincu que la force d’une nation qui se veut émergente vient de sa capacité à s’immerger efficacement dans l’écume mouvante des relations internationales, le président des députés ivoiriens voyage d’est en ouest, du sud au nord et du nadir au zénith, à la recherche des ressources de l’ambition ivoirienne d’affirmer une grande exemplarité politique, économique et culturelle à la face du monde. Comment comprendre autrement l’extraordinaire réussite de ce que j’ai récemment nommé « la percée asiatique de Guillaume Soro » ? Je voudrais cependant, dans les lignes qui suivent, essayer de comprendre ce qui, si singulièrement et intensément, lie la Corée du Sud et la Côte d’Ivoire, deux nations que sépare une longue diagonale géographique consacrant une distance incommensurable, l’une et l’autre étant placées mutuellement comme au bout de leurs mondes. Je formule trois hypothèses : 1) La Côte d’Ivoire et la Corée du Sud ont des points d’historicité en commun ; 2) La Côte d’Ivoire et la Corée du Sud se sont croisées dans les arcanes de la diplomatie internationale du fait de la conscience planétaire de leurs élites ; 3) La Côte d’Ivoire et la Corée du Sud ont à relever ensemble, le défi de la prospérité commune et de la télépathie politique qui font la marque de la nouvelle géopolitique de la mondialisation. Si ces trois hypothèses se vérifiaient, les lectrices et les lecteurs de la présente tribune me concèderaient alors, sans difficulté, l’idée d’ « une diagonale de l’excellence » que je vois se consolider entre ces deux pays amis d’Afrique et d’Asie.

I

Analogies historiques ivoiro-coréennes

Comparaison n’est pas raison. Analogie ne signifie pas forcément identité, mais consonance et convergence relative à tout le moins. Dans ce rapide examen de l’histoire de Corée et de Côte d’Ivoire, nous cherchons à voir les facteurs qui ont dû favoriser une familiarité des élites politiques contemporaines de ces deux pays.

La Corée du Sud, est née de la division du territoire de la péninsule coréenne en 1910, sous la domination japonaise. A la fin de la deuxième guerre mondiale en 1945, cette division est consacrée, aux profits des deux principales puissances émergeant des Accords de Yalta : les USA et l’URSS. Sous influence communiste au nord, la Corée se fait suzeraine de la Chine et des Soviets. Sous influence capitaliste au sud, la Corée se fait alliée de l’Amérique et du Camp de l’Occident. La guerre qui éclate entre les deux Corée en 1950 est donc une modalité de la rivalité entre les grandes puissances précitées. Comme tout état de belligérance, elle favorisera l’émergence d’une élite autoritaire des deux côtés de la confrontation. La Corée du Nord entrera dans l’ère du totalitarisme de gauche tandis que celle du Sud connaîtra un long épisode de despotisme libéral, sous la direction de Syngman Rhee et de Park Chung Hee. Au Sud donc, le paradoxe voudra que ce soit durant la longue période du despotisme libéral que se fasse le décollage économique du pays, qui s’accompagnera ensuite de revendications civiques exceptionnelles menant à l’instauration de la démocratie aux lendemains des événements sanglants de 1980. Enfin, la Corée du Sud est depuis lors, on ne s’en rend peut-être pas assez compte, un grand pays d’immigration en raison même de son succès économique et de la stabilité avérée de ses institutions démocratiques. Tandis que la Corée du Nord, ennemie de la démocratie représentative libérale, est l’extraordinaire mouroir géant que l’actualité nous livre sans cesse.

Quels parallèles de la Corée avec la Côte d’Ivoire ? Ce dernier pays a lui aussi connu les affres de la colonisation, après celles de la Traite Négrière dans les territoires qui allaient le constituer à la suite du partage de l’Afrique par les puissances occidentales à Berlin en 1885. Mieux encore, comme la Corée, la Côte d’Ivoire, qui fut Basse et Haute-Côte d’Ivoire à l’issue des premiers tracés coloniaux, va aussi connaître, sous le nom de Côte d’Ivoire et de Haute-Volta, une partition nouvelle au sortir de la deuxième Guerre Mondiale. Comme la Corée du Sud, le Président Houphouët-Boigny, qui aura mené la lutte de son pays pour l’indépendance en s’ancrant dans l’économie des plantations dont il devint ardent syndicaliste, instaurera au début des années soixante un régime monopartisan qui s’affirme clairement comme une autocratie éclairée, gouvernant exclusivement le pays de 1960 à 1990 dans le socle d’un Etat fort considérant l’unité nationale comme sa vocation sacrée.  Pourtant, c’est pendant les 30 premières années du régime de Nanan Houphouët que la Côte d’Ivoire, à l’instar de la Corée du Sud, réalisera ce « miracle », croissance à deux chiffres qui la fit longtemps appeler « la France de l’Afrique » et qui en fera un grand pays africain d’immigration. Et c’est précisément aussi en raison des contradictions accumulées entre l’avancée économique et le retard politique que les années 80-90, années de crise économique et d’éveil du front social aux libertés citoyennes, vont signer la crise de l’houphouëtisme. Emerge alors avec le Front Populaire Ivoirien de Laurent Gbagbo, l’idée d’une alternative politique de gauche dans le pays, qui connaître le triste sort que les événements du 11 avril 2011 ont consacré. A l’exemple des Nord-Coréens, les frontistes ivoiriens s’avèreront ennemis de la démocratie représentative, basculant dans un anticolonialisme dogmatique, cette « idéologie du repli identitaire » que Guillaume Soro a pourfendue le 15 mars 2013 à Kinshasa. La lutte du RDR, du MPCI, puis des FN et du PDCI contre l’ogre despotique frontiste, de 2000 à 2011 n’est-elle pas l’analogon des luttes sud-coréennes qui ont conduit à la démocratisation de ce pays ? De telle sorte qu’on peut dire que la Côte d’Ivoire actuelle a engagé enfin résolument, notamment par les élections présidentielles et législatives démocratiques de 2010, le processus que les Sud-Coréens ont matérialisé à l’orée des années 80.

