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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 21:46

Biya versus Ouattara : la nuit et le jour

Témoignage d’un franco-camerounais ami et citoyen adoptif de la Côte d’Ivoire.

 

Visite d'Abdou P à Rouen 068

Pr. Franklin Nyamsi

Rouen, France.

Il y a des Camerounais qui respectent et défendent honnêtement le choix démocratique des Ivoiriens comme il y en a d’autres qui s’échinent, financés et dopés en cela par les agences de LMP à travers le monde, à saper l’image de marque de cette démocratie ivoirienne en émergence. Ces enragés contre la victoire de Ouattara ont en commun une absence chronique de cohésion et de visibilité dans la lutte contre leur propre tyran, Paul Biya. Moi, Franklin Nyamsi, j’ai obéi au devoir de cohérence. Je fais partie de ces Camerounais, ouvertement et régulièrement opposés au régime inique de Paul Biya, qui ont très tôt pris parti contre l’ivoirité, contre l’anticolonialisme dogmatique, contre les dérives du gauchisme et du despotisme sous tous leurs déguisements à travers toute l’Afrique. La gouvernance démocratique de nos pays est la lutte essentielle de notre temps et notre temps doit se débarrasser des vieux tyrans de tous poils. Je fais donc partie de ces Camerounais qui considèrent Paul Biya comme la plus grande calamité que notre pays ait jamais connue et qui le démontrent avec force arguments et preuves depuis des décennies. L’Harmattan publie bientôt à Paris, mon ouvrage Critique de la tragédie kamerunaise. Il faut que les ivoiriens apprennent que seuls les anticolonialistes dogmatiques Camerounais ont pris parti pour l’imposteur Laurent Gbagbo. Il faut que les Ivoiriens sachent que de nombreux Camerounais admirent la lutte de leur peuple pour la démocratie, le progrès et la paix. Et s’il ne restait qu’un Camerounais à s’y dévouer par amour pour la vérité et la justice, pour la Veuve, l’Orphelin, le Pauvre, l’Etranger et le Vieillard, ce serait moi ! Fils adoptif de la Côte d’Ivoire, je ne l’ai jamais abandonnée quand le péril l’inondait. Et de nombreux Camerounais avec moi luttèrent dans l’opinion contre les impostures de Beyala et Kelman sur la Côte d’Ivoire. Qu’on n’oublie pas les justes, quand les impies de la gouaille patriotique prospèrent dans une agit-prop stimulée par leurs comptes bancaires fleuris par le sang des paysans ivoiriens. Oui, qu’on organise la défense intellectuelle et communicationnelle de la démocratie ivoirienne, avant que l’opinion internationale ne soit à nouveau noyée par les délires de la galaxie « patriotique » et affidés !

En 1995, alors étudiant en Maîtrise de philosophie à Cocody en raison d’un exil intellectuel et politique qui me conduisit du Cameroun en Côte d’Ivoire, j’étais correspondant pour la presse camerounaise en Eburnée et je dénonçai la montée de la xénophobie dans la vie politique ivoirienne. En 1999, professeur de philosophie et de littérature à Sikensi, je participais à moult colloques et débats avec les universitaires de tous bords pour lutter contre la haine qui montait, jusqu’au coup d’Etat du 24 décembre. Dès 2000, installé à l’Université de Poitiers où je préparai l’agrégation française de philosophie,  je portai courageusement l’estocade contre plusieurs de ces dogmatiques Camerounais, impuissants à vaincre le despote Biya mais surexcités par la crise ivoirienne qu’ils étaient loin de comprendre. Depuis 2006 jusqu’à ce jour, j’ai mené, aux côtés des docteurs Alexis Dieth, du Professeur Augustin Dibi Kouadio et du Professeur Yacouba Konaté, et de bien  d’autres partisans de la démocratisation réelle de l’Afrique, une véritable lutte intellectuelle contre les ennemis de la démocratie ivoirienne, contre les partisans de l’ivoirité, de quelque pays qu’ils soient.  Un livre en témoignera bientôt, qui rassemble nos réflexions. On connaît  par exemple, dans de nombreux médias ivoiriens, mon texte de 2011 sur « La responsabilité illimitée de Laurent Gbagbo dans la tragédie ivoirienne ». Dans ce combat pour la démocratie ivoirienne, je n’ai en fait ménagé ni mon temps, ni mes ressources, et jamais je n’ai demandé au RDR ou au PDCI de rémunérer les longues heures passées aux côtés des démocrates ivoiriens pris dans la tourmente de la poudrière identitaire qu’agitaient le Général Guéi, puis Laurent et Simone Gbagbo. C’était un combat pour la démocratie, c'est-à-dire aussi pour l’honneur des valeurs de vérité et de justice en Afrique. C’était un combat pour les vies des êtres qui me resteront à jamais chers dans ce pays de l’hospitalité. Par cette fidélité au drame éburnéen, je ne doute pas qu’on ait raison de me considérer comme l’une des voix camerounaises qui comptent sur le sujet ivoirien. Donc, je parlerai encore. Mais, de quoi donc ? Souvenez-vous du titre de cette tribune. Méditez-le.

