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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 14:11

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Une tribune internationale de Franklin Nyamsi
Professeur agrégé de philosophie
Paris, France

Avec le recul des jours et de la réflexion , la moisson abondante d'ennemis de la démocratie ivoirienne incités à affronter leur propre conscience et leurs actes criminels devant les tribunaux ivoiriens ouvre le champ à une interrogation centrale: à quoi jouaient donc, depuis la fin des années 90, Blé Goudé et compagnie dans la scène historico-politique de Cote d'Ivoire ? On pourrait dans un premier réflexe voir dans l'équipée arrogante, triviale et fanfaronne des leaders de la galaxie patriotique, une manière d'animation de la vie collective des Ivoiriens et des Africains, auquel cas on ne se priverait leur donner un satisfecit de prestation remarquable et remarquée. N'étaient- ce pas eux, les forts en thème de la Sorbonne, des Agoras et Parlements gouailleurs et tonitruants, disséminés stratégiquement en tous les grands espaces de la parole publique ivoirienne? On pourrait aussi, se méfiant de cette première hypothèse, se demander - au regard stupéfiant de la très régulière violence dont la nébuleuse de Blé Goudé s'est rendue ordinairement coupable dans les campus, rues, amphithéâtres et domiciles de Côte d'Ivoire - si nos personnages aujourd'hui neutralisés n'étaient pas autre chose que des individus tragiques par essence, comme animés d'un inextinguible désir de haine qui aura fini par les consumer de l'intérieur même. Mais que ferait-on alors de leur propension au show, à la fête orgiaque et bacchanale, véritable exploitation négative de l'esprit du Zouglou que le chroniqueur émérite Foua Ernest de Saint-Sauveur a si bien campé dans son ouvrage récent, Génération Zouglou ? Je propose donc de désigner la bande à Blé Goudé sous le concept de "comédiens tragiques", pour saisir l'ambiguïté et la déchirure d'âme qui constituent ces personnages faits de haine et de jubilation festive. Et je défends ici la thèse qu'une justice exemplaire sera la bonne thérapie à la dérive incarnée par nos tragicomédiens enfin confrontés à la douloureuse épreuve du Miroir.

I
Cela commença comme amusement...

Au commencement, il y eut au coeur de la FESCI, à la fin des années 90 et avec la bénédiction du mentor Gbagbo, un bal de prétentions successorales coupées de toute garantie de légitimité et de toute compétence dans l'action syndicale. Déterminés à jouer les caïds sur un campus où il ne brillèrent jamais par des études exemplaires, Blé Goudé et sa sarabande s'emparèrent de la direction de la FESCI sur le fond d'une campagne identitaire et xénophobe, arrosée d'arguments fascisants et ethnicistes contre Guillaume Soro et tous les autres fescistes originaires du Nord du pays. Que voulaient-ils alors? Être aussi des chefs, pouvoir se montrer comme les voix qui comptent dans la jeunesse ivoirienne, à défaut d'être celles qui comptent dans la pyramide des compétences dignes de servir de piliers d'espérance à la construction de la future Cote d'Ivoire. Alors que Guillaume Soro, remarquable et courageux secrétaire général de la FESCI, souhaitait ancrer l'âme panafricaine du mouvement et sa dimension d'outil d'émancipation démocratique par une transition de la direction fesciste en des mains plus responsables, Blé Goudé faisait de la FESCI l'enjeu d'une conception selon laquelle, le tour des ressortissants de l'Ouest à la tête du pays commençait par la confirmation des ressortissants de l'Ouest à la tête de la FESCI. Fasciné par l'aura du Che Guillaume Soro et dans le même temps jaloux de sa dimension sous-régionale , Blé Goudé, connu pour sa psychologie bourrée de complexes divers qu'il voulut du reste compenser par la triche en Angleterre, se lança corps et âme dans la conquête du pouvoir pour le pouvoir. Il accéda a la tête de la FESCI pour le plaisir d'accéder à la tête de la FESCI. IL voulut le commandement pour s'assurer sans fin une vie d'amusements publics qui allait le conduire, dans une scène obscène emblématique de sa grossièreté, à coucher sur son matelas dehors, comme son mentor Gbagbo, heureux comme un enfant à Noël, invitait pour sa part la presse dans sa chambre à coucher au palais présidentiel. Mais les amusements du commencement ne tardèrent pas à tourner au tragique.

II
Quand l'amusement se fit charnier, Blé et compagnie rigolaient encore...

Laurent Gbagbo accède en 2000 au pouvoir dans des conditions calamiteuses, au prix d'un coup d'Etat contre le processus démocratique ivoirien, puisqu'il se fait élire contre un General Guei qu'il a auparavant aidé à exclure deux grands partis politiques ivoiriens de la course au pouvoir: le PDCI d'Henri Konan Bedié et le RDR d'Alassane Ouattara. Comment l'ami des socialistes français d'alors a-t-il réussi cette triste alchimie? En subornant les fescistes dès 1998 par la prise de pouvoir claniste de Blé Goudé, Gbagbo contrôlent les meilleurs activistes ivoiriens de ces années- la. Ils constitueront l'avant-garde de l'estocade portée au General Guei, mais aussi le fer de lance de la neutralisation brutale des autres forces de l'opposition civile: les militants réels ou supposés du RDR et du PDCI recevront depuis lors un traitement de choc des forces du Ministre de la rue: bastonnades, bûchers humains par le supplice au pneu, machettes tailladant aveuglement les chairs récalcitrantes, intimidations de toutes sortes contre les étrangers africains et occidentaux réputés proches de l'opposition, viols à l'encan, mépris des enseignants, surenchère médiatique de haine et promotion d'un anticolonialisme dogmatique qui servait de cache-sexe au plus élémentaire des chauvinismes ethniques, tout y passe. Le charnier de Yopougon, au coeur de l'une des communes hébergeant les troupes fescistes les plus dures de cette époque n'est-il pas ainsi un véritable trophée de guerre de la nébuleuse du General de la rue Blé Goudé ? Ma conviction est faite il y a longtemps sur ce point, tant nos syndicalistes mués en sanglants tribuns se seront donnés depuis lors la peine s'attribuer le charnier d'Octobre 2000 aux morts eux-mêmes, sinon à leurs partis politiques qui les auraient sacrifiés pour nourrir le scandale...Ainsi commença la tragicomédie ivoirienne , à fleur de sang. Mais Blé et les siens en rirent longtemps, de 1998 à avril 2011.