Comment s’étonner dès lors que les dirigeants Coréens et Ivoiriens voient en leurs histoires nationales des ferments d’un compagnonnage exemplaire dans notre planète mondialisée ? Il apparaît clairement que les analogies historiques ivoiro-coréennes, en termes d’expériences communes de colonisation, d’efforts de développement qualitatif, d’investissement dans l’économie-monde, d’ouverture cosmopolitique au Pauvre, à l’Etranger, à la Veuve et à l’Orphelin, sont au cœur de la symbiose qui s’est dégagée entre Guillaume Soro et les Coréens en ce début avril 2013. Mais, les rencontres des élites aux sommets du monde ne sont pas non plus sans importance ici.

 

II

Elites ivoiriennes et Sud-Coréennes aux sommets du monde

Ceux qui suivent l’épopée ivoirienne contemporaine savent que le rayonnement diplomatique de ce pays a connu deux âges d’or : la grande époque de Félix Houphouët-Boigny et l’ère démocratique qu’incarne la figure présidentielle contemporaine d’Alassane Ouattara. Ancien ministre et député français, Houphouët avait les pieds dans l’alliance Atlantique et le cœur à doper l’agriculture ivoirienne, puis l’industrie de son pays afin de le faire accéder par le travail et la prospérité dans la Cour des grandes nations du monde. Formé dans l’université américaine, banquier de haut-rang, dirigeant haut placé au cœur de la plus grande institution financière nationale, le FMI, Alassane Ouattara est un manager internationalement reconnu de la chose publique, un technicien de l’économie politique et de l’orfèvrerie financière qui dès 1989, incarnera le redressement de la Côte d’Ivoire. Mieux encore, dans son engagement à faire de son pays un espace d’inclusion et d’impulsion de la créativité africaine, comment oublier le coup d’épaule magistral donné au Président Alassane Ouattara par son dauphin constitutionnel, l’Honorable Guillaume Kigbafori Soro ? Né dans le sérail du syndicalisme estudiantin ivoirien des années chaudes de la contestation anti-houphouétiste, le fils de Kofiplé s’est retrouvé à la tête de la résistance anti-dictatoriale du MPCI contre les doctrinaires de l’ivoirité qu’incarnaient, après les cellules irresponsables du régime Bédié entre 1993 et 1999, le régime criminel d’un Laurent Gbagbo ouvertement converti au national-chauvinisme et à l’anticolonialisme de propagande. Né à la haute politique ivoirienne dans le feu de septembre 2002, Guillaume Soro a depuis lors mené sur le terrain de son pays, en tacticien, stratège, orateur et diplomate averti, une lutte courageuse dont l’Accord de Paix de Ouagadougou en 2007, mais aussi les élections présidentielles et législatives 2010-2011 sont les fruits exemplaires. Il incarne aujourd’hui, à 41 ans bientôt révolus, la puissante relève générationnelle du leadership politique et démocratique en Afrique.