Je ne dis ces choses que pour éclairer certaines lanternes fragiles. Loin de moi, l’intention dans cette tribune, d’opposer le président camerounais au président ivoirien. Le duel n’en vaut pas la chandelle tant les planètes des concernés diffèrent. Loin de moi, le désir  de rappeler que Paul Biya, parmi les chefs d’Etat du continent africain, fut l’un des derniers à reconnaître la victoire électorale écrasante d’Alassane Ouattara sur Laurent Gbagbo en novembre 2010. L’ambassadeur nommé par Gbagbo à Yaoundé, Eugène Allou, bénéficia d’un traitement de faveur qui ne cessa que quand Biya fut convaincu que son petit frère Gbagbo était cuit. Loin, très loin de moi, le désir de dire que Paul Biya a tiré de la victoire de Ouattara en Côte d’Ivoire le 28 novembre 2010, des raisons supplémentaires pour verrouiller le système électoral camerounais en octobre 2011.  Il a tout simplement fait disparaître le rôle central d’ELECAM, qui devait jouer le même rôle que la CEI ivoirienne, au profit d’un Conseil Constitutionnel taillé sur mesure, entièrement dévoué au RDPC au pouvoir. Loin de moi le désir d’exacerber ce qui paraît être comme une rivalité fabriquée de toutes pièces entre deux pays africains séparés par cinq pays intermédiaires, avec des logiques historiques certes comparables, mais largement différentes. Pourquoi intitulé-je donc ce texte : « Biya versus Ouattara : la nuit et le jour ? » Pour trois raisons : a) Les différences de carrière entre Biya et Ouattara ; b) Les différences d’efficacité sociale, politique et économique entre Biya et Ouattara ;c) Les différences de vision d’avenir entre Biya et Ouattara.

Les différences de carrière politique entre les deux hommes tiennent au fait qu’à la fin de ses études, Biya fut coopté à Paris par l’entremise du député français Louis-Paul Aujoulat, qui l’introduisit auprès du président Ahidjo, après un test qui n’était surtout pas de nature intellectuelle selon l’un des biographes et ex-ami de Biya, un certain Daniel St-Yves Ebale Angounou… Depuis 1962, Biya, fils d’un modeste catéchiste et d’une ménagère, vit des deniers publics du Cameroun. Il doit tout au Cameroun, mais le Cameroun ne lui doit rien. Paul Biya n’a pas commencé par exercer un métier dans un domaine de compétence propre. Il a commencé sa carrière comme serviteur de l’Etat postcolonial camerounais, et ses plus grandes qualités, prisées par ses chefs ministériels et politiques successifs, était son apparente docilité, voire sa mollesse, toutes choses qui s’avérèrent marquées du sceau de la sournoiserie dès 1983 quand il trahit son mentor, le despote Ahidjo. Quant à Alassane Ouattara, fils de commerçant industrieux et de chef traditionnel, il a sans doute très tôt découvert la force du travail concret et du développement par l’investissement. Et c’est au terme de longues et brillantes études qu’il s’engage avec succès dans les métiers de la finance. Banquier de son état et expert reconnu en économie politique, il est appelé à la rescousse de l’Etat ivoirien en difficultés par le président Houphouët-Boigny qui avoua publiquement l’avoir choisi pour sa compétence et son patriotisme, déjà comme gouverneur de la BCEAO, puis comme Président du Comité Interministériel de Côte d’Ivoire dès 1990. Au total, Paul Biya est donc le produit de la servilité postcoloniale alors que Ouattara est le produit de la technocratie africaine moderne. L’un, Biya, vint au pouvoir pour ses accointances affectives et l’autre,  Ouattara, par ses compétences. Il y a là un fossé, voire un abîme qualitatif inouï !

