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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 12:01

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi Professeur agrégé de philosophie Abidjan, Côte d’Ivoire

 

Une semaine intense de vie parlementaire vient de prendre fin en Côte d’Ivoire. Invité, parmi quatre cents délégués de haut rang, comme modérateur au débat général de la 39ème session de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, j’ai eu l’insigne honneur de participer de l’intérieur à un événement politique et diplomatique dont je voudrais à présent restituer la densité et la fécondité. Car lorsqu’un homme politique réussit à inscrire une institution dans la profonde influence de l’universel, en partant de postulats simples, efficients et efficaces, il appartient pleinement au philosophe du politique de revenir sur le comment et le pourquoi de son succès, afin de mettre en lumière cela même qui fait l’inédit, que dis-je, la mémorabilité de l’événement en tant que tel. Qui niera aujourd’hui que l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire a retrouvé des couleurs physiques vives à travers le lustre de son environnement de travail qui se rénove avec dextérité ? Qui niera que de la grande salle de l’Hémicycle à celles de la Rotonde ou des Archives, à travers les allées de ce lieu de vie politique de nouveau pimpant de modernité, c’est la Côte d’Ivoire qui nous montre encore excellemment en Afrique francophone comment l’ordre peut triompher du chaos ? Qui niera encore que les dix années passées par les militants de la Refondation dans les ors de l’Assemblée Nationale ivoirienne, entre 2000 et 2010 furent littéralement dix années perdues par la Côte d’Ivoire, en termes de rayonnement parmi les nations ? Trois fois, les négateurs obsessionnels de la vérité geindront. Mais trois fois, le coq chantera aussi, comme dans la parabole du Christ à Saint-Pierre lors de son reniement. J’ai assez montré comment une certaine opposition ivoirienne non-républicaine, fortement ancrée dans les logiques névrotiques de la dénégation, de la phobie et de l’hystérie revanchardes, passe à côté de l’essentiel de notre temps. Or n’avance-t-on pas avec ce que l’on retient des expériences positives et négatives du passé et du présent ? J’aimerais donc montrer dans cette tribune que la tenue des 39èmes assises de la Francophonie en Côte d’Ivoire témoigne d’une vision du parlement comme espace de modernité démocratique chez Guillaume Soro ; que cet espace lui-même s’inscrit dans une cosmopolitique originale de la Francophonie qui dessine l’intuition de l’avenir, telle qu’elle se décline dans la logique de l’action du chef du Parlement Ivoirien. A ce niveau de vision, se montrera aussi ce qui nous importe au plus haut point : agir pour l’avènement d’une Afrique réellement libre et prospère dans un monde lui-même mis à l’abri des errements de l’extrémisme et de la cupidité. Je ne saurais engager la présente analyse sans déblayer, par le même geste, le terrain des fausses conceptions de l’espace francophone qui seraient de nature à nuire à une saine appréciation de ses réalités intrinsèques. Ces fausses approches de la réalité francophone me semblent principalement provenir des camps du gauchisme africain, du pragmatisme néolibéral et des adeptes de la critique de la politique-spectacle. On verra à chaque fois comment la logique politique de Guillaume Soro s’est attachée à transcender ces écueils.

 

I

L’idéologie gauchiste africaine et la Francophonie

 

