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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 16:23

Guillaume Soro régale le Sénégal : la profondeur de l’amitié ivoiro-sénégalaise

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Une tribune internationale de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Paris, France

 

L’amitié authentique entre personnes humaines, très rare, est un vrai régal, lorsque notamment, « deux amis, c’est une seule  âme habitant deux corps », comme l’exprimait si merveilleusement Montaigne. Mieux encore, l’amitié fait partie de ces aspirations vitales de l’homme qu’Epicure, le sage grec de l’antiquité, plaçait parmi les désirs naturels et nécessaires de l’être humain, car elle procure cette connaissance et cette reconnaissance de l’un par l’autre, sans lesquelles l’existence la plus fournie en événements passerait par pertes et profits dans les oubliettes de l’Histoire. N’est-ce pas à cette hauteur d’humanité que les pères des indépendances de Côte d’Ivoire et du Sénégal, les présidents Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor s’estimèrent ? Au cœur de cette Afrique de l’Ouest dont les métissages, les migrations, les formes culturelles entremêlées et les destins liés sont exceptionnellement prodigieux, Houphouët et Senghor n’ont-ils pas légué aux nations ivoirienne et sénégalaise, leur fraternité de lutte, de vision et d’espérance en héritage ? Pourtant, cette merveille de la vie interindividuelle prend une dimension encore plus surnaturelle quand l’amitié entre les personnes s’accompagne de l’amitié entre les peuples. Quand deux peuples s’élisent mutuellement en fraternité réciproque à la suite de leurs élites, comme c’est le cas entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire, et comme l’atteste encore la présente visite de Guillaume Soro au Sénégal, s’allume un véritable foyer de civilisation et d’élévation mutuelle. Je voudrais précisément consacrer les lignes qui suivent à comprendre l’amitié ivoiro-sénégalaise à travers la symbolique de la visite remarquable que Guillaume Kigbafori Soro poursuit en cette mi-juin 2013 au pays de la Téranga. Je retiendrai ici trois axes : 1) La convergence géopolitique ivoiro-sénégalaise ; 2) L’exceptionnelle amitié des élites ivoiro-sénégalaises ; 3) L’affinité élective de la classe politique sénégalaise pour la Côte d’Ivoire contemporaine, incarnée par l’exceptionnelle affection du Sénégal pour Alassane Ouattara et Guillaume Soro. On comprendra alors pourquoi j’intitule la présente tribune « Guillaume Soro régale le Sénégal ».

Houphouët et Senghor : la convergence géopolitique

Les deux porteurs de la cause des colonisés du Sénégal et de Côte d’Ivoire se sont rejoints dès l’origine de leur combat politique par une posture paradoxale face à la France, puissance dominante d’alors : d’une part, solidaire des Africains opprimés, ils s’engagèrent dans la défense de leur humanité, à travers la mise en valeur de leur négritude. La poésie radicale de Senghor, comme l’engagement d’Houphouët aux côtés des victimes des travaux forcés et des exploités de l’économie des plantations, s’inscrivent courageusement dans la lutte des Africains pour l’égalité de tous les humains sur la surface de la terre. Mais d’autre part, Français de culture tout en demeurant des Africains quasi-spontanément, Houphouët et Senghor développent une réflexion sur les rapports de force qui commandent la géopolitique internationale, en pleine Guerre Froide entre le camp de l’Est et celui de l’Ouest. Leur choix commun, au cœur des années 50, sera marqué par le double paradoxe d’être tous issus de la gauche militante parisiano-ouest-africaine, mais de se démarquer du même mouvement du camp de l’Est, incarné en France par le Parti Communiste Français, dont ils se sépareront au seuil des années 60. La convergence géopolitique ivoiro-sénégalaise naît donc de ce double choix senghoro-houphouetien, de refuser d’adhérer au modèle dit de la démocratie populaire marxiste-léniniste, conduisant au centralisme démocratique qui est l’antichambre du totalitarisme de gauche ; mais aussi de refuser de laisser les Etats africains en situation d’infra-humanité par rapport à leur tutelle coloniale occidentale, afin d’échapper pour ainsi dire, au totalitarisme de droite. La voie progressiste, ainsi choisie par Senghor et Houphouët, consiste à placer leur peuples respectifs dans la responsabilité de se développer, de grandir en force, sagesse et beauté, pour conquérir par le travail, l’effort et l’ajustement politique de leurs institutions, leur place de plein droit dans le chœur des nations libres et heureuses de la planète. Ni gauchistes, ni néolibéraux, Houphouët et Senghor inventent un progressisme africain qui balaie l’opposition occidentale droite/gauche pour affirmer désormais l’opposition africaine archaïsme/modernité. Le défi commun de l’agrégé de lettres du Sénégal et du médecin africain de Côte d’Ivoire, lui-même formé à William-Ponty du Sénégal, fut de construire l’indépendance de leurs pays sans passer par l’épreuve mortelle de la guerre d’indépendance, qui confronta la puissance française au Viêt-Minh de Hô Chi Minh, au FLN de Ben Bella, ou à l’UPC de Ruben Um Nyobè, au cœur sanglant des années 50 qui virent se craqueler l’empire français. Ainsi, on peut conclure ce premier point : c’est en choisissant le travail, la négociation, le compromis, le mérite et l’émergence progressive d’Etats de droit africains en intelligence avec la France que Houphouët et Senghor construisirent la convergence ivoiro-sénégalaise. Ce faisant, n’indiquaient-ils déjà pas que la véritable émancipation africaine, loin de dépendre du nationalisme hérité des frontières de la violence colonisatrice, se mesurerait à l’amélioration des conditions matérielle, culturelle et politique des Africains dans l’histoire concrète ? Le temps semble leur donner crédit.

