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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 14:21

Franklin N au Sénat le 16 janvier 2010

Une Chronique de Franklin Nyamsi

Agrégé de philosophie, Paris, France.

 

Ce n’est un secret pour personne, les relations entre les défenseurs des droits de l’Homme et les gouvernants des Etats ne seront jamais parfaites. Toute entente cordiale ici serait le masque d’une forfaiture. La morale et le droit restent en méfiance mutuelle éternelle. Les uns revendiquent une éthique de la pureté morale du politique alors que les autres souscrivent nécessairement à une éthique de la responsabilité basée sur une certaine pragmatique des situations critiques. Les uns gèrent l’Homme abstrait dans son unité alors que les autres s’occupent des hommes concrets dans leur pluralité. Comment concilier ces deux orientations sans s’exposer à d’inévitables contradictions ? L’avocat des droits de l’Homme recherche une société idéale où aucun droit ne sera violé. Mais si une telle société existait, à quoi serviraient encore les associations de lutte pour les droits de l’Homme ? Ainsi paradoxalement, Amnesty International et Cie ne doivent leur existence qu’à la pérennité des transgressions qu’ils dénoncent, ce qui implique que quand ces transgressions viendraient à se faire rares, il faille nécessairement mobiliser les plus fins limiers de l’enquête morale pour dénicher et culpabiliser au besoin les pierres des chemins qui heurtent indûment les orteils des promeneurs. De l’autre côté, les gouvernants des Etats en voie de développement, voire des jeunes démocraties comme celle de Côte d’Ivoire, sont de fait confrontés à des situations contradictoires : d’une part, la fragilité des Institutions issues de longs conflits fratricides attise les réflexes sécuritaires, rendant prégnantes les forces conservatrices dans la nouvelle majorité politique ; mais d’autre part le désir de modernité incarné par la légitimité démocratique issue des urnes de 2010 à 2012 place le gouvernement ivoirien dans un devoir d’exemplarité, non seulement pour se démarquer de l’ancien pouvoir dogmatique de la Refondation, mais aussi pour assumer dans la scène internationale une image de marque de la Côte d’Ivoire qui honorerait les efforts de la Communauté Internationale pour sauver ce grand pays africain du gouffre. Chacun poursuit donc son lièvre. Mais alors, est-ce pour autant qu’il faille se contenter du dernier communiqué d’Amnesty International sur la situation des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire ? La différence relative des objectifs entre Associations de droits de l’Homme et gouvernants des Etats peut-elle autoriser les premières à manquer d’assumer tout leur devoir de vérité au détriment des seconds, ou vice-versa, les seconds, d’occulter les faits tangibles que relèvent les premières ? Je voudrais répondre, dans la suite de la présente tribune, à ces deux dernières questions.

J’ai  récemment écouté et regardé avec perplexité un élément audiovisuel de la chaîne Telesud, où le journaliste Louis Keumayou interroge un chercheur d’Amnesty revenant d’un mois d’investigations en Côte d’Ivoire. Grosso modo, M. Gaetan Mootoo, porte-voix d’Amnesty International en Afrique de l’Ouest, résume d’une voix monocorde et après un catalogue de faits bruts, la situation des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire par le qualificatif que le journaliste lui propose en bonne et due forme : « c’est une situation inquiétante ». Pourquoi ? Plus de deux cents personnes auraient été arrêtées, détenues et torturées ces derniers mois dans le pays, ce qui constitue incontestablement de graves violations des droits humains. Qui douterait de la gravité des faits ainsi allégués ? Personne d’humainement sensé ! Mais ne faut-il pas s’attendre, en pareil cas, à ce que l’on établisse sérieusement lesdits faits et que l’on remonte ensuite de l’effet vers la cause ? On restera sur sa  soif, tant en lisant le Communiqué d’Amnesty International sur la Côte d’Ivoire qu’en écoutant M. Gaetan Mootoo, qui dès lors, fait preuve de la plus grande légèreté intellectuelle et ne mérite qu’imprudemment le qualificatif de chercheur.

