Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 23:08

union Aficaine6

 

 

 

 

Pr. Franklin Nyamsi

Paris, France.

 

            Il est temps de panser une plaie dont la purulence exceptionnelle risque d’endommager gravement la destinée des sociétés africaines contemporaines. Je veux parler d’une sorte de nécrose invisible, de pourrissement intérieur de la parole politique sous l’action de ceux que je nomme les opposants de bouche. Si rien n’est fait contre ces phraseurs sans consistance bénéfique, la parole de l’opposant africain entrera dans la plus terrible des traversées du désert de son histoire. A cause de nos plaisantins ensanglantés, la noble cause des révoltés s’étiole en Afrique. Il convient donc de se révolter contre le tort que cette engeance cause à la transcendance spirituelle de la révolte humaine légitime. Il faut s’opposer aux faux opposants. Qui sont-ils ? A quoi reconnaît-on cette espèce de perroquets de la faune politique en Afrique noire ? Comment nos sociétés en sont-elles venues à produire cette espèce particulière d’imposteurs, capables de parler et camper le discours des anges de lumière alors même que leur première préoccupation est l’accaparement des peuples, le braquage des libertés et l’exploitation outrancières des terres, mers, forêts et énergies créatrices du continent noir ? Je voudrais d’abord dresser dans cette tribune leur portrait, afin d’augmenter la traçabilité et l’identifiabilité de cette coterie de bonimenteurs postcoloniaux. Ensuite, il m’importera de démonter la mécanique illogique de leur prétention à assurer l’instauration ou la consolidation de la démocratie dans leurs pays. Enfin, j’en viendrai à ce qui me semble être le sens d’une opposition politique véritable dans l’Afrique contemporaine.

 

Portrait et manières d’imposteurs

 

            Qu’ils aient perdu le pouvoir ou qu’ils l’aient conquis, on peut les reconnaître. Ils bougent des lèvres, mais ne disent rien de sensé à ceux qui savent lire entre leurs lignes tordues. Sur le plan national, sans solidarité de classe réelle avec les plus pauvres, les plus démunis, les laissés pour compte, ils s’improvisent représentants des tout petits face aux  grands bonnets de la société postcoloniale. Ainsi s’efforcent-ils de récupérer les frustrations, les colères légitimes, les conflits locaux, pour en faire la preuve de l’efficacité de leur critique de l’Autre. Le fait est qu’ils sont depuis bien longtemps coupés de ces peuples qu’ils prétendent représenter, non seulement parce que leur problème est l’avoir du pouvoir, mais aussi parce qu’ils ont cessé depuis longtemps de comprendre ce que les sociétés africaines sont devenues après la Chute du Mur de Berlin. Clivés dans des catégories mentales héritées de la Guerre Froide, ils brillent par un binarisme intellectuel aveuglant. L’Afrique est à penser au-delà du capitalisme et du communisme, dans une perspective originale qui s’intéresserait davantage aux priorités matérielles, écologiques, sanitaires, économiques et juridiques qu’à la proclamation d’un nouveau corpus idéologique. Au fond, la démocratie, quoiqu’on en dise, est l’urgence locale réelle de l’Afrique contemporaine, tous les autres problèmes africains étant soumis à celui de la justice politique. Mais nos imposteurs n’en ont cure. Ruant dans tous les brancards, on les retrouve donc au cœur de toutes les discriminations criminelles. Opposants leurs concitoyens en allogènes et autochtones, en vrais nationaux et faux nationaux, opposant sans cesse droit du sang et droit du sol, opposant leurs rivaux politiques en gens de l’Etranger et gens du pays, opposants leurs citoyens de la diaspora à ceux de l’intérieur, les hommes aux femmes, la religion à la société, ils ne vivent que de fabriquer sans cesse dans la société, des contradictions qui ne sont pas essentielles, mais servent artificiellement à abonder leur quête jouissive du pouvoir d’Etat.

 

            Leur cirque est aussi international. Ils donnent de la voix pour attirer les peuples dans leur escarcelle de lâches, alors même que dans la nuit, ce sont eux qui vont quérir le soutien des grandes puissances qu’ils vilipendent apparemment. Nos opposants de bouche sont souvent de grands clameurs de thèses anticolonialistes sans soubassement réel dans la praxis. Leur engagement politique, malgré les accents éthiques et la hauteur de l’idéal qu’il put susciter dans leurs peuples, s’est révélé n’être qu’une soif du pouvoir pour la jouissance, une érotisation aveugle de l’agir public. « Avant, nous disent-ils, nous n’avions rien. Maintenant, nous avons un peu ».  Parce que la mémoire anticoloniale et antiesclavagiste des peuples africains est encore vive, non seulement en raison des ravages de la raison impériale occidentale, mais aussi à cause des continuités contemporaines de la déshumanisation des africains par les africains, nos opposants de bouche surfent sur ces vagues du ressentiment avec plus ou moins de bonheur. Au fond, ils se foutent de leur pays. Qu’ils aient été au pouvoir ou qu’ils n’y aient pas été, ces gens se reconnaissent à leur pratique invétérée de la politique de la terre brûlée. Ils se proposent comme les seuls et ultimes garants de l’ordre et de la survie de leurs sociétés. Avant eux, disent-ils, c’était le chaos. Après eux, prétendent-ils aussi, ce sera le chaos. Praticiens de la démocratie de propagande, ils ne croient en réalité qu’aux ruses et aux vertus de la duplicité politicienne. Les valeurs de vérité et de justice étant aux antipodes de leurs visées, le clanisme, le tribalisme, l’opportunisme et le cynisme sont leurs refuges immoraux. Ils ont la diabolicité chevillée au corps, revendiquant la tromperie ou boulangerie politique comme carnet d’adresses. Tant que cela marche, il s’en réjouissent, mais quand la farine monte au nez du boulanger, on l’entend requérir la protection de la morale et l’indulgence des âmes charitables.