 

 

L’exceptionnelle amitié des élites et des peuples ivoiro-sénégalais

Les peuples ivoirien et sénégalais ne sont pas seulement liés par les combats historiques contre l’esclavage et contre la colonisation qui les ont rassemblés sous le forceps des circonstances. Il y a de longue date en Afrique de l’Ouest, avant le tracé même des frontières de 1884-1885, avant les premiers protectorats occidentaux dans la Côte atlantique africaine, les migrations internes des peuples à travers les royaumes africains eux-mêmes. De longue date, le Macina, le Fouta-Toro, les empires du Mali, du Songhai, de l’Ashanti, du Fouta-Djallon, de Kong, entre autres entités,  se connaissent par leurs échanges commerciaux, griots, leurs archives et leurs mariages. Peuls, sérères, wolof, mandingues, akan, krou, voltaïques, berbères, arabes, se connaissent de longue date.

La naissance de l’Afrique Occidentale Française, avec son système centralisé d’institutions culturelles, notamment basé autour de l’Ecole William-Ponty de Dakar, ne viendra qu’accélérer par les moyens modernes, ce mouvement de rencontres des élites et des peuples d’Afrique noire. Comment s’étonner dès lors que l’une des premières épouses du futur président de Côte d’Ivoire, ait été une sénégalaise ? Comment s’étonner que le futur président du Sénégal après Abdou Diouf, à savoir Abdoulaye Wade, ait vécu une bonne partie de sa jeunesse en Côte d’Ivoire, aux côtés de ses parents installés à Bassam ? Comment s’étonner que la chefferie de Yamoussoukro soit incarnée par des descendants du Président Houphouët-Boigny, portant le nom sénégalais des Thiam ? Personne ne s’offusquera non plus d’apprendre qu’Alassane Ouattara, aujourd’hui président démocratiquement élu de Côte d’Ivoire, fit ses premières armes de banquier au cœur du Sénégal, où se trouve le siège occidental de la BCEAO ; tout comme on ne tiquera plus d’apprendre de la bouche de Guillaume Soro : « C’est à Dakar que pour la première fois en 2003, j’ai troqué mon treillis de chef militaire de la rébellion ivoirienne contre un costume, avant de me rendre à Paris pour les négociations de Marcoussis ».

La communauté de destin ivoiro-sénégalaise se mesure dès lors ici dans toute son épaisseur : déterminés à croître harmonieusement par le progrès économique et la modernisation rigoureuse de leurs institutions politiques nationales, les peuples et les élites ivoiro-sénégalais ont en commun la haine du nationalisme chauviniste radical issu du gauchisme, la haine  de la paresse  d’entreprendre qui fonde l’arrogance des chevaliers de l’exclusion, le désir d’affirmer une Afrique démocratique exemplaire devant les Africains eux-mêmes d’abord et à la face du monde ensuite. Bref, la passion senghoro-houphouetienne de converger vers un avenir commun harmonieux et fraternel. L’amour sain des gens de toute extraction du monde. Qui n’a donc pas compris pourquoi Guillaume Soro ne peut que régaler le Sénégal, dans ces conditions ?