Je commencerai par interroger l’idéologie gauchiste africaine. Pour beaucoup de nos anticolonialistes dogmatiques, et notamment pour ceux-là mêmes qui ne regardent que la coquille extérieure des choses de notre temps, la Francophonie n’est que l’expression de la poursuite de l’ambition néocoloniale de la France. Cette logique de préservation de relations avantageuses à la puissance métropolitaine serait le fil conducteur économique à partir duquel on pourrait comprendre ce qui paraît comme une défense inexpugnable des intérêts de la langue française à travers le monde. Ainsi posées, l’OIF (L’Organisation Internationale de la Francophonie) et l’APF (Assemblée Parlementaire de la Francophonie) ne seraient que les bras politico-culturels d’une vaste entreprise de domination économique et leur démantèlement coïnciderait dès lors avec l’effondrement de la puissance française, voire de la langue française et de la communauté francophone internationale elles-mêmes. Mais qui ne voit pas la superfluité de cette critique idéologique de la Francophonie ? Elle est fondée sur deux occultations de faits historiques majeurs : d’une part la décolonisation et de l’autre, la Chute du Mur de Berlin. Véritable maladie incurable de la pensée politique africaine, le gauchisme est un mode d’argumentation binaire, qui fait de la lutte des classes la seule et unique réalité qui dynamiserait l’ordre social. Dans cette logique des Bons et des Méchants, il manque pourtant les Brutes, qui ne se voient pas elles-mêmes. La Francophonie est désormais une réalité postcoloniale. Mieux encore, les régimes totalitaires de gauche, au 20ème siècle nous ont assez guéri de l’illusion d’une perfectibilité du communisme. Le temps est à l’invention de soi démocratique. Ce sont les francophones eux-mêmes qui bâtissent au jour le jour leurs institutions politiques et façonnent la langue française au goût de leurs expériences quotidiennes, comme on l’a par exemple relevé pour l’inventivité langagière des Ivoiriens. Dès lors, le gauchisme n’est rien d’autre que la négation de la responsabilité des Africains dans l’existence ou non de démocraties exemplaires sous leurs cieux. On l’aura compris : si Guillaume Soro a estimé que la tenue de la 39ème session de la Francophonie était décisive pour son pays, c’est sans doute d’abord parce qu’il a saisi que la démocratie, comme invention de soi de la Côte d’Ivoire moderne, ne peut se bâtir sans la conjugaison des expériences des différents Etats démocratiques. Après la Chute du Mur de Berlin en 1989, le monde ne se fait plus les uns contre les autres, mais bien les uns avec les autres. Mieux encore, pour ce qui est du Français, loin d’être l’apanage de la France métropolitaine, il est, comme la vitalité des langues créoles et des parlers français d’Afrique en atteste, l’œuvre à plusieurs de centaines de millions de francophones unis par les richesses inouïes de leurs cultures.

 

II Le pragmatisme néolibéral et la Francophonie

Pour ceux qui considèrent que l’essentiel est dans le profit économique, à court ou long terme, il va de soi que les Assises et Organisations francophones passent pour un énorme gâchis. Férus de la création d’entreprise et des mouvements de capitaux libres, partisans de la libre concurrence et du moindre Etat, ennemis assurés de l’Etat-providence, les pragmatistes néolibéraux considèrent la société humaine selon les principes darwiniens de sélection naturelle et de struggle for life, « combat pour la vie ». Dans une logique où le plus fort fait droit, où seuls sont supposés gagner les meilleurs, il va de soi que la dévastation du monde est implicite. La mondialisation ultralibérale est une déshumanisation évidente, car elle fait passer les personnes sous les fourches caudines du profit, condamnant à la superfluité cette dignité humaine qui est pourtant la source de toute noblesse et la garantie de la survie du Sens. La Francophonie parlementaire, telle que l’appréhende Guillaume Soro en accueillant son 39ème sommet, semble nettement s’inscrire aux antipodes d’une telle représentation cynique de la réalité humaine. C’est un espace de solidarités actives, d’échanges pertinents, de visites mutuelles et d’action commune proactive. La Francophonie, j’en atteste par la qualité des débats que j’ai entendus et suivis, par la valeur des travaux et recommandations formulés, est la mise en œuvre de la construction cosmopolitique de l’humain, tel qu’Emmanuel Kant l’envisageait précisément dans L’Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique. Une communauté planétaire de personnes unies par le respect de leur dignité et régies par les procédures du droit.