Les différences d’efficacité sociale, économique et politique entre les deux hommes sont tout aussi nettes. Soulignons-ci quelques lignes de contrastes saillants :  Biya a plusieurs fois conduit le Cameroun au rang infâme de pays le plus corrompu du monde, selon les classements de Transparency International. Ouattara a mis l’Etat de Côte d’Ivoire au pas de la raison et de l’efficacité dès 1990. Biya a provoqué la paupérisation de plus 40% des Camerounais vivant avec moins de 2 dollars par jour, par la gabegie et la corruption de son gouvernement et par ses propres libertés avec les fonds publics nationaux. Ouattara, à ce jour, ne traîne aucun scandale de détournement avéré de fonds publics ivoiriens. Et les décisions économiques prises par Ouattara dès son retour à la tête de son pays ont privilégié les besoins sociaux les plus urgents des siens. Biya n’a jamais été démocratiquement élu, en 29 ans d’exercice violent et mensonger du pouvoir d’Etat. Ouattara a gagné le second tour de l’élection présidentielle ivoirienne du 28 novembre 2010. Biya a conduit le rayonnement diplomatique du Cameroun à son degré zéro, à la fois dans la sous-région d’Afrique Centrale où le taux de croissance du Cameroun laisse à désirer. Ouattara redore sous nos yeux le blason diplomatique de la Côte d’Ivoire, en la faisant adouber par l’unanimité de la communauté internationale, par-delà les anciens clivages Est/Ouest. La dernière visite d’Hillary Clinton à Abidjan, comme l’élection unanime de Ouattara à la tête de la CEDEAO après à peine une année au pouvoir,  ont fait taire bien des langues mal pendues. Biya réunit à peine un conseil de ministres par an ; Ouattara en réunit pratiquement toutes les semaines. Biya ne va jamais à la rencontre des populations camerounaises au quotidien. Ouattara ne passe pas une semaine sans aller vers les ivoiriens, dans son pays comme à travers le monde, ou sans les laisser venir à sa rencontre. Biya passe le plus clair de son temps en vacances dans son château doré de Genève, faisant contrôler le pays par son système de délation et sa police criminelle.

Enfin, les différences de visions politiques entre Biya et Ouattara sont abyssales, quoique Biya fasse depuis la prise effective du pouvoir par Ouattara, pour tenter de les amenuiser. Biya est un despote archaïsant, attaché à un autoritarisme immobiliste qui fait du pouvoir une fin en soi existentielle. Ouattara est un démocrate républicain, attaché au progrès socio-économique réel et à l’émergence institutionnelle de la démocratie dans son pays. Non seulement Biya fut l’un des conseillers attitrés de Gbagbo en Afrique Centrale, mais de plus, Biya ne veut pas voir apparaître des leaders comparables à Ouattara au Cameroun. Biya, c’est l’anti-modèle de Ouattara comme l’Antéchrist s’oppose au Christ. Précisons le sens de cette métaphore : Ouattara incarne la possibilité et la nécessité de l’alternance politique (le salut)  au sommet des Etats francophones contemporains. Biya incarne, comme Abdoulaye Wade au Sénégal par exemple, la stupide soif de présidence à vie (l’enfer) qui sature les palais africains d’arrogance.  Comme les adversaires ivoiriens de Ouattara ont inventé l’ivoirité pour l’exclure autrefois, Paul Biya a inventé l’opposition autochtones/allogènes dans la Constitution camerounaise de 1996 pour mieux diviser les Camerounais et régner sur eux par la méthode des comptoirs d’allégeance tribale. Biya se croit plus Camerounais que ses opposants. Ouattara n’a jamais aspiré à exclure un de ses opposants de la citoyenneté ivoirienne. Biya s’excite à exclure la diaspora camerounaise qui est majoritairement hostile à son archaïsme. Ouattara multiplie des signes de réintégration vers ses compatriotes de l’Etranger pour la déclosion de la Côte d’Ivoire. Biya n’est pas un président de l’avenir. C’est un homme du passé et du passif. Ouattara projette son pays dans l’orbe des futures nations émergentes du monde. Non, chers amis, Biya versus Ouattara, c’est  la nuit face au jour. Paul Biya, c’est maïs !  Dans un livre récent, l’écrivain congolo-gabonais Ernest Nguong-Moussavou, nomme à merveille Paul Biya : le roi-fainéant. Moi, je réécrirais volontiers : Paul Biya, le roi qui fait-le-néant. Mettez au défi les Beyala, Onana et consorts d’écrire un livre à charge contre le système Biya. Pour ma part, c’est fait. Suivez la parution prochaine de mon livre !

 

 

 

 

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Published by professeurfranklinnyamsi.over-blog.com - dans tribunes politiques
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