 

 

Des experts en impuissance collective

 

            J’entends  donc par opposants de bouche, cette espèce particulière d’acteurs politiques connus pour leur singulière incapacité à offrir de véritables victoires qualitatives à leurs peuples, en termes d’avancées sociales, économiques et politiques. Au plan social, ils excellent dans l’art de diviser pour régner et ne tolèrent ni dans leurs partis, ni dans le pays, l’existence de voix capables de porter un message dissonant envers leurs petits calculs d’apothicaires. Au plan économique, ils ne sont ni capables de créer des richesses, ni capables de commercer utilement avec le reste du monde. La misère et le chômage massifs sont leurs meilleures réussites quand ils passent par le pouvoir. Leur pratique politique est complètement creuse : faite d’esbroufe et de faux procès d’intention, elle consiste à imputer leurs échecs à l’Autre, quitte à l’inventer de toutes pièces avec le bric à brac des circonstances.  

 

            Ce sont des chantres de la démocratie quand ils cherchent le pouvoir et des ogres de la démocratie quand ils le prennent. Leur principe est celui du Tout ou Rien. Non seulement ils prévoient un seul cas de figure quand ils vont aux élections  (gagner), mais ils sont prêts à casser la figure de leur pays, à lui voler sa souveraineté démocratique dès lors qu’elle ne s’exprime pas conformément à leurs tropismes obtus. Marxistes-léninistes de bouche à l’occasion, ils se servent de la phraséologie révolutionnaire de gauche quand ils ne sont pas au pouvoir ; mais aussitôt y sont-ils qu’ils s’engouffrent dans les grands boulevards infects de l’extrémisme réactionnaire de droite.  Voilà par quelles voies, vomis par leurs peuples et délaissés par leurs mentors de l’ombre – y compris quand ils financent les campagnes des présidents occidentaux qu’ils font semblant d’exécrer - , ces gens ne vont jamais bien loin. Après avoir longtemps nagé dans la confusion, leur dos se montre enfin aux démocrates rassemblés et organisés qui les épinglent et les inscrivent dans le placard de la petite histoire, celle des grenouilles qui se prenaient pour plus grosses que des bœufs. Au fond, ce sont des acteurs de l’impuissance africaine.

 

Noblesse de l’opposition authentique

 

            A contrario, que devrait donc être l’opposition politique africaine de tous nos espoirs ? Celle qui veut prendre le pouvoir d’Etat pour faire franchir un seuil qualitatif positif à la société nationale. Une sous-organisation  sociale alliant les acquis de la science et les revendications de liberté et de bien-être en cours dans sa société globale. Composée de gens déterminés à comprendre et capables de comprendre effectivement les mécanismes de la pauvreté, de la misère intellectuelle et morale, de la domination politique nationale et internationale en cours dans son époque et dans son pays,  l’opposition politique doit être un alliage d’intelligence théorique et de connaissance pratique de la société civile, mais aussi le maillage des forces sociales, économiques, politiques et spirituelles qui aspirent à un saut qualitatif de la société globale. Noble par essence, l’opposition porte en elle une possibilité créative essentielle pour la société : le NON de la conscience révoltée n’est pas simplement légitime en termes d’objectivité. Le NON constitutif de l’acte de s’opposer politiquement renvoie à la possibilité de bâtir un monde autrement meilleur, de proposer d’autres issues à une communauté politique. Ce n’est pas simplement un NON de bouche, mais une parole créatrice d’un ordre nouveau, mûri et pensé par des citoyens avertis, instruits, libres et responsables. Le NON de l’opposant doit puiser à la fois dans l’éthique de la conviction et dans celle de la responsabilité. C’est à ces deux sources de la moralité collective que se renouvelle authentiquement un corps social.

            L’opposition politique africaine doit donc être une opposition d’intelligence, de proposition, d’organisation et de résistance planifiée contre la misère, la violence, la ruse, la domination, toutes tares qui transforment les peuples africains soumis à leur longue durée en véritables zombies marchant comme des aveugles en plein jour, comme si c’était la nuit. Qu’il nous soit permis d’espérer l’attention des intelligences vives aux lieux où se tissent les toiles de l’opposition politique africaine de tous nos espoirs. Celle qui saura se préparer à gouverner autrement que par l’instrumentalisation de la haine, du ressentiment et de la mémoire ensanglantée du continent noir. Celle qui saura constituer des équipes et des assemblées de femmes et d’hommes capables de donner une orientation heureuse à la destinée de l’Afrique. Une opposition spirituelle, éthique, intellectuelle, mobilisatrice, active et géniale. Puissions-nous reconnaître et accompagner l’émergence de ces forces positives. 

Par professeurfranklinnyamsi.over-blog.com - Publié dans : analyses sociales, politiques, économiques
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