Loin de moi le désir, ni la tentation de légitimer la moindre violation des droits humains.  J’aimerais simplement comprendre comment un chercheur qui a passé un mois dans une Côte d’Ivoire dont le gouvernement légitime et légal est violemment harcelé par la guérilla armée et revancharde imposée par l’ancien parti au pouvoir depuis ses replis frontaliers ghanéen et libérien, comment dis-je, M. Mootoo peut-il passer par pertes et profits le fait qui crève les yeux que l’état de belligérance n’a pas cessé en Côte d’Ivoire ?  Si donc cet état de belligérance n’a pas cessé, comment faire enquête sans attribuer aux agressions terroristes des milices antidémocratiques du FPI les situations critiques qui génèrent les dérives dont Amnesty International a tout à fait le devoir de se plaindre tout en reconnaissant que la difficulté du contexte les rend difficilement évitables ? En période de belligérance, les droits de l’Homme valent ce que vaut une balle de Kalachnikov. Le premier qui tire et atteint sa cible demeure un homme vivant, l’autre est mort. Les droits de l’Homme sont malheureusement les droits des vivants, point des morts. Un homme mort ne doit ses droits qu’à la solidarité posthume des vivants, car étant mort, il ne peut plus se défendre.  Or n’est-ce pas le clan antidémocratique des extrémistes de la Refondation qui tient à maintenir cet état de belligérance suicidaire pour les droits de l’Homme ? M. Gaetan Mootoo ne le dit nulle part. Le lien de causalité est pourtant évident à l’analyse : c’est le terrorisme des Refondateurs qui provoque et anime les violations et les contre-violations des droits humains dans la Côte d’Ivoire actuelle.

Manifestement donc, Amnesty International a choisi de ne pas dire toute la vérité sur la situation des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire.  Amnesty fait de l’amnésie sa tactique du moment. Dès lors, on doit considérer son dernier communiqué et le rapport qui le sous-tend comme des entités éminemment politiques.  Qu’est-ce à dire ? C’est probablement parce que cette association, ou du moins ses représentants en Afrique de l’Ouest, tels un Pierre Sané du Sénégal, ou même ce Gaetan Mootoo - dont la proximité avec les cercles de la Refondation est avérée- ont un parti pris en Côte d’Ivoire qu’ils se sont ingéniés à fourbir une enquête à charge contre le gouvernement ivoirien issu des élections démocratiques de 2010. Au fond nos droits-de-l’hommistes en mission commandée contestent les résultats ou l’issue politique reconnus par la Commission Electorale Indépendante de Côte d’Ivoire, l’ONUCI, la Communauté Internationale et finalement…Le Conseil Constitutionnel Ivoirien.  C’est le non-dit de leurs amnésies qui émerge dès lors qu’on les ausculte. Mais alors, la question qui s’impose désormais à notre analyse est la suivante : quelle est la politique d’Amnesty International face au gouvernement actuel de Côte d’Ivoire ?  Elle consiste à faire de l’amnésie une stratégie de réhabilitation du camp de l’imposture de l’ancien régime. Sans cette politique de l’amnésie qui constitue la marque de fabrique de tous les partisans de Laurent Gbagbo, comment comprendre que 18 attaques armées et 70 morts, parmi les civils et les forces de l’ordre aient été passés sous silence par une Organisation de défense des droits de l’Homme qui par ailleurs se prétend respectueuse de la légitimité démocratique ?

En toute âme et conscience, Amnesty International devrait procéder à un examen de conscience sur son attitude devant la crise ivoirienne. Il faut et il suffit pour nous en ce propos d’avoir prévenu nos lecteurs des amnésies coupables d’Amnesty, véritables actes manqués qui requièrent une nouvelle psychanalyse, voire une catharsis radicale de cette organisation civile.

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Published by professeurfranklinnyamsi@over-blog.com - dans tribunes politiques
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