Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 15:15

photo-gKS-WERRA-copie-3.JPG

 

De droite à gauche

 

Le Président Guillaume Soro,  l’artiste Werrasson et le Professeur Franklin Nyamsi

 

A Kinshasa, République Démocratique du Congo, le 16 mars 2013

 

 

 

Quand l’art d’un peuple, voire de tout un continent, est menacé par les forces de la prétention, de l’ignorance et de la violence, le devoir des intellectuels libres est de s’engager dans sa défense médiatique, politique et théorique. L’art, en tant que pratique de création et de réinvention du monde, est la possibilité de préserver l’émerveillement de la vie parmi les hommes. Il produit sans cesse dans la pénibilité du quotidien, cette beauté sans laquelle tout sombre dans la monotonie, la grisaille des longs jours sans reliefs qui ouvrent le gouffre béant du désespoir aux vivants. Il urge donc de défendre la musique africaine contre la faiblesse des politiques étatiques de la culture en Afrique, contre les réseaux corrompus de l’exploitation illégale de la propriété artistique et contre la montée en puissance de la haine de la culture, mais aussi de la confusion entre création artistique et idéologies politiques.  Je voudrais en particulier insister dans ce billet sur un phénomène nouveau, paralysant l’activité des grands artistes congolais à travers le monde, et notamment en Europe : le phénomène des « Combattants »  de la culture congolaise, qui au nom d’une conception erronée de l’engagement politique des artistes qui ont participé à la campagne présidentielle de Joseph Kabila Kabange, se sont engagés à les empêcher  violemment de jouir de leur art à travers toutes les scènes d’Europe et d’Amérique où ces artistes gagnent pourtant leur meilleur pain. Mais questions sont les suivantes : Quelle est la valeur de l’art congolais dans l’universalité africaine internationale ? Quelle est donc l’idéologie de nos « combattants » de l’art congolais ? Pourquoi et Comment combattre les soi-disant « combattants » ? Ces questions me paraissent cruciales et nous devons, tous amoureux et défenseurs de l’art musical africain si bien illustré par le génie congolais, les affronter courageusement.

 

L’art musical congolais, le Président Guillaume Soro l’aura magistralement établi dans son discours anthologique du vendredi 15 mars à la Maison du Peuple de Kinshasa, a vaincu toutes les frontières de la tribu, de la race, de la nation et de l’espace. Ses rythmes, de la rumba au ndombolo, franchissent toutes les susceptibilités pour s’adresser directement à l’humanité de l’homme de tous les cieux. Il exprime l’amour de la vie et du beau, la grâce de l’instant et la plastique du corps. Il est le oui monstrueux et illimité de Nietzsche aux forces créatrices. L’art musical congolais est la preuve vivante de la capacité de l’Afrique à faire monde avec le monde, à célébrer la possibilité d’un vivre-ensemble dans la justice, le progrès et la concorde des nations. La valeur de l’art congolais réside donc dans son cosmopolitisme. Quoi d’étonnant à cela quand on sait que rien qu’à Kinshasa, ville s’étalant sur près de 150 kilomètres, douze millions d’êtres humains vivent dans un commerce multiforme des personnes, des idées et des choses ? Comment s’étonner que né dans des villes-mondes, l’art congolais traverse le monde sans obstacle majeur, tel un rayon laser dans un mur de pierre ? Il y a dans la musique des Franco, Kabassélé, Zaiko Langa Langa, Rochereau, Mpongo Love, Tshala Muana, Mbilia Bel, Werrasson, Koffi  Olomidé, Papa Wemba, Jean Bedel Mpiana, Fally Ipupa, Ferre Gola, et bien d’autres encore, une onde de fraternité universelle qui signe la marque déposées de l’Afrique au concert des humanités de tous les temps.