 

 

Pourquoi le Sénégal aime-t-il tant Guillaume Soro ?

 

La lutte contre l’ivoirité, le courage de résistance, et la force de travail sont les clés d’interprétation de l’honneur dont le Sénégal couvre le député de Ferkéssédougou en cette mi-juin 2013. Les présidents Macky Sall et Moustapha Niasse savent manifestement user des symboles générationnels forts. Fidèles à la grande tradition sénégalaise transmise par-delà les clivages politiques par les présidents Senghor, Diouf, et Wade au pinacle du Sénégal, ils affirment la pérennité des hautes valeurs de civilisation qui expliquent que Guillaume Soro soit aujourd’hui le récipiendaire de la Grand Croix de l’Ordre National du Sénégal.

Première raison. Si chaque passage du Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire à Dakar est un succès, c’est en raison du rôle majeur qu’il a joué en Côte d’Ivoire contre l’exclusion des Africains par les Africains, qu’avaient organisées l’idéologie et les pratiques honteuses de l’ivoirité des années 90 à 2011. Au cœur de la FESCI, le combat de Guillaume Soro contre la confiscation ethniciste du leadership estudiantin orchestrée par le duo Blé Goudé/Laurent Gbagbo répondait déjà à cette même problématique. L’engagement du MPCI et des FN, de 2002 à 2011 s’inscrivit dans la même logique de valeurs. Or, revendiquer une Côte d’Ivoire inclusive, république exemplaire d’intégration africaine, pays de l’espérance et de l’hospitalité, n’était-ce pas au fond défendre avec l’Ivoirien du nord que l’on ostracisait, le Sénégalais, le Malien, le Burkinabé, le Guinéen, et tout simplement la dignité de tout Africain devant les Africains ? Pays de la renaissance africaine, le Sénégal reconnaît ses vrais amis.

Deuxième raison. Pays de la lutte du corps à corps, le Sénégal affectionne aussi la bravoure, notamment quand elle est associée à la défense d’une noble cause. Il n’est pas exagéré de voir dans l’élection affectueuse de Guillaume Soro par les politiques et les journalistes sénégalais, le signe de leur reconnaissance du courage des idées qu’il incarna en assumant, à la tête du MPCI et des FN, la résistance armée contre le régime illégitime, violent et mensonger de Laurent Gbagbo. Véritable jambar, Guillaume Soro est admiré comme un tombeur de Titans. Et nul n’a hors de mémoire, la casquette vibrante du Che Bogota annonçant aux Ivoiriennes et Ivoiriens, au midi du 11 avril 2011 : « Populations de Côte d’Ivoire, séchez vos larmes. La dictature a pris fin ce 11 avril dans notre pays ».

Troisième raison. Le treillis de Guillaume Soro n’a pas été troqué en vue de l’exercice costumé du pouvoir pour le pouvoir. Mais du pouvoir pour la justice et l’amélioration des conditions concrètes de millions d’âmes en quête d’une vie acceptable. Il s’agit avant tout de faire du pouvoir, un devoir sacré envers la république des hommes et la transcendance de Dieu. Courageux dans la reconnaissance de la victoire du Président Alassane Ouattara en décembre 2010, Guillaume Soro a clairement indiqué son ancrage dans la légitimité politique. La démocratie, finalité qui a présidé au rôle de médiateur joué par Guillaume Soro dans la finalisation du processus électoral ivoirien en 2010-2013, est un fétiche sacré dans le Sénégal moderne. Dakar aime les démocrates africains, les hommes de courage, et les défenseurs sobres et efficaces de la dignité des Africains face aux Africains. Dès lors, devant les sept projets de coopération mis en œuvre entre les assemblées nationales sénégalaise et ivoirienne,  la conclusion est nécessaire : Guillaume Soro ne peut que régaler le Sénégal.

 

 

 

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