III

Blé Goudé et ses tragicomédiens au tribunal de leur conscience et de la Cité

Blé, à partir de Marcoussis, avait certes commencé à rire jaune, mais le clone de Magloire Zadi Bapê avait la foi inébranlable. Pourtant, le 11 avril 2011, le Woody de Mama s'épongeait les aisselles remplies de sueur à la télévision de Cote d’Ivoire. La chute de Laurent Gbagbo provoqua un violent traumatisme psychique dans les âmes de Blé Goudé et compagnie. Le psychanalyste autrichien Sigmund Freud parlerait d'un conflit intrapsychique né de l'incompatibilité du désir avec la réalité qui le nie. Or donc par plusieurs fois, Blé et ses sbires avaient jugé l'événement de la chute de Gbagbo impossible, inimaginable, incroyable. Dans les tablettes célestes de l'Eternel des armées, leurs prophètes enflammés, à la suite de la prêtresse Simone, avaient lu que l'amour de Dieu pour la Côte d'Ivoire s'exprimait exclusivement par le maintien de Laurent Gbagbo au pouvoir. Le premier tribunal de nos personnages forts en thème fut donc le choc de la réalité. Mais ils allaient rapidement se réfugier dans la rhétorique victimaire de l'anticolonialisme dogmatique. Telle est l'essence de leur tragicomédie: jouer aux innocentes victimes qu'ils ne sont pas, jouer à l'ange pour davantage faire la bête.        
Alors, ceux qui lynchèrent du Mossi, du Malien, du Français, avec allégresse, coururent se tapir derrière les portraits héroïques de Lumumba , Um Nyobe, Sankara ou Nkrumah . Laurent Gbagbo, dont le nationalisme ne jurait que par ces frontières coloniales qui délimitent la Cote d'Ivoire moderne, fut présenté comme le plus grand anticolonialiste africain de l'après Guerre Froide: l'anti- sous préfet de la France, le héros et martyr de l'impérialisme occidental, le guide suprême de la nouvelle décolonisation. Le pauvre Christ de Mama. Sur un autre front, le FPI activait la lutte armée, à partir des frontières de l'Etat démocratique ghanéen, qui tomba un temps sous le charme de ces nouveaux chantres de la gloire de l'Osagyefo Kwame Nkrumah . Mais la lutte armée du FPI, comme la diversion idéologique pseudo panafricaniste fondirent comme beurre au soleil. La détermination du gouvernement et des élus de la démocratie ivoirienne, avec la formidable alchimie architecturale et stratégique menée par le trio ADO-GKS-HKB, sans oublier l'éveil intellectuel animé par la part non polluée de l'intelligentsia africaine, brisèrent les dernières idoles de nos marchands du temple de la Refondation.

Les voici donc à Abidjan en ce mois de février 2013, sans leurs foules en délires d'antan, livrés par la justice démocratique ghanéenne à la justice démocratique ivoirienne, contraints à faire face à leur conscience et à l'heure de vérité devant les trois mille morts de la crise postélectorale ivoirienne qui les regardent droit dans les yeux.
Ils ont tenté la parade de dire que les troupes de Guillaume Soro et d'Alassane Ouattara ont aussi tué. Mais le monde entier sait désormais que Guillaume Soro, comme Alassane Ouattara, ne sont entrés en guerre en 2002 et en 2011 qu'en posture tangible de légitime défense contre un despote aveugle qui menaçait de rwandiser la Cote d'Ivoire.
Ils ont tenté la parade de dire que c'est le désormais prisonnier Gbagbo qui les a manipulés. Mais l'on sait aujourd'hui que Gbagbo a tout autant été l'otage de ses extrémistes endiablés.
Ils ont voulu attribuer leurs forfaits d'outre-frontières à d'étranges inconnus. Mais les données de police et de sécurité témoignent pour leur implication directe dans les attaques qui ont endeuillé d'une centaine de morts, les forces républicaines de Cote d'Ivoire depuis un an. Voici donc Blé et Compagnie, appelés à récolter ce qu'ils ont semé, à répondre des sacrifices inutiles que leur refus obtus de la défaite démocratique de leur champion aura occasionnés. Comiques? Non. Je ne rirai pas sur tous ces tertres d'innocents servis par Blé en chair à canon pour une cause injuste. Tragiques? Plus ou moins. Mais certainement tragicomiques, Blé Goudé et compagnie. Heureusement, les lois justes, appliquées avec équité, ramènent toutes les prétentions ubuesques aux proportions raisonnables de l'humble condition de tous les mortels. Et alors, on peut se passer du rire jaune, du rire amer, pour séparer le pire du Bien, le rire vrai des ricanements de ces arrogants mis au pas.

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politiques
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