 

Comment comprendre dès lors que parce que certains Africains de la diaspora, armés de bâtons, de gaz lacrymogènes, de poings américains, de haine , de hargne et de prétention, s’arrogent le droit d’interdire au public musical de la diaspora, l’accès aux concerts des icônes congolaises comme Werrasson, Koffi Olomidé, Papa Wemba, ou Tshala Muana ? Scandale des scandales. On s’acharne à assassiner la réserve de valeurs et d’espérances des Africains ! Le fait d’avoir chanté pour Joseph Kabila Kabange, dans le cadre d’une campagne présidentielle démocratique, est-il un crime qui autorise la privation violente de créer et de se produire sur scène ? Faut-il couper les vivres à un artiste en raison de ses opinions politiques ? Qui sont-ils, ces nouveaux contempteurs de la culture, qui ne comprennent pas qu’un artiste a, en tant que citoyen, le droit de soutenir le camp politique de son choix, y compris de participer à ses campagnes politiques, sans pour autant que cela doive remettre en cause sa liberté de créateur et de producteurs de spectacles remarquables et extraordinaires pour tous les mélomanes sans exclusive ? Les nouveaux ennemis diasporiques de la musique congolaise sont les contempteurs de l’universalité africaine décrite plus haut. Ils veulent réduire la musique congolaise aux particularismes qui divisent le Congo réel. Cela faisant, ils veulent priver l’Afrique de l’exemplarité de la musique congolaise, tout en coupant au grand Congo, ces ailes de l’art par lesquelles il a réussi à survivre, par  un amour courageux du Beau qui, entre autres ressources spirituelles, lui a permis de transcender  les pires tragédies de l’histoire africaine. Accepterons-nous le génocide culturel de l’art congolais, après avoir assisté au viol et aux assassinats de millions d’innocents en terre congolaise ?

 

Je lance ici un appel solennel au combat pour la défense de la culture congolaise, ambassadrice attitrée de l’universalité africaine, vibration d’amour de l’homme africain à l’humanité cosmopolitique. Nous devons nous battre, contre les soi-disant « combattants » de la musique congolaise, car ce sont des ennemis de la culture. De la même façon que Goebbels, ministre nazi de la propagande, sortait son revolver quand il entendait le mot « culture », nos brigands de la diaspora africaine sortent leur attirail de violence quand ils voient les grandes figures universelles de l’art et de la culture africaine à l’œuvre. Narcissiques à souhait, ils veulent sacrifier l’enchantement généreux du monde que procure à la Rumba à la jouissance cynique des clans exclusivistes qu’ils servent par leur arrogance, leur violence et leur insincérité.  Mais comment combattre ces nouveaux bousilleurs de la culture ? J’en appelle à la dignité des Africains d’occident, pour se mobiliser en Associations locales de défense de l’expression libre de l’art africain dans le monde, en requérant la protection des autorités occidentales sur les lieux de spectacles et la traduction en justice des agresseurs organisés en hordes de haine contre l’excellence du génie. Il faudra répondre par la force de la loi à la loi de la force. Il faudra montrer toute l’épaisseur du droit aux ennemis de la démocratie, qui, dans la diaspora africaine comme dans le continent africain, n’ont fait que trop de mal à notre désir de modernité et d’exemplarité. Je le dis  donc avec force: On ne frappe pas un Werrasson, un Koffi Olomidé, une Tshala Muana, etc. On les célèbre, on les respecte ! Autrement, on mérite le juste châtiment des juridictions de l’Etat de droit. En Afrique comme ailleurs !

 

 

 

Une tribune culturelle de Franklin Nyamsi

 

Professeur Agrégé de philosophie

 

Kinshasa, le 16 mars 2013.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans Analyses culturelles
commenter cet article

commentaires

Eugène Wope 23/03/2013 16:57

Parfaitement d'accord. Ces voyous de combattants s'attaquent stupidement au seul véritable trésor que le génie congolais lègue à l'Afrique et au monde. Cela ne sert d'aucune manière la cause qu'ils
prétendent défendre. C'est inquiétant que la police se montre incapable d'en venir à bout, avec les moyens dont elle dispose dans les pays occidentaux. Impuissance ou manque de volonté, cela
n'honore pas la démocratie dans ces pays.

Présentation

  • : Blog du Professeur Franklin Nyamsi
  • Blog du Professeur Franklin Nyamsi
  • : Analyses socio-politiques.
  • Contact

Recherche

Liens