Comment les trois figures majeures de la Côte d’Ivoire gouvernée par le RHDP, à savoir Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Guillaume Soro pouvaient-elles manquer de marquer et fasciner le monde quand on sait la détermination du combat qui leur a permis, après avoir battu Gbagbo dans les urnes, de le battre avec le soutien du droit international par les armes, et de la déterrer littéralement, le visage hagard et stupéfait, de son Bunkerland le 11 avril 2011 ? Il était impossible que le secrétaire général de l’ONU, le Sud-coréen Ban Ki Moon, venu d’un pays à l’histoire similaire en de nombreux points avec celle de la Côte d’Ivoire, ne perçoive pas tout le potentiel cosmopolitique du pays en ébullition d’Houphouët-Boigny. Il était impossible que le Sud-Coréen, conscient des affres de la colonisation, de la guerre et de la division des nations, ne se penchât avec empathie et détermination sur la souffrance décennaire du peuple ivoirien ployant sous le joug mensonger et violent du FPI de Laurent Gbagbo. Il était impossible que, diplomate chevronné, Ban Ki Moon ignore la densité de l’idée nationale ivoirienne et la générosité du projet de grandeur que Houphouët, malgré son monolithisme politique dommageable, avait pour son pays. On ne s’étonnera donc pas que sur les toits du monde, Ban Ki Moon ait compris l’importance du combat d’Alassane Ouattara, de Guillaume Soro et d’Henri Konan Bédié pour arracher la Côte d’Ivoire à l’amateurisme du Boulanger de Mama, et la remettre sur les rails d’une véritable expérience démocratique. En vérité, Ban Ki Moon, en visionnaire, a compris, du fond de son histoire coréenne, l’analogie de la lutte démocratique de son peuple avec celle du peuple émergent et cosmopolitique de Côte d’Ivoire. Voilà pourquoi, aux côtés des démocrates ivoiriens en lutte, Ban Ki Moon a missionné un Coréen d’honneur et de courage, Young Jin Choï, Représentant de l’ONU en Côte d’Ivoire pendant les élections 2010-2011, qui a eu la noble exigence de superviser le scrutin et d’en certifier rigoureusement les résultats, afin que soit respectée, comme chez les Coréens après les crimes dictatoriaux de Gwangju en 1980, la volonté des Ivoiriens de se débarrasser du régime de Laurent Gbagbo, qui s’engageait au plus indigne des bains de sang de l’Histoire de ce pays. Comment dès lors nier qu’en épousant ainsi la plus noble des causes ivoiriennes, Ban Ki Moon et Young Jin Choï auront scellé aux sommets du monde et dans l’âme de leurs peuples respectifs, une véritable diagonale de l’excellence ivoiro-coréenne ? L’actualité témoigne pour cette thèse.

III

La diagonale ivoiro-coréenne de l’excellence : une esquisse de la solidarité nécessaire des démocraties

L’une des énigmes les plus célèbres de la géométrie, c’est la découverte des merveilles de la diagonale du carré, droite qui s’avère inexplicablement plus longue que chacun des côtés égaux du carré. La dernière visite asiatique de Guillaume Soro, avec la bénédiction d’Alassane Ouattara qui l’a mis en mission expresse, est comparable aux merveilles de la diagonale, car alors même que la vision carrée du monde voudrait que la diplomatie parlementaire ivoirienne reste dans son socle naturel francophone, Guillaume Soro affirme le désir de son parlement d’innover en multipliant les chances de la société, de l’économie et de la culture ivoiriennes de se faire connaître et apprécier aux quatre coins de la planète. Trois séries de faits témoignent de cette détermination politique exemplaire des élus de Côte d’Ivoire à rassurer l’Asie, comme ils ont convaincu l’Afrique, l’Europe et l’Amérique de leur crédibilité.

D’abord, la Côte d’Ivoire nouvelle, semble avoir résolument saisi la vérité fondamentale que voici : il n’y a point de développement durable sans émergence d’une civilisation démocratique forte. C’est précisément pourquoi il est heureux qu’appuyant l’action du Gouvernement dont elle garantit la majorité, la législature-Soro œuvre à renforcer l’image de marque du pays à travers le monde, par des missions qui, en appui et en complément de l’action gouvernementale, apportent la preuve vivante de l’union des bonnes volontés pour la démocratie, le progrès et la paix en Côte d’Ivoire.

Ensuite, la coopération ivoiro-coréenne prouve qu’on peut aller savamment l’économie et l’éthique politique : c’est sur la base des amères expériences de la colonisation, de la barbarie dictatoriale, de la haine de l’Autre homme, que les élites ivoiro-coréennes se sont alliées à l’occasion de leurs rencontres aux sommets du monde. Elles ont compris que les intérêts des firmes industrielles, les intérêts d’un libéralisme à visage humain consistent dans la défense économique des démocraties du monde entier, unique rempart contre la montée en flèche de l’ignorance et de la pauvreté de masse, de l’intolérance religieuse et ethnique, mais aussi du mal rampant du terrorisme, est la condition même de la stabilité du monde.

Enfin, la coopération ivoiro-coréenne, dopée pour ainsi dire par la visite historique de la délégation des parlementaires ivoiriens sous la houlette de Guillaume Soro, donne au monde sceptique des déclinologues de tous bords, l’occasion de voir que la mondialisation ne s’accompagne pas seulement des effets pervers que sont la pollution, les crises financières nées de l’égoïsme fou des spéculateurs, les guerres de toutes natures. La mondialisation, c’est aussi l’extension et l’expansion exemplaires de l’excellence citoyenne à travers des échanges fructueux entre élus légitimes de tous les pays et acteurs de bonne volonté de tous grades et qualités. Là encore, ne regrettons pas, pour l’Afrique francophone, que la Côte d’Ivoire, véritable laboratoire de nos espoirs cosmopolitiques, nous montre humblement la voie à suivre !

 

 

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans analyses sociales - politiques - économiques
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