III Les adversaires de la politique-spectacle et la Francophonie

 

Délions davantage les mauvaises langues. On a enfin glosé sur le coût du 39ème sommet de l’APF à Abidjan, arguant que Guillaume Soro s’adonnait ici, ni plus ni moins qu’à de la politique-spectacle. Ainsi, féru de lumière et de m’as-tu-vu, le chef du parlement ivoirien n’aurait qu’une obsession : faire sans cesse parler de lui. Depuis L’Etat-Spectacle de Roger Gérard Schwarzenberg et autres essais politiques, c’est un lieu commun de critiquer les grandes cérémonies politiques pour leur faste, le gâchis et la faconde qui les accompagneraient. Pourrait-on l’étendre à ce qui s’est passé à Abidjan cette semaine ? Cinglante erreur ! Il faut ignorer les conditions de fonctionnement de l’APF pour s’exprimer ainsi. Mieux encore, il faut résolument être sourd et aveugle à la compréhension de la gouvernance moderne qui catalyse la vision de Guillaume Soro pour lui prêter une aussi superficielle intention que celle de vouloir faire de la politique-spectacle. Les adversaires de la politique-spectacle se trompent résolument ici de cible, car l’APF est une organisation basée sur le principe de la mutualisation des fonds des Assemblées membres. Lorsqu’une rencontre comme celle d’Abidjan est organisée, c’est donc l’ensemble des Etats francophones qui met d’abord la main à la poche, bien que l’Etat-hôte fasse des efforts substantiels. Mais mieux encore, qui peut mesurer l’ensemble des retombées positives d’un événement comme celui qui a occupé l’avant de la scène politique de Côte d’Ivoire pendant cette semaine du 8 au 14 juillet 2013 ? Retombées incommensurables pour l’image de marque de la Côte d’Ivoire, puisque les 400 délégués venus la visiter en repartent en véritables ambassadeurs de son rayonnement mondial. Retombées inestimables pour l’économie ivoirienne, puisque les grands événements politiques de cette nature stimulent l’économie hôtelière et touristique, les commerces, les transports, et ouvrent de nouveaux carnets d’adresses aux entrepreneurs en tous domaines. Retombées inestimables enfin, sur la vitalité mondiale des Etats francophones, qui en renforçant ainsi leur mutualisation de compétences, augmentent leur efficacité et leur efficience dans la réalisation de leurs missions régaliennes. Ne faut-il pas avoir décidément la vue courte pour imputer à Guillaume Soro, avec de si heureuses perspectives, le désir vain de la politique-spectacle ? J’en viens pour finir à la force symbolique de la semaine de l’APF à Abidjan. Ce que j’ai vu, entendu, vécu et partagé avec les hôtes de haute valeur de ces travaux, et notamment en écoutant des figures emblématiques comme le président Moustapha Niasse de l’Assemblée nationale du Sénégal, c’est que Guillaume Soro a une sonde exceptionnelle placée dans le continent de l’avenir. C’est la théorie des trois cercles de la gouvernementalité contemporaine qui commande son agir politique. Il a compris, avec brio et maestria, qu’on ne peut moderniser un Etat francophone en ce siècle sans s’impliquer dans la modernisation mondiale de la Francophonie elle-même. Il a compris qu’on gouverne un Etat francophone en bonne intelligence avec sa sous-région d’abord(1er cercle) ; avec la communauté francophone (2ème cercle) ensuite ; avec les médiations des grandes organisations de la communauté internationale (3ème siècle), enfin. Mieux encore, Guillaume Soro sait que l’avenir se tisse dans la concomitance de la politique intérieure et de la politique extérieure, dans la construction interne de la Nation par le consensus démocratique et dans sa construction externe, par le dynamisme diplomatique. Voilà comment, dans la veine tracée par le cosmopolitisme indiscutable du Président Alassane Ouattara, Guillaume Soro inscrit dans chacun de ses actes présents, la marque symbolique de l’avenir. J’entends précisément ici par marque de l’avenir, une manière d’habiter le présent qui laisse pressentir sans cesse la certitude d’une continuité heureuse au sommet de l’Etat cosmopolitique de Côte d’Ivoire. Or l’Afrique qui pense sérieusement à demain, ne peut que se féliciter de la montée en puissance d’un tel leader générationnel. Abidjan, ce 14 juillet 2013

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans analyses sociales - politiques